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34 Evénements de la guerre en Canada
de Vaudreuil l’ordre de faire transporter à l'Ile d'Orléans 4 pièces de canon, dont il tira quelques volées sur les vaisseaux, Ceux-ci ripostèrent et cette artilleric fut rapportée à la ville; ce ne sera pas ici la seule occasion où l’on appercevra qu'il a été perdu du tems, Quelques berges anglaises qui s'étaient avancées pour reconnaître une des anses de cette isle ayant été apperçues des sauvages, furent vivement poursuivies par eux ; ils en joignirent une qu'ils enlevèrent, il s’y trouva 8 hommes; ces prisonniers confirmèrent ce que les trois gardes marines avaient avancé ; ils ajoutèrent seulement, que les vaisseaux devaient s’embosser devant la ville.
Le seul service que rendit l'artillerie, transportée à l'Isle d'Orléans, fut d’en imposer à ces berges dont l’objet était de s'emparer d’une goëlette armée en brûlot que l’on avait fait avancer dans cette partie.
Le 26 au soir, le gros de la flotte se trouva mouillé à l'Isle d'Orléans; un vaisseau et 2 frégattes s’avancèrent le 27 au matin, pour observer la ville; M.Wolfe y était, et nous avons appris depuis, que dès qu’il eut pris une connaissance exacte de la ville, et de nos retranchemens que l'on perfectionnait déjà, il ne dissimula point à quelques-uns des principaux officiers de l'armée qu'il avait avec lui, qu’il ne se flattait plus de réussir. Ces trois bâtimens se retirèrent dans l’après midi, et le soir même, malgré un vent du N. E. qui soufflait assez violemment, M. Wolfe fit exécuter vers St. Laurent, un débarquement où il ne trouva aucune résistance, Le détachement de M. de Courtemanche était alors de 800 hommes Canadiens et sauvages, il cut ordre de rejoindre l’armée ; on avait quelque jours auparavant fait sortir de l'Isle toutes les familles d’habitans et les bestiaux.
Toute la flotte paraissant enfin rassemblée, on pensa qu’il était À propos de faire opérer les brûlots, avant que l'ennemi auquel on ne voulait point disputer le terrein à la Pointe de Levy, fut maître des deux rives du fleuve ; ils eurent donc ordre de se préparer à partir, et dès le soir même ils mirent à la voile à la faveur d’un petit vent de $. O. au nombre de 7 seulement, le 8° avait été brûlé dans le port, par l’imprudence des gens qui le préparaient, et le bâtiment par lequel il devait être remplacé n'était point encore prêt, mais deux causes concoururent à l'irréussite de cette expédition, On n'avait point enchaîné ces brûlots deux à
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deux, comme on en était convenu, et les conducteurs eurent la lâcheté d'y mettre le fou et de les abandonner à plus d’une lieue et demie de la flotte; quelqu’indigné que l’on fût dans l’armée de la conduite des commandants de ces brûlots, M. de Vaudreuil ne voulut cependant leur rien dire de désagréable, et il les employa dans le moment mêmce sur différentes batteries. Cet essai a coûté au Roi environ un million, et la vie au Sieur Dubois de la Miltière, jeune homme d’espérance qui commandait un de ces brûlots; son second éprouva le même sort.
Le mémoire que j'avais remis à M. de Montcalm contenait également mon avis sur l'usage des brûülots; après y être entré dans le détail de l'utilité que l’on en pouvait retirer, j'expliquais suivant les connaissances que je puis avoir acquises du métier, et ce que j'avais souvent oui dire à des marins éclairés, tant les précautions à prendre dans la préparation de ces bâtimens, que la conduite qu'il y aurait à tenir pour les mettre à portée de remplir l'objet qu'on se proposait ; j'avais surtout insisté sur la nécessité de les enchaîner 2 à 2, et je crois que tous les marins entendus conviendront qu’il n’était guères possible d’en tirer partie dans un courant dont tout le monde connait la rapidité. Mon mémoire fut lu au conseil.
Le 29 au soir, les Anglais firent leur débarquement sur la côte du Sud à la Pointe de Beaumont. M. de Léry, officier de la Colonie, qui y était en observation avec un détachement, pensa y être surpris, il n'eut que le temps de se sauver après avoir perdu quelques-uns de ses gens.
Le 30 au matin, les ennemis, suivant le bord de l’eau, parurent à la Pointe de Levy au nombre de 3,000 hommes; un détachement de sauvages, que nous avions fait passer dans cette partie, fusilla à la faveur des bois avec eux tout le soir, leur tua du monde et firent un prisonnier, suivant la déposition duquel nous devions être attaqués la nuit suivante ; cela déconcerta le projet que l’on avait formé de faire passer le fleuve à un gros corps de troupes, pour aller chasser l'ennemi de cette partie avant qu'il pût s’y établir, et l’on se réduisit à prendre toutes les précautions possibles pour le bien recevoir au débarquement.
Le 1er Juillet, à la pointe du jour, il arriva par un malentendu dont on ne put pénétrer le principe, que la milice de la droite fit,
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36 Evénements de la guerre en Canada
sans nul sujet, une décharge générale de mousqueterie : nous nous crûmes attaqués dans cette partie, toute l'armée prit les armes et l'on y accourut.
