CHAPITRE XXXV
put pour qu'elle devînt une savante, mais la vivacité de son caractère s'opposa à ce cjue sa mémoire sût rien retenir; elle n'en fut pas moins citée toute sa vie pour une personne d'esprit. Sa maxime en toute chose était qu'il faut être court, clair et saisissant; toute longueur lui déplaisait. — Je me prendrais moi-même en aversion, disait-elle, si je restais plus d'une heure dans la même disposilon d'esprit.
Avec une telle mohilité d'impressions, on comprend de reste qu'elle fut inconstante dans ses goûts, peut-être même dans ses sentiments. Sa famille la fit nommer fille d'honneur de la princesse de Galles, et lorsqu'elle parut à la cour, elle y fit sensation. Elle eut sur-le-champ une grande quantité de prétendants et d'admirateurs, parmi lesquels était le duc de Hamilton, pour lequel elle prit un amour véritable, aussi passionné, ou plutôt aussi profond que le lui permettait sa nature, et peu de mois après leur nouvelle connaissance le mariage fut décidé entre eux. Le duc de Hamilton était un grand parti. On soupçonna qu'ils étaient d'accord : aussitôt les jalonx et les envieux s'en mêlèrent; on essaya tout pour les désunir. Les calomnies ne manquèrent ni d'un côté ni de l'autre. Le duc, soit qu'il fût plus amoureux, soit qu'il fût plus difficile à convaincre, resta incrédule. Elisabeth n'eut pas la même force; elle se laissa persuader, par sa tante, mistriss Hanmer, et crut à une infidélité de cet homme qui ne respirait que pour elle; même dans ce cas elle eût
324 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
mieux fait de pardoDner. Dans un accès de dépit, elle écrivit au duc que tout était fini entre eux, et qu'elle ne le reverrait plus. Pour mettre une barrière éternelle entre elle et lui, elle donna sa main au capitaine Hervey, frère du comte de Bristol; et pour ne pas perdre sa place de fille d'honneur, elle "voulut tenir son mariage secret.
Le jour de ce mariage fut le commencement de son malheur. Dès la première nuit de ses noces, lorsque pour la première fois elle se vit seule avec un être qui ne la méritait point, indigne de l'apprécier et de comprendre sa valeur, elle le prit en aversion. L'amour qu'elle portait au duc revint avec plus de force que jamais, et elle s'estima la plus à plaindre de toutes les créatures. Aussi, après six mois de douleurs, de querelles, de reproches, les époux se séparèrent volontairement. Elisabeth sentit trop tard la faute qu'elle avait commise, combien son avenir était compromis, et combien aussi le duc de Hamilton était digne de ses regrets.
Le séjour de l'Angleterre lui devint odieux. Elle avait besoin d'une distraction puissante; elle se décida à voyager; seulement elle conserva son nom de fille (Élisabeth-Chudleigh) poureffacertoute trace de son funeste mariage, et tâcher de se persuader qu'il n'existait pas. Elle partit pour l'Allemagne. Elle visita successivement Berlin et Dresde. ABerhn, elle eut l'honneur d'être présentée au grand Frédéric et le bonheur de lui plaire. Il la reçut très-souvent