‹ Mémoire du Sieur de Ramezay, commandant à Québec, au sujet de la reddition de cette ville, le 18e septembre 1759 [microforme]Chapitre 2 sur 27 · RELATION DU SIÉGE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

RELATION DU SIÉGE DE QUÉBEC

pu 27 MAI au 8 AOÛT, 1759.

(Archives du département de la guerre, Paris.)

Depuis que les Angloïis ont commencé les hostilités en Canada, l'on sait les différentes dispositions qu’ils ont faites pour s’en rendre maîtres, les forces immenses qu'ils ont rassemblées dans le haut du continent pour attaquer nos établissements de ce côté et celles qu’ils se préparoient à faire monter le fleuve St. Laurent pour assiéger en même temps Québec.

Nous apprîmes le 17 et le 19 de mai dernier, par différens rapports des capitaines d’une petite flotte marchande partie de Bordeaux sous le convoi de M. Kanon, par 3 navires sortis de Rochefort sous le commandement de M. de Vauclain et par M. Sauvage, capitaine d’une frégate partie de Brest, qu’une escadre angloise les suivait dans le fleuve. On avait déjà été prévenu de l'entreprise que les ennemis projettoient pour le printems, par

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deux Acadiens prisonniers à la Nouvelle Angleterre d'où ils s'étoient sauvés. M. le Mis. de Vaudreuil, gouverneur général étoit alors à Montréal où il n’étoit occupé depuis longtems que de tous les moyens praticables pour mettre en bon état de défense les postes avancés, Il avoit envoyé à Niagara 1,500 hommes sous le commandement de M. Pouchot, capitaine au Régiment de Béarn qui a fait fortifier ce fort, et il avoit fait passer des ordres à M. de Lignery, capitaine de la Colonie qui commandoit à la Belle Rivière, de se replier à Niagara avec environ 3,000 hommes qu’il devoit avoir. M. de La Corne, autre officier de la Colonie, étoit aussi détaché avec 1,500 pour garder le dessus des rapides du côté de la Présentation sur le Lac Ontario, M. de Bourlamaque, brigadier d'Infanterie étoit chargé de la défense de Carillon avec 500 hommes qui devoient être soutenus de 1,200 autres qui étoient au Fort St. Jean à l'entrée du Lac Champlain aux ordres de M. Rigaud de Vaudreuil, indépendamment des sauvages commandés par M. de La Corne de Chapte. M. le Marquis de Vaudreuil ayant donc réglé toutes ses dispositions pour la partie supérieure du Canada et déterminé les opérations dont il laissoit le soin à M. de Levis, Maréchal de camp, pour la défense de Montréal, adressa ses ordres à M. le Mis: de Montcalm à Québec pour accélérer tous les arrangements qu'il avoit déjà pris depuis longtems pour s'opposer aux puissants efforts des ennemis. Il se rendit lui-même dans la Capitale trois jours après.

Pendant qu'il travailloit avec M. Bigot, Intendant de la Colonie, à la distribution des foibles ressources du pays, et à assurer la subsistance dans tous les gouvernements relativement au plan d’arrangement arrêté par cet Intendant qui, de son côté s'étoit occupé du ménagement des vivres, des moyens de s'en procurer, et de faire des dépôts utiles et certains à tous événements, on ferma de pieux les endroits de la ville qui restoient ouverts; on établit de nouvelles batteries sur les quais du Palais, aussi sur la construction au Cul de Sac; on plaça aussi du canon sur le haut de la côte qui conduit de la basse à la haute ville; et enfin on forma une petite armée des 5 bataillons des troupes de terres qui se trouvèrent de la Colonie, d’environ 200 hommes de troupes et des Milices et autres habitans Canadiens qui s’assemblèrent avec tant d'activité et de zèle qu’on forma sur le champ un corps de 11

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durant les années 1759 et 1760. 3

descente et y être en état de secourir la ville, On se retrancha en même tems depuis le Sault de Montmorency jusqu'à Québec. On établit des forts de communication partout, et on forma une troupe de cavalerie de 150 maitres dont le commandement fut donné à M. de la Roche Beaucourt. M. de Fiedmont, capitaine d'artillerie, donna le plan de 12 grands canots de bois sur lesquels on devoit monter un canon de 12, et on acheva la construction avec celles de 4 chaloupes carcassières qui portoient aussi un canon de 18, outre une batterie flottante portant 12 pièces de canon dont.2 de 24 qui se manœuvroient à la voile. On prépara une quantité de cajeux, chargés d'artifices pour mettre le feu aux vaisseaux ennemis, indépendamment des brûlots; on échoua à l'entrée de la petite rivière deux navires dématés sur lesquels on établit encore des batteries pour s'opposer à une descente.

