PRECIS
DES TENTATIVES QUI ONT ETE FAITES POUR ARRACHER LA REINE A LA CAPTIVITE DU TEMPLE.
J'Étais lié avec M. de Jarjayes long-temps avant la révolution. Les déplorables événemens qu'elle fit éclater dès son origine fortifièrent notre amitié. Unis d'opinions et de principes , remplis de respect pour le trône , d'un dévouement sans bornes pour l'excellent prince qui l'occupait, nous nous encouragions l'un l'autre à le servir. Nous savions que donner des preuves de fidélité à Louis XVI dans ses malheurs, c'était acquérir sur-le-champ des droits à la bienveillance de la reine. Cette princesse n'ignorait pas de quels sentimens de respect et de reconnaissance madame de Jarjayes et son mari étaient pénétrés pour elle et pour sa famille. Tant que les événemens me permirent de rester en France, je fus témoin de leur zèle , et quelquefois je fus assez heureux pour le seconder de mes efforts. Une modestie bien rare, et qui n'accompagne jamais que le vrai mérite, les a toujours empêchés d'occuper le public d'eux - mêmes et des services qu'ils avaient en le bonheur de rendre. Les vrais
amis du trône mettent leur gloire à le servir plutôt qu1à s'en vanter. Tous deux , en exposant plusieurs fois leurs jours, croyaient Savoir rempli qu'un devoir : mais le silence qu'ils s'étaient prescrit, l'amitié peut le rompre ; et depuis que M. de Jarjayes n'est plus , sa mort semble m'imposer la tâche de rendre cet hommage à la mémoire d'un serviteur fidèle.
Aussi long-temps qu'il nous avait été possible de donner en France des preuves de notre respectueux attachement pour Louis XVI et pour la reine, nous n'avions eu, M. de Jarjayes et moi à l'égard l'un de l'autre, d'autre réserve que celle qui nous était prescrite par la confiance dont on daignait nous honorer et par l'importance des missions que nous avions à remplir. Du reste, nous aimions à nous communiquer, dans tous nos entretiens, nos sentimens , nos espérances et nos vœux. Nous étions séparés à l'époque des forfaits qui ont souillé l'histoire ; mais lorsqu'enfin , après de si grands attentats, après de si tragiques catastrophes, après tant de périls et de si longs malheurs, la légitimité eut reconquis ses droits et la famille des Bourbons son troue , combien il fut doux pour M. de Jarjayes et pour moi de nous retrouver dévoués encore à la même cause et pénétrés des mêmes sentimens? Notre ancienne amitié n'avait rien perdu de sa force, et c'est dans les entretiens de M. de Jarjayes, dans les communications que sa respectable veuve
a bien voulu me faire, que j'ai puise' les matériaux du rapide exposé qu'on va lire.
M. de Jarjayes, né en 174$ d'une famille ancienne et distinguée de la province du Dauphiné, militaire instruit et estimé, nommé par le roi maréchal-de-camp, chargé en 1791 de la direction du dépôt de la guerre, perdit cette place quelque temps après , mais n'émigra point d'abord: il avait reçu l'ordre particulier et formel de ne pas quitter la capitale.
Après le malheureux voyage de Varennes , la famille royale étant rentrée aux Tuileries, où elle fut en quelque sorte constituée prisonnière , madame de Jarjayes sollicita, comme une faveur , et obtint d'y être renfermée avec son auguste maitresse. Cette circonstance , facilitant à son mari l'entrée habituelle du château , le mit à même de signaler son zèle , en se chargeant d'une foule de missions délicates et secrètes. Bientôt après une mission plus importante l'appela en Piémont, près de S. A. R. Monsieur (aujourd'hui régnant). De reïour à Paris, on le vit successivement figurer au 10 août, à la Convention, dans la loge du Logographe , en un mot , dans toutes les occasions périlleuses qui se présentèrent.
