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donnant ainsi un exemple prématuré à toutes les coquettes surannées qui s'obstinent à supprimer les almanachs, sans penser qu'on ne supprime point son visage et qu'il est souvent indiscret.
Je devais les bontés de mademoiselle Berlin au souvenir de madame la comtesse du Nord dont elle avait conservéla pratique. Elle avait son portrait dans son salon à côté de celui de la reine et de toutes les tètes couronnées qui l'honoraient de leur protection. Le jargon de cette demoiselle était fort divertissant; c'était un mélange de hauteur et de bassesse qui frisait l'impertinence quand on ne la tenait pas de très-court, et qui devenait insolent pour le peu qu'on ne la clouât pas à sa place. La reine, avec sa bonté ordinaire, l'avait admise à une familiarité dont elle abusait, et qui lui donnait le droit, croyaitelle, de prendre des airs d'importance.
Mon pèrem'avait demandé d'excellentes lunettes; j'allai les lui acheter chez Sick, l'opticien du Palais- Royal. Celui-là aussi prenait un air d'importance à mourir de rire; il était, disait son enseigne, fournisseur de V Académie.
— Ah ! disait Beaumarchais, si le pauvre Sick mettait sur sa boutique : fournisseur des Quinze- Vingts^ cela nous donnerait bien plus de confiance.
Le Palais-Royal faisait l'objet de toutes les conversations, et M. le duc de Chartres celui de toutes les critiques. Il avait suspendu la construction des galeries, faute d'argent, disaient les uns; par envie do
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\e conserver, disaient les autres. On avait complété le bâtiment par des arcades en bois. L'enceinte des jardins était fermée. On pouvait déjà faire le tour du palais à couvert.
La salle d'arbres du Palais-Royal était la plus belle i[ui fût au monde. Quand jM. le duc de Chartres parla d'abattre ces arbres pour construire des boutiques, ce fut un ioHe général. On l'accabla de calembours, d'épigrammes. L'un dit, lors de son voyage à Rome, qu'il allait se faire recevoir de l'Académie des Arcades: un autre lança ces vers, bien plus méchants et que je ne puis me résoudre à prendre pour une vérité; ils doivent être injustes, malgré tous les bruits qui ont couru. Un Bourbon ne peut manquer de courage.
Pourquoi de ces chênes altiers Déplorer si fort le ravage ?
Le vainqueur d'Ouessant pour ombrage Nous laisse encore ses lauriers.
Enfin, on appelait le Palais-Royal Palais-Marchand^ et M. le duc de Chartres le prévôt des marchands. Il parut aussi une caricature, où on le représentait en chiffonnier, ramassant des ordures au coin d'une borne; l'inscription portait :
— Je cherche des loques à terre (locataires).
C'était à qui crierait le plus haut. Rien n'arrêta la volonté du prince; il fit abattre. En peu d'heures le meurtre fut accompli. On assura que les Parisiens
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n'y perdraient pas. En effet, de toutes les promenades, le nouveau jardin du Palais-Royal est la plus fréquentée par la cour et la ville. C'est le rendezvous des oisifs et des nouvellistes. J'entendais dire l'autre jour qu'on avait pris, pour modèle des bâtiments, la place Saint-Marc de Venise; cela sera fort beau quand les quatre faces se rapporteront. Ou se met au passage du grand escalier pour voir les femmes jolies et élégantes qui vont visiter les tableaux de M. le duc d'Orléans. Cette collection, commencée par Gaston, frère de Louis Xiil, continuée par Monsieur, frère de Louis XIV, qui eut une partie de la galerie de Mazarin, n'a fait qu'augmenter depuis lors, et augmente chaque année. Cette branche de la maison royale aime beaucoup les arts. Madame la duchesse de Bourbon a eu pour sa part quelques belles toiles provenant de Sceaux et de M. le duc de Maine, arrivés au Palais-Royal par échanges ou présents. Elle me répétait, en me les montrant, un mot du vieux maréchal de Richelieu qu'elle se rappelait à merveille :
— Des trois branches de la maison de Bourbon, disait-il, chacune a un goût dominant et prononcé. L'aînée aime la chasse, les d'Orléans aiment les tableaux, les Condés aiment la guerre.
— Et le roi Louis XVI, lui demandait-on, qu'aimet-i] ?
— Ah ! c'est différent ; il aime le peuple. Madame de Bruce me mena le soir à l'Opéra.