Il ne se passa d’ailleurs rien d’intéressant dans le cours de la journée ; nos sauvages et quelques Canadiens fusillérent à la Pointe de Levy avec les troupes légères de l'ennemi, et nous rapportèrent le soir un placard de M. Wolfe qu'ils avaient trouvé collé à la porte d’une Eglise, j'en joins ici une copie; il est aisé de juger de l’objet que ce général s’y proposait; son caractère s’y reconnait aussi parfaitement. Au reste, il n’y avait à la Pointe de Levy qu'environ 3,500 hommes qui assirent leur camp auprès de l'Eglise. Le reste de l’armée était sur l'Isle d'Orléans.
Le 2, les ennemis reconnurent toute la partie de la droite du fleuve qui fait face à la ville, et ils employèrent les jours suivans à tracer les différens ouvrages qu’ils voulaient y établir. Pour nous, craignant toujours d’être attaqués dans nos retranchemens, nous nous tenions dans les bornes de la plus exacte défensive ; on murmurait cependant dans l’armée de cette inaction; on observait qu'il était d'autant plus aisé d’inquiéter l'ennemi dans ses travaux, que dans la supposition même qu’en l'attaquant on eût été repoussé, on eut toujours trouvé une retraite assurée dans les bois qu'on avait derrière soi et où l’on sait que le Canadien et le sauvage ont un si grand avantage sur les troupes réglées ; on opposait à ces raisons, que pouvant à peine nous flatter d’être, avec toutes nos forces (l’armée était alors rassemblée) en état d'empêcher les Anglais de descendre à Beauport, il y aurait de l’imprudence à s'exposer, en dégarnissant cette partie, d'y ouvrir un passage à l'ennemi, auquel nous nous serions trouvés dans l'instant même obligés d'abandonner Québec. Le lecteur intelligent pesera le pour et le contre, mais il est certain que l'ennemi n'eut j'amais l'intention de nous attaquer de front dans notre camp de Beauport ; nous avons eu le malheur de ne pouvoir reconnaître l'avantage de la position que nous y avions prise ; il n’échappa point à M. Wolfe qui sçut apprécier l'effet qui devait résulter du feu de nos différentes batteries et de celui de notre mousqueterie, composée de Canadiens, dont tout le monde sçait qu’il n’en est pas un seul qui ne soit chasseur.
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M. de Montcalm, d'après les propos de quelques officiers de la Colonie qui avaient navigué, fut longtems persuadé que les Anglais avaient 20 mille hommes de troupes de débarquement ; en vain j'essayai de le désabuser par les démonstrations les plus sensibles, relativement au nombre et à l’espèce de bâtimens qui composaient la flotte; il n’en revint que quand il vit mon calcul vérifié par la déposition de divers prisonniers et déserteurs.
Le 6, nous apprîmes par des nouvelles venues de Carillon, de la Présentation, et de Niagara, que ces trois forts étaient menacés; on regretta alors d’avoir trop dégarni ce dernier, dont on eût pu augmenter les forces d'environ 1,000 hommes, que l’on avait sans aucune vue raisonnable d'utilité pour le service du Roi envoyés à la Belle Rivière.
Le 7, nos chaloupes se canonnèrent avec des frégattes qui s'étaient avancées vers Beauport.
Le 8, on remarqua que les batteries que l'ennemi établissait vis-à-vis de la ville avançaient assez considérablement; on y envoya de la place quelques volées de canon et quelques bombes, mais M. de Montcalm envisageant d’un côté que ce feu ne ralentirait que peu les travaux de l'ennemi, et de l’autre que la situation de nos magasins exigeait que nous ménageassions notre poudre, fit consentir M. de Vaudreuil à ordonner que l’on cessât de tirer sur cette partie.
Ce silence occasionna des murmures, mais M. Le Mercier commandant l'artillerie en démontra la nécessité en présentant l'état des poudres.
Le même jour vers le soir, une quarantaine de berges chargées de troupes, soutenues par une frégatte, s'avancèrent vers le Sault de Montmorency, pendant qu’un vaisseau de 60 canons canonnait les retranchemens de notre gauche, et qu’une galiotte y jettait des bombes. (Ce mouvement fit croire que l'ennemi pouvait avoir intention de descendre du côté de L'Ange Gardien; mais la persuasion où l’on était que la rivière du Sault n’était guéable nulle part, faisant regarder comme fort indifférent que l'ennemi s'y portât, il ne fut pris aucune précaution pour s'y opposer ; on n'écouta pas même les représentations que firent à ce sujet quelques habitans de L'Ange Gardien, qui offrirent de s'y porter;
assurant par la connaissance qu’ils avaient du local qu'avec 100
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38 Evénements de la guerre en Canada
hommes on empêcherait les Anglais de monter la côte. Elle ne laisse point en effet d’être assez escarpée et couverte de bois.
