‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 48 sur 220 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

de tout ce que l'Europe renferme d'hommes remarquables.

12 juin. — C'était pour moi un grand jour que celui de ma présentation, mais cette cérémonie, toute flatteuse qu'elle soit , est très-fatigante . On est en représentation depuis le matin jusqu'au soir, sans prendre presque aucun repos. Le 12 juin, qui était la veille, j'en avais les préliminaires et les premières agitations. J'allai donc dîner à Versailles ce jour-là, et après le diner je fis mes visites à tous les ministres et aux honneurs. On appelle ainsi les dames d'honneur et la dame d'atour de la reine, et celles de mesdames et des princesses belles- sœurs du roi.

J'ai raconté comment en 1782, lors de mon voyage avec madame la comtesse du Nord, la reine avait daigné me dispenser du cérémonial de la présentation. Il fallait doue cette année m'occuper de cette formalité indispensable. Mes preuves ayant été faites et examinées par le généalogiste de la cour, je fus prévenue que le roi et la famille royale avaient fixé ma présentation au dimanche 13 juin, à cinq heures et demie du soir. Je m'étais fait faire le grand habit avec un énorme panier, selon l'étiquette, et un bas de robe, c'est-à-dire une queue qui peut se détacher. J'avais acheté l'étoffe et fait faire l'habit chez Baulard, mademoiselle Bertin m'ayant trop fait attendre. L'étoffe était d'un brocard d'or, à fleurs naturelles, admirablement beau ; j'en reçus mille compliments.

1Ô8 MÉMOinES DE LA DAnONNÈ d'oBERKIRCH.

Il n'y entrait pas moins de vingt-trois aunes; c'était d'un poids énorme.

Les preuves doivent dater de 1399. On a choisi cette date parce qu'elle est, dii-on^ antérieure à tout anoblissement, ou du moins parce qu'avant cette époque il n'y en avait eu qu'excessivement peu. C'était aussi parce que les preuves écrites pour des temps antérieurs sont difficiles, surtout en exigeant les originaux des titres de famille, comme le prescrivait le règlement du 17 août 1760.

Depuis le règne de Louis XVI, le roi s'est réservé de donner son agrément et de prononcer en dernier ressort, dans ces questions d'étiquette, suivant son bon plaisir. Cherin, c'est-à-dire le cabinet des ordres du roi, est seulement chargé de vérifier les preuves et de donner son opinion. On est alors agrkk, refusé ou différé, selon la décision de Sa Majesté.

Tout cela est en dehors de l'action des tribunaux et n'invalide en rien l'autorité des arrêts du conseil du roi, des cours supérieurs et des jugements en maintenue de noblesse des différents commissaires royaux chargés des diverses recherches et réformations de la noblesse.

Ces choses sont très-susceptibles de faveur, et il ne faut rien en inférer contre les familles qui ont négligé de faire leurs preuves au cabinet du Saint- Esprit et qui les ont faites ailleurs.

Les honneurs de la cour permettent d'être admis aux bals de la reine, aux cercles, aux chasses du roi.

CHAl'ITRE XXV. lOÔ

Il faut, pour y être reçu, être d'une famille chevaleresque, c'est-à-dire qui n'a jamais été anoblie, et en prouver la filiation suivie jusqu'à l'an 1400, date antérieure, ainsi qu'on l'a vu, à tout anoblissement. Cependant on n'applique pas ce règlement aux descendants des grands officiers de la couronne, des ministres secrétaires d'État, des maréchaux de France, des chevaliers du Saint-Esprit ou des ambassadeurs. Ils jouissent souvent des honneurs de la cour sans être tenus de faire des preuves. Quelques autres exceptions ont encore lieu; c'est ce qu'on appelle être présenté par ordre ou par grâce. C'est par ordre que j'avais été admise en 1782, n'ayant pas eu le temps défaire mes preuves; mais je tenais à jouir des honneurs par suite des preuves, et non par grâce.

N'avoir aucune origine connue doit être la première condition de toute noblesse; c'est ce qu'on appelle remonter à la nuit des temps. Tous ceux qui peuvent faire remonter leur filiation jusqu'avant 1400 sont, comme je viens de le dire, considérés comme tels. On peut alors monter dans les carrosses du roi. Chériu, qu'on a surnommé l'incorruptible, est inflexible à cet égard.

11 ne faut pas confondre les honneurs de la cour avec les honneurs tout court ou les honneurs du Louvre. J'ai dit ce qu'étaient lés honneurs. Les honneurs du Louvre n'appartiennent qu'aux femmes titrées, c'est-à-dire aux duchesses, aux femmes de grands d'Espagne, et de ce qu'on appelle les cousins

du roi, ou enfin à quelques autres femmes qualifiées d'un titre quelconcjue, et dont la famille possède les honneurs héréditaires du Louvre.

Ces dames ont droit au tabouret; elles portent sur leurs carrosses une impériale en velours rouge avec une galerie dorée, elles ont chez elles le dais ei la salle du dais , elles entrent à quatre chevaux dans les cours des châteaux royaux; enfin, lorsque le roi drajje^ elles ont le droit de draper aussi. Quand elles sont présentées le roi les embrasse, ce qui ennuie, dit-on, beaucoup S. M. Louis XYI. (On appelle draper, couvrir les carrosses d'étoffes noires quand la cour est en grand deuil.;

Les princes étrangers ou les Français qui ont obtenu ce titre n'ont pas les honneurs du Louvre; ils ont le pas après les ducs. N'est-il pas singulier de voir le duc Louis de \\'urtemberg, frère d'un duc régnant et son héritier présomptif, ne pas avoir de rang à la cour de France? On a toujours tenu excessivement à ces prérogatives, et je ne saurais tout à fait les blâmer. Ainsi les princes de la maison de Bourbon, même les cadets, passent partout à l'étranger avant les princes régnants du second ordre. Ils marchent les égaux de tous les rois, et ne donnent à personne la main chez eux. Louis XIY l'a voulu ainsi, et sa volonté, passée en usage, est encore respectée.

Je vis le maréchal de Castries avant de souper chi:z le baron de Breteuil. Le marquis de Castries,

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