‹ Mémoire de Velazquez sur quarante et un tableaux ... avec introduction, traduction et notesChapitre 5 sur 15 · N° 453 du Museo del Prado · texte numérisé non relu

N° 453 du Museo del Prado

MÉMOIRE

V. Salle du Chapitre. — Un tableau sur bois de la main de Raphaël d'Urbino, représentant Notre- Dame assise sur un siège élevé, et devant elle, dans le bas, un coffre ou escabeau de bois. A droite se voit le jeune Tobie à genoux, portant à la main le poisson dont parle son histoire; près de lui, l'Ange qui l'accompagna. Il faut remarquer la dévotion, le respect et l'affection qu'ils montrent en regardant la Vierge et l'Enfant : tous paraissent vivants. La tête de la Vierge est belle et fière, de même que celle de l'Enfant, bien qu'il soit souriant. Il étend un bras vers ces personnages, et appuie l'autre sur un saint Jérôme agenouillé de l'autre côté, en habit de Cardinal, avec le Lion à ses pieds. Georges Vasari mentionne ce tableau dans sa vie de Raphaël -, il dit qu'il le peignit pour Naples, et qu'il était dans la Chapelle où se trouve le Crucifix qui parla à Saint Thomas Le Duc l'apporta de cette ville en Espagne 2, et l'offrit à Sa Majesté avec d'autres excellentes peintures. Ce tableau a sept pieds et demi de haut, sur cinq et demi de large 3.

1. «. . Fece a Napoli una tauola, la quale fu posta in San Domenico nella capella, doue è il Crocifisso , che parlô a san Tomaso d'Aquino... » Vasari, Délie vite de'' piu excellenti Pittori, etc. Fiorenza, i568, in-8, Terza parte, p. 76.

2. On lit dans le Mémoire de Velazquez : à la peîia ; c'est sans doute une faute d'impression, pour : à Espana.

3. Cette belle composition, connue sous le nom de la Vierge au Poisson, porte le n° 365 du Museo del Prado; elle avait été donnée par le général des Dominicains de Naples au duc de

VI. Sac?*istie. — Un autre tableau sur bois, aussi hautement estimé que le précédent, et de la main d'Antoine Corrige, représente le Christ ressuscité dans le Jardin. La Madeleine, d'une grande beauté, est agenouillée à ses pieds, et lui exprime la plus tendre affection. Le Christ est très-beau; le paysage, qui représente un effet du matin, est si remarquable, qu'il trompe les yeux autant qu'il les charme. Ce tableau a quatre pieds et demi de haut, et près de quatre de large 1 .

VII. Antisacristie. — Autre tableau sur bois de Paul Véronèse, le Mystère de la Purification. Les figures sont de dimension moyenne, et rien ne leur manque pour paraître vivantes. Qu'on remarque au milieu le vieux Siméon, couvert des insignes et des ornements du Grand Prêtre, chargé d'ans, et qui paraît appuyer son corps appesanti sur deux prêtres qui le conduisent vers la table, ou vers l'autel. La Vierge, à genoux devant lui, tient dans ses bras l'Enfant, sur un lange blanc. Tous les nus sont si beaux, si délicatement peints, qu'il semble vivant et de chair plutôt

Medina de las Torres, qui l'apporta en Espagne vers 1644, et la donna au roi l'année suivante. On l'envoya à Paris en 1 8 1 3 ; et comme la peinture était en mauvais état , elle fut transportée sur la toile où elle se trouve encore, et qu'on a rendue à l'Espagne en 1822.

1 . N° 1 32 du Museo del Prado. Comme le précédent, ce tableau avait été offert à Philippe IV par le duc de Medina de las Torres.