La translation de Leurs Majestés au Temple déconcerta les projets de leurs plus fidèles serviteurs, mais n'ôta pas à M. de Jarjayes toute espérance de leur être encore utile; cependant accablé de
douleur, anéanti par l'horrible journe'e du 21 janvier, il était sur le point de tomber dans le découragement et d'abandonner la France, lorsqu'un inconnu se présente chez lui et demande à l'entretenir en secret (c'e'tait le 2 fe'vrier 1793). Cet homme est introduit , conduit dans une pièce e'carte'e , tête à tête avec le général : son costume , le son de sa voix , ses manières , tout annonce un révolutionnaire. M. de Jarjayes l'examine avec inquiétude et craint d'apprendre l'objet de sa visite. Tout-à-coup , qu'on juge de sa surprise , cet homme se précipite à ses pieds : c'est un coupable qui vient réclamer l'indulgence du général , solliciter sa confiance, témoigner un repentir profond de la conduite qu'il a tenue jusqu'alors, offrir enfin de s'entendre avec lui pour sauver les augustes prisonniers du Temple. Résigné à tout événement pour lui - même , mais tremblant qu'un mot, un geste imprudent ne livrent des têtes si chères à la fureur de leurs bourreaux , M. de Jarjayes repousse les confidences de l'inconnu. Pour preuve de sa bonne foi , celui-ci tire de sa poche un petit billet, le lui présente, et M, de Jarjayes y lit ces mots tracés par une main qu'il ne pouvait méconnaître :
« Vous pouvez prendre confiance en l'homme » qui vous parlera de ma part, en vous remettant )» ce billet. Ses sentimens me sont connus; depuis )> cinq mois il n'a pas varié. Ne vous fiez pas trop
POUR SAUVER LA REINE. . j3
t) à la femme de l'homme qui est enfermé ici avec » nous : je ne me fie ni à elle, ni à son mari. »
Mais qui donc a tracé ces lignes? La reine! et quel est cet homme? c'est Toulan; Toulansi connu par son fanatisme révolutionnaire ! fanatisme qui lui a mérité la place de commissaire chargé de surveiller la famille royale au Temple.
A peine revenu de sa surprise, M. de Jarjayes s'empressa de demander à Toulan quels moyens il pouvait avoir de réaliser son projet. Le membre de la commune, sans expliquer entièrement ses desseins, déclare seulement qu'il aurait besoin d'être secondé par un de ses collègues , et que si Ton pouvait parvenir à gagner cet autre commissaire, il croirait pouvoir répondre du succès. Le billet écrit par la reine ne pouvait laisser aucun doute à M. de Jarjayes; cependant comme Fimportance d'une telle entreprise exigeait qu'on n'agît point sans certitude, et qu'il comptait pour rien des périls qui n'atteindraient que lui, le général demanda à Toulan s'il ne pourrait pas l'introduire au Temple pour qu'il pût y parler un moment à Sa Majesté. Sans se dissimuler les difficultés d'une telle tentative , Toulan ne les regarda pas comme insurmontables, mais avant tout il pria le général de lui remettre un mot qui pût prouver à la reine que ses vœux avaient été remplis. M. de Jarjayes n'hésita point à donner un mot d'écrit, et peu de jours après Toulan lui rapporta
le billet suivant : «Maintenant si vous êtes de'cidé » à venir ici il serait mieux que ce fût bientôt. Mais » mon Dieu! prenez bien garde d'être reconnu, et » surtout de la femme qui est enfermée ici avec )> nous!»
Cette femme qui excitait les soupçons de la reine se nommait Tison. Son mari avait été placé avec elle au Temple par la commune, pour y aider, disait-on , MM. Hue et Cléry dans leurs services , mais en réalité pour y épier les moindres actions de la famille royale. Comme avec une hypocrisie vraiment infernale , elle semblait entrer dans toutes les peines des augustes captifs ; ils tremblaient que leurs amis ou leurs fidèles serviteurs , séduits par ces faux semblans d'intérêt, ne se laissassent aller à des confidences dont on aurait profité pour les perdre.
Sous un déguisement qui 1' aurait rendu méconnaissable à tous les yeux, M. de Jarjayes fut introduit au Temple par Toulan; il vit la reine : il lui parla. Sa Majesté lui recommanda d'écouter et d'examiner les plans d'évasion que lui proposerait le membre de la commune; et, dans un moment qui pouvait décider de son sort, cette excellente princesse, occupée de celui des autres, recommanda surtout à M. de Jarjayes de lui donner des détails sur ceux de ses anciens serviteurs dont ses malheurs n'auraient point refroidi le zèle.
