CHAPITRE XXXI V
cette -vision. Elle prononçait des mots sans suite, des prières, des exclamations, des malédictions, sans doute, tout cela en allemand, bien entendu, car elle n'a jamais pu apprendre un mot de français, on l'a déjà vu. L'homme, se voyant découvert, se doutant que, revenue de son premier effroi, elle allait crier, se trouva debout en une seconde, et, prenant son parti, il s'élança vers la Schneider, la fit rasseoir presque de force sur un escabeau, et commença la déclaration la plus brûlante et la plus passionnée, en se jetant à ses genoux, de façon à l'empêcher de se lever, et à la forcer à l'entendre. La pauvre Schneider ne savait plus où elle était, elle ne comprenait qu'à moitié les paroles de son adorateur, dont les gestes brûlants, les essais impertinents lui firent craindre une autre espèce de danger auquel elle n'était point accoutumée; la pauvre Schneider étant la plus honnête personne du monde et la moins faite pour séduire un Parisien surtout.
La tête lui tournait de peur ; elle essayait de se lever; à chaque fois la main hardie de l'aventurier se posait sur elle et la clouait à sa place. La conversation devait être une cacophonie de la tour de Kabel, et j'aurais voulu pour tout au monde y assister.
— Mademoiselle Schneider, oui, je vous aime à l'adoration. (Mettez ici une phrase allemande en exclamation de Schneider. )
— Yoilà pourquoi j'ai été assez audacieux pour m'enfermer dans votre chambre.
— [Item.)
— Si vous me repoussez, je suis bien décidé à me donner la mort.
— [Item.)
— Un mot, je vous en conjure !
— [Item,]
— Croyez que mon respect...
— [Item.)
— Vous m'écoutez, vous m'exaucez, chère mademoiselle Schneider, je suis le plus heureux des hommes; je ne veux pas abuser de votre bonté, ce soir, mais je reviendrai demain, comptez sur moi. Adorable Schneider! à demain.
Et, se levant pour tout de bon, cette fois, il se jeta sur elle comme pour l'embrasser, renversa adroitement la lumière, se précipita vers la porte, l'ouvrit, et disparut pendant que la Schneider murmurait en allemand :
— Que le diable t'emporte!
Elle se coucha à tâtons , brisée de la lutte qu'elle avait subie, émue et priant le bon Dieu, après avoir mis son verrou et fermé sa porte à triple tour. Elle n'en dormit pas la nuit , et prit la fièvre. Le lendemain elle se leva néanmoins pour son service , vint à ma chambre, se garda de parler de son aventure, et commença ma toilette. Lorsque je fus au moment de sortir, je lui demandai ma montre. Elle la chercha dans sa boîte, puis se rappela qu'elle l'avait portée la veille dans sa chambre. Elle alla la cher-