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que peint ; son expression trahit une vivacité naturelle à cet âge. Saint Joseph accompagne la Vierge, un cierge à la main, et derrière l'Autel on voit une femme avec des colombes dans une cage-, tout cela peint avec cette noblesse et avec cette manière large propres à l'auteur. La tète de la Vierge, représentée de trois quarts, est divine, très-belle et modeste, et les têtes des autres personnages de cette composition sont tout à fait excellentes. Un d'eux, vu de dos en avant de l'Autel que recouvre une draperie blanche, forme contraste au moyen de son vêtement jaune rayé de plusieurs couleurs; il tient à la main un livre ouvert, et complète merveilleusement la composition. Ce tableau a quatre pieds trois quarts de haut, et près de cinq de large

VIII. Antisacristie. — Un autre tableau du Titien : la Fuite en Egypte. Dans un paysage trèsbeau et plein de vérité, Notre-Dame, assise avec l'Enfant dans les bras, regardant des cerises qu'un Ange a cueillies à un arbre; de l'autre côté, Saint Joseph, souriant, debout et appuyé sur son bâton, regarde l'Enfant. Entre les arbres du paysage on voit l'ânesse paissant, et d'autres animaux dans le lointain. Au milieu des buissons, sur des terrains qui

i. Ce tableau est mentionné par Polerô dans sa Relation de los cuadros que en otro tiempo existieron en el Monasterio de San Loren^o. Madrid, 1857, in-8°.

paraissent véritables, se jouent de jeunes lapins. Du côté opposé, une mare avec des canards-, tout cela merveilleusement traité, et de la meilleure manière de ce peintre. Les figures sont moins grandes que nature. La hauteur de la toile est de cinq pieds et demi, sur douze et demi de large '.

IX. Sacristie. — Une autre toile du même artiste . le Mariage de Sainte Catherine. Notre-Dame est assise au milieu d'un paysage, l'Enfant couché sur son sein; la Sainte, agenouillée, lui fait des caresses; le petit Saint Jean -Baptiste apporte un fruit à la Vierge, qui tend la main pour le prendre. C'est un original trës-estimé. Figures plus petites que nature. Il a trois pieds et demi de haut, et près de cinq de large -.

X. Sacristie. — Un autre tableau de la main de Paris Bordone 3 : une figure de Notre-Dame assise

1. N° 472 du Museo Real. Ce tableau fut offert à Philippe IV par don Luis Mendez de Haro.

2. On ignore ce qu'est devenu ce tableau. Peut-être a-t-il été détruit dans un des incendies de l'Escurial? Polerô mentionne dans sa Relation un tableau du Titien représentant : la Vierge, l'enfant Jésus et sainte Catherine.

3. 11 est évident que Velazquez s'est trompé en mettant ici le nom de Pâris Bordone; du reste, il rectifie lui-même son erreur lorsqu'il parle plus loin (V. page 37) du même tableau, attribué par lui avec raison au Pordenone, qu'il appelle Bordonon. La description et les dimensions du sujet ne laissent pas de doute à cet égard. Ce tableau figure actuellement au Museo del Prado sous le n° 341.

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sur un siège élevé, avec l'Enfant debout sur ses genoux. A sa droite, un Saint Antoine de Padoue, et à sa gauche, Saint Roch; figures moyennes. Tout cela est peint avec un goCit excellent. Hauteur, trois pieds et demi, sur un peu moins de cinq de large.

L'Amiral de Castille, Don Juan Alfonso Gutierrez de Cabrera, quand il revint d'Italie, offrit à Sa Majesté beaucoup de peintures de choix. Parmi ces peintures, les suivantes vont à l'Escurial :

XI. Chapitre. — Une toile de Paul V ironise représentant le Christ, accompagné des Justes des Limbes, visitant sa mère, qu'il trouve en prière, pleine d'affliction et comme en extase. La tête de la Vierge est pleine d'expression, et ses traits montrent en même temps la douleur et l'allégresse. Le Christ, vêtu de blanc, est très-beau; il la bénit, et on voit à côté de lui le bon Larron avec sa Croix, les mains liées avec des cordes. Les autres Patriarches et les Prophètes, peints d'une manière excellente et avec beaucoup d'exactitude, se reconnaissent à leurs attributs. L'invention est rare, l'idée est nouvelle, l'arrangement et l'harmonie de la composition sont audessus de tout éloge. Les figures sont plus petites que nature. Cette toile a environ cinq pieds de haut, et près de huit de large 1 .

i. N° 108 du Catâlogo de Polerô, aujourd'hui à l'Escurial, dans la Sala Vicariat.