Enfin, vers les neuf heures, les ennemis firent descendre à terre quelques hommes, qui ayant rapporté que cette partie était absolument abandonnée, furent suivis du détachement que portaient les berges; celles-ci furent pendant le reste de la nuit oecupécs à passer des troupes de l'Isle d'Orléans à la côte du Sault, en sorte que le lendemain, à la pointe du jour, M. Wolfe s’y trouva à la tête de 3 ou 4 mille hommes ; l'illusion sc dissipa alors. On cessa de croire le poste du Sault méprisable, quand en y appercevant l'ennemi, on reconnut qu’il commandait fort avantageusement toute la gauche de notre camp, et que l’on fut en même tems convaincu que la rivière qui l’appuyait était, comme l'avaient annoncé les habitans, guéable en différens endroits. M. le Chevde Levis, qui commandait dans cette partie, sentit la faute que notre fausse sécurité venait de nous faire fa're, et entreprit de la réparer en tâchant d’obliger l'ennemi à abandonner cc poste ; il y marcha avec 600 hommes, précédé de quelques sauvages, rendit compte à M. de Vaudreuil du parti qu'il prenait, et demanda en même temps à ce Gouverneur des ordres sur les opérations ultérieures ; il ne tarda pas à en reccvoir une réponse, sur laquelle il crût devoir faire faire halte à sa troupe. M. de Vaudreuil lui marquait positivement de ne rien hasarder, et qu’il se disposait à se porter en personne sur les lieux. Il n’y arriva toutefois, que plus de deux heures après.
Le quartier général était au centre et se trouvait à près d’une lieue de la gauche.
Cependant, les sauvages qui avaient toujours marché en avant, après avoir passé la rivière, ne tardèrent pas à rencontrer dans les bois un détachement d'environ 500 hommes ; ils l’obligèrent à se reployer sur le gros de l’armée qu'ils ne craignirent pas d'attaquer elle-même; ils n'osèrent cependant pas trop s'engager: quand ils s’apperçurent qu’on ne les soutenait point, ils revinrent épuisés de fatigue, après avoir tué ou blessé à l’ennemi une centaine d’hommes, et rapportant 36 chevelures pour preuve de leurs succès. Il eut dépendu de nous de les leur faire pousser plus loin. Nous avons sçu depuis, par un sergent déserteur de l’armée ennemie,
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que les Anglais étaient descendus dans un désordre auquel la crainte d'être à tout moment attaqués par les sauvages n'avait pas peu contribué.
Les choses étaient dans cet état, M. de Vaudreuil jugea à propos de différer les dispositions d’une attaque plus considérable ; il se contenta d’assembler un conseil de guerre dont le résultat fut qu'il fallait rester dans nos retranchemens; on ne connaissait disait-on, ni la position réelle de l'ennemi, ni ses forces; la vérité est, que M. de Montcalm n'était pas de l'avis de donner, et qu'ayant, avant le conseil, entretenu en particulier les chefs de corps, on peut dire qu’il les avait en quelque sorte disposés à représenter la chose comme impraticable. M. Bigot fut le seul qui opinât pour l'attaque, et l’on peut dire en faveur de son avis contre l’incon- il venient prétendu de s’exposer à tout perdre, en hasardant une affaire presque générale contre des trorr.8 que l’on disait être dejà rétranchées :
ler Que l'ennemi était dans une position très désavantageuse, puisque le terrain qu’il occupait était absolument commandé par les bois d’où nous devions l’attaquer. |
2° Qu'en supposant que nous eussions été repoussés, ces mêmes bois eussent toujours assuré notre retraite, puisque non-seulement |
il fallait les traverser pour gagner les gués de la rivière, mais c’est
qu’encore étant très fourrés et adossés à de hautes montagnes, il / n'était certainement point susceptibles d’être tournés. \ | 3° Que la raison des subsistances méritait aussi une serieuse fs attention. Le pays éprouvait déjà une grande disette ; il devait | | donc paraître d'autant plus essentiel de faire tous ses efforts pour HA
tâcher de mettre l'ennemi dans le cas de lever promptement le siége de Québec ; qu'en admettant même qu’il n’eût pu s'emparer | de vive force de cette place, il était toujours à craindre pour nous qu’en faisant traîner les choses en longueur, il ne nous eut mis par i le défaut de vivres, dans la nécessité de lui en ouvrir les portes et D par conséquent celles de toute la Colonie. On sait que rien n’est | 1 plus casuel que la récolie de ce pays, et il fallait que celle de cette
année fut aussi abondante qu'elle l’a été (contre le cours ordinaire des choses ) pour qu’on n’y éprouvât pas les rigueurs de la famine ; | d’ailleurs, nous n'avions pas besoin de toutes nos forces pour atta- | quer M. Wolfe dans le poste désavantageux qu’il occupait; j'ajou-
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terai, qu’il ne se voit jamais plus d’ardeur que n’en montrèrent dans cette occasion, le soldat, le Canadien et le sauvage, et je dois à plusieurs officiers des différens corps la justice de dire, qu'ils parurent désespérés de voir négliger des dispositions aussi heureuses.
Le 10, on remarqua que l’ennemi se fortifiait dans le poste qu'il avait pris la veille; il y avait déjà deux pièces de canon de campagne, ct travaillait à former des batteries destinées à battre à revers les retranchemens que gardait M. le Chevalier de Levis; cela obligea cet officier général à changer l'assiette de son camp, qui d’un autre eôté continnait à être incommodé par le feu du vaisseau et de la galiotte, quelques bombes jettées d'un mortier qu'on fit venir de la ville, obligèrent bientôt ces bâtimens à reprendre le large.
Le 11, il y eut, d’une rive à l’autre de la rivière du Sault, une fusillade assez vive entre nos sauvages et les troupes légères de l'ennemi; il y eut de part et d'autre quelques tués et blessés, la perte fut cependant beaucoup plus considérable du côté des Anglais.
