CHAPITRE XXlll
mement à la Plye comme à ses désastres. Peut-être même croyait-il au serpent.
Après madame de Zuckmantel, je vis madame de la Salle et la princesse de Bouillon. Celle-ci à la figure la plus intéressante joint le plus grand et le plus charmant naturel, qualité bien rare par la mode d'affectation qui court. Jamais femme ne fut moins comédienne. Son humeur est inégale quelquefois; elle se montre telle qu'elle est, sans façon et sans dissimulation aucune; elle prouve qu'on peut être aimable avec ce défaut. On plaît souvent plus par ses défauts que par ses qualités. Ainsi la coquetterie, l'inconséquence deviennent parfois des charmes et attirent plus que des vertus. Madame de Bouillon est vive, impétueuse, imprudente. On Faime néanmoins, on la recherche, les femmes aussi bien que les hommes. Elle intéresse les uns, elle impose aux autres et les retient tous dans les bornes de l'admiration et du respect. Elle a un ton exquis, un vrai ton de princesse; elle salue avec une grâce et une dignité qui lui siéent à merveille. Elle sait rendre à chacun, quand elle le veut, juste ce qui lui revient. On a grand plaisir à la voir souvent ; pour moi j'en ai plus que beaucoup d'autres, car je n'ai jamais eu à m' apercevoir même de ses caprices.
27 mai. — Je me levai de fort bonne heure pour me rendre à Versailles, où je n'avais pas encore été depuis mon arrivée. J'aperçus Sa Majesté la reine dans le bosquet d'Apollon ; elle se promenait
58 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
avec madame de Polignac, Madame Royale et un seul valet de pied. Elle me fit riioiineur de me reconnaître et de me faire le signe le plus aimable. Je trouvai la reine engraissée et embellie. Madame Royale grandissait prodigieusement.
J'allai dîner à Montreuil chez madame de Mackau, que j'eus grand plaisir à revoir. Je lui apportais une lettre de madame de Dietrich (née de Glaubilz), qui a fait l'année dernière le voyage de Paris, et pour laquelle madame de Mackau a eu mille soins, mille bontés. Elle était charmée de connaître encore une Alsacienne ; elles sont rares à la cour. Très peu de femmes, en effet, dans notre bon pays ont fait ce long voyage.
Je rencontrai chez madame de Mackau madame de Yillefort, nommée sous-gouvernante l'année dernière. Il y avait aussi la duchesse de Beuvron, qui a été présentée cet hiver (et a pris le tabouret), ainsi que le marquis d'Harcourt-Beuvron quia les entrées.
Ce petit cercle fut très-aimable. On me fit raconter le reste de notre voyage de Hollande et d'Allemagne. Madame de 3Iackau surtout s'en montra fort intéressée. Elle avait trouvé madame la grande-duchesse adorable Nous nous promenâmes dans cette campagne, puis on joua au trent, jeu que je na. connaissais pas et qui se joue avec le nondDre trois. Le marquis d'Harcourt gagna tout le temps. Il fallut ramener le soir M. et M™^ de Mackau à Paris ; ils nous demandèrent à venir dans notre carrosse ;