CHAPITRE XXXV
semblable . Sa manie est de n'y j amais mettre son nom . La princesse en commanda deux pour elle et voulut bien m'en faire, accepter un troisième, dont le sujet me plut fort. C'est une fête allégorique au château de Petit-Bourg, au temps de Louis XIV. Presque toutes les figures sont des portraits, et vêtues suivant lamode du temps, en dieux de la faLle; le roi, comme de raL«on, en Apollon, avec ses rayons autour de la têle : c'est magnifique. La monture est en nacre de perle et écaille incrustée d'or. Son Altesse sérénissime y a fait placer son chiffre et le mien. Ce cadeau m'a rendue très-heureuse.
Nous vimes aussi mademoiselle Berlin, qui daigna nous recevoir elle-même. Elle consentit à faire pour madame la du*^hesse de Bourbon un bonnet d'une façon nouvelle, à condition qu'elle ne le prêterait à personne. Après le dîner, nous allâmes au Beaujolais. C'est une petite troupe qui joue des pantomimes mêlées de chant. Ce théâtre est placé au coin nord du Palais-Royal, sur la rue de Beaujolais.
Pour faire une tournée complète, comme à la foire, nous allâmes jusqu" au boulevaril. Audinot y a succédé à Nicolet et aux frères Maltères. Le premier s'est enrichi par le talent de Tacormet et a gagné avec lui, sur ces trétaux , cinquante mille livres de rentes. Volange avait fait la fortune des seconds. Ce théâtre, qui a p our devise de plvsfort en plus fort, est ouvert toute la nuit, ce qui produit bien des scandales. Ce soir-là, nous y rîmes malgré nous d'un garde-fran-
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çaise ivre qui voulait absolument décoiffer une fille, la prenant pour une bouteille. La princesse se divertissait beaucoup de ces parties; elle me tourmentait pour aller aux Porchcrons,mais elle y renonça, dans la crainte d'être reconnue, et de mécontenter la maison de Condé.
21 mars. — Nous passâmes la journée à Pelit- Eourg. Madame la duchesse de Bourbon avait emmené avec elle la duchesse de Kingston, dont tout le monde parlait , sur laquelle chacun faisait son histoire, et la princesse désirait vivement savoir la vérité de tout cela. Elle la demanda un jour à cette célèbre Anglaise, et celle-ci lui répondit :
— Si Son Altesse sérénissime le désire, je lui lirai quelques pages qui contiennent tous ces événements. C'est fort succinct, mais cela dit tout.
— Voulez-vous me donner une journée à Petit- Bourg dans cette intention?
— De tout mon cœur, madame; à une condition : c'est que vous n'y mènerez pas toute la terre?
— Seulement mes dames et madame d'Oberkirch ; pas un homme, je vous le promets.
Le jour fut pris, la partie convenue; j'étais toute iière d'y être admise, mais j'avais une autre ambition ; celle d'obtenir une copie de cette histoire. La duchesse de Kingston fut si charmée de l'intérêt que j'y portais qu'elle me laissa le manuscrit et me permit de le copier. L'auteur y parle d'elle comme d'une étrangère, avec impartialité et à la troisième