V peine le général avait-il quitté la tour du
Temple, que toujours frappée-dé ridée des dangers auxquels une indiscrétion pouvait exposer M. de Jarjayes, la reine lui fît parvenir les mots suivans. Nous ne citons ce billet que pour montrer à quel point Sa Majesté craignait d'exposer ceux qui désiraient la servir.
« Prenez garde à madame Archi. Elle me » paraît bien liée avec l'homme et la femme dont » je vous parle dans l'autre billet. Tâchez de voir » madame Th.; on vous expliquera pourquoi; » comment est votre femme? Elle a le cœur trop » bon pour n'être pas malade. »
Ce seul témoignage d'intérêt de la part de leur souveraine eût suffi aux yeux de M. et de madame de Jarjayes pour les récompenser de leur zèle. Le mari avait répondu par écrit aux demandes que Sa Majesté lui avait faites de vive voix, lors de l'entrevue du Temple. Bientôt il reçut de Sa Majesté une lettre plus importante , la voici :
« Votre billet m'a fait du bien. Je n'avais aucun » doute sur le Nivernais , mais j'étais au désespoir » qu'on pût seulement en penser du mal. Écoutez » bien les idées qu'on vous proposera : examinez- » les bien dans votre prudence; pour nous, nous » nous livrons avec une confiance entière. Mon >» Dieu ! que je serais heureuse , et surtout de » pouvoir vous compter au nombre de ceux qui )> peuvent nous être utiles ! Vous verrez le nouveau » personnage; son extérieur ne prévient pas, mais
» il est absolument nécessaire, et il faut l'avoir.
» T vous dira ce qu'il faut faire pour cela.
» Tâchez de vous le procurer et de finir avec lui » avant qu'il revienne ici. Si vous ne le pouvez pas, » voyez M. de La Borde de ma part , si vous n'y m trouvez pas d'inconvénient : vous savez qu'il a » de l'argent à moi. »
M. de Jarjayes vit le commissaire et prit connaissance des projets. On devait cacher dans la tour des habits d'officiers municipaux ; la reine et madame Elisabeth , revêtues de ces habits et portant l'écharpe tricolore , seraient sorties sous ce déguisement un jour où Toulan et son collègue auraient été de garde. D'autres dispositions étaient faites pour l'évasion de Madame Royale et de son frère. Placés dans des voitures apostées et munis de passe-ports en bonne forme , on eût gagné les côtes de la Normandie , et de - là l'Angleterre. Rien de tout cela n'était impraticable; aussi M. de Jarjayes convint -il de tout avec Toulan et son collègue; mais le général répugnait à l'idée de mettre encore, en s'adressant à M. de La Borde, de nouvelles personnes dans la confidence d'un projet qu'il trouvait déjà répandu entre trop de monde. Non content de risquer sa vie, M. de Jarjayes risquait encore volontiers sa fortune. Il écrivit à ce sujet à la reine, qui lui répondit en ces mots :
« En effet, je crois qu'il est impossible de faire » aucune démarche dans ce moment près de M. de
)> La B. , toutes auraient de l'inconvénient; il vaut » mieux que ce soit vous qui finissiez cette affaire » par vous-même , si vous pouvez. J'avais pensé à » lui pour vous éviter l'avance d'une somme si » forte pour vous. »
Aucun sacrifice ne pouvait arrêter M. de Jar— jayes. L'avance fut faite. Le commissaire toucha la somme, et prit l'engagement de concourir de tout son pouvoir à l'entreprise. M. de Jarjayes reçut le lendemain le plus doux prix de ses soins dans ces mots :
« T m'a dit ce matin que vous avez fini
» avec le comm Combien un ami tel que
» vous m'est précieux ! »
La reine eût désiré que le dévouement de Toulan fut aussi récompensé : « Je serais bien aise, » écrivit- elle à M. de Jarjayes, quelques jours » après, que vous pussiez aussi faire quelque chose
» pour T Il se conduit trop bien avec nous
)> pour ne pas le. reconnaître. »
Aussi désintéressé qu'il se montrait sensible et dévoué, Toulan ne voulut rien accepter de la reine qu'une boîte en or dont elle faisait quelquefois usage; et cette boîte même fut plus tard la cause de sa perte. Sa femme ne put, dit-on , résister au désir de parler du cadeau qu'il avait reçu. Elle montra même la boîte. Des indiscrets , des malveillans ou des envieux le dénoncèrent : il périt plus tard victime de ses généreux sentimens. Mais soit qu'à