Dans la nuit du 24 au 25 de Mai, les feux destinés à annoncer les ennemis furent allumés à la Pointe de Levy, et le canon de la ville en répéta le signal. Le même jour les Sr Aubert et de Plaine, Canadiens, établis à St. Barnabé pour observer ce qui se passoit dans le fleuve, envoyèrent avertir M. le Marquis de Vaudreuil qu'ils avoient vu 14 vaisseaux anglois tant de guerre que de transport; c'étoit en effet l’avant garde des ennemis, sous le commandement de l'amiral Durel, destinée à intercepter le secours que nous devions espérer de France. Sur ces nouvelles on redoubla de vigilance à l'Isle d'Orléans, à l'Isle aux Coudres et tout le long des côtes du sud audessous de Québec, d’où on fit retirer les femmes, les enfants et les bestiaux dans les concessions les plus reculées, et M. de Léry, capitaine de la Colonie, chargé de ces opérations, le fut aussi d’ordonner aux habitans en état de porter les armes de se tenir prêts à se rendre à Québec sitôt que M. le Marquis de Vaudreuil les en feroit avertir.

Quelques jours après, l’arrivée fut confirmée. Ils y débarquèrent des troupes et formèrent un camp. Cette Isle avoit été évacuée par les habitants et les ennemis ne firent aucun tort à leurs possessions ; ils s'y promenoient fort tranquillement et dans la plus grande sécurité, ce qui enhardit quelques Canadiens établis à la Baye St. Paul. Ils y passèrent, s’embusquèrent dans les bois et firent trois prisonniers parmi de étoit le petit fils de l'amiral

à 12 mille hommes qui fut établi à Beauport pour s'opposer à une

de

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Durel. Les sauvages qu'on y avoit envoyés sous le commandement de M. de Niverville n’osèrent en faire autant de peur d'être enveloppés, quelque invitation qu'on leur fit. Les Anglois, de leur côté profitoient de tous les instants et n’en perdirent pas un pour envoyer des berges sonder et mouiller des Bouées dans le Canal de la traverse où ils firent passer tort de suite quelques uns de leurs vaisseaux. Ce fut alors que nous apprîmes qu'il arrivoit

‘de nouveaux secours à l'ennemi et qu'il avoit déjà rassemblé en-

viron 30 bâtimens de toute espèce.

M. de Courtemanche partit pour l’Isle d'Orléans avec un déta-

* hement de 600 hommes, Canadiens et sauvages ; ceux-ei avoient

de leurs camarades en canots d’écorce qui attaquèrent 7 berges angloises, et le feu fut fort vif de part et d’autre, sans perte d’un geul homme de notre côté. Nous nous emparâmes d’une de ces berges sur layuelle il y avoit 8 Anglois, qui furent conduits à Québec et qui dirent qu’il y avoit 1,500 hommes de débarquement. Dès le lendemain, M. le Mercier, commandant l'artillerie, se transporta sur l'Isle d'Orléans avec quelques pièces de campagne

du calibre de huit, dont il fit tirer à boulet rouge'sur les ennemis

mouillés à St. François, mais son feu, ni celui dont les Anglois lui ripostèrent n’eurent pas de succès.

Du 18 ax 19 de Juin, un courrier expédié par le Sieur Aubert wint annoncer que le reste de la flotte angloise composée d’environ 15 voiles étoit à St. Barnabé. (Cette dernière division jointe à la première formoit alors une flotte de 160 bâtiments. Peu de jours après, les uns mouillèrent à l’Isle aux Coudres, d’autres firent tout de suite la traverse et on sut positivement que M. Saunders da commandoit, et que le général Wolfe venoit à la tête de 10,000 hommes de débarquement. On ne put tirer d'autres connaissances des prisonniers ou déserteurs. Le 27 de Juin, 3 vaisseaux de guerre s'evancèrent jusques à la vue de Québec à six heures du

. matin. Ils y mouillèrent pour faciliter l'opération d’une frégate

qui vint sonder le long de l'Isle d'Orléans, après quoi ils disparuent tous les trois, et le vent du Nord Est ayant fraichi considérablement l'après midi, quelques bâtiments ennemis de transport furent jettés à la côte. Le même jour on vit du village de Beausmont 120 ou 130 voiles, le long de l'Isle d'Orléans, mais dans ce aombre il y avoit peu de vaisseaux de guerre et quelques frégates

