‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 55 sur 220 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Saint-Cloud. — Le cKcvalier de Mornay. — Amours de mademoiselle d'Orléans et de M. de Saint-Maixcnt. — Souper à Monceaux avec la duchesse de Chartres. — La comtesse de Clermont-Tounerre, mesdames de Taleyrand, de Ségur, de Boufflcrs, de Beauveau, de Luxembourg. — Anecdote racontée par la duchesse de Chartres. — A Chantilly. — Hospitalité du prince de Condé. — Ermenonville. — M. de Girardin. — Saillie de madame de Tonnerre. — M. de Girardin stupéfait. — Vers du duc de Nivernais. — Le landgrave de HesscCassel. — Visite à Sceaux au duc de Penthièvre. — Intérieur de ce prince. — Le chevalier de Florian. — Ses denx passions. — La comtesse de Cussé et mademoiselle Odrot. — Chez la duchesse de Bourbon. — Bal de l'Opéra. — Dîner chez madame de Mackau. — Madame Royale. — M. le Dauphin. — Son esprit précoce. — Le maréchal de Biron, — Atys.

17 juin. — Il faisait si beau ce jour-là que nous nous décidâmes à aller à Saint-Cloud, d'autant plus que, devant souper le même soir à Monceaux avec madame la duchesse de Chartres, nous serions retenus fort tard, sans doute, et la matinée du lendemain se trouverait trop courte pour ce voyage. Saint- Cloud est un lieu enchanteur; bien que je l'aie visité plusieurs fois, j'en reviens toujours de plus en plus charmée. Quoique plus grand et plus beau, ce jardin me rappelle Étupes, mon cher Étupes où j'ai passé de si bons moments, oii j'ai tant causé avec ma chère princesse que je regrette chaque jour davantage. Je vois aussi avec plaisir le gouverneur M. le chevalier de Mornay. Ce bon et respectable vieillard a quatre-vingt-quatre ans; il ne quitte plus guère

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son appartement que pour se promener au soleil, sur les pelouses. Attaché depuis son enfance à la maison d'Orléans, il a été page de M. le régent, sous Louis XIV; il a connu le grand roi, la cour. Il raconte les anecdotes les plus curieuses sur tout ce monde; seulement il les raconte avec le j^o^tois et le cynisme de la régence, et une honnête femme en devrait rougir si elle les écoutait autrement que devant son mari. Ce jour-là, nous le trouvâmes assis dans sa chaise à porteurs, au-dessus de la cascade, les glaces ouvertes et humant l'air. Il nous reçut avec sa grâce liahituelle, cette grâce de vieillard si charmante et si triste , cet air qui dit :

— Supportez-moi, pardonnez-moi mes années, je tâcherai de vous les faire oublier en vous amusant.

Il m'improvisa cinq ou six madrigaux, et finit par me demander en quoi il pouvait m'étre agréable.

— Beaucoup, lui répondis-je.

— Et comment, marne la baronne? Msieu d'Oberkirch n'aura point peur de c'te déclaration-là.

— Dites-nous, monsieur le chevalier, à quoi vous pensiez lorsque nous sommes arrivés.

Son visage s'illumina de mélancolie et de sou-^ venir.

— Ah ! répliqua-t-il lentement, vous n'êtes point malavisée. A quoi je pensais? à ce que j'ai vu à cette même place, quand j'avais seize ans, un soir; à ce que peu de personnes savent, à ce que l'histoire

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