CHAPITRE XXVII
comenir qu'ils ont mieux à employer leur sang et leur adresse.
Le roi de Suède était fort afi'ecté de cette perte ; il en fut "vivement impressionné, et s'en plaignit doucement au roi. On n'y donna point de suite, on trouva le comte de La Marck assez puni. 11 resta plusieurs mois au lit pour cette gentillesse , et pendant ce temps son infante ayant gagné en célébrité, trouva mieux que lui et le planta là.
27 juin. — .J'allai faire ma cour au roi et à lu reine, et prendre congé de Leurs Majestés. Nous arrivâmes de bonne beure, et la journée se passa à l'ordinaire. La reine fut pleine de bontés; elle me recommanda de ne pas rester longtemps en Alsace, et de revenir bientôt.
J'allai à la messe du roi, à la promenade dans les carrosses, j'y recueillis mille compliments, non pour moi, mon Dieu! je le savais du reste; mais on connaissait l'amitié de madame la comtesse du Nord; la prédilection de madame la ducbesse de Bourbon n'écbappait à personne, on me fêta.
Madame la princesse de Lamballe m'avait conviée à souper, par ordre de la reine. Cela arrivait souvent ainsi après les révérences, et c'était une marque de distinction. Personne ne soupe officiellement avec le roi et la reine que la famille royale et les princes du sang, les jours de grand couvert. Mais la reine fait inviter par ses dames, et surtout par sa surintendante, les personnes qu'elle désire favoriser. Ma-
156 MÉMOIRES DE LA liAftONNE d'OBERKIHCH.
dame la princesse de Lamballe est fort jolie, sans avoir les traits réguliers pourtant. Elle est d'un caractère gai el naïf, et n'a pas beaucoup d'esprit peutêtre. Elle fuit les discussions, et donne raison tout de suite plutôt que de disputer. C'est une douce, bonne et obligeante femme, incapable d'une pensée mauvaise. C'est la bienveillance el la vertu même, jamais l'ombre d'une calomnie n'a même osé essayer de l'alleindre. On assure que le prince de Lamballe avait un autre amour dans le cœur lorsqu'il l'épousa. On parla, dans ce temps-là, d'une jeune fille, d'un roman, de je ne sais quelle mièvrerie, M. le duc de Penlliièvre assura que ce n'était pas vrai. Quoiqu'il en fût, madame la princesse de Lamballe gagna la tendresse et la confiance de son mari; elle lui pardonna ses infidélités; sa douceur et sa soumission le ramenèrent à elle. Restée veuve à dix-neuf ans, au lieu de retourner dans son pays, elle se consacra à son beau-père, à la reine, dont elle est surintendante depuis 1774. Elle donne immensément, plus qu'elle ne peut, au point de se gêner, aussi l'appelle-t-on le bon ange dans les terres de la maison de Penthièvre. La marquise de Las Cases est sa dame d'honneur; la comtesse de Yolude de Lage, sa dame pour accompagner. Le chevalier de Florian, connu par ses jolis ouvrages, est l'écuyer de la princesse'.
' Admirable femme ! Elle s'obstina à rester près de la reine et fut massacri^e à la Force le 2 septembre. Son corps fut insulté et coupé en lambeaux. On força un malheureux perruquier à friser et poudrer les beaux cbeveux