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seulement, pour faciliter la descente qui se fit à midi sur la dite Isle, Les ennemis se formèrent en bon ordre et furent camper. sur les hauteurs de St. Laurent au nombre de huit mille hommes, selon ce qu’en * pu juger M. de Courtemanche qui fut forcé dé. traverser à Beaupré pour se retirer, ne pouvant faire tête à telles forces avec son petit détachement. Il étoit question de brûler. cette flotte s’il étoit possible, et on l'essaya pendant la nuit du 28 au 29, en envoyant sur elle six brûlots qui ne firent aucun bon effet; les uns furent poussés hors du fil du courant et furent s’échouer ; les autres s’enflammèrent trop tôt et brûlèrent même à... la vue de Québec. On y perdit dans les flammes un nommé Dubois, capitaine d’un de ces brûlots et son second ; un seul de ces bâtimens approcha la flotte dont les chaloupes armées le détour nèrent, quoiqu’en feu. On y auroit supplée tout de suite par les. cajeux, si le gros vent de Nord Est qui avoit soufflé ne les eûf jetté à la côte auprès du Sault Montmorency où ils étoient échoués.

Le 30, nous apprîmes que les ennemis avoient mis à terre à Beaumont, paroisse audessous de la Pointe de Levy, qu'ils y avoient tué un homnse et fait un ou deux prisonniers, et qué l'officier et les habitans qui étoient encore dans cette paroisse avoient été obligés de se retirer avec précipitation dans les bois: On sut aussi dans la même matinée que les ennemis s’avançoiené par terre à la Pointe de Levy même. Ils y avoient fait mouiller 15 vaisseaux pour faciliter une autre descente qu'ils exécutèrent dès l'après midi. Alors le Sieur Charest, habitant et capitaine dé Milice, demanda à M. le Marquis de Vaudreuil la permission dé. passer sur cette Pointe dont il est le Seigneur, avec quelques habitans pour s'opposer aux opérations de l'ennemi. Il partit sur les deux heures après midi avec 15 hommes, qui furent joints par d’autres habitans de la Pointe sur laquelle les Anglois avoient déjà rassemblé 1,500 hommes autour de l'Eglise. Le Sieur Charest en avoit alors 60 qui fusillèrent jusqu’au soir et tuèrent 40 ou 50 hommes aux Anglois sans en avoir un seul de blessé, Sur les 4 heures M. le Marquis de Vaudreuil lui envoya des sauvages qu'il ne fut pas possible de réunir à cette partie. Ils se dispersèrent dans les bois et firent un prisonnier qui annonça pour la nuit suivante une descente générale, ce qui détermina à ne plus.

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enyoyer de monde à la Pointe de Levy et à rappeler le Sieur Charest qui rentra à Québec à dix heures du soir et laissa après lui quelques traîneurs qui fusillèrent encore les ennemis toute la nuit.

Dans l’idée où l’on étoit que les Anglois feroient la descente générale à Beauport et que c'étoit là où devoit se décider le sort de la Colonie, Mrs. les Marquis de Vaudreuil et de Montcalm et Mr. Bigot, Intendant, se retirèrent dès le soir avec les principaux officiers de guerre et autres, au camp qu’on avait formé à Beauport. Le commandement de la ville fut laissé à Mr. de Ramezay, lieutenant de Roy, avec une garnison de 1,500 hommes des troupes, des Milices et des équipages des navires destinés pour servir les batteries.

Le camp de Beauport fut établi à un quat de lieu audessus du Sault de Montmorency et Mr. de Levis, Maréchal de camp, y commandoit. Le quartier général étoit assis à la Canardière d’où Mrs. les Marquis de Vaudreuil et de Montcalm faisoient passer leurs ordres à tous les postes.

Le ler Juillet Mr. de Léry arriva à Québec où il pénétra par les bois. Il avait descendu le chemin d’Arlaca un peu audessus de la Pointe Levy. A 10 heures, deux frégattes s’avancèrent dans le bassin, elles y mouillèrent et canonnèrent avec des carcassières qui s’étoient approchées pour les en chasser.

