CHAPITRE XXVllI
Essai malheureux du ballon Adorn. — M. le duc do Chartres et la machine aérienne. — Le prince Henri de Prusse. — Visiteurs. — Deuils de famille. — M. HoUand. — Naissance de la grande-duchesse Hélène. — Lettre de sou auguste mère. — Le prince Louis amoureui de la princesse Marianne Czartoriska. — Embarras. — Le mariage se fait malgré la famille de Wurtemberg. — Lettre delà grande-duchesse Marie à ce sujet. — iN('gociation. — Je réussis. — Entrevue. — Attendrissement. — M. Gérard de Ravneval ; son fils. — Le roi achète Saint-Cloud. — Le comte d'Oëls. — Le prince Henri de Prusse à KehI. — Imprimerie de M. de Beaumarchais. — Méprise. — Tremblement de terre à Montbéliard.
En arrivant à Strasbourg, je trouvai toute la ville en émoi à cause de l'essai malheureux d'un nouveau ballon construit par un sieur Adorn, opticien de cette ville. L'inventeur était dans la nacelle avec un de ses parents. L'aérostat s'éleva pendant quelques secondes, puis il retomba sur un toit où il mit le feu. Les nouveaux Icares se blessèrent tous les deux. Cette catastrophe fit grand bruit et occupa surtout la bourgeoisie et le commerce. On frémit en pensant que ces malheureux pouvaient retomber sur la flèche de la cathédrale et à l'horrible mort qui les y attendait.
Presqu'en même temps une autre histoire de ballon occupait tout Paris. M. le duc de Chartres fit faire à Saint-Cloud, l'essai de la machine aérienne; il y voulut monter, mais à peine s'éleva-t-elle aune centaine de toises, qu'il exigea d'être remis à terre;
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on n'osa pas le lui refuser, et la descente s'exécuta aux huées de tous les spectateurs. Celte aventure et le combat d'Ouessant firent justement douter du courage du prince. On ne manqua pas de vers en cette occasion ; en voici quelques-uns :
Chartres ne se voulait élever qu'un instant ; Loin du pnidfnt (ienlis il espérait le faire, Mais par malheur pour lui la grêle et le tonnerre Retracent à ses yeux le combat d'Ouessant. Le prince effrayé dit : (Ju'on nie remette à terre, J'aime mieux n'être rien sur aucun élément.
Madame la duchesse de Bourbon était navrée de ces propos, et madame la duchesse de Chartres tout autant qu'elle. Quani à M. le duc de Penthièvre, c'était pour lui une affliction de toutes les minutes; il n'en parlait jamais qu'à son confesseur; mais lorsqu'il voyait ses petits-fils, il leur prêchait sans cesse le respect de leur nom et de leur race, l'exemple de leurs ancêtres et leurs devoirs de princes du sang. Madame de Genlis, dit-on, détruit tout cela et ne les élève point en princes.
Après avoir vu nos parents, nous nous hâtâmes d'aller faire notre cour à Montbéliard ; nous y trouvâmes plusieurs visites, dont la première et la meilleure était celle du prince Henri de Prusse. Il voyageait en Suisse et ne voulut point passer si près d'une partie de sa famille sans la voir. Je fus charmée de connaître cet homme si célèbre. Il est petit de taille, il est laid, il louche d'une manière désagréable, mais
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il est plein despril, mais il a la plus charmante conversation. Je n'ai jamais connu un homme d'un esprit plus sûr et plus délicat; c'est un vrai héros en toutes choses. Le souvenir de ses exploits comme soldat, de son génie comme général, de ses talents comme homme politique, pénètre d'admiration. On peut bien dire que chez lui l'càme anoblit le corps.
Le prince Henri, qui est très-lié avec la famille de la comtesse de Wartenslehen, lui apporta des nouvelles du comte Alexandre de Wartensleben, officier aux gardes ave • lequel le prince de Prusse a été élevé et pour lequel il a beaucoup d'aôéction. C'est un noble caractère, franc et véridique. Frédéric II l'a cajolé pour savoir les secrets du jeune prince, mais Wartensleben lui a répondu fièrement qu'il était l'ami dévoué du prince, et que le rùle d'espion ne lui convenait pas. Il a payé cette réponse par trois mois de prison à Spandaw. Le prince héréditaire, pour le consoler, lui envoya une pension de cent louis, et depuis qu'il est monté sur le trône, il y a ajouté une belle prébende en lui donnant le commandement du régiment de Rœmer. Le baron de Rathsamhausen, capitaine commandant de grenadiers au régiment de Nassau, en garnison à Genève, était à Monlbéliard en même temps que le prince, ainsi que le baron de (jlaubitz, officier dans Royal- Deux-Ponts, venu de Landau avec le baron Christian de lloën, sous-lieutenant au même corps.
Puis le baron de Dettlingcu , lieutenan t dans Alsace .