‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 193 sur 220 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

très-pélulante , et passablement impertinente. Elle aime le jeu et se fait beaucoup craindre par le mauvais usage qu'elle fait de son esprit. Elle passe sa vie à se moquer des gens, à les tourner en ridicule, et même à en dire du mal.

J'ai dit quelque part que madame la princesse de Monlbéliard a un œil malade. Ce malheureux œil est très-saillant, et il a un mouvement très-bizarre. Elle me fit l'honneur de venir me voir à Strasbourg au moment où je m'y attendais le moins. J'engageai quelques femmes pour lui faire compagnie, entre autres madame d'Essert. La soirée entière se passa, de sa part, avec une autre jeune femme à se moquer de la princesse et de son œil. Cela fut si fort que je m'en aperçus, et je le lui dis très-sérieusement , mon respect et mon affection pour la princesse ne pouvant supporter une conduite semblable. On eût pu facilement lui rendre la pareille à cette moqueuse, une personne qui ne lui esi pas étrangère, le comte de ***, prêtant singulièrement au ridicule et à mieux que cela, par une infirmité qu'il possède. Il a passé toute sa vie pour le plus galant homme du monde ; mais à la suiie d'une maladie, dont il faillit périr, il a conservé une manie étrange.

Lorsqu'il va dans un salon, il prend régulièrement tout ce qui lui plaît ou lui convient, sur la cheminée, ou sur les tables. La première fois que cette idée lui prit, ce fut chez M. dePeschery, où il y avait beaucoup de monde. Cela amena un grand esclandre,

404 MÉMOIRES DE LA DARONXE d'ODERKIRCH.

On se le dit à l'oreille, clans toute la ville, et le bruit courait que M. de*** était devenu voleur. Mais, le lendemain, il avait rapporté ce qu'il avait pris, de l'air le plus agréable du monde, en en faisant une plaisanterie; alors dès qu'on sut cela, on cessa d'en parler.

Il a pris goût à cette vertu lacédémonienne, et fier de ce qu'il croit son adresse, il continue son manège. Son valet de chambre a l'ordre de madame de*** de visiter, chaque matin, ses poches, et de renvoyer ce qu'il y trouve, dans la maison où M. de*** a passé la soirée. Cela se fait ainsi avec l'approbation tacite de M. de***, qui ne peut renoncer à son passetemps. Le plus plaisant est qu'il croit tromper l'assemblée, et pense qu'on ne s'aperçoit de rien dans le moment. Pour détourner l'attention, il fait précéder ses exploits d'un petit air qu'il fredonne entre ses dents. C'est, au contraire, le signal qui le fait observer. Chacun part d'un immense éclat de rire, qu'on attribue à la première chose venue; pendant ce temps-là, il s'empare de l'objet convoité, le met dans sa poche, en montrant ses gencives pour se faire plus agréable; et il reste triomphant.

Il y eut quelque temps après un charmant spectacle chez madame de AVangen, dans sa maison, sur le Broglie; celte branche est fort riche ; ils résident l'été dans leur belle terre de Wiwersheim. Madame de >yang'en a quatre enfants, et une de ses filles a

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