Les ouvrages des ennemis paraissant se pousser avec une très grande vivacité à la Pointe de Levy, les inquiétudes de la ville augmentèrent et excitèrent quelques murmures de la part des habitants sur ce qu'on laissait, disaient-ils, établir à l'ennemi paisiblement, des batteries de mortiers et de canons dont ils s’attendaient à être écrasés, quoique plusieurs officiers prétendissent, et que M. de Montcalm fut persuadé lui même, que ces batteries se trouveraient hors de portée d’endommager considérablement la ville: cependant, pour n’en point désespérer les bourgeois on permit à M. Dumas, Major Général des troupes de la Colonie, qui s'était offert, de former un corps de mille hommes avec lequel il passerait à la côte du Sud pour tâcher d'en déloger les ennemis et y ruiner leurs ouvrages; des gens de tous états, jusques à de simples écoliers, s’offrirent en foule pour être admis dans ce détachement qui par là fut porté jusques à 1,400 hommes, les sauvages compris, auxquels M. de Montcalm joignit une centaine de volontaires tirés des troupes réglées.
Cette entreprise paraîtra imprudente à tous ceux qui n’y verront qu’un ramassis de Milices, sans discipline, attaquant des troupes réglées dans des retranchemens, mais elle cessera de paraître telle si l’on considère que ces retranchemens étaient domi-
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nés par des bois d'où l’on pouvait les fusiller, et que ces milices, sans connaissance du maniement des armes, surpassent sans comparaison les troupes réglées dans les affaires qui se décident purement par la mousqueterie; quoi qu'il en soit, M. Dumas se mit en marche à 10 heures du soir, mais ayant été obligé de remonter jusqu’à Sillery, il ne put passer le fleuve que la nuit du 12 au 13; alors, on vit tout ce qu’une terreur panique peut produire de plus bizarre; à peine füt-on sur la rive droite du fleuve que l’on se crut environné d’ennemis ; trois fois M. Dumas s’efforça de rallier son monde, et trois fois ses soldats se prenant réciproquement pour ennemis se fusillèrent et se renversèrent les uns les autres du haut de la côte au bas pour regagner leurs canots. Il fallut se retirer.
Il s’est tenu beaucoup de propos à l’occasion de l’irréussite de cette expédition; sans vouloir essayer d'en faire connaître les véritables causes, je dirai simplement, que suivant le rapport de M. Dumas et de quelques autres officiers de son détachement, les troupes réglées, les Canadiens et les simples écoliers même qui le composaient, n’eurent rien à se reprocher; ils s’abandonnèrent tous également à leur frayeur ; les sauvages seuls, qui faisaient l'avant garde, se comportèrent bien et trouvèrent tout en désordre lorsqu’ils revinrent de leur découverte pour informer que l'ennemi ne faisait aucun mouvement; au reste, on peut dire, sans craindre de ne rien hasarder, que ce contre-tems nous a fait perdre une occasion des plus favorables de porter aux ennemis un coup, que l'inquiétude singulière où nous avons sçu depuis qu'ils étaient continuellement, aurait pu rendre d'autant plus avantageux, que nonseulement ils n’eussent pû faire une résistance bien vigoureuse dans un terrein dominé où ils n’avaient encore que des retranchemens imparfaits, mais c'est qu'encore on eut pû mettre hors de service 5 gros mortiers et 3 pièces de canon de 32, dont ils tirèrent cette nuit même fort vivement sur la ville.
Le 14, les ennemis commencèrent à faire jouer quelques pièces des batteries qu'ils établissaient au Sault, qui nous tuèrent et blessèrent quelques hommes; ils envoyèrent aussi de gros détachemens reconnaître les gués, nous pensâmes qu’ils pouvaient être dans l'intention d'essayer de percer de ce côté. Celà détermina M. de Montcalm à faire quelques changemens à ses dispositions ; il
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dégarnit un peu son centre pour porter à la tête des gués de gros détachemens qui s'y retranchèrent, et il fit renforcer les lignes de M. le Chev. de Levis du côté du fleuve où l'on s'épaula contre les batteries de l'ennemi ; ces différens ouvrages n'ayant pû qu'être fort considérables, fatiguèrent beaucoup tout notre monde ; on fit encore traîner de la ville dans cette partie G pièces de canon de petit calibre, pour inquiéter l'ennemi dans ses travaux ; mais il n'en était plus temps, son artillerie étant fort supérieure à la nôtre ; il fallut la retirer.
Le 16, l'ennemi jettant sur la ville beaucoup de bombes ct de pots-à-fou, il en tomba un sur une maison pleine de foin qui ne fut point assez promptement secourue. Le feu fit des progrès et l'embrasement se communiqua à 8 maisons voisines qui furent ontièrement incendiées; les batteries de la Pointe de Levy tirèrent sur la ville, pour y augmenter le désordre, mais nous ne tardâmes pas à les faire taire par la supériorité de notre feu.