l'époque où M. de Jarjayes reçut le dernier billet qu'on vient de lire, quelque chose du projet eût déjà transpiré ; soit que la terreur, toujours croissante, rendît la surveillance plus active, et les difficultés plus nombreuses , bientôt il fut impossible de songer à sauver Madame et le jeune Roi. C'est alors que la reine , sourde aux représentations , aux instances de ses serviteurs , n'écoutant que son cœur , digne d'elle - même , et telle qu'elle s'était montrée au 6 octobre, au 20 juin, au 10 août, écrivit ce billet, éternel et touchant monument de sa tendresse maternelle :
« Nous avons fait un beau rêve , voilà tout; mais » nous y avons beaucoup gagné, en trouvant dans » cette occasion une nouvelle preuve de votre » entier dévouement pour moi. Ma confiance en » vous est sans bornes ; vous trouverez toujours » en moi du caractère et du courage : mais l'in- » térêt de mon fils est le seul qui me guide, et quel- » que bonheur que j'eusse éprouvé à être hors » d'ici, je ne peux consentir à me séparer de » lui. Au reste je reconnais bien votre attachement » dans tout ce que vous m'avez dit hier. Comptez » que je sens la bonté de vos raisons pour mon » propre intérêt , et que cette occasion peut ne » plus se rencontrer; mais je ne pourrais jouir de » rien sans mes enfans, et cette idée ne me laisse » pas même de regret. »
On éprouve, en lisant cette lettre, un sentiment inexprimable d'admiration , d'attendrissement el de douleur , en même temps qu'un redoublement d'indignation et d'horreur pour les monstres qui , non contens de s'abreuver du sang d'une reine adorable , se sont encore efforce's de souiller sa cendre et de flétrir sa mémoire : mais la vérité triomphe , les calomniateurs sont confondus , et quiconque ne partage pas leur délire, convient qu'on ne vit jamais tant de 'vertus éprouvées par tant de malheLirs (1).
La reine, par ce refus héroïque, ayant consommé le sacrifice de sa vie , car sa perte était dès-lors inévitable , il ne restait plus à M. de Jarjayes qu'une dernière preuve de dévouement à donner. Toulan , à l'aide d'une pieuse fraude, était parvenu à soustraire à la commune le cachet de Louis XVI, son anneau ainsi qu'un paquet renfermant des cheveux de tous les prisonniers du Temple. Le plus vif désir des princesses était que ces souvenirs tristes et chers à la fois fussent transmis par des mains fidèles à Monsieur, aujourd'hui régnant, et à monseigneur comte d'Artois. La reine en chargea M. de Jarjayes.
Les princes français habitaient alors Hamm en
(i) Des fac simile placés , soit au commencement , soit à la fin de cette brochure , reproduisent avec une grande exactitude cette lettre et toutes celles qui la précèdent.
8o TENTATIVES
Westphalie. M. de Jarjayes s'acquitta delà mission dont il était chargé avec autant d'exactitude que de succès : il eut le bonheur de faire parvenir à Monsieur les précieux gages de tendresse que lui adressait sa famille. Son Altesse Royale les reçut avec un douloureux plaisir : elle daigna manifester sa satisfaction au général dans une lettre remplie des témoignages d'estime les plus flatteurs* et les plus honorables dont puisse s'enorgueillir un serviteur fidèle. Cette lettre est datée de Hamm , le 14 niai 1793. On y remarque ces expressions touchantes :
« Vous m'avez procuré le bien le plus précieux » que j'aie au monde, la seule véritable consola- » tion que j'aie éprouvée depuis nos malheurs : )> il ne me manque que de témoigner moi-même » aux êtres plus chers que ma vie dont vous m'avez » donné des nouvelles, combien je les aime, com- » bien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de » leur confiance ont pénétré mon cœur des plus » doux sentimens. Mais je ne puis pas me flatter » de tant de bonheur, et je suis bien sûr que, si » vous en connaissiez un moyen , vous me l'indi- » queriez. J'aurais désiré vous voir, vous parler » de ma reconnaissance , m'entretenir avec vous » d'eux, des moindres détails , des services que » vous leur avez rendus. Mais je ne puis qu'ap- » prouver les raisons qui vous font rester en Pié-
POUR SAUVER LA REINE. 8l
)> mont. Continuez: à y servir notre jeune et mal-
» heureux roi , comme vous avez servi le frère
» que je regretterai toute ma vie. Dites de ma part
» à M. de Jolly combien je suis satisfait de sa con-
» duite , et comptez tous les deux à jamais sur
» moi.
