CHAPITRE XXlll
Paris et madame la duchesse de Bourbon. — Les Tuileries. — Les hommes quittent l'épée. — Les carabas et les pols-de-chambre. — Madame de Dietrich. — M. Ochs, de Bàle. — Trois femmes aimables. — M. Quinquet et M. de Lavoisier. — Le Mariage de Figaro. — Vers. — Mademoiselle Contât. — La jeune postulante. — La dévote et Pierre le Cruel. — Le baron de Thun. — MM. Thélusson. — M. Desguerres. — La duchesse de La Vallière. — Le duc de Châtillon. — Souper sous la feaillée chez madame la duchesse de Bourbon. — La baronne de Zuckmantel. — Le marquis de Deux-Ponts-Forbach. — Les Béthune-Pologne.
— Le nouveau Minotaure. — La princesse de Bouillon. — Rodogune. — La reine au bosquet d'Apollon. — Dinerchez madame de Mackau. — Madame de Villefort. —La duchesse de Beuvron. — Le marquis d'Harcourt.
— On ne mange plus. — Expi'dicnt. — ■ Le prince de Conti.
Je revis Paris avec un grand plaisir, je l'avoue. Le séjour que j'allais y faire y devait être presque aussi agréable que l'autre. Si j'avais perdu le bonheur de me trouver avec madame la grande-ducbesse Marie, je retrouvais dans madame la duchesse de Bourbon beaucoup de bonté, de bienveillance et un vrai désir de m'étre agréable. Ce n'était pas la même chose pour mon cœur accoutumé dès l'enfance à chérir ma première et noble amie, mais c'était beaucoup pour l'agrément de mon séjour à Paris. D'ailleurs si l'une était mon amie de cœur, l'autre était mon amie d'esprit.
Dès le jour de mon arrivée, j'eus l'honneur de faire ma cour à Son Altesse sérénissime. Elle mon-
4'i MÉMOIP.ES DE LA HARONNE d'OBERKIRCH.
tra une joie véritable de me voir, et m'accueillit avec une bonté extrême.
Après cette visite, M. d'Oberkirch me proposa d'aller à l'Opéra, et de là aux Tuileries, la promenade à la mode. Comme les Parisiens font tout par caprice, ils ont adopté une allée de ce jardin et ne mettent pas le pied dans les autres. On s'y étouffe, on s'y battrait presque. Les boutons des habits des hommes emportent les blondes des mantelets, les falbalas sont déchirés par les poignées des épées, et les garnitures de point restent quelquefois tout entières au bout d'un fourreau.
Du reste, les gentilshommes commençaient à aller partout sans armes et à ne porter l'épée que lorsqu'ils s'habillent. Le fretin les imitait; la mode a été plus forte que l'autorité ne l'eût été. Si on eût donné l'ordre de quitter les épées, nul n'aurait voulu y consentir. Un jeune anglomane a imaginé cette incartade; ses amis ont fait comme lui, et il est devenu de bon genre de s'en passer. Les badauds n'y manquèrent point; et voilà une institution perdue, voilà une habitude séculaire de la noblesse française jetée aux orties. La mode fait souvent bien des sottises.
Il y avait, disait-on, aux Tuileries, quelques femmes entretenues; elles sont moins faciles à reconnaître au premier coup d'œil que je ne pensais, et s'habillent décemment pour se donner l'air d'honnêtes bourgeoises.