‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 25 sur 220 · CHAPITRE WIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE WIII

Dous fûmes heureux de leur rendre ce petit service. Ils retournèrent à Versailles le lendemain.

On dîne à trois heures et les dîners sont devenus très-courts, de quoi les gastronomes et les causeurs se plaignent fort. Il semble qu'on ait hâte de manger pour se nourrir et pour se sauver bien vite. Les vieilles gens disent que ce n'est point là de la dignité; les cuisiniers sont en insurrection.

— On avale, disait celui de la duchesse de La Yallière, on ne goûte plus. Je suis déshonoré.

Jusqu'ici il n'y a pas encore de Yatel; cela viendra peut-être.

On soupe à dix heures, et l'on se dépêche tout autant. On n'annonce plus le repas; au moment de se mettre à table, le maître d'hôtel se monire et la maîtresse du logis se lève. Le temps de la gourmandise est passé. Les tables n'en sont pas moins somptueusement servies. Le luxe est effrayant. Les hommes n'ont réellement pas le temps de boire et de manger. Quelques-uns ont inventé d'être fort aimables, fort gais, même galants, pour retenir les dames le plus longtemps possible et pouvoir déguster à leur aise. J'en sais un qui commençait une histoire intéressante après le premier service, l'interrompant à chaque minute, la coupant par des interrogatoires, des réponses, des jeux de mots, afin qu'elle durât plus longtemps. 11 ne la terminait impitoyablement qu'après le fruit, tenant les curieux en suspens, jusqu'à ce que son appétit fût satisfait. Il

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renouvelait ce manège chaque soir et il réussissait toujours.

M. le prince de Conti tenait à voir ses soupers se prolonger fort tard ; il avait soin de placer près de chaque femme l'homme qui lui plaisait ou qui semblait devoir lui plaire.

— Comment faites-vous, monseigneur, avec les prudes? lui demandait-on un jour qu'il donnaii sa recette.

— Oh ! pour celles-là, je les laisse choisir; j'aurais trop peur de me tromper et de leur donner un souvenir au lieu d'une espérance.

Mais il n'y avait pas beaucoup de prudes à la cour.

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