XII. Petite Ecole. — Autre toile du même auteur. Il y a représenté le martyre d'un Saint, qui pourrait être Saint Sébastien. Les personnages sont nombreux ; il y a de la variété dans les poses et dans les costumes. C'est un de ses meilleurs ouvrages. Le Saint est à genoux, et occupe déjà la place où il doit être décapité. Le bourreau lui débarrasse le cou d'une main, et tient son épée de l'autre. Le Saint, les yeux au ciel, ferme l'oreille aux conseils de quelques prêtres qui lui montrent la statue de bronze d'une déesse -, le tout peint avec un esprit et un goût singuliers. Figures de grandeur naturelle. La hauteur est de neuf pieds, et la largeur de six pieds et demi '.

XIII. Sacristie. — Autre toile qui représente Sainte Marguerite ressuscitant un enfant que porte dans ses mains un vieillard accompagné de deux autres personnes. Les figures, de grandeur naturelle, sont plus qu'à mi-corps. On la tient pour un ouvrage de la main de Michel-Ange Caravage, la peinture étant très-bonne, et de cette manière qui lui est particulière. Ce tableau a quatre pieds un quart de haut, et un peu plus de trois et demi de large 2 .

1. C'est le Martyre de saint Genest, qui figure au Museo del Prado sous le n° 53o. M. José de Madrazo en possédait une belle répétition, avec de légères variantes, qui fut vendue après sa mort à M. le marquis de Salamanca.

2. Cette toile figure dans la Relation de Polerô parmi les tableaux qui existaient à l'Escurial. On ignore ce qu'elle est devenue.

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Parmi les peintures que le Comte de Monterey apporta d'Italie et donna à Sa Majesté, que Dieu garde, se placent les suivantes.

XIV. Sacristie. — Un tableau d'Annibal Carrache: l'Assomption de Notre-Dame. Sortant du tombeau, elle monte aux cieux accompagnée d'Anges, et les Apôtres, dans des poses diverses, la regardent ravis d'étonnement. C'est une peinture de grand renom, et des meilleures que ce peintre ait faites - elle ressemble beaucoup à celles du Tintoret pour la touche, pour les teintes et pour l'arrangement de la composition. Hauteur : quatre pieds trois quarts sur trois et demi de large

XV. Sacristie. — Un autre tableau, par Fr. Sébastien del Piombo, Vénitien : le Christ portant sa Croix. Il est vêtu d'un manteau violet clair-, peinture pleine de grandeur et de force. La tête du Christ est très-belle, et elle exprime, comme le reste du corps, la fatigue causée par le poids de la Croix qui Topprime. Un soldat est à côté de lui ; sa tête, habilement peinte, semble un portrait. Derrière lui se voit un autre soldat armé. Le ton de tout le reste du tableau est sombre. Les figures, un peu plus qu'à mi-corps, de grandeur naturelle. Il circule beaucoup de copies de cet original, et il y en a deux à San Lorenzo

i . Museo del Prado, n° 90.

(FEscurial) qui paraissent de la même main1. Ce tableau a quatre pieds et demi de haut, et à peine quatre de large -.

XVI. Aulilla. — Un autre tableau de la main du Titien : le Christ montré au peuple par Pilate, et entouré de nombreux soldats \ toutes ces figures de grandeur naturelle. C'est un très-bon ouvrage, mais il a beaucoup souffert, et a quelques retouches. Sa hauteur est de plus de quatre pieds, et sa largeur de trois pieds et demi 3.

Les peintures mentionnées sont accompagnées d'autres tableaux sacrés, au nombre de vingt-quatre : ce sont les suivants :

XVil. Sacristie. — Le fameux Saint Sébastien du grand Titien (qui appartenait aux Comtes de Benavente), figure de grandeur naturelle, dans une niche; il a les mains attachées derrière le dos, et est percé de deux flèches \ il lève la tête au Ciel avec une vive expression de tendresse. Outre la beauté de la pose, le corps est d'un coloris si divin, qu'il paraît vivant et de chair +.

1. Une de ces copies, sur ardoise, figure au Museo del Prado sous le n° 3g8. L'autre se trouve encore à l'Escurial, dans le Camarin, et porte le n°gi2 du catalogue de ce monastère.

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