Les travaux de l'ennemi paraissaient se pousser fort vivement au Sault, ils y avaient déjà des mortiers dont ils nous jettèrent des bombes qui ne laissaient point d'inquiéter nos troupes dans leur camp; nous entreprîimes d'y établir un mortier, mais ce travail languit tellement par le défaut de bras, qu'il devint inutile avant qu'on l’eût pQ finir, il fut abandonné,
Nous reçumes, ce même jour, des nouvelles de Niagara et de Carillon, par lesquelles nous apprîmes que les Anglais formaient déjà le siège de ce premier fort, et que M. de Bourlamaque ne se flattant plus de pouvoir tenir dans le second, malgré les nouveaux ouvrages qu'il venait d'ajouter à ses fortifications, se disposait à se replier à l'Isle aux Noix, dès que l'ennemi qu'il savait être en mouvement se présenterait pour l'attaquer; il craignait d’être tourné par St. Frédéric, et l'on prétend qu'il avait reçu des ordres positifs pour la retraite; on ne peut sur cela se refuser une réflexion: si l'on avait, avant l'ouverture de la campagne, résolu d'abandonner Carillon, pourquoi consumer les troupes en fatigues, et le Roi en frais pour augmenter les défenses de ce fort? M. Bourlamaque avait d’ailleurs avant ce moment, paru dans toutes ses lettres se croire en état d'y faire une vigoureuse résistance.
Le 17, un petit détachement de nos sauvages ayant passé la rivière du Sault y firent quelques décharges, et nous amenèrent
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trois prisonniers, sur le rapport desquels nous no pûmes guères jugor des véritables intentions de M, Wolfe; nous entrevimes seulement, par le détail qu'ils nous firent de ses forces et de ses mouvemens, que, n'ayant que 9 à 10,000 hommes au plus de troupes réglées, et estimant notre armée de 15 à 18 mille, non-seulement ce Général n'osait nous attaquer de front, mais qu'il était encore dans une appréhension continuelle d'être attaqué lui même ; ils ajoutèrent que c'était dans leur armée un bruit commun que le Général ne se flattait de prendre Québec qu'autant qu'il serait joint par le Général Amherst, qu'il attendait avec la plus grande impatience, et que craignant de manquer de vivres, la ration du soldat avait été chez eux réduite à 7 onces de biscuit et une égale quantité de viande salée. Les dépositions faites par les différens prisonniers ou déserteurs se sont assez accordées sur cette réd \ction.
Les mêmes prisonniers nous dirent encore, qu’un vieillard et quelques femmes de la côte du Nord venaient tous les jours porter des rafraichissements au camp anglais, et qu'ils avaient aussi indiqué au Général Wolfe les gués de la rivière du Sault.
I est aisé de juger par ce commerce que l'ennemi n’était nullement harcelé,
M. de Vaudreuil était bien d'avis, suivant l'usage canadien, d'envoyer des détachemens pour inquiéter l'ennemi. M. de Montcalm craignait toujours de s’affuiblir.
Il nous revint ce même jour, du camp ennemi, quelques habitans pris par les Anglais, qui, après avoir reçu parmi eux et de M. Wolfe lui même beaucoup de caresses avaient été mis en liberté ; cette conduite était relative au contenu du manifeste.
Le même jour 17, les sauvages ayant demandé À marcher en détachement, on leur en accorda la liberté ; ils partirent au nombre de 5 à 600, pour s’aller embusquer sur les derrières du camp que les ennemis occupaient au Sault; cette expédition n'eut aucun succès,
Un matelot anglais fait prisonnier, que nous interrogeames sur ce que l’on avait pensé dans la flotte de nos brûlots, nous dit, qu’on en avait extrêmement craint les effets, mais qu’on y avait été surpris de la manière dont ils avaient été conduits, et surtout de la précipitation avec laquelle on y avait mis le feu.
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La nuit du 18 au 19 un vaisseau de 60 canons. avec 5 frégattes ou transports, passèrent devant la ville pour aller mouiller à Sillerie, On ne douta point que l'ennemi n'eut l'intention, ou de nous couper les vivres, puisqu'il aurait pu être informé que nous en avions placé la plus grande partie dans nos frégattes, ou de tenter une descente du côté de Sillerie ; on y plaça 2 pièces de canon, et on fit passer sur le champ M. Dumas avec 600 hommes qui devaient suivre le long de la côte les mouvemens de ces bâtimens ; mais ils ne purent empêcher de brûler notre dernier brûlot qu’on achevait d’équiper dans l’Anse des Mères; les Anglais tentèrent aussi de détruire les cajeux que nous y fesions préparer, mais ils y furent repoussés,
Le vingt, il nous vint du camp ennemi un domestique du Général Townshend, qui nous assura qu'il n'y avait au Sault que 8,000 hommes : cela se trouvant conforme à nos observations, M. de Montcalm fit revenir de la gauche quelques troupes pour renforcer le centre.
L'ennemi fatiguait beaucoup notre gauche par le feu continuel de canons, de mortiers et d'obusiers qui partait des batteries de son camp du Sault.