On renvoya le même jour le Sieur Charest à la Pointe de Levy pour s'assurer si les Anglois y avoient débarqué de l'artillerie, mais il ne put approcher assez près du camp pour le vérifier. Le 2, le même officier de Milice fut encore à cette Pointe à 4 heures du matin, il en revint à midi, et dit que le camp des ennemis occupoit neuf arpents de terre en largeur audessous de l'Eglise sur 12 de profondeur, et qu'il n’y avoit encore point vu d’artillerie quoiqu'il s’en fut approché de très près. On rapporta le même jour un placard que le général Wolfe avoit fait afficher à la porte de l'Eglise de Beaumont ; il sera joint à la fin de cette relation. L'après midi de cette journée, il parut sur les hauteurs qui prolongent la côte de face au chateau de Québec un détachement ennemi d'environ 600 hommes sur lequel on tira le canon de la ville, et sur les 7 heures du soir cette troupe défila au camp que les Anglois avoient formé près de l'Eglise de la Pointe de Levy.

La vue de ce camp et les canons montés qu’on y découvroit déjà de la côte de Beauport, causa une telle sensation parmi les habitans Canadiens dont la bravoure est si connue qu’il s’ameutèrent en grand nombre le 3 et furent demander à Mr. le Marquis de Vaudreuil la permission de passer 4 ou 5 mille hommes à la côte du sud pour attaquer le camp des Anglois, mais cette manœuvre futimprouvée par Mr. le marquis de Montcalm qui s’étoit chargé vis-à-vis du Gouverneur Général de la défense du Canada du côté de Québec.

Le 4, Mr. de Niverville, officier de la Colonie, fut détaché pour aller camper à Sillery à une lieue audessus de Québec avec environ 200 Canadiens et sauvages et à midi les ennemis envoyèrent une chaloupe avec pavillon blanc porter une lettre à Mr. le Marquis de Vaudreuil par laquelle l'amiral lui demandoit des nouvelles des trois Anglois pris sur l'Isle aux Coudres et le prévenoit qu’il lui renverroit quelques femmes Acadiennes prises dans le fleuve. M. le Mercier fut chargé de porter la réponse, et le lendemain les Acadiennes furent renvoyées. Elle rapportèrent que les ennemis avoient débarqué des mortiers à la Pointe de Levy qu’ils n’avoient que 10,000 hommes de débarquement. On lez voyoit tous les jours se promener avec assurance autour des habitations de la Pointe Levy, quoique les habitans retirés dans les bois les harceloïent continuellement et qu'ils en tuoient chaque jou quelques uns dès qu’ils s’écartoient du détachement.

Le 6, au matin, une berge vint sonder dans le Chenal du Nord de l'Isle d'Orléans vis-à-vis le camp occupé par M. de Levis qui en avoit pris le commandement depuis qu’il étoit descendu de Montréal. Ce général détacha quelques canots sauvages qui la poursuivirent jusqu’à l’Isle d'Orléans où ils forcèrent 200 Montagnards Ecossais de se replier après avoir perdu 10 hommes. Ils y laissèrent aussi 2 des leurs et se rembarquèrent dans leurs canots ‘après avoir tué un Anglois qu’ils avoient pris parcequ'ils étoient vivement pressés par un gros détachement venu au secours des Montagnards, de façon que deux de ces sauvages n'ayant pas pu se rembarquer aussitôt que les autres, ils se jettèrent à la nage et se rendirent au camp.

La batterie flottante qu'on avoit mouillée vis-à-vis, tira sur les 5 heures du soir quelques coups de canon sur la frégatte qui s’étoit

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avancée dans le bassin et qui fut soutenue du feu des vaisseaux, mais ils ne firent pas grand mal à cette batterie de laquelle six chaloupes carcassières et canots de la façon de M. de Fiedmont s’approchèrent pour continuer à canonner les frégattes, mais ils furent vivement servis du canon des vaisseaux, et quoique les vaisseaux anglois ont prétendu n'avoir point souffert de notre feu, les frégattes se retirèrent un peu plus du côté de l'Isle d'Orléans.

La nuit suivante un François prisonnier se sauva à la nage des vaisseaux, et fit à peu près le même rapport que les Acadiennes, à l'exception qu’il annonça que les Anglois attendoient un secours de 6,000 hommes, au défaut duquel ils projettoient de substituer 4,000 matelots, et qu’ils étoient résolus d'attaquer sous 3 jours. Le 8, les ennemis établirent des batteries à la côte du sud de face à celle du chateau de Québec et travaillèrent en même temps à une redoute pour se couvrir un peu audessus. On tira des bombes et du canon sur ces travailleurs qui en parurent maltraités, mais ils n’abandonnèrent point leurs travaux, et dans le même tems et pendant plusieurs heures les vaisseaux canonnèrent beaucoup le camp de M. de Levis. Les galiottes bombardèrent aussi cette partie et sur les quatre heures du soir 30 berges ou chaloupes se portèrent sur deux vaisseaux mouillés assez près de terre à L'Ange Gardien ce qui fit présumer que ce lieu avoit été choisi pour une descente. Les galiottes recommencèrent à bombarder à 8 heures du soir jusques au lendemain. Elles jettèrent plusieurs bombes dans le camp, il n’y eut cependant qu’un seul homme blessé très légèrement.

