LA. COTE
Depuis l'embouchure des rivières de Carentan jusqu'à la Hougue , il y a six à sept lieues de plage platte , mais non propre aux descentes ; parce que les gros navires n'en sauraient approcher à Irois-quarls de lieue près.
A la Hougue il y a un espace propre aux descentes qui a bien trois-quarts de lieue de long.
De la Hougue à Barflcur, deux lieues et demie, et un espace propre aux descentes , vis-à-vis du lieu appelé Maison blanche, qui a quelques 800 toises de long.
De Barfleur au cap Levy, il y a deux lieues de côte ferrée dont on ne peut approcher.
Du cap Levy à Cherbourg, 5 lieues de côte platte, mêlée par endroits do rochers, l'une et l'autre peu propres aux descentes.
De Cherbourg à Querqueville, une lieue de descente, par une baie de sable d'environ mille toises de côte , où les vaisseaux peuvent mouiller, côté en travers, à portée de mousquet.
Il MF,.\!0I1\E DE VAUr.AN.
De Qiier(|uevi!l(! à Nac(iiiovillo, descente do trois- qiuuts de lieue d'étijiukio, que les vaisseaux peuvent soutenir à demipoilée de canon.
De Nacqueville ù Omonville, deux lieues de cùîe ferrée , foi t éiovée et non propre aux descentes.
D'Onionville au ca[) de la Haguc , deux lieues et demie de côte ferrée et fort saie, où il y a de gi'andes marées et de terribles courants.
Du cap de la Hague à l'anse de Vauviîle, une bonne lieue.
De l'anse de Vauviîle au cap de Flamanville, deux bonnes lieues de belle descente, dont les vaisseaux peuvent approcher à demi- portée de canon, en basse mer, qui est le temps propre à mettre à terre ; mais toute volée quand elle est haute ; ce qu'il est bon de remarquer.
A Flamanville, il y a des rochers qui durent une lieue.
De Flamanville au Kozcl , une lieue de côte ferrée , et non propre aux descentes.
Du Rozel à Carterel, trois lieues de plage oi'i l'on pourroit descendre, mais avec difficulté, à cause de la violence des courants.
De Carterel à Sainl-Germain-sur-Ay , deux lieues et demie de côte de sable, mêlée de rochers, non propre aux descentes.
De Sainl-Germain-sur-Ay à Créances , une lieue et demie. Il y a près de là deux embouchures de petites rivièKes; et pas de lieux propres aux descentes.
De Créances à Carentan , c'est l'isthme ou gorge de la presfju'isle, dont la nature et qualité ont été ci-devant expliquées.
Voilà donc cinq endroits bien marqués , à l'enlour de cette presqu'isle, où l'on peut faire descente avec des armées navales, outre quoi il y a la rade de la Hougue, qu'on tient la meilleure lie Fiance , et celle de Cherbourg, qui est d'assez bonne tenue.
MÉMOIRE DE VAUBAN. ïli
CIIERBOUKG EN PARTICULIER.
Quoique je ne voie rien qui marque le temps que Cherbourg a été bâti , on voit assez manirestemcnt que ça été une forteresse des Romains ; car leur manière de bàlir paroît encore dans les murs du château. Or, que ce!a ait été, on n'en peut guère douter , vu l'imporlance de son assiette qui a redoublé de considération dès la première domination des François, à qui elle servoil de place Irontière et maritime, à cause de l'Angleterre dont ils u'étoient pas les maîtres. Cette même considération passa aux Normands, et ensuite aux Anglois, mais pour d'autres raisons ; après quoi étant retombée entre les mains des François , sous le règne de Charles VII , qui la prit en 1450, elle est demeurée, à fort peu de chose près, en l'état qu'on la trouva, quoique la consf'îquence en soit plus grande qu'elle n'a jamais été ; hors les trois pièces ( 1 , 2 et 5) qui valent très-peu de chose , on ne voit rien qui puisse marquer qu'on ait songé à elle.
Cette place est composée de Viiie , Château et Donjon ; les uns et les autres revêtus à l'antique avec des murs épais de 5 à 6 pieds mesurés pai* le haut de bonne hauteur ; peu de talus et couronnés d'un mâchicoulis tout à l'entour, qui est rompu eu beaucoup d'endroits, avec un petit parapet au devant, d'un pied d'épaisseur, coupé d'arches et percé de créneaux partout: il est en beaucoup d'endroits ébréché et en d'autres abattu tout à fait.
La maçonnerie est apparemment de moellon brut , partie ardcisin et partie d'une espèce de grès de fort bonne qualité ; la
ît) MÉMOTRE DE VAUItAN.
<iiaux en est admirable, el les moriiers non moins excellents que ceux de Mets.
Le donjon est fermé de 4 tours principales, dont la plus élevée (4) a d6 luises de haut, à mesurer depuis le fond du fossé, sur 5 toises de diamètre ; celle qui suit après (B) 14 toises sur la même épaisseur; la 3« (C) -13 toises, et la 4* (D) dl toises et demie. Les carrées sont plutôt des bâtiments adossés que des tours de défense. Les rondes ont plusieurs étages , presque tous voûtés , et la plus grande partie des voûtes en bon état.
Ces tours sont liées les unes aux autres par autant de courtines de il toises de haut chacune: elles étoient , ci-devant, adossées de trois étages de bâtiments dans lesquels on eût pu trouver de quoi loger mille hommes, et mettre à couvert les munitions de guerre et de bouche nécessaires à la défense de la ville et du château , avec des fours , moulins , puits , prisons et généralement tout ce qui peut faire besoin à une place de guerre ; mais tout est tombé , et à quelques voûtes près qui subsistent encore, il n'y est demeuré sur pied que les gros murs, et la plus grande quantité de ceux de refend, à la faveur desquels il serait aisé de rétablir le reste et de le remettre en son premier état.
Le château est flanqué de 12 tours , y compris 3 du donjon , liées par autant de courtines ; toutes ces tours sont de hauteur inégale , et de structure différente : mais toutes couronnées par des mâchicoulis , avec un petit parapet au dessus , et les gros murs d'assez bonne épaisseur pour que la plupart soient bien sur leurs plombs.
Il y avoit deux ou trois étages à chacune , avec autant de cheminées, des caves au dessous, et le haut voûté en plate-forme : ce qui marque que la garnison logeoit dedans; les murs des courtines sont de même nature que ceux des tours, ayant des mâchicoulis avec des parapets au sommet, un chemin de ronde tout