Le 21, nous apprîmes que 400 grenadiers ennemis étaient descendus à la Pointe aux Trembles. M. Dumas eût ordre d'y marcher et l’on joïignit à son détachement une partie de la civalerie; mais ils trouvèrent les ennemis embarqués, leur objet ayant été d’avoir des nouvelles exactes de se qui se passait dans le pays; ils se contentèrent d'enlever toutes les femmes qu'ils trouvèrent dans ce canton, ils n’en emmenèrent cependant qu’une centaine, parmi lesquelles il se trouva quelques dames de la ville qui s’y étaient réfugiées ; ils furent harcelés et poursuivis par quelques sauvages qui accoururent, et qui leur tuèrent et blessèrent quelques hommes; l’idée de cette expédition avait été donné au Général Wolfe par Stobo, officier anglais, pris pour ôtage à l'affaire du fort de Nécessité; celui-ci, convaincu d’avoir malgré son caractère, entretenu des correspondances préjudiciables à notre service avec les généraux anglais avait été condamné à être pendu, mais la Cour ayant ordonné la surséance de ce jugement, on crut devoir rendre à Stobo la liberté dont il avait précédemment joui dans sa qualité d'ôtage, il en profita pour s'évader et il fut
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secondé par un particulier déserteur de la Nouvelle Angleterre établi à Québec depuis quelques années qui, entendant la navigation s'embarqua avec lui vers le milieu de Mai dernier, dans un simple canot avec lequel ils gagnèrent Louisbourg.
Le 22, le commandant du vaisseau envoya proposer à la ville une suspension de 6 heures, pendant laquelle il y ferait remettre les femmes prisent à la Pointe aux Trembles, on y consentit,
Toutes ces femmes, quoique de différens états, se louèrent également des traitemens qu'elles avaient reçus des officiers anglais ; plusieurs soupèrent même avec M. Wolfe, qui plaisanta beaucoup sur la circonspection de nos généraux ; il dit à ces dames qu'il leur avait cependant présenté des occasions bien favorables de l'attaquer, et qu’il avait été surpris de ce qu'ils n’en avaient pas profité.
La nuit du 22 au 23, la grande quantité de pots-à-feu que l'ennemi continuait À jetter sur la ville, y occasionna un nouvel embrasement, dans lequel 18 maisons furent réduites en cendres ; la cathédrale éprouva le même sort. Pendant tout ie temps de l'incendie, les batteries de la Pointe Levy ne cessèrent de tirer, les nôtres ripostèrent tant que le feu fit des progrès dans la ville, mais dès qu’on fut parvenu à l'arrêter, elles discontinuèrent.
On n'était pas encore sorti de ces inquiétudes, qu'une frégatte ennemie, avec un transport, voulurent à 4 heures du matin, à la faveur d'une petite fraicheur qui s'était élevée dans la partie du N. E. profiter de l'embarras, où ils imagiraient, sans doute, que nous étions, pour passer à Sillerie; ils se trompèrent, tous les canonniers étaient restés à leur poste, mais le vent ayant changé au moment où ces bâtimens commencèrent à recevoir les décharges de nos batteries, ils se retirèrent sans avoir beaucoup souffert ; notre feu fut ce jour là très bien servi.
La journée du 24 fut employée aux négociations entre la ville et la flotte dont M. Le Mercier, commandant de l'artillerie, fut chargé ; il s'agissait de choses indifférentes.
Nous eûmes ce même jour une preuve bien sensible du désordre qui régnait dans l’armée : il en était sorti un grand nombre de chasseurs, qui ayant trouvé beaucoup de gibiers du côté de Ste. Foy, firent un feu si souteuu que les sauvages croyant, que nous étions attaqués du côté de Sillerie, s’y portèrent ; ils firent sentir
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à leur retour que cela pouvait être sujet à inconvénient ; M. de Vaudreuil le comprit, et fit défendre la chasse à toute l’armée.
Le 25 au matin, un malentendu nous causa une alerte assez chaude ; il vint de l’Anse de St. Michel au camp, une ordonnance pour informer M. de Vaudreuil que les Anglais y étaient descendus ; cette nouvelle paraissait confirmée par le bruit du canon que l'on entendait de ce côté à; on battit la générale et l’armée prit les armes; il ne s'agissait cependant que de l’attaque de quelques unes de nos chaloupes canonnières, qui, s'étant réunies dans cette anse, y attirèrent l'attention des vaisseaux qui les canonnèrent vivement, et envoyèrent des berges pour s’en emparer; il y en eu deux d’enlevées, trois remontèrent au Cap Rouge et il s’en échoua une qui fut sauvée par le feu que firent quelques Canadiens qui y étaient accourus du port voisin. M. Dumas y avait laissé M. de St. Martin, officier de la Colonie, avec 180 hommes, et était marché lui-même avec 1000 hommes jusqu’à Jacques Cartier où l’on craignait que l'ennemi ne prit poste ; il eut ordre d'y faire quelques retranchemens.
Nous apprîmes ce jour là, par un nouveau prisonnier fait à la gauche, que les ennemis avaient déjà à leur camp du Sault une artillerie formidable, et qu'ils continuaient à y établir des batteries de canons et de mortiers.