Le 9, M. de Levis fit lever son camp et se retira dans les retranchemens audessous, près de la grève.

L'après midi les ennemis continuèrent à bombarder pour couvrir une descente faite à L'Ange Gardien, et plus bas. On s’étoit apperçu à la pointe de ce jour que leurs camps avoient beaucoup diminués sur la Pointe de Levy et sur l'Isle d'Orléans, ce qui donnoit lieu de craindre qu'ils eussent fait une descente considérable à la côte de Beaupré. (On détacha pour s’en éclairer une centaine de Canadiens et sauvages qui s’avancèrent audessous du Sault de Montmorency ; il y furent surpris par une avant garde des ennemis soutenue par une chaloupe considérable sur laquelle les sauvages firent imprudemment plusieurs décharges. Ils ont prétendu avoir

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tué 150 hommes, et qu'ils n’en ont eu que 15 tués ou blessés, Deux Car .diens et l’interprête de ces sauvages y périrent. Les ennemis avoient déjà "lacé environ cinq mille hommes sur les hauteurs de L'Ange Gardien, assez près du Sault de Montmorency avec 2 pièces de canon,

On fit l'après midi de ce même jour transporter un mortier à Beauport, et on bombarda les vaisseaux qui furent obligés de se haller hors de portée.

Le 10, les batteries de la ville réunirent leurs feux sur les travailleurs employés à la Côte de Lauzon et aux batteries entamées le 8 par les Anglois. On leur jetta aussi des bombes qui parurent

bien dirigées et tombèrent parmi eux. Il leur déserta un homme

ce jour là qui traversa à Québec et qui rapporta que le soir, ou au plus tard le lendemain matin, il y auroit 6 mortiers de 14 pouces et 8 canons de 32 livres prêts à tirer sur la ville, qu’il étoit descendu à Beaupré de 6 à 6,500 hommes, qu’il ne restoit au camp de la Pointe Levy et aux batteries dépendantes qu'environ 1,000 hommes et enfin que les officiers répandoiïent dans l’armée qu’on n’avoit perdu que 45 hommes dans l'affaire de la veille près du Sault de Montmorency; néanmoins les sauvages rapportèrent le lendemain 60 chevelures levées pendant cette action.

Le 11, un second prisonnier françois s’échappa de l'armée angloise. Il étoit parti depuis cinq jours de l’Isle d'Orléans. On

apprit par les déserteurs que leur camp des hauteurs de L'Ange

Gardien se fortifioit d'hommes et de batteries.

On vit toute cette journée transporter de l'artillerie à celle qui devoit battre la ville en face, on tira des bombes et du canon sur les charrois et sur les travailleurs. Ils durent certainement perdre beaucoup de monde ce jour là, et on a su depuis par un prisonnier qu’une seule bombe avoit tué 17 hommes. Les Canadiens toujours pleins d’ardeur et inquiets de voir les progrès des travaux des ennemis, firent de nouvelles représentations à M. le Marquis de Vaudreuil pour les laisser former un gros détachement, avec lequel ils se proposoient de passer à la Pointe de Levy pour aller détruire les ouvrages des ennemis. M. le général qui connoit l’in-

trépidité des habitans y consentit, nonobstant les représentations :

qui lui venoient d’ailleurs et promit de faire sortir ce détachement. sous les ordres de M. Dumas, major des troupes de la Colonie.

