CHAPITRE IV, page
NOTE SUR LE CHATEAU d'obERKIRCH, OBERNAT ET SAINTE-ODILE.
Schœpfltnus, dans son Alsatia illuslrata, constate que Burckward d'Oberkirch, chevalier, fit en 1 1.35 une donation à l'abbaye de Mauri monasterium (Mauermunster ou Marmoutiers), et que Henri d'Oberkirch assista au tournoi de Cologne en 1 179.
Oherkirch est situé à l'occident et à deux portées de canon d'Obernai ou Oberehnheim, et plus anciennement Obemehehnheim, en remontant la rivière d'Ehn, qui donne son nom à cette ancienne ville impériale, placée elle-même à cinq lieues de Strasbourg et près des Vosges
Cette ville est habitée par des catholiques et se gouverne par ses propres magistrats, c'est-à-dire un préteur, quatre bourgmestres ou maires (les barons de Gail sont maires perpétuels) et huit conseillers. Elle fut au septième siècle une des résidences du roi Dagobert, plus tard celui des premiers duc d'Alsace, et au dixième siècle celle de l'empereur Othon.
Depuis sa réunion à l'empire gerninnique, l'Alsace, divisée en deux parties, fut, en effet, successivement gouvernée au nom de l'empereur par deux comtes, puis par des ducs de Souabe et à' Al-
sare, qui se succédèrent au nombic de vingt-six, ayant sous leurs ordres des comtes du Nordg;iu et du Suudgau ; puis par des landgraves il faut cependant remarquer que l'Alsace n'a jamais été un Étal homogène et compacte, comme l'ont été les grands fiefs de France. C'était une agglomération de petits États, indépendants les uns des antres, et beaucoup de seigneurs qui y possédaient des fiefs et des terres les tenaient de puissances différentes : les uns des évéques de Bàle et de Strasbourg, les autres de princes et autres souverains d'Allemagne, et enfin beaucoup d'autres de l'empereur. Parmi ceux qui possédaient celte province et y étaient tout-puissants, il faut citer en premièreligne les comtes de Habsbourg, de Ferette et d'Éguisheim, puis les d'AndIau, les Landsberg, les Rathsamhausen, les Linanges, les Rappolstein el les Dabo. Leur pouvoir était immense ; ils avaient droit de haute et basse justice, etc.
Mais peu à peu les bourgeois des villes obtinrent des empereurs des privilèges, d'abord insignifiants, qui leur servirent plus tard de prétexte pour demander leur entier alTranchissement. Elles finirent par être villes libres et impériales, et se posèrent et agirent comme Élats indépendants, ayanlleurs intérêts particuliers et une physionomie à part. La noblesse essaya vainement de reprendre ses privilèges, car l'empereur prit les villes sous sa protection et patronna leur alliance. Quoique la réunion à la France ait amené à cet état de choses de grandes modifications, l'Alsace conserve encore ce caractère qui n'est pas sans influence sur les idées et les habitudes.
Les dix villes impériales situées en Alsace et réunies à la France par les traités de Westphalie et de Nimègue faisaient parties du banc du Rhin. Elles ne relevaient que de l'empereur. Ce sont : Strasbourg, Bàle, Colmar, Brisach, Schélestadt, Oberenheim, Rosheim, Haguenau, Weissembourg et Landau. Cependant il y avait une différence entre les villes libres et impériales et les villes impériales seulement. Enefl'et, on trouve qu'en 1486 à Ésslingen, à l'assemblée générale du corps des villes, leurs députés y occupaient des bancs diflerents. Sur le premier banc étaient ceux des villes libres du saint-empire, de Strasbourg, Bàle, Haguenau, Colmar. etc. ; sur le deuxième les députés des villes impériales, telles que Rosheim, Oberenheim, etc.
NOTES DE l'ouvrage. 417
Obernai fut la première des villes altaquées par les Suédois
en 1632 pendant la guerre de Trente ans. Elle avait commis
l'imprudence de canonner l'armée du comte de Horn qui passait
sous ses murs ; elle manqua payer cher cette audace
C'est à cette époque que le château d'Oberkirch fut brûlé par les Suédois, ainsi que le village qui en dépendait, lorsque le duc Bernard de Saxe-Weimar, après avoir remporté une victoire complète sur Wallestein et sur Papanheim, vit après la mort de Gustave-Adolphe achever la conquête de l'Alsace. 11 ne reste des anciennes constructions du château d'Oberkirch que le double fossé, escarpe et contrescarpe et trois des quatre tours qui les défendaient. Les bâtiments sont de construction moderne. L'Ehn, qui passe au pied du château, traverse des jardins et prairies, et fait aller des moulins entre Obeikirch et la manufacture d'armes du Klingenthal, qui se trouve en remontant.
