‹ Mémoire du maréchal de Vauban sur les fortifications de CherbourgChapitre 4 sur 15 · DESCRIPTION DE CHERBOURG ET DE SA PRESQU ISLE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE CHERBOURG ET DE SA PRESQU ISLE

Cherbourg, ville de Normandie de l'évêché deCoutances, est assise sui- le bord de la mer, à 70 lieues de Calais et 80 de Ouessant, qui sont les deux extrémités de la Manche ; à 21 lieues de l'île de With et 28 de Portsmouth, l'un des plus considérables ports de l'Angleterre; à 55 lieues du Havre, 31 deSainl- Malo, 25 de Caen, i8 de Bayeux, H do Carentan , d6 de Coutances, 4 deValognes, 21 de Granville, 15deGersey, 15 de Garnesey et 10 d'Orney ou Origny, ces trois derniers sont des fsles angloises; le tout à mesurer en ligne droite d'un lieu à l'autre , et non en suivant les sinuosités de la nier et des «iiemins; elle occupe à peu de chose près le milieu de cette terre de Normandie qui par son avancé dans la Manche, forme

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une presqu'islc de 11 à 42 lieuts de long (*) s^i 0 à 10 do largo , dont risllinie se peut prendre depuis Carenlan , jusqu'à Créances , |)ar un esi)ace de cinq lieues seulenienl ; parce que la mer monte jusqu'à Carentan , dont la rivière est si profonde qu'elle porte des bâtiments de mer de 30 à 40 tonneaux , et celle de Créances a quelques deux lieues et demie de cours, dans les terres où la mer remonte à toutes les marées. L'espace, entre ces deux rivières est composé de collines, marécages et petits bois taillis, entrecoupés de chemins creux, étroits et d'herbages fermés de gi'osses haies et fossés. D'ailleurs le cours des rivières Douves qui poi'lent bateau depuis Saint-Sauveur en bas, et celle de Carentan, et de Plessis, sont toujoui^s accompagnées de marais extrêmement fangeux quand il a plu, et tout le pays gias est presque impraticable pour les charrois et la cavalerie. Le milieu du pays est bossu et couvert de bois fort épais par les forets de Valogncs, Saint-Sauveur et Bricquebec; les deux premières au Roi et la troisième aux héritiers de M. de Longueville, lesquelles s'étendent jusqu'à un quart de lieue de Cherbourg, et font une suite de bois qui a 7 à 8 lieues de long sur -i de large; n'y ayant que très peu dévide entre deux. L'épaisseur de ces bois jointe à la rudesse naturelle du pays tout coupé de haut en bas, quelquefois fortroide, ne laissant au plus que des défilés fort étroits, et très dangereux aux armées qui auraient à les pénétrer pour aller chercher l'ennemi du côté de Cherbourg. Le surplus du pays est naturellement coupé de bois taillis, et de landes qui sont toutes pleines d'eau pendant l'hiver. Les environs du cap de la llague et fosse d'Omonville en peuvent être exceptés, bien qu'ils soient mêlés de hauts et de bas, et de beaucoup de landes. Ce coin de pays est scc et de^

(') Ce boul toutes lioiics de 24 au dcj;ré.

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peu de rapport ; non tant coupé que l'autre, mais il est de petite étendue.

Quant à la fertilité de cette presqu'isle , on peut dire généralement parlant qu'elle est très-grande ; car les fourrages , blés , cidres, bœufs gras, moulons et tous autres bostiaux y abondent plus qu'en autre pays du royaume : en un mot , c'est un pays qui , un peu ménagé , pourrait nourrir une armée de trente mille hommes six mois durant. Du surplus il peut y avoir huit ou dix tant villes que gros bourgs, et plus de 500 paroisses qui contiennent [jrès de cent vingt mille âmes.

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