HISTOIRE DE LA DUCHESSE DE KINGSTON
La duchesse de Kingston, dont le nom a retenti partout en Europe depuis nombre d'années, a été victime de faux jugements et de calomnies. Sans avoir ni la prétention ni l'envie de se justifier, elle a résolu pourtant de dire la vérité le plus succinctement possible, afin de laisser un témoignage de cette vérité pour ceux qui l'ont aimée et qui tiennent à ce que justice lui soit rendue. La Providence l'a fort éprouvée, mais elle lui a fait de grandes grâces; elle lui a donné, surtout pendant ses derniers jours, le bonheur de ne pas regretter sa jeunesse, de tout
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apprécier d'un œil philosophique, de ne pas accorder aux hommes et aux choses plus d'importance qu'ils n'en ont réellement. C'est une fortune de gagnée.
Elisabeth Chudleigh naquit, dans le Devonshire, en 1720, d'une très-ancienne famille. Un de ses ancêtres avait un commandement dans la marine sous la reine Elisabeth, et il se distingua dans la mémorable affaire de l'Armada.
Élevée àla campagne, dans le château de son père, son enfance y fut heureuse et aimée; c'est le temps le plus doux, le plus cher de sa vie. Elle était entourée de bonnes et précieuses créatures, qui ne la trompaient point, qui lui disaient naïvement leur pensée, et sur lesquelles elle exerçait un empire dont sa fierté enfantine s'applaudissait déjà. La personne qui écrit cette notice a mieux connu que qui que ce soit Elisabeth Chudleigh ; elle la peindra donc sans prévention, impartialement, dira le bon comme le mauvais, quoi qu'en puissent penser ceux qui liront ceci. Un fait bien certain, c'est que dès ses premières années Elisabeth fut remarquée par son esprit de reparties, son élégance et la fascination de ses manières. Les paysans prétendaient qu'elle était une charmeuse^ que les bêtes la suivaient sans qu'elle les appelât, et que personne ne pouvait s'empêcher de l'aimer.
On ne lui donna point une grande instruction, ou plutôt elle ne la prit point, car on fit ce qu'on