CHAPITRE XXV
ancien ministre de la guerre, maréchal de France depuis un an seulement, était ministre secrétaire d'État au département de la marine. Son fils, le duc de Castries, maréchal de camp, avait été appelé longtemps le comte de Charlus; on l'a fait duc en 1784.
M. de Breteuil me reçut fort bien, malgré son ton tranchant. Il a de l'esprit et passe pour fort adroit. Il était ministre de la maison du roi et de Paris. Ses soupers étaient fort recherchés. On y voyait trèsbonne et très-amusante compagnie. C'était l'endroit où se racontaient le plus d'anecdotes et d'histoires de toute espèce. Il voyait assez volontiers les poètes, les gens d'esprit, même les artistes. Je me retirai de bonne heure, ayant à me préparer pour le lendemain.
13 juin. — Je me fis coiffer tout de suite après dîner, de la façon la plus élevée possible, suivant la mode, avec mes diamants et un bouquet de plumes.
Madame la duchesse de La Vallière ayant bien voulu se charger de me présenter à Leurs Majestés, je me rendis chez elle, accompagnée de la baronne de Mackau, à quatre heures et demie, et nous allâmes ensemble au château. Je fus d'abord présentée au roi; ce moment est très-solennel, tant de personnes vous regardent ! on a si peur d'être gauche ! Il faut se rappeler les leçons qu'on a prises pour marcher à reculons, pour donner un coup de pied dans sa queue, afin de ne point embarrasser ses
112 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
mules et ne pas tomber, ce qui serait le comble de l'insolence et de la désolation.
Je fis les trois révérences, une à la porte, une seconde au milieu, une troisième près de la reine qui se leva pour saluer. J'ôtai mon gant droit et fis la démonstration de baiser le bas de la robe. La reine retira sa jupe avec beaucoup de grâce, par un coup d'éventail pour m'empécber de la prendre.
— Je suis charmée de vous voir, madame la baronne , me dit-elle , mais cette présentation n'est qu'une formalité, il y a longtemps que nous nous connaissons.
Je m'inclinai respectueusement.
— Avez-vous des nouvelles de votre illustre amie?
— Son Altesse impériale me fait l'honneur de m'écrire souvent.
— Ne nous a-t-elle point oubliés ?
— La mémoire de madame la grande-duchesse est aussi heureuse que celle de Yotre Majesté; il est impossible que vous ne vous souveniez pas Tune de l'autre.
La reine me sourit, puis elle me parla de l'Alsace, de Strasbourg et du Rhin qu'elle trouvait superbe.
— Je le préfère au Danube, ajouta-t-elle, mais la Seine me les a presque fait oublier tous les deux.
Après quelques mots encore. Sa IMajesté fît une inclination, et nous nous retirâmes à reculons avec les trois révérences d'adieu. On nous avait présenté des tabourets, je n'eus garde de m'asseoir n'en ayant