Il nous arriva encore de cette partie, vers le soir, un jeune Canadien, encore enfant, précédemment pris par les Anglais et reläché par eux pour venir remettre à M. de Vaudreuil un billet anonyme, contenant des reproches injurieux pour le gouverneur au sujet des chevelures enlevées par les sauvages, et des soldats que leur avaient tués les Canadiens, qu'ils y traitaient d’assassins. Il nous ajouta, qu'avant de sortir du camp anglais, il aurait vu signifier à des Canadiens, pris les armes à la main, qu’ils pouvaient se préparer à mourir; qu'il les avait vus conduire par des fusilliers, et qu'à peine sorti de ce camp, il ÿ avait entendu tirer plusieurs coups de fusil. MM. de Vaudreuil et de Montcalm jugèrent, qu’il convenait de s'expliquer à ce sujet avec M. Woife ; les termes de leur lettre, éerite au nom du premier, réunissait toute la dignité, la politesse et la fermeté convenable dans cette circonstance. M. Le Mercier qui fut chargé de remettre cette dépêche, y en ajouta une seconde qu’il écrivait par ordre de M. de Vau-
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dreuil à M. Wolfe, dans laquelle, après avoir proposé à ce général différens arrangemens touchant les parlementaires, il lui observait que l’usage paraissait en devenir un peu trop fréquent. M. Wolfe fit faire le jour suivant à M. de Vaudreuil la réplique suivante :
MonstEUR,
Par ordre de mon général, j'ai l'honneur de répondre à une lettre de Votre Excellence qui lui fut apportée hicr par M. Le Mercier, concernant quelques articles particuliers à l’occasion des parlementaires, dans laquelle il se plaint au nom de Votre Excellence de l'usage trop fréquent des dits parlementaires.
Le Général ne saurait assez s'étonner de cette requisition, et pourquoi les Anglais ont-ils donc demandé à parlementer ? que la réponse soit faite par ceux qui ont reçu leur liberté à l’occasion des dits parlementaires.
M. le général Wolfe, par une lettre intcrccptée écrite du camp de Beauport, apprend que trois grenadiers du régiment royal américain, pris il y a quelques jours, étaient destinés à être brûlés vifs dans votre camp; M. Wolfe désirerait de savoir ce qu’il sont devenus, pour régler à l’avenir là dessus sa conduite,
Les troupes britanniques ne sont que trop ulcérées ; les cruautés énormes qu’on à déjà exercées, et surtout la basse infraction de la capitulation du Fort George, sont encore présentes à leur cœur.
De tels actes méritent ct trouveront certainement à l’avenir, s’il sont réitérés, la plus sévère repressaille ; toute distinction cessera entre Français, Canadiens et Indiens; tous seront traités comme une troupe cruelle et barbare altérée de sang humain.
J'ai l'honneur d’être, (Signé) ISAAC BARRE.
Adjudant Général,
Voici la réplique que M. de Vaudreuil fit faire à M. Wolfe par M. de Bougainville.
Monsieur,
Par ordre de M. le Mis de Vaudreuil, je réponds à la lettre qui lui a été écrite par M. Isaac Barre à l’occasion des trois grenadiers
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48 Evénements de la guerre en Canada
du royal américain pris prisonniers. V. E. aurait dû rogarder, comme des propos soldatesques, is discours exprimés dans la lettre interceptée ; le sort de ces trois prisonniers a été le même que celui do tous les autres qui ont été fuits par les sauvages; le Roi les a rachetés à grands frais de leurs mains; M. le Mis. de Vaudreuil no m'a point chargé de répondre aux menaces, aux invectives et aux citations dont est remplie cette lettre que vous n'aurez pas, sans doute lue; rien de tout ce: ne nous rendra craintifs ni barbares; nos procédés sont connus en Europe, ct nos papiers publics font foi de notre justification sur l'infraction de la capitulation du F. G.
J'ai l'honneur d'être, (Signé,) BOUGAINVILLE,
Le 26 à la pointe du jour, un gros détachement d'Anglais étant venu fusiller avec celui que commandait M. de Repentigny à la tête d'un des gués do la rivière du Sault, on la fit passer un peu plus haut à 400 Sauvages qui devaient tourner l'ennemi ; mais, ils demardèrent À être soutenus ; on leur promit qu’ils le seraient, ils attendirent cependant dans le bois, ventre à terre, en présence de l'ennemi, à la petite portée de pistolet pendant 5 heures, sans voir faire aucun mouvement à nos troupes; enfin, emportés par impatience et voyant d’ailleurs que l'ennemi profitait de ce temps pour faire couler dans le bois de nouvelles troupes, ils se déterminèrent à donner seuls ; leur attaque fut si vive que, suivant ce que nous apprîmes depuis, par un sergent déserteur du camp ennemi et par quelques Canadiens qui s’y trouvaient alors prisonniers, les Anglais obligés de plier, reculèrent à plus de 200 pas du champ de bataille pour so rallier, et que l'alarme parvint jusque dans le camp, où M. Wolfe rentra lui-même pour faire avancer l'artillerie par des chemins qu'il avait fait pratiquer ; alors les sauvages so voyant presqu'environnés firent leur retraite par le gué avec .:equel ils avaient conservé leur communication, après avoir tué ou blessé à l'ennemi plus de 150 hommes et n'ayant perdu que deux ou trois des leurs; ils rencontrèrent au passage de la rivière le corps que l'on envoyait à leur secours, et que M. de Levis ne voulut jamais prendre sur lui de faire marcher sans en avoir reçu l’ordre
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de M. de Vaudreuil. Toute l'armée regretta la perte d'une si belle occasion.
Le 27, quoique l'on regardât comme inaccessibles les Anses des Mères, du Foulon, de Sillerie et de St. Michel, on y envoya cependant des ingénieurs pour faire faire dans Îles rampes qui y conduisaient, des coupures et abbatis ; on répandit de plus dans ces différens postes enviren 400 hommes.