» Louis-Stamslas-Xavier. »
Une autre lettre, écrite par Sa Majesté, datée de Vérone le 27 septembre 1795, contient l'honorable assurance des mêmes sentimens à l'égard de M. de Jarjayes. Cet officier général était entré au service du roi de Sardaigne qui l'avait pris pour son aide-de-camp (1).
Ce loyal serviteur a conservé ces lettres jusqu'à sa mort et les portait constamment sur son cœur. Elles sont maintenant entre les mains de sa respectable veuve qui a bien voulu me les communiquer.
Madame de Jarjayes n'avait été étrangère ni aux projets ni aux tentatives de son mari; et lorsqu'il eut perdu toute espérance, elle partagea bien vivement ses regrets. Sa propre conduite ne fut pas moins honorable que celle du général , et la reine dont le cœur était aussi sensible que son ame était
(1) En 181 5, lors du retour du Roi en France, M. de Jarjayes fut élevé par Sa Majesté au grade de lieutenant-général.
grande , lui donna une preuve touchante de sa reconnaissance, en chargeant M. Tronçon du Coudrai, l'un de ses défenseurs, de lui remettre deux anneaux d'or qu'elle portait aux oreilles et une mèche de ses cheveux. M. Tronçon du Coudrai ayant e'té arrêté et fouillé, on trouva ces précieux objets. Interrogé sur leur destination, il désigna madame de Jarjayes dont le nom était d'ailleurs écrit sur le papier qui les renfermait. Madame de Jarjayes fut arrêtée et mise à la Force où elle resta six semaines. Mise en liberté , elle fut arrêtée de nouveau avec la plus grande partie de sa famille , et renfermée dans le couvent des Anglaises dVm elle ne sortit qu'au bout de neuf mois, après la mort de Robespierre.
Les détails qu'on vient de lire doivent tout leur intérêt aux illustres captifs qu'ils concernent et surtout au dévouement d'une princesse qui fut l'exemple et le modèle des mères. Aujourd'hui que la Providence nous a rendu les petits-fils d'Henri IV, les sentimens de respect et d'amour que tout bon Français leur a voués, doivent puiser une force nouvelle dansla lecture de ces documens authentiques; ils mettent dans tout leur jour les vertus qui caractérisent le chef de cette auguste maison; ils attestent cette confiance réciproque, cet heureux accord, cette tendre et vive amitié fraternelle qui n'a cessé de régner un moment entre les Bourbons, accord qu'on trouverait respectable parmi de simples particuliers,
et qui a quelque chose de si noble et de si touchant dans la famille des rois.
Enfin cet exposé que j'aurais voulu pouvoir rendre plus succinct, prouve que les services les plus éminens perdent beaucoup aux yeux du public lorsqu'ils ne sont point accompagnés du talent et du désir de les faire valoir , et décèle en même temps la cause secrète du silence que madame Campan a affecté de garder sur le compte de ses estimables compagnes.
On remarque qu'elle n'a figuré dans aucune des circonstances où la reine courut des dangers. Madame de Jarjayes sollicita et obtint d'être enfermée aux Tuileries avec Sa Majesté, au retour de Varennes; madame Thibaut suivit son auguste maîtresse au Temple; madame de Navarre, femme de chambre de madame Élizabeth; madame Saint-Brice, attachée en la même qualité à monseigneur le Dauphin, et madame Bazire, femme de chambre de Son Altesse Royale Madame, y entrèrent également : il n'en fut pas de même de madame Campan qui n'y parut point : elle était toujours présente lorsqu'il s'agissait d'obtenir des faveurs pour elle-même ou pour sa famille.
BBUOTHECA