DÉTAIL DE MES SERVICES DEPUIS 1720 JUSQU'EN
Nous étions quatre frères qui, dès notre enfance, fûmes tous | destinés au service ; mon père qui vint en Canada Capitaine d’une compagnie détachée de la marine, qui toute sa vie avait fait ses délices des fatigues et des dangers inséparables de cet état, ne crut pas devoir en faire embrasser d’autres à ses enfants; il pensa même que les témoignages flatteurs que Sa Majesté lui avoit donnés dans tous les tems de sa satisfaction lui en faisoient un devoir, et que c’étoit ce qu’il pouvoit faire de mieux pour lui donner des preuves de sa reconnaissance. Le Roy l’avoit nommé d’abord au gouvernement des Trois-Rivières ; informé du zèle avec lequel mon père avait rempli cette place pendant dix ans, Sa Majesté luy accorda celui de Montréal où il a continué de servir avec distinction pendant l’espace de vingt années, et où il est mort dans l'exercice de ses fonctions.
Mes trois frères sont morts au service: L’aîné qui étoit dans la marine fut tué à la bataille de Rio Janeiro ; le second a été tué par les Charaquis ; le troisième qui étoit déjà Capitaine a péri dans le vaisseau du Roy le Chameau. | Je fus fait Enseigne dans les trouppes de la Colonie en 1720. | J'ai servi dans la garnison de Montréal jusqu’en 1726, que je fus |! nommé Lieutenant et envoyé à Niagara avec d’autres officiers, {1 pour y établir un fort qui servi de barrière aux entreprises des Angjlois qui venoient de s'établir à Chouaguen. En 1728 je fis la campagne des Renards sous les ordres de M. de Lignery.
En 1731, on m'envoya à la pointe de Chagamigou pour y maintenir les sauvages dans l’obéissance du Roy, et dissiper une conjuration qui se formoit contre nous, entre-eux et les Anglois ; ceux-cy leur avoient envoyé un collier pour les engager à se joindre à toutes les nations, et à égorger tous les François qui étoient dans les différents postes dont nous étions en possession, Je réussi dans ma négociation ; je me fis remettre par les sauvages le a2
collier qu’ils avoient reçu, et je l’envoyai à M. le Marquis de Beauharnois, alors gouverneur général,
En 1734 je fus nommé Capitaine.
En 1742 on me confia le commandement da poste de Nepigon, place très délicate par sa proximité du fort Rupert qu’occupent les Anglois dans la Baye d'Hudson, et par la difficulté qu'il y avoit à contenir les sauvages.
En 1746, je fus envoyé à l’Accadie, à la tête de 1800 hommes Canadiens et sauvages, pour y attendre l’escadre françoise commandée par M. le Duc d’Anville. On peut consulter l’état de mes services, certifié et signé de M. le Marquis de Vaudreuil, dont copie est à la suite de ce mémoire sous le Numéro (1).
On y verra les preuves du zèle et d'intelligence, que je donnai pendant quatorze mois que je restai à l’Accadie.
J’eus l'honneur, au mois de mars 1747, de rendre compte à M. le comte de Maurepas, alors Ministre de la Marine, de touttes mes opérations dans le cours de cette campagne. Il eut la bonté d’en rendre compte luy-même au Roy qui en fut très satisfait. Aussi, je ne fus pas longtems sans recevoir de nouvelles marques de sa satisfaction.
+ En 1749, Sa Majesté, qui m’avoit décoré l’année précédente de la Croix de St. Louis, me nomma Major de Québec. Pendant neuf ans que j'ai occupé cette place, qui n’ouvre pas à la vérité une carrière à des actions bien éclatantes, mais dont les détails sont immences, surtout dans le tems de la guerre, je crois que ma conduite a été exempte de tous reproches, et que ce fut mon exactitude et ma vigilance à remplir tous mes devoirs, qui m'attira la nouvelle marque de confiance que le Roy me donna en 1758, en me nommant Lieutenant de Roy de la même ville de Québec. Le Prince n’a pas coutume d’avancer dans le service un officier dont il n’a pas lieu d’être content. Aussi, je me bornerai icy à faire remarquer, que jusqu’en 1758, Sa Majesté a toujours été sans contredit pleinement satisfaitte de mes services, puisque depuis 1720 j'ai éprouvé successivement de nouvelles marques de sa bonté, et que je suis parvenu aux premières places auxquelles on pouvoit aspirer en Canada dans le militaire. Je suprime touttes les autres réflexions que je pourrois faire la dessus à mon avantage. Je passe à l'objet essentiel, à l’exposition fidèle de la conduite
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irréprochable que j'ay tenue dans la deffense et la reddition de Québec. (C’est sans doute sur cette partie de mes services qu’on a travaillé, et trop bien réussi à donner de moy à la cour des idées désavantageuses, et à jetter des soupçons sur la constance de mon zèle,