‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 174 sur 220 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

du grand Frédéric, arrivée en août, mit cette cour en deuil. Madame la princesse fut particulièrement désolée. Elle aimait beaucoup son illustre oncle, et c'était d'ailleurs un grand appui pour ses enfants. Il s'occupait d'eux avec une sollicitude très-vive, et s'était chargé de leur avenir.

J'avaissanscesse desnouvelles d'Étupes. La correspondance était très-active; mademoiselle de Dormsdorf yétait retournée et M. de AVargemont y passait sa vie. Il profitait du voisinage de Belfort, où il est en garnison, et ne quittait pour ainsi dire pas sa bienaimée. Ce fut alors qu'il lit les vers dont j'ai parlé sur le loto, d'après la page de mon journal, dont il avait pris note. On me les envoya, et nous en rîmes beaucoup.

Cet amour intéressait tout le monde; les sentiments bons sont si faciles à comprendre! Pourtant on demandait le mariage, qu'ils retardaient toujours, pour avoir le plaisir de se faire malheureux et de soupirer au clair de la lune. C'était absolument le berger Quinchottis et la nymphe Dulcinée ( au ridicule près, bien entendu), car ce couple était charmant.

Vers cette époque, on reçut à Montbéliard la visite de l'archiduc François d'Autriche, grand-duc de Toscane. Il ne resta que quelques heures chez son futur beau-père. Ce mariage-là n'est point retardé par les beaux sentiments filés, mais par la politique. L'archiduc est jusqu'ici l'héritier de l'Empire; c'est

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un parti aussi brillant que celui de Paul Petrowitz rélait pour la princesse Dorolhée. En vérité, Dieu protège les familles nombreuses, quand elles observent sa sainte loi; c'est encore prouvé une fois de plus par la famille de Wurtemberg. Ils ont fait des pertes sensibles, c'est vrai, mais il faut payer le tribut à l'bumanilé, et ceux qui restent sont heureux ici-bas.

Nous trouvâmes Strasbourg fort occupé du cardinal de Uolian et de l'alfaire du collier. Tout le monde s'élevait contre lui; ce n'était qu'une voix; l'indignation était générale. On assurait qu'à la suite d'un mémoire envoyé à Sa Sainteté par le chapitre de la cathédrale le pape l'avait suspendu pour six mois de ses fonctions sacerdotales. Cette affaire était le sujet de toutes les conversations; on vendait les portraits des acteurs de ce procès.

Les bons mots ne manquèrent pas non plus. On disait :

— C'est le dernier coup de collier que donne la maison de Rohan .

On disait encore :

— Le cardinal n'est pas/^anc du collier.

Le chapitre profila de sa disgrâce pour soulever et faire valoir ses griefs contre lui. Il ne lui pardonnait pas surtout d'avoir employé à des choses d'agrément personnel les fonds destinés à la reconstruction du château de Saverne. Il fit reprendre les travaux de cette résidence et cesser ceux ordonnés

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par le cardinal , qui étaient seulement de luxe et pour les plaisirs de la chasse. Les enfants clianteiient dans les rues les couplets d'une chanson qu'on n'avait pas manqué de faire sur le prélat et tout ce qui le concernait :

Et l'innocente candeur

Du prélat de Saverne Va briller comme un docteur

Dans une lanterne, etc.

On frappa à la monnaie de Strasbourg, lors du procès du collier, des louis avec une infâme et insultante altération. Il va sans dire que cela ne se renouvela pas, et que les auteurs en furent sévèrement recherchés, quoiqu'ils protestassent que c'était un hasard de la gravure.

Lors de l'arrestation du cardinal, M. le prince de Condé, quia épousé une Rohan, le maréchal de Soubise, la princesse de Marsan, s'indignèrent et réclamèrent. Le fait est que la maison de Rohan éprouva coup sur coup deux grands désastres, la banqueroute du prince de Guéménée et le déshonneur du cardinal graud-aumônier de France. Ce sont de ceschoses qui tuent. A propos de cette ressemblance de la reine avec cette horrible fille d'Oliva, qui était tout le nœud de l'histoire, madame la duchesse d'Orléans m'a raconté une chose bien touchante et bien jjeu connue, une autre ressemblance de Sa Majesté, très-explicable cette fois et très-douce à son cœur. C'était presque un secret à la cour : ce qu'il y

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