A quelque distance du château et près du grand chemin qui mène aux Vosges, se trouve une grande chapelle consacrée à saint Jean, ancienne fondation de la famille d'Oberkirch, et dans laquelle ils étaient enterrés, ainsi que le conslatent les pierres tumulaires qui la pavent. Le dernier qui y fut inhumé est le bisaïeul de mon mari, qui, dans sa vieillesse, en 1741, renonça au protestantisme pour la religion catholique. Son exemple ne fut suivi que par l'un de ses fils.
D'Oberkirch on a devant soi, au couchant, la ligne des Vosges et les châteaux forts en ruine qui la couronnent. A la droite se trouve Girbaden, séparé par le vallon du Klingenthal des châteaux de Ralhsamhausen et Lutzelbourg. Puis vient Sainte-Odile, dont je parlerai avec détail, le monastère de Trutlenhausen et le château de Lansperg, qui domine la vallée d'Andlau.
A droite, et au delà de celte petite rivière, on aperçoit Saint- Léonard, autrefois abbaye de bénédictins, maintenant une collégiale composée de huit chanoines dont un doyen; puis un vallon étroit et pittoresque appelé Klingenthal (vallée des Lames) depuis qu'on y a établi (en iT30) la manufacture d'armes blanches que les voyageurs y visitent avec intérêt.
Après avoir traversé le village d'Otrott, qui est à cheval sur le chemin et a une demi-lieue de longueur, on arrive toujours en montant sur la colline qui précède la montagne, et peu de temps
après on en touche !e pied et on entre dans la forêt de sapins qui en fait l'ornement.
On se trouve alors au-dessous de la montagne que couronnent les châleaux de Lutzelbourg et de Ftathsamhausen, tandis qu'en prenant à gauche on monte à Sainle-Odile par un chemin quj tourne dans la montagne, laquelle affecte en cet endroit la forme d'une courtine placée entre deux bastions.
A moitié chemin de Sainle-Odile on arrive à une voie ferrée de grosses pierres qu'on appelle le chemin des Romains, puis on arrive à son sommet après avoir passé par une des brèches du heidenmauer ou mur des paient. Partout on rencontre d'énormes blocs de rochers , masses qui prouvent les grands bouleversements naturels dont ces montagnes ont été le théâtre. Ce sont ces gros blocs, taillés et liés par des morceaux de bois façonnés en queue d'aronde, qui forment le heidenmauer , muraille qui environne la montagne de Sainte-Odile et les deux cimes qui l'avoisinent. Elle a de trois à quatre lieues de tour; on suppose que c'était un camp établi, comme refuge, contre les irruptions des barbares.
Arrivé en haut du mont on respire l'air le plus pur. Mais rien n'est comparable à la beauté de la vue dont on jouit dans ce site enchanteur. A droite se voient le Jura, les Alpes de la Suisse, et devant soi toute l'Alsace et l'autre côté de la vallée du Rhin jusqu'aux montagnes de la forêt Noire.
Sainte Odile, qui a donné son nom au monastère établi en ce lieu (monastère nommé aussi Hohenbourg), était la gloire de son sexe et l'ornement de son siècle. Fille d'Atiicus ou Éthkon , qui obtint de Childéric H, vers 662, le duché d'Alsace, elle en fut la première abbesse vers l'an 680.
Elle naquit aveugle. Son père, non-seulement désolé, mais furieux de ce malheur, voulut, dans sa colère sauvage, la faire mourir. Cachée par sa mère , elle fut élevée au monastère de Palme, en Franche-Comté (aujourd'hui Baume-les-Dames). Dieu lui rendit la vue au moment où elle fut lavée dans les eaux du baptême, ce qui fut considéré comme un miracle. Odile voulut se consacrer à Dieu. Cependant, avant de prendre cette détevminaiion, elle chercha à se rapprocher de son père, et réclama l'intervention de Hugues, l'un de ses frères, auquel elle envoya
NOTES DE l'ouvrage. 4l9
par un pèlerin une leltre enveloppée dans un peloton de soie. Celui-ci essaya vainement de décider Élhicon à rappeler sa tille auprès de lui; il crut alors que la présence de sa sceur serait peut-être plus puissante que ses efforts, et la pria de se mettre en route. Elle arrivait donc accompagnée d'une foule de peuple, lorsque Éthicon, prévenu au moment même et irrité des clameurs de ces hommes, s'emporta, frappa Hugues, qu'il tua, selon quelques chroniques, tandis que, selon d'autres, celui-ci tomLa seulement évanoui et privé de sentiment.
