CHAPITRE xxvir
A propos du chevalier de Florian, il me revient un mol que j'écris de suite pour ne pas l'oublier. Je ne sais qui dit, en parlant de ses pastorales :
— Je les trouve charmantes, seulement il n'y a jamais de loups parmi ses moutons.
— Ah ! répondit le chevalier, je n'ai pas besoin d'en mettre, ils y viendront bien tout seuls; je les vois déjà paraître à l'horizon.
Le chevalier de Florian est un des hommes les plus éminents de ce temps-ci. Je ne sais qui a inventé de lui faire épouser la fille de Moreau le graveur, petite créature fort insignifiante et qu'il a refusée. Il lui faut mieux que cela.
28 juin. — Je fis beaucoup de visites, entre autres chez la marquise de Pierrecourt. Les Nouant de Pierrecourt sont de la même famille que les Nonant de Baracé. Une madame de Baracé a été autrefois gouvernante des enfants de Gaston d'Orléans. La marquise de Pierrecourt actuelle est mademoiselle de Rothe. Elle n'avait pas encore été présentée, et en mourait d'envie; elle le fut plus tard. Son mari
blonds de cette noble tête, qui fut portt'e au bout dune pique. On présenta cette tête à la reine sous les fenêtres du Temple, où elle était enfermée '.
* J'ai entendu bien des fois raconter à l'un de mes parents ce qui suit : Il passait rue Saint-Antoine au moment du massacre des prisonniers de la Force. Des monceaux de cadavres étaient rà et là ; le sang coulait dans les ruisseaux comme l'eau de la pluie. Épouvai té d'horreur et se sentant défaillir, il entra chez un marchand de %in et demanda un verre d'eau. Au moment où il buvait, une troupe d'égorgeurs entre dans la boutique du marchand et se fait servir du ^in. L'un de ces monstres avait à la main une tête de femme fraichement coupée, et dont la magnifique chevelure blonde était enroulée autour de son bras nu. Pour vider son verre, il posa cette tête toute droite sur le comptoir de plomb du marchand. C'était la tète de la princesse de Lamballe! Ch.
servait dans les carabiniers. Cette famille est de Normandie; elle écartelle des comtes de Dreux et prétend en descendre par les femmes.
Mademoiselle de Nonanl de Pierrecourt a épousé le comte Raymond de Narbonne-Pelet de Fritzlar, capitaine de dragons, et sa sœur cadette est madame de iS'onant-Raray, mariée à son cousin issu de germain, depuis 1785 '.
Nous avions, le soir, des places dans une petite loge de ma princesse, pour la première représentation, à la ville, du Dormeur éveille^ musique de Piccini, paroles de M. de Marmontel. Cette pièce, déjà jouée à la cour, est fort brillante. Tirée d'un conte des Milie et une Nuils^ elle prête aux développements féeriques. Le calife est le personnage principal, et il passe par toutes sortes de situations. On applaudit beaucoup la pièce et les acteurs. Madame la duchesse de Bourbon nous parla encore de M. le duc de Chartres dont elle était péniblement occupée. M. le duc de Penthièvre aime peu son gendre, et sans la crainte d'affliger sa fille, il donnerait son immense fortune à ses petits-enfants. La famille royale continue à s'affliger de ces dissensions.
En rentrant chez nous, nous trouvâmes une lettre qui nous rappelait impérieusement et de suite en Alsace. Nous nous résolûmes à partir le lendemain même : tout était prêt. En avançant de deux jours nous nous évitions l'ennui des visites et des explica-
' Cette madame de Nonant-Raray existe encore aujourd'hui.