II
362 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
a de certain, c'est que personne n'en parle. Madame la duchesse d'Orléans l'a su par madame la princesse de Lamballe, qui lui recommanda de ne point l'ébruiter, et c'est un soir après souper, chez madame la duchesse de Bourbon, qu'elle se laissa entraîner par la conversation à nous le dire. Nous n'étions que quatre, et nous nous engage'âmes au silence. Il a été gardé, j'en réponds. Les secrets de cour ne se divulguent guère, chacun en craint les conséquences, et la discrétion est une des premières vertus d'un courtisan adroit. Voici donc le fait :
L'empereur Joseph II avait dix-sept ans lorsqu'il connut à Vienne, par hasard, une jeuue chanoinesse presque de son âge, dont le père était retiré au château de Schœnbrunn , où il avait des fonctions, et où safîlle demeurait aveclui Le prince, on le sait, aimait la solitude; dès cet âge si tendre, il se promenait de longues heures sous lesgrandes allées du parc, rêvant à son avenir, au fardeau si pesant de cet empire auquel la Providence le condamnait. Un soir, il était tard, tout le monde dormait au château, il entendit au fond d'un bosquet des gémissements et des plaintes; il lui sembla reconnaître une voix de femme; il y courut. L'obscurité était complète; cependant il aperçut comme un paquet blanc jeté sur l'herbe; il s'en approcha : c'était une jeune fille. Elle ne le reconnut point; mais, en le voyant, elle l'appela avec des sanglots, en le suppliant d'avoir pitié d'elle et de venir à son secours. Le prince lui demanda qui elle était,