Cependant l'aspect de sa fille, dont les beaux yeux le regardaient d'une façon touchante, fléchirent Élhicon ; il la reçut. Mais elle ne fut pas heureuse auprès du prince son père, et, regrettant le cloître et la solitude, elle résolut de fuir dès qu'on lui parla d'un mariage qu'il avait décidé. Poursuivie par Élhicon, elle se crut perdue; mais, dit la chronique, un rocher s'ouvrit pour la sauver, elle y entra, et il se referma sur elle au moment où arrivait son père.
Celui-ci ayant enfin consenti à la laisser libre de ses actions, elle quitta sa retraite du Brisgau, pour retourner à Hohenbourg dont son père lui fit don quelque temps après, dans le but, pour expier son crime, de convertir ce château en une communauté de femmes.
On voit dans une chapelle les ossements d'Élhicon, qui est la tige des maisons de Habsbourg, de Lorraine, de Zœhringen, et d'autres maisons souveraines d'Allemagne ; et aussi les ossements de sa fille, sainte Odile. Il manque à ces derniers une partie du bras droit et voici pourquoi ; En I3â4, l'empereur Charles IV s'étant rendu à Hohenbourg, fit ouvrir le tombeau de sainte Odle et emporta avec vénération une partie du bras droit qu'il fit conserver à Prague.
Pour en revenir à sainte Odile, elle fit bàlirdans un agréable vallon, près du bas de la montagne, un autre monastère, celui de ytedermunster, et mourut vers 706.
Sa nièce, Eugénie, lui succéda en 723; et depuis cette époque des vierges des maisons les plus illustres vinrent se faire admettre dans celte communauté, dontrabbesseporta le titre deprincesse de l'empire. Sous Herrade de Landsperg, en 1878, Henri YI y envoya Sybille, veuve de Tancrède, pour y prendre le voile.
Véronique d'Andlau en fut abbesse en 1508; Anastasie d'Oberkirch en 1629; Agnès de Zuckmanlel en 1539 j enfin Agnès d'Oberkirch fut la dernière qui occupa celle dignité en 1542. Le monastère fut ruiné par un incendie en 154C, à la réserve delà chapelle de Sainte-Odile. On vit cet incendie de toute l'Alsace et la forêt Noire, et depuis Strasbourg jusque vers Bàle. Le feu avait pris, dit Herizog, dans la petite chambre de bains de l'abbesse. Les chanoinesses se retirèrent chez leursparents, et la plupart, devenues luthériennes, se marièrent.
il y avait de cinq à six cents religieuses tant dans le monastère de Sainte-Odile que dans celui de Medermunster qui dépendait de la princesse-abbesse. Ce dernier eut le même sort que l'autre en 1 54 j , pendant qu'Ursule de Rathsamhausen administrait cette abbaye.
Hohenbourg a été abandonné pendant longtemps, quoique ce soit un des plus célèbres pèlerinage d'Alsace, et qu'on attribue à la fontaine qui l'avojsine le don de guérir les yeux malades. Dans le dix-septième siècle les chanoines d'Estival, de l'ordre des Prémontrés, rebâtirent l'église elle monastère, qui est toujours un lieu de pèlerinage et de dévotion.
A quelque distance du monastère de Sainte-Odile se trouve sur la montagne un rocher appelé MaenelsUm, plate-forme élevée de 450 toises au-dessus du niveau de la mer, et plus à droite le château de Dryestein (des trois pierres), ainsi nommé parce qu'il est assis sur trois rochers.
Nous quittâmes Sainte-Odile pour nous diriger vers Truttenhausen et le château de Landsperg. Herrade de Landsperg, dont j'ai parlé, abbcsse de Sainte-Odile en 1178, fonda ce monastère de Trultenhausen, entre Hohenbourg et le château de Landsperg, dont elle portait le nom, et y établit des chanoines réguliers qu'elle lira de l'abbaye de Murbach, espérant qu'ils l'aideraient dans l'administration du spirituel et du temporel.
Ce monastère se soutint longtemps dans la régularité ; mais les mœurs s'y étant altérées, il tomba en dissolution. 11 fut rétabli en 1454, et d'autres chanoines réguliers y donnèrent de meilleurs exemples. Ruiné de nouveau par les guerres qui ont désolé l'Alsace, les revenus de ce monastère revinrent à la maison de Landsperg, et le traité de Westphaiie les leur conserva.
NOTES DE l'ouvrage. 421
Les Landsbeig sont une des premières maisons d'Alsace.
Quatorze Landsperg périrent dans un seul combat lors de la guerre que Walther de Geroldseck, évéque de Strasbourg, tlt à celte ville.