ET LES FORTIFICATIONS DE L ANCIEN CHERBOURG
depuis la place Criquoville jusqu'à la rue Quai-ciu-Bassin , la rue du Château cl la rue Nolrc-Dame.
Quanl à l'enceinte de la ville, nous pouvons en retrouver le iriicé sur les rues actuelles. En parlant de la tour des Sarrasins, qui correspondait à la place qui porte aujourd'hui le nom de place Briqueville, et en montant vers le nord, la contre-escarpe du fossé suivait directement la rue de la Marine jusqu'en face la tour de l'Eglise, qui vient d'être démolie. En retournant à l'ouest, on rencontrait bientôt la tour de Gouberville, et un peu plus bas vers le sud , la tour Carrée , sur remplacement de laquelle l'obélisque en granit de la place d'Armes s'élève aujourd'hui. Les fossés suivaient remplacement de la rue des Corderies, de la place de la Fontaine et de la rue de la Fontaine. Nous avons l'cucontré à l'angle de la rue des Corderies et de la place de la Fontaine, la tour Cornette et une porte d'entrée de la ville ; en nous dirigeant vers l'est, par la rue Corne-de-Gerf , nous passions sur le bastion Saint-François, qui protégeait la principale porte de la ville, à l'extrémité de la rue des Portes. La rue des Tribunaux nous conduit sur le quai du Bassin, à l'emplacement du bastion du Moulin , et en gagnant vers le nord, après avoir passé devant la tour du Moulin , nous arrivons à peu de distance de notre point de départ, sur la place Briqueville.
Telle était l'étendue de Cherbourg il y a deux siècles. Le port était une espèce de vasièrc qui s'étendait le long du faubourg à l'emplacement des halles et de la prison, avec un quai en pierres sèches , dont les riverains avaient fait tous les frais. Joignez à cela quatre ou cinq mille habitants sans commerce , sans industrie et voua aurez une idée de l'aspect de Cherbourg au moment de l'arrivée de Vauban.
Vauban analyse avec un grand soin les travaux à faire pour l'cmeltre Cherbourg en état de figurer au rang des places fortes du royaume; il indique tous les changements à faire aux rem-
s NOTU'.K SCR VAL'BAN
paris, il protège chaque lour par un haslion, puis ii soif Iiardinienl de la limite de la ville et il trace une nouvelle enceinte bastionnée, qui s'étend jusqu'à la rue du Cliantici' d'une part, et qui de l'autre enveloppe tout l'ancien faubourg. 11 ne paraît pas que Vauban ait compris que la rade pouvait être fermée, et pourtant il ne se méprenait pas sur l'importance maritime de Cherbourg. Je ne connais pas déport, dit-il, plus important que celui de Cherbourg, et il vaudrait mieax que les Anglais eussent fait descente à Calais ou à Boulogne plutôt que dans notre presqu'île.
Je ne puis m'empécher de faire ici une remaïqtic qui peut avoir son importance. Ce qui semble préoccuper surtout Vauban c'est la position audacieuse que Cherbourg occupe à l'extrémité de la presqu'île. Il considère notre ville comme la clef de voi'ite du royaume. Une fois maître de cette position, l'ennemi (et c'est l'Anglais qui est réteruel ennemi de Cherbourg), l'ennemi pourra s'y fortifier à son tour, prendre tous les établissements qui lui conviendront et s'avancer ensuite dans l'intérieur sans danger ni sans résistance. Cherbourg doit tout attendre du courage de sa garnison. Comment faire venir promplement à son secours nos armées du centre ou de la frontière? — A l'époque où Vauban écrivait, le problème était insoluble; mais avec nos moyens de transport actuels , il est facile de dire que s'il eût écrit de nos jours le premier moyen de défense qu'il eut demandé pour Cherbourg, vous l'avez déjà nommé, c'est un chemin de fer.
Enfin , le travail de Vauban renferme le compte exact de la dépense nécessaire pour remettre les fortifications en état et pour augmenter la ville d'une manière notable , c'est-à-dire en lui donnant un développement de 867 toises de pourtour. Ce devis s'élevait à la somme de 2,102,409' G" 4'' (*).
(*) L'or vali'il on 1688 , 448^ le marc, il vaut maintenant 800^0 marc
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Celle somme parât énorme et les projets de Vauban restèrent dans les cartons. Je n'ai pas besoin de dire ce qui eut lieu depuis. Quelques années après on rasait ces vieux débris si dispendieux à réparer. Il fallut que la France apprît, par les revers de la Hougue et les désastres de 1758 , à juger de l'importance de Cherbourg ('). Aussi, un siè<:le après Vauban^ Louis XVI et
La dépense de 2,402,409' 6* i^ correspond donc aujourd'hui à la somme de 3,744,501' 13^ 8^ 1/2.
(') Cherbourg avec son ciel brumeux, avec ses formidables tempêtes qui mugissent l'hiver à nos oreilles , avec sa poussière de granit q\ie le vent soulève encore au fond de ses immerises bassins, est assurément l'entrepnse la plus gigantesque des temps modernes. Ce n'est pas en effet une ville qui grandit , qui se développe , c'est la création de tout un siècle , ce sont les travaux de tout un peuple, c'est la lutte de deux puissances rivales , c'est le triomphe de l'humanité sur la nature , c'est la plus «éclatante victoire de l'homme sur les éléments.
Les travaux de la Digue ont été arrêtés en principe dès 1777, ils n'ont été mis à exécution que quelques années plus tard. Originairement cette ' Digue dont les fondements furent jetés à plus d'une lieue du rivage devait être composée d'une série de cages en bois juxta-posées et remplies de pierres. Chaque cage ayant la forme d'un cône tronqué se composait de 90 montants de 124 pieds de hauteur , et couvrait une surface de 17,20u pieils carrés à la base. Il entrait 24.000 pieds cubes de bois dans la construction de ces cônes qui contenaient 2,700 toises cubes de pierres et pesaient plus de 100,0(X),000 de livres. — Cependant le système des cônes ayant été abandonné pour un nouveau mode de construction , l'île factice de la Digue a été formée par une masse de pierres jetée à fond perdu qui représente acluellem^t un volume de 3,755,000 mètres cubes. — On a construit au centre de cette île des casernes, des maisons, un fort et un phare; puis des deux côtés, la crête de^l'île a été couronnée dans toute sa longueur par un ouvrage de maçonnerie et les deux extrémités de ces bras gigantesques ont été disposées pour recevoir deux forts. — Aujourd'hui la Digue est à peu près terminée , elle représente un solide de IJjO mètres de base, 22 mètres de hauteur cl 3,G58 mètres de long, formant une masse de 4,6io,100 mètres cubes. — Lorsque la
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TS'apolt'on jclcroiil les fondcMuonls (l'un travail qui devait conter à la France quatre-vingts ans do travaux cl plus de deux cents millions de dépenses, pour nous donner le Cherbourg que l'on admire aujourd'hui (').