CHARLES SAUNDERS, GEORGE TOWNSHEND, DE RAMSAY
Corte du certificat de M. Perthuis, Procureur du Roy.
Je soussigné, Procureur du Roy dans le Gouvernement de
Québec, certifie avoir acheté à mon compte de M. le Gouverneur
Anglois six boucaults de biscuit, pesants douze cent livres net,
pour la subsistance du peuple le lendemain de la reddition de la place. A Québec, le 19 7bre 1759.
( Signé, ) PERTHUIS.
Pour copie collationnée, conforme à l'original.
(Signé,) pr RAMEZAY.
Lermme de M. Bernier, Commissaire des guerres, écrite à Québec, le 21 Tbre 1759 à M. de Ramezay.
Je suis si touché Monsieur, de ce qui vient de se passer dans l'entretien que j'ai eu l'honneur d’avoir avec M. le Brigadier Muray, pour la subsistance de l’hopital, que j'ai à peine la force de dicter cette lettre.
La journée du treize, l'hopital n'avoit que quatre quarts de farine, Ce jour là, il y entra près de trois à quatre cents blessés ; depuis vous en avez fait porter six quarts; mais toutes ces provisions, en réduisant au quart, sont expirées aujourd'huy.
Depuis quatre jours, je représentois aux généraux anglois la nécessité de substanter, conformément au cartel, cet hopital tombé sous leur puissance. Après bien des remises, on m'a dit de m'’adresser à M. le Brigadier Muray. Il m'a déclaré, qu'il n'avoit des vivres que pour sa garnison seule, et qu’il ne donneroit, ny pour or ny pour argent, une once de pain à qui que ce soit, et en vertu de quelque traité que ce fut; que les habitants, les soldats, les officiers, les hopitaux françois se pourvussent de vivres, où il
leur plairoit. Que si la ville s'était renduë par famine, il ne vou-
droit pas se mettre dans le cas d'en faire autant. (Ces raisons politiques sont très bonnes, mais très-peu capables de satisfaire cinq cent personnes qui sont dans un hopital, ct qui depuis vingt quatre heures ne mangent point. En implorant le ciel, et l’humanité naturelle aux Anglois, je l'ai un peu attendri; il m'a donné un ordre pour avoir mille livres de farine et mille livres de biscuit, m’assurant que c’étoit tout ce que j'aurois, et me faisant donner ma parole d'honneur que je ferois mon possible pour que cela luy fut rendu en même nature, ou en grains.
Il m'a encore dit, qu’il feroit fournir tous les vivres nécessaires à nos blessés et malades, si M. Bigot vouloit les lui rendre en même nature, mais qu'il ne s’en fieroit point à sa parole; qu'il luy falloit un officier de caractère pour ôtage auquel il juroit de faire trancher la tête, si on manquait de luy rendre ses vivres au tems qu’il serait stipulé après la moisson. En conséquence, il m'a fait donner un passeport pour aller et venir de Québec à l’armée de M. de Vaudreuil; bien entendu que je ne sortirois point de mon caractère, et que je ne ferois rien de nuisible ou d’utile à l’un ou l'autre des partis.
Je profiterai de cette permission ; je presserai M. Bigot, mais je suis fort incertain de sçavoir si je réussirai, et je vois trois cent blessés et vingt-cinq officiers, peut-être dans la nécessité de périr de faim dans quatre ou cinq jours d'icy, et d’être abandonnés par tous ceux qui les veillent et qui les soignent, pour aller chercher leur subsistance dans les campagnes éloignées, à l'exemple du peuple de la ville.
J'oubliois de vous dire, que ce général m'a assuré qu’on pouvoit faire venir à cet hopital, de quelque coté qu’on voulut, même de
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Montréal, tous les secours nécessaires ; que ce scroit respecté, et qu’il donneroit les passeports nécessaires.
Tout cecy est l’accomplissement de ma prophétie; j'avois toujours insisté qu’il y eut quarante quarts de farine en avance à l'hôpital, au lieu de n’y envoyer, qu’au jour de la journée, du camp, et d’où la retraite de l’armée a laissé au pillage ce qui nous aurait fait subsister longtems, les uns et les autres.
M. le Brigadier Muray m'a encore dit, qu'il ne demanderoit rien au pays; que les habitants pouvoient faire leur récoltes, tranquillement, et que ceux qui auroient plus de denrées qu'il leur en f adroit seroient les maîtres de les apporter à la ville où on les leur payeroit en monnoye courante d'Angleterre ; qu'il ignoroit ce que c'étoit que de nourrir le peuple; que chacun devoit chercher sa subsistance dans son travail; qu'à la vérité, s’il avoit plus de vivres qu’il lui en falloit pour sa garnison, il les feroit mettre sur le marché pour le soulagement du peuple. Qu'’enfin, les Anglois n'étoient pas venus pour nourrir le pays, et que c’étoit une faveur de sa part, s’il n’exigeoit rien de lui à cet égard.
Voila Monsieur, l'entretien que j'ai eu avec ce général, dont vous m'avez prié de vous rendre compte,
J’ay l’honneur d’être avec un respectueux attachement, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
(Signé,) BERNIER.
Pour copie collationnée, conforme à l'original. (Signé,) ne RAMEZAY.
Copie de la lettre de M. le M de Vaudreuil, écrite le 14 7bre 1759 à M. de Ramezay.
J'ay reçû, Monsieur, toutes les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, avec celle que le Général de l'armée
angloise m'écrivit hier. Vous trouverez cy-joint, à cachet volant ; ma réponse que je vous prie de luy faire passer, et de vous y conformer en ce qui concerne la garde angloise et la garde françoise. N'ayez aucune inquiétude des témoignages que je rendrai à la cour de vos services ; il vous seront des plus avantageux.
J'ai l'honneur de vous souhaiter le bonjour.
(Signé,) DE VAUDREUIL.
Pour copie collationnée, conforme à l'original.
(Signé,) De RAMEZAY.