‹ Mémoire du Sieur de Ramezay, commandant à Québec, au sujet de la reddition de cette ville, le 18e septembre 1759 [microforme]Chapitre 3 sur 27 · CAMPAGNE DU CANADA · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DU CANADA

DEPUIS LE 1ER JUIN Jusqu'au 15 SEPTEMBRE, 1759.

Duran tout l’hyver sécurité parfaite en Canada pour Québec, sur les dangers du fleuve St. Laurent, malgré les avis de tous côtés.

Le 20 de May, nouvelle à Québec d'une escadre angloise en rivière, allarme générale, ordre aux habitans de déserter leurs maisons depuis Québec jusqu'à St. Barnabé, aux femmes de se retirer dans les bois, aux hommes d’accourir à la capitale,

Le 30 de May, M": de Vaudreuil, de Montcalm et de Lévis avec cinq bataillons et toutes les milices de la Colonie réunis à Québec, qui joint aux matelots et habitans de la ville composoient environ 15,000 hommes. Dès le ler de May, M. de Bourlamaque avec trois bataillons et des milices étoient marchés à Carillon, avec ordre de faire sauter ce fort et celui de St. Frédéric à l’approche de l’armée angloise ; de se retirer à l'Isle aux Noix vers St. Jean, et de s’y retrancher, ce qui fut exécuté les premiers jours d’Août.

Dans le même temps, on avoit envoyé des piquets et des milices à Niagara avec M. Pouchot qui devoit prendre le commandement de ce fort; vers le milieu de J'uillet, il fut assiégé et pris par les Anglois qui avoient déjà battu le secours amené par M. de Lignery. Le général anglois y fut tué.

Pendant tout le mois de J'uin, la flotte angloise arriva successivement avec les troupes de débarquement qui prirent poste à l'Isle aux Coudres, à l’Isle d'Orléans et à la Pointe de Lévy, sans obstacles, quoiqu'on eût envoyé dans tous ces lieux-là des sauvages et des Canadiens pour les harceler, mais qui en revinrent toujours sans tirer un seul coup de fusil,

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Pendant le même mois on tint à Québec Conseils sur Conseils. I1 fut résolu d'armer 8 navires en brûlots, de construire des chaloupes canonnières ; ces dernières furent de quelqu'avantage.

Dans le même tems encore on résolut de camper toute l'armée à Beauport, de fortitier 12 côte par des redoutes et des retranchemens @t d'abandonner la défense de la ville aux matelots, pour servir l'artillerie, consistant en plus de 200 pièces de canon, et aux bourgcois formés en compagnie pour monter les gardes.

La nuit du 10 au 11 Juillet, l’armée angloise que l’on voyoit, avoit campé partie dans l'Isle d'Orléans, partie à la Pointe de Lévy, débarquèrent audela du Sault de Montmorency, y fortifièrent un camp avec plusieurs redoutes, y mirent 50 canons et plusieurs mortiers, avec lesquels ils tirèrent nuit et jour sur l'aile gauche de notre armée dont ils firent rouler le camp, et c1 on ne mit plus que de grandes gardes.

La nuit du 12 au 13, ils démasquèren. à la Pointe Lévy une batterie, et quelques jours après plusieurs autres gros canons et de mortiers qui n’ont cessé de tirer, nuit et jour, sur la ville jusqu’au jour de la capitulation, c’est à dire: pendant 64 jours.

Le mois de Juillet ne fut qu’un feu continuel des batteries de l'ennemy sur notre camp et sur la ville, et il y eut plusieurs incendies à différentes fois qui consumèrent près de 200 maisons.

Le 31 Juillet, l’ennemy fit placer deux vaisseaux, vis-à-vis du Sault, qui canonnèrent depuis midy jusqu’à 4 heures que l’ennemy formé en colonnes, attaqua nos redoutes, emporta la première, mais la seconde qui dominoit, le fit retirer avec perte de 4 à 500 hommes et leur général blessé.

Pendant ce temps là, et dans le mois d’Août, l’ennemy à la faveur de la nuit fit remonter audessus de Québec, à différentes fois, jusqu’à vingt vaisseaux de toute grandeur, ce qui divisa nos forces par la crainte d’un débarquement audessus de Québec, à la faveur de ces vaisseaux. Il alla brûler à Déchambeau, à 14 lieues au-dessus de Québec, les équipages des troupes et rendit très difficile l’arrivée des vivres qui venoient de Montréal. Tous les vaisseaux marchands et les frégattes du Roy étoient remontés 3 lieues plus loin, M. de Vauclain, capitaine de brûlots qui les commandoit offrit des projets très utiles qui ne furent point écoutés. Il n’avoit pas même

eu la conduite des brûlots. Les vivres commencèrent à manquer, B

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18 Evénements de la guerre en Canada

on alloit être vaincu par la famine. On invita tous ceux qui avoient de l'argent endelle (sic) à le donner pour des lettres de change à vue sur les banquiers de M. l’Intendant, avec lesquelles on trom7a du bled chez les habitants. On ne manqua jamais de bœuf, l’ennemy en eut des nôtres à discrétion, mais c'est que les habitans ne pouvoient les cacher comme leur bled.

