CHAPITRE XXXVIII, page
Cette famille de Mullenheini fonda, en 1300, l'église de Saint- Guillaume, à Strasbourg, et quelques années plus tard (en 1327) le chapitre de l'église collégiale de la Toussaint. Très-influente à cette époque, elle disputait à la famille de Zorn la prépondérance dans le sénat. La funestr division entre ces deux, maisons fut fatale à la ville de Strasbourg, car elle causa une révolution qui livra pendant cent cinquante ans cette ville à la démocratie et à l'anarchie qui en est toujours la suite.
Voici quelle fut l'occasion de cette révolution qui sortit d'un coup de main.
Chaque année, le mercredi de la quatrième semaine d'après Pâques était destiné à une réjouissance extraordinaire à l'occasion du renouvellement des magistrats. Ce jour-là, en 1332, la fête fut troublée par une querelle entre les nobles du parti de MuUenheim et les nobles du parti de Zorn. On en vint aux armes, et le théâtre de la fête, l'hôtel de Marmoutiers, devint un champ de bataille où plusieurs d'entre eux furent massacrés. Du côté des MuUenheim, on perdit deux nobles, et sept du côté des Zorn. Les partisans des deux familles grossirent et appelèrent à leur secours ceux des gentilshommes de leurs amis qui demeuraient hors delà ville. Mais la populace, dirigée par quelques bourgeois mécontents et ambitieux, comme il en existe toujours et partout, et particulièrement par un nommé Twinger, ne les laissa pas entrer à Strasbourg. Bientôt les bourgeois se joignirent à la canaille, et profilèrent de celle circonstance pour faire une révolu-
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tion et détruire l'influence de la noblesse dans le sénat qui ne fut plus alors composé que de bourgeois.
C'est de celle époque que date le gouvernement républicain de Strasbourg.
Cette forme de gouvernement démocratique produisit l'anarchie et des malheurs sans cesse renaissants Les ambitions et la cupidité se ruèrent sur les emplois publics et toute justice fut méconnue. Les juifs, que les magistrats furent impuissants à défendre, devinrent les victimes de la fureur de la populace et furent condamnés à être brûlés vifs. Défense fut faite d'admettre aucun juif dans la ville. Plus tard, une seule ffimille de cette religion, les Cerfberr, obtint le privilège d'y pouvoir entrer, privilège qu'elle paya fort cher.
Ce ne fut que cent cinquante ans après, en 1482, qu'un gouvernement moins mobile et plus raisonnable parvint à s'établir et qu'une nouvelle pondération des pouvoirs ramena un peu de Iranquillité.
Pour revenirauxMullenheim, cettemaison continua à produire des hommes aussi distingués par leur capacité qu'ils l'étaient par leur naissance. Tels furent Burcardde Mulienheim, envoyé à Piome en 1457, par la ville de Strasbourg; et Philippe de Mullenheim, qui porta, en l475, l'étendard impérial.
Lnlin, Henri de Mullenheim, l'un des slettmeistres de Strasbourg, fut député, en )5G1, à l'assemblée des princes, à Neumbourg, pour lever les dissensions entre les protestants. Il souscrivit à la confession d'Augsbourg, non changée, et y mit le sceau de la ville.
Cependant ils sont rentrés depuis dans la religion romaine.
Des vingt-deux branches de cette famille il ne restait, au commencement de ce siècle, que Jean Reinhard, capitaine au régim.ent de la milice, qui est le chef du rameau actuel.
Quant aux Zorn, il paraît qu'ils avaient l'humeur irascible, comme le signifie leur nom'. En (î72,un Zorn, offensé de quelques paroles injurieuses qu'un Kagueneck avait laissé échapper, résolut de s'en venger. On en vint aux mains dans Strasbourg, et il en coûta du sang aux deux partis.
Les Zorn étaient autrefois si nombreux qu'on en comptait
' Zorn, veut dire colère.
424 MÉMOIRES DF, LA BARONNE d'OBERKIRCH.
Irenlc-deux branches. 11 n'en reste mainlenant que deux ■. celle des Zorn de Plobsheim, et celle des Zorn de Boulach, seigneurs d'Osthausen, château qui date du seizième siècle.
11 y a deux branches de Kageneck : l'une, dans le pays de Bade et le Brisgau, la deuxième, celle des seigneurs de Hipsheim, en basse Alsace.