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Pendant la nuit du 11 au 12, quatre sauvages Sauteurs de nation, pénétrèrent jusqu’au camp des ennemis à L'Ange Gardien et y tuèrent deux hommes, mais l’un d'eux fut blessé, cela oecasionna quelques mouvemens dans l'avant garde des Anglois qui s’approcha un peu de celle qu’on avoit placée sur la côte auprès du Sault de Montmorency pour garder le passage sous le commandement de M. de Repentigny, capitaine des troupes de la Colonie ; il fit alors un feu qui les arrêta, il leur tua 60 hommes et ne perdit que deux Canadiens. Le 12, M. Dumas qui commandoit le détachement destiné à passer à la Pointe de Levy, le conduisit au Cap Rouge audessus de Québec, pour être à portée de traverser le soir à la côte du sud et de surprendre les ennemis le lendemain à la pointe du jour. Ce détachement étoit composé de 150 hommes des troupes de terre commandés par M. Dugla, capitaine au Régiment de Languedoc, de quelques soldats de la Colonie, d'environ 300 Canadiens tirés du camp de Beauport, et d’une grande partie des milices de la ville qui s’offrirent de bonne volonté ; de façon que M. Dumas partit avec près de 1,200 hommes. Il en auroit eu un plus grand nombre, si on avoit voulu laisser sortir tous ceux qui le demandoïent instamment, il y eut même des magistrats qui s’y offrirent avec empressement.

On vit ce même jour les Anglois travailler à un retranchement sur les hauteurs de la Pointe de Levy, maïs on ne les découvroit que de dessus la hauteur de la citadelle détruite, parceque le bois les couvroit à la ville.

Quelques vaisseaux ayant voulu se rapprocher dans le bassin sur les 4 heures du soir, les chaloupes carcassières furent les canonner. Les vaisseaux leur ripostèrent et tout ce feu n’occasionna aucun événement intéressant. À neuf heures, les Angloïs démasquèrent les batteries de canons et de mortiers qu’ils avoient dressées contre la ville à la côte du sud, elles joignoient leurs feux à celui des galiottes et pendant cette première nuit, la ville reçut plus de 200 bombes qui y firent des dommages considérables. M. Dumas ramena le 13 le détachement qu’il avoit conduit à la côte du sud, parceque dans l’obscurité de la nuit précédente, il y eut des méprises commises par les sentinelles qui conduisirent dans de si grandes erreurs, que les Canadiens tirèrent trop précipitamment et s'étant fait découvrir, il ne put exécuter son projet,

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Les Anglois firent le 14, plusieurs décharges d'artillerie de leur camp de L'Ange Gardien sur celui de M. de Levis, et à 5 heures du soir ils recommencèrent le bombardement qui s’étoit ralenti depuis le 13 au matin, et il a toujours continué depuis avec une très grande vigueur jusqu’au 17 septembre.

Le même jour dans la matinée quatre chaloupes carcassières s’avancèrent sur des transports de troupes et de munitions qui partoient des vaisseaux pour le camp de L'Ange Gardien, mais 15 berges les attaquèrent et ils furent obligés de se retirer. Les carcassières furent à leur tour forcés à la même manœuvre par le feu des vaisseaux et du camp.

Le 16 au midi, une carcasse mit le feu dans une maison de la côte qui conduit de la basse à la haute ville, et il y eut neuf maisons brûlées dans ce premier incendie.

Le 17, quelques sauvages avez trois Canadiens qui s’étoient avancés près des ennemis à L'Ange Gardien, engagèrent 100 Anglois dans une embuscade, en ne faisant approcher du camp que les trois Canadiens seulement qui feignirent de fuir; ceux-ci s’engagèrent avec le petit détachement ennemi qu’ils virent sortir, et les sauvages les voyant à portée firent une décharge complette, tuèrent plusieurs Anglois et en firent trois prisonniers.

M. de Levis fut terriblement échauffé cette nuit par les bombes et les batteries établies sur le bord du Sault de Montmorency. Il n'eut cependant que 58 hommes tués. Un vaisseau de guerre avec trois navires et deux bateaux passèrent le 18 pendant la nuit devant la ville et furent mouiller à une demi lieue audessus. Ils envoyèrent ensuite mettre le feu à un brûlot qui étoit dans l'anse des Foulons et tâchèrent de rompre à coup de canon les cajeux qu’on avoit remorqués dans cette ance et échoués sur la grève, mais ils n’y réussirent pas. M. Dumas partit aussitôt avec 500 hommes pour s'opposer à la descente qu’il y avoit à craindre de ce côté là. On renforça ce détachement le lendemain et le surlendemain. La plus grande partie de la cavalerie s’y porta aussi ; enfin on y rassembla environ 900 hommes. M. Dumas les partagea par pelotons depuis Québec jusqu’au Cap Rouge dans toutes les anses où on put débarquer.

