‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 94 sur 220 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

plaintes et de chagrin. Elle regrettait d'abord excessivement sa sœur , puis elle avait des ennuis et des désagréments de famille très-graves et très-pénibles. J'ai dit que Catherine II voulait diriger elle-même l'éducation des deux jeunes grands-ducs Alexandre et Constantin. Elle se mit même à écrire pour leur instruction. Jusque-là les parents n'eurent que de la reconnaissance à lui témoigner. Une femme grand homme peut former un souverain; mais elle avait résolu d'emmener ses petits-fils dans le voyage qu'elle fit en Crimée. Le grand-duc Paul résista tant qu'il put, ce qui a fort mécontenté l'Impératrice , et a donné lieu à de vives discussions auxquelles la grande-duchesse Marie fut forcée de prendre part, à son très-vif regret. Enfin ses enfants prirent la petite vérole volante, et Catherine fut obligée par là de les laisser à leur mère.

Un autre chagrin qu'eut ma princesse vint mettre le comble à mes tourments. Elle aimait tendrement son frère aîné, le prince Frédéric de Wurtemberg. Il quitta le service de Prusse, et vint s'établir en Russie avecsafemme, la princesse Auguste deBrunswick. Il était lieutenant-général au service delà czarine et demeurait avec la grande-duchesse sa sœur. Celle-ci, bonne , parfaite , comme on le sait , témoigna une vive affection à sa belle-sœur, dont, malgré cela, elle n'a jamais pu acquérir la confiance. Elle le lui prouva d'une manière affligeante, et dont la grandeduchesse fut à bon droit très-blessée.

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Lu princesse Auguste avait quelquefois un peu de coquetterie et d'inconséquence , chose assez excusable à son âge. Le duc fut souvent dans le cas de lui donner des conseils et des avertissements, devoir et droit d'un mari qui tient à l'honneur de sa femme. Elle les. prit fort mal, lui en fit des reproches, et finit par le pousser à bout. Le prince se fâche pourtant difficilement, mais une fois qu'il est en colère, c'est avec une grande violence. A la suite d'une scène, un jour que la cour était réunie à l'Ermitage, à un spectacle que donnait l'Impératrice, au moment où tout le monde allait se retirer, la duchesse de Wurtemberg se jeta aux pieds de Sa Majesté eu implorant sa protection contre les violences de son mari, déclarant qu'il lui était impossible de supporter plus longtemps ses traitements affreux, qui dégénéreraient certainement en tyrannie positive dès qu'il ne serait plus contenu par la présence de l'Impératrice.

On peut juger de l'effet que produisit une pareille scène sur les spectateurs , et en particulier sur le grand-duc et la grande-duchesse, aussi étonnés, aussi stupéfaits que blessés d'avoir ignoré un pareil éclat, qu'ils auraient tâché de prévenir par tous les moyens possibles.

Ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'est que Catherine fut si bien circonvenue par la duchesse et ses adhérents, qu'elle lui donna à peu près raison et la fît rester près d'elle à l'Ermitage. La duchesse Auguste

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