QE D TT
rt CE
QI RCE IEEE UE
RS Se
80 Evénements de la guerre en Canada
nature de ses fortifications, hors d'état de soutenir un siège, on songea, dès l'hiver, à la mettre au moins à l'abri d'un coup de main. Les ordres du ministre venus par les premiers vaisseaux, en annonçant les projets de l'ennemi sur cette place, pressaient M, de Vaudreuil de ne rien omettre pour la mettre en état de défense, Cependant, les travaux languissaient encore ; mais l’arrivée d'une flotte de 13 voiles au bas du fleuve, dont on reçut la nouvelle le 23 Mai, tira les esprits de leur assoupissement ; M. de Montcalm était déjà à Québec: M. de Vaudreuil y descendit peu de jours après, Il se tint plusieurs conseils où la défectuosité des fortifications de la place parut de nouveau ne pas laisser la plus légère espérance d’y pouvoir tenir ; il fut seulement arrôté :
Que l'on clorait la ville du côté du fleuve, qui était absolument ouverte, soit en murailles, soit en pallissades,
Que l’on augmenterait les batteries de la basse ville, dont les communications avec la haute seraient coupées, et défendues par de l'artillerie, et que les remparts seraient garnis de canons, tant du côté de la terre que du côté du fleuve ;
Que l’on formerait de nouvelles batteries au chantier du Palais, tant pour deffendre l'entrée de la Rivière St. Charles, que pour flanquer la partie vulgairement appelé Canoterie ;
Que la rive droite de cette rivière, serait bordée de retranchemens depuis son embouchure jusqu’à l'Hôpital Général. Qu'on y échoucrait deux navires où l’on établirait des batteries ; qu’on y jetterait enfin une estrade pour prévenir les surprises que les en: nemis pourraient tenter de ce côté là, pour s’aller emparer des hauteurs qui commandent la ville ;
Que la côte depuis la Rivière St. Charles jusques au Sault de Montmorency, serait bordée de retranchemens où l’on pratiquerait, de distance en distance, des redoutes et des redens, garnis de batteries dont le feu pourrait se croiser en difffrens points, et que l'on prendrait aussi quelques précautions du côte de l’Anse des Mères et de Sillery, quoique l’on eut jugé cette partie inaccessible ;
Que l’on construirait un ponton de figure hexagone, qui pourrait porter 12 pièces de canon de gros calibres, et 6 chaloupes canonnières qui porteraient chacune une pièce de 24 : que l’on placerait sur une gabarre 4 pièces de 8, et que l’on disposerais 8 bateaux plats, à
durant les années 1759 et 1760, 31
en recevoir chacun une du même calibre ; tous ces bâtimens étaient destinés À être placés de manière à défendre, pendant la nuit, les approches tant de la ville que les retranchemens, et devaient euxmêmes pousser en avant des canots d'écorce qui, patrouillant toutes les nuits, seraient à portée d’avertir des moindres mouvemens de l'ennemi.
Tel était le plan que je proposais dans le mémoire que m'avait demandé feu M. le Marquis de Montcalm sur les opérations relatives à la marine; il ne fut d'abord point suivi, mais on y revint vers le milieu de la campagne.
Que l'on établirait 8 batimens en brûlots, et que l’on ferait construire 120 cajeux, chargés de matières combustibles, pour être lancés sur la flotte ennemie lorsqu'elle serait à portée,
Ces cajeux furent lancés vers la fin de Juillet, on prit mal le fil du courant, et ils ne produisirent aucun effet,
Qu'enfin le reste de nos navires remonteraient le fleuve jusques aux Trois Rivières, et Montréal même, et que l’on y placerait la plus grande partie de nos vivres dont on ne garderait dans la place que de quoi faire subsister l'armée pendant un mois.
M. de Montcalm voulait, dans le principe, qu'on ÿ en gardât que pour 15 jours, n’osant se flatter de pouvoir arrêter le premier effort de l'ennemi, il parla de lui abandonner cette place dans le même moment où il en faisait dépendre le sort de tout le Canada, comme on le peut voir par l’article 6 de la capitulation dont il donna dès lors le projet,
Quand à la composition de l’armée, elle consistait en 5 bataillons des troupes de terre ( environ 1,600 hommes ).
Environ 600 des troupes de la Colonie, 10,400 Canadiens répandus sur les batteries, 918 sauvages de différentes nations, et un corps de cavalerie composé de 200 volontaires, pris dans les différens corps et destinés tant à se porter promptement partout où l'ennemi se présenterait, que pour rester à la suite des généraux et pour les ordonnances, en total, 13,718 combattans,
La formation de ce corps donna, dans le principe, lieu à beaucoup de plaisanteries: M. de Montcalm n'en avait point donné l'idée; on est depuis universellement convenu qu’on en avait tiré de grands services.