Le 19, M. de Boishébert, capitaine de la Colonie, qui ramenoït 100 hommes de l’Acadie, rapporta qu’il y avoit encore 30 bâti-

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mens dans le fleuve, et depuis ce jour on ne put plus être informé des secours qui venoient aux ennemis, mais ils ont avoué depuis, que pendant le cours de la campagne, ils avoient fait entrer dans le fleuve 300 bâtimens dont 22 gros vaisseaux de guerre, plusieurs frégattes et 4 galiottes à bombes,

Le même jour on transporta à Samos à # de lieue de la ville un mortier et quelques canons de 18. On y établit des batteries qui tirèrent avant la nuit sur le vaisseau de guerre qui étoit venu mouiller par le travers de l’anse du Foulon et on l’obligea de se haller au large.

Le 21, au point du jour, les Anglois descendirent 400 hommes à la Pointe aux Trembles, à 7 lieues audessus de Québec, qui y parcoururent les maisons où ils firent prisonnières environ 200 femmes dont la majeure partie était venue de Québec y chercher une retraite. Ils y trouvèrent aussi quelques hommes; ils ont dit depuis que l’objet de cette descente étoit de prendre des connaissances de la situation réelle du Canada, soit par les papiers des habitants, ou en interceptant quelques lettres, mais le feu que quelques sauvages avoient faits sur eux, les avoit déterminés à s'assurer des femmes. Ils les ont au surplus traitées avec politesse et les renvoyèrent le lendemain à Québec dans un parlementaire. On perdit cependant deux Canadiens dans cette descente, deux autres furent blessés et on a ignoré combien il y eut d’Anglois tués, ils n'ont avoué que trois blessés dont un capitaine de grenadiers.

Pendant la nuit du 22, le bombardement fut très vif et une carcasse mit le feu dans les environs de la cathédrale qui fut consumée avec 16 maisons particulières.

Un parlementaire apporta le 23 quelques effets appartenant aux dames prises à la Pointe aux Trembles et deux frégattes tentèrent à la pointe du jour de passer vis-à-vis de la ville, mais le feu des batteries les fit revirer et retourner à leur mouillage.

Le 25, les vaisseaux mouillés audessus de Québec envoyèrent des berges attaquer les chaloupes carcassières, qu’on avoit placées le long de la côte de ce côté. Elles en prirent deux que les équipages avoient abandonnées et les autres furent sauvées par l’intrépidité de 15 Canadiens qui les dégagèrent par le feu de leur mousqueterie, et tuèrent 7 hommes aux Anglois.

Le 26 au matin, une patrouille des ennemis s’approcha du Sault de Montmorency. Elle fut attaquée par M. de Repentigny à la tête de 200 hommes pendant que les sauvages cherchoient à la harceler, mais une colonne entière vint au secours de cette patrouille, les contourna et les enveloppa eux-mêmes. Cependant M. de Repentigny fit la retraite en très bon ordre. Il n'eut que 12 hommes tués ou blessés et les sauvages assurèrent que les ennemis avoient perdu plus de 140 hommes. Le même jour le Sieur Lesris, officier de Milice qui avoit été faire la découverte du côté de la Pointe de Levy rencontra un détachement de 7 Anglois. Il en tua 4 et fit les trois autres prisonniers, quoiqu'il fut luimême blessé considérablement et il n’eut qu’un homme tué.

Ces prisonniers apprirent que les Anglois avoient pénétré à St. Henry, l’une des paroisses des concessions de la Pointe Levy; qu'il y avoient pris le curé de cette Pointe qui s'y étoit retiré, 54 hommes en état de porter les armes, 64 femmes et 169 enfans qu'ils y avoient tous fait passer sur un vaisseau après avoir enlevé une grande quantité de bestiaux.

Pendant la nuit du 27, le Sieur Courval, Canadien qui a donné les années dernières des preuves de valeur et qui commandoit un des navires du convoi du Sieur Kanon, conduisit 72 cajeux, chargés d'artifices sur la flotte ennemie; il s’acquitta en brave homme de cette commission, mais ie succès ne répondit point à son zèle, quoiqu'il n'ait mis feu aux cajeux qu’à portée du fusil du premier vaisseau, car il n’y eut que trois bâimens de transport brûlés. Les berges ayant adroitement accroché des cajeux et le Sieur Courval vivement poursuivi, ne dut son salut qu’au secours que lui portèrent les chaloupes carcassières. Le Sieur Charest qui avoit passé quelques jours auparavant sur la Pointe de Levy en rapporta le 29 un nouveau placard que le général Wolfe avoit fait afficher à la porte de l'Eglise de St. Henri. Il sera rapporté à la fin de cette relation. Il tendoit à intimider les habitans et les menaçoit des calamités qu'ils n’ont que trop éprouvées depuis ; car jusqu'au jour que Québec a capitulé les ennemis se sont attachés à ruiner la campagne des environs et ils ont chaque jour brûlé maisons ou granges à la côte de Beaupré et dans les environs, et sur l'Isle d'Orléans et à la côte du sud. Les ravages qu'ils ont faits dans les campagnes sont immenses; mais il est singulier que

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14 Evénements de la guerre en Canada

portant partout le fou et la destruction, ils n'ayent presque rien ménagé que les Eglises de ces campagnes.