Le premier de Septembre, les Anglois mirent le feu à toutes les habitations au delà de Montmorency et sur l'Isle d'Orléans, et brûlèrent en même tems leur camp qu'ils évacuèrent le trois, et firent repasser leur armée à la Pointe de Lévy; on auroït cru qu'ils se préparoïent à repartir, mais la nuit du 8 au 9, ils firent passer encore des vaissexux audessus de Québec et embarquèrent de jour 3 ou 4,000 hommes. M. de Bougainville qui couvroit cette côte fut renforcé de l'élite des troupes, et avoit près de 4,000 hommes depuis Québec jusqu’au Cap Rouge ( trois lieues ); on se rassuroit sur la nature du rivage très élevé, escarpé et boisé. On crut que le dessin de l’ennemi étoit d'aller dévaster les côtes avant de faire sa retraite au pied du rampart, dans un endroit appelé l'Anse des Mères; la côte étoit dépouillée de bois, maïs paroissoit si difficile et si haute qu’on avoit cru inutile d’y faire une redoute, et qu’on n’y mettoit qu’une garde de 30 ou 40 hommes seulement, pour être avertis.

Ce fut dans ce lieu que l’ennemi, le 13, à quatre heures du matin débarqua, surprit la garde endormie, gagna la hauteur au nombre de plus de 4,000 et y fut formé en bataille avant huit heures. Tout le camp de Beauport y fut rendu à cette heure là. M. le Marquis de Montcalm forma trois colonnes, attaqua, et le sort de Québec fut décidé à 9 heures. Du côté de l’ennemy, le général fut tué, son second blessé dangereusement ; du nôtre le second général tué sur la place et M. le Marquis de Montcalm blessé mortellement à ne vivre que 12 heures. Ce malheur attira une fuite et une désertion générale, personne ne voulut plus reconnoitre d'autorité et de commandant. M. le Marquis de Vaudreuil, entrainé par le torrent, n’attendoit que la nuit pour se retirer, abandonnant tous les bagages et la ville avec trois jours de vivres seulement,

La perte de notre part fut de 5 ou 600 tués ou blessés, à peu

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peu

durant les années 1759 et 1760. 19

près autant du côté des Anglois. La ville capitula le 17 Septembre, et la garnison non prisonnière, eut tous les honneurs de la guerre. |

Lerrre de M. Bernier à M. le Duc de Belle Isle, à Québec, le 19 Septembre, 1759

MONSEIGNEUR

J'ai l'honneur de vous adresser cy-inelu, le triplicata de mes dépêches du printemps, qu’il n'a pas été possible de faire passer plutôt, par l'interruption de toute communication entre ce pays et la France. Je souhaite qu’elles puissent vous prouver mon exac-

itude et mon zèle pour le service. Elles vous peindront notre situation d'alors, mais tout a encore changé de face malheureusement, depuis ce temps là. Elle vous sera assez connue par tant d’autres endroits, sans que j’entre dans ce détail dans celle que j'ai l'honneur de vous écrire aujourd’huy.

Le précis historique de notre campagne, heureuse dans les commencements et déplorable dans ses suites, est tout ce que me permet de faire la brièveté du tems, et le travail immense où l’on peut être, dans une ville prise inopinément et dont la garnison doit être embarquée dans les vingt-quatre heures de sa capitulation ; ce que la prudence ne me permet peut-être pas d'écrire; M. le Chevalier de Bernetz, et beaucoup d’autres officiers qui repassent en France, pourront vous en instruire.

Il ne m'est pas possible de vous donner, dans ce moment, la situation présente des troupes de terre ; elles sont plus afoiblies par ce qui est tombé au pouvoir de l’ennemy, que parce qu’elles ont pu souffrir par les maladies.

Au reste, je ne puis trop me louer des facilités que j'ay trouvées avec Mrs: les Généraux Anglois, dans les fonctions de ma charge et surtout relativement au dernier traité de cartel.

Par la suite, lorsque le cahos dans lequel nous sommes scra dissipé, j'auray l'honneur de vous rendre un compte exact de tout ce qui aura eu rapport à mon ministère.

Je joins ici un état des tués et blessés dans la journée du 13, B 2

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