On n'avait pas compté sur une armée aussi forte parcequ'on ne
32 Evénements de la guerre en Canada
s'était pas attendu à avoir un si grand nombre de Canadiens; on n'avait eu intention d’assembler que les hommes en état de soutenir les fatigues de la guerre ; mais il régnait une telle émulation dans ce peuple que l’on vit arriver au camp des vieillards de 80 ans, ct des enfans de 12 à 13 ans, qui ne voulurent jamais profiter de l’exemption accordée à leur âge ; jamais sujets ne furent plus dignes des bontés de leur Souverain, soit par leur constance dans le travail, soit par leur patience dans les peines et les misères qui dans ce pays ont été extrêmes ; ils étaient dans l’armée, exposés à toutes les corvées.
M. de Montcalm voulut que l'on incorporât les milices dans les bataillons, et M. de Vaudreuil y consentit ; tout fut donc assujetti à un service régulier.
On n'omit aucun des moyens que l’on put imaginer pour se procurer, dans l'exécution des différens arrangemens, la plus grande promptitude.
Cependant, la flotte ennemie à la faveur d’un vent de N. E, qui a constamment régné tant qu’il en ont eu besoin, avançait et grossissait de jour à autre dans le fleuve.
L'avant garde (13 bâtimens, grands et petits) se trouva dès les premiers jours de Juin mouillée sous l'Isle aux Coudres; les Anglais n’y descendirent cependant que 3 jours après y être arrivés; ils craignirent d’abord d'y trouver des embuscades, mais enfin, reconnaissant qu’elle avait été absolument abandonnée, ils s’y répandirent sans précautions ; les habitans de la Baye St. Paul le remarquèrent du haut de leurs montagnes, ils en donnèrent avis, et sur cela on résolut d’y envoyer M. de Niverville, officier de la Colonie, avec un détachement de Canadiens et de sauvages pour tâcher de faire des prisonniers ; il s’y présenta, mais la vue des ais intimida les sauvages ; ils refusèrent de donner et il fallut renoncer à l’entreprise. Il se trouva dans les Canadiens un jeune Canadien nommé Desrivières, qui, indigné de la lâcheté de ses compagnons, leur déclara que ne voulant pas partager avec eux la honte d’avoir abandonné sans raison un projet dont l'exécution était si facile, il allait l’entreprendre seul; alors quelques habitans de l'Isle qui se trouvaient dans le même détachement offrirent de l'accompagner; ils partent au nombre de 10 et reviennent bientôt après avec trois jeunes gardes marines qu’ils avaient pris.
durant les années 1759 et 1760. 33
Nous n’apprimes par ces jeunes gens que ce que nous sçavions déjà des rojets que l'Angleterre formait contre le Canada ; ils ne nous a’.noncèrent rien, soit pour les forces, soit pour les opérations qui ne se soit vérifié depuis ; ils nous dirent que la flotte portait 80,000 hommes, en réunissant les troupes et les matelots, et cela était exact; mais il nous parût par leur déposition que l’Amiral Durel, qui commandait cette première division, était inquiet du reste de la flotte ; ils nous ajoutèrent, qu’au moment où ils avaient été pris, il se trouvait sur le rivage plus de 600 personnes, sans armes, que le moindre détachement eût pu détruire; qu'ils étaient restés trois jours sur leurs bords, sans ôser descendre à terre, et qu'ils ne s'étaient déterminés à y envoyer leurs canots, que sur ce que d’après leurs observations ils s'étaient bien convaincus qu'il ne restait personne dans l'Isle; qu’au reste, l’Amiral aurait donné les ordres les plus précis de laisser les propriétés dans l’état où elles se trouvaient, et menacé des peines les plus sévères ceux qui commettraient quelques désordres.
Le 8 Juin, 8 bâtimens montés jusques au Cap Tourmente, envoyèrent sonder la traverse de l'Isle d'Orléans où l’on avait détruit toutes les marques établies pour en faire connaître le canal ; rien ne s’opposant à leurs opérations, ils se trouvèrent le 14 en état de venir mouiller vis-à-vis de St. François où ils envoyèrent sur-le-champ deux chaloupes ; ils comptaient encore trouver cette partie abandonnée; ils se trompèrent, rous avions un parti assez considérable de Canadiens et de sauvages; mais l’impatience qui transporta ces derniers, à la vue des Anglais, (ce qui arrive ordinairement) ne nous permit point de tirer de la confiance avec laquelle ces berges se présentaient au débarquement, tout l'avantage que nous en pouvions tirer et attendre. M. de Courtemanche, officier de la Colonie, qui commanduit ce corps avait donné à sa troupe l'ordre de laisser descendre les Anglais, et même celui de ne point s'opposer à leur rembarquement, espérant de les disposer par là à revenir le lendemain en plus grand nombre et encore avec plus de sécurité; cette ruse eût pu réussir; mais les sauvages ayant jetté leur cri, même avant que les chaloupes eusent abordé au rivage, elles reprirent le large après avoir essuyé quelques coups de fusils qui ne blessèrent personne.
Le 16,M. Le Mercier, commandant de l'artillerie, obtint de M. ()
CR eng Ds A Se
Fe
DRE. TE ut ee Ale mme