Lo 31, à dix heures du matin, deux vaisseaux de guerre vinrent échouer à pleine voile audessus du camp de M, de Levis, ils le canonnèrent très vivement pendant que 50 bouches à fou placées le long du Sault de Montmorency les foudroyoient aussi, Nous n’eûmes cependant que 30 hommes tués ou blessés du canon, des boulets ou des perdreaux. Les ennemis vouloient à la faveur de co feu favoriser une descente nouvelie pour laquelle ils avoient une quantité de berges et des bateaux le long de leurs navires. Ils s'en détachèrent sur les 5 heures du soir et s'avancèrent aux deux vaisseaux qui s'étoient échoués le matin et débarquèrent 2,000 hommes qui marchèrent tout de suite en Lataille au camp de M. de Levis Dans le même instant un autre corps de 6,000 traversoit à gué le Sault de Montmorency au bas de sa chûte, Le premier peloton gagna la 1ère de nos redoutes audessous des retranchemens de M. de Levis qui faisoit des dispositions pour ies arrôter, lorsque M. le Marquis de Montcalm lui ordonna de laisser les ennemis s'engager, afin disait-il d'en détruire d'avantage, L'ardeur de frapper ies emporta. Les Canadiens ne purent attcindre que les premiers rangs. Les milices de Montréal surtout s’avancèrent en même temps qu’ils en demandoient la permission et sous les ordres de M. de Levis chargèrent cette troupe avec tant de valeur qu'elle se retira précipitamment et battit la retraite ; une partie so rembarqua dans les berges ct l'autre joignit le deuxième peloton de 5,000 hommes qui étoit demeuré en bataille et spectateur de l’action dans la traverse du Sault de Montmorency d’où il se retira au camp. Les équipages des vaisseaux échoués y mirent le fou et retournèrent à la flotte dans leurs chaloupes.

On a su que les Anglois eurent ce jour IA 700 hommes tués ou blessés. Ils les enlevèrent tous, à l’exception de 68 morts qui furent abandonnés au pied de la redoute, avec quelques blessés qu'on fit porter à l'Hôpital Général; parmi ces derniers, il se trouva un capitaine du Régiment Royal Américain qui mourut de ses blessures quelques jours après. Le ler Août, M. le Marquis de Montcalm envoya du monde visiter les carcasses des vaisseaux brûlés. On y trouva de l'artillerie en bon état et on

durant les années 1759 et 1760, 15

enleva une partie des ustensiles de toutes espèces propres à travailler à des retranchemens,

Le 2 il y eut une suspension d'armes de quelques heures, pour demander les hardes du capitaine du Royal Américain qui étoit prisonnier,

Les Anglois en demandèrent une autre le 4 pour envoyer ces effets, et le 5 il y en eut une 3e pour faire passer les réponses de M, le Marquis de Vaudreuil à deux lettres qu’il avoit reçues de la part de l'amiral Saunders ct du général Wolfe; celle du premier étoit très polie, mais le général des troupes s'étendoit durement sur de prétendues cruautés exorcées par les sauvages, ct il le pressoit vivement pour ne pas employer ces barbares, disoit-il, dans la guorre actuelle, Beaucoup d'Anglois profitèrent de ces instants pour se rendre À Québec, et quelques François passèrent chez les ennemis,

Il y eut pendant la nuit du 6, une alerte dans la ville à l’occasion de quelques berges que les sentinelles avoient vu défiler, et cela fut confirmé vers midi par un courrier venant du Cap Rouge qui rapporta, qu'il y en avoit beaucoup à une lieue et demie au dessus de Québec bordant la côte du sud. Ce mouvement détermina à envoyer du secours aux gardes établies dans cette partie qu’on avoit diminuées depuis le retour de M. Dumas qui fut remplacé par M. de Bougainville.

On fut informé le sept, que les vaisseaux qui avoient passé devant la ville étoient montés avec plusieurs berges jusques vis-àvis de la Pointe aux Trembles.

(La suite ne se trouve pas.)

Se

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