Quelques Canadiens nous amenèrent de la côte du Sud, trois prisonniers qui provenaient d'un détachement de 7 hommes qu'ils avaient défaits ; les quatre autres avaient été tués,
Le 28, les ennemis démasquèrent, vis-à-vis la ville, une nouvelle batterie de 5 pièces de canon.
Le 29, les vaisseaux ennemis qui étaient audessus de Québec fesaient différens mouvemens; ils remontaient depuis quelques jours jusqu’à St. Augustin et revenaient ensuite mouiller à Sillerie. Nous jugeames qu'ils voulaient attirer notre attention de ce côté ; mais ce qui se passait au camp du Sault que nous voyons hérisé de canons et de mortiers semblait devoir la fixer toute entière, On fit passer dans cette partie un détachement de 300 sauvages, qui ayant pris des vivres pour trois jours, devaient s’embusquer dans les bois sur les derrières de l'ennemi dont on voulait couper la communication avec la campagne.
Le 30, tout fut tranquille.
Il n’en fut pas de même de la journée du 31. Vers les 10 heures du matin, le vent souffait violemment de la partie du Sud O., deux gros transports appareillèrent de la flotte ennemie et s’avancèrent vers le Sault de Montmorency; ils furent suivis par un vaisseau de 60 canons, et tous trois se placèrent visà-vis des retranchemens de M. le Che de Levis, et dont les transports s’échouèrent à la pleine mer, à la petite demie portée de canon. Le vaisseau garda le large, formant avec les deux premiers un triangle, d’où il partit à l'instant même un grand feu dirigé sur nos lignes, où il se croisait avec celui de l'artillerie formidable que M. Wolfe avait au Sault.
Pendant que notre gauche essuyait cette double canonnade, on remarqua qu'un grand nombre de berges qui s'étaient mises en mouvement dès le matin, après avoir pris des troupes à la Pointe de Levy et dans divers vaisseaux, se formaient en colonnes à la D
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tête de la flotte. Nous ne pûmes plus douter alors que l'ennemi ne fut dans l'intention de nous attaquer ; l’armée prit les armes et les différens corps se portèrent aux retranchemens. La violence du vent qui soufflait toujours du 8. O. le jusant et ce qui se passait à notre gauche, ne nous permettant pas de craindre que les autres parties de nos lignes ne fussent attaquées, M. de Montcalm les dégarnit un peu, ct se porta en personne vers le camp de M. le Che: de Levis.
Enfin, vers les cinq heures du soir les berges, après avoir par divers mouvemens essayé de nous dérober le véritable point de l'attaque, se rangèrent sur trois divisions, dirigèrent toutes leurs marches vers le Sault et abordèrent précisément au moment de la basse mer au pied des deux bâtimens qui se trouvaient échoués à sec sur un très beau platin. A l'abri de leur feu, toutes les troupes firent leur débarquement sans confusion et se formaint en bataille, pendant que le corps à L'Ange Gardien, traversait en colonne la rivière du Sault, pour les venir joindre; nous ne pouvions, à cause de la grande distance, opposer à tous ces mouvemens que le feu de quelques canons de petit calibre placés dans des redoutes que l’on avait fait construire en avant de nos retranchemens, qui encore ayant tiré tout le jour sur les vaisseaux manquèrent malheureusement de munitions vers la fin de l’action ; elles étaient d’ailleurs fort maltraitées par le feu qu’elles en avaient essuyé; ces deux raisons obligèrent d'en abandonner une à l’approche d’un corps de grenadiers qui s’avança pour l’attaquer ; il y monta, mais à peine s’en fut-il rendu maître que la vivacité du feu de mousqueterie qu’il reçut de nos retranchemens, qui dominaient fort avantageusement ces redoutes, l’obligea à se retirer ; la réunion des deux corps ennemis s'étant faite dans ce moment, nous nous attendions à une attaque générale, mais un violent orage qui survint ayant vraisemblablement achevé d'ouvrir les yeux à M. Wolfe sur la témérité de son entreprise, ce général se retira, et il est même à croire qu'il ne s’engagea si avant que parcequ’il avait un peu trop présumé des effets de son artillerie ; il avait compté que le Canadien et le sauvage, effrayés par le boulet et la bombe ne tiendraient point, et que ses troupes pourraient par leur fuite monter la côte sans y rencontrer de grands obstacles; mais on doit à tous les corps de l’armée que M. de Montcalm y avait
durant les années 1759 et 1760. 51
successivement réunis, la justice de dire, qu'ils montrèrent en cette occasion toute la fermeté que l’on en pouvait attendre, et qu'ils témoignèrent la plus grande impatience d’en venir aux mains; sentant tout l'avantage de leur position, ils étaient pleins d'une confiance de laquelle nous pouvions sans présomption attendre la défaite totale de l’armée anglaise, si elle s'était opiniâtrée à avancer ; celle-ci se divisa une seconde fois ; la plus grande partie repassa la rivière du Sault pour regagner le camp de L'Ange Gardien, et l’autre en se rembarquant mit le feu aux deux transports dont l’embrasement termina cette affaire.
Nous y avons eu une 60° d'hommes tués ou blessés par le boulet et la bombe; la perte de l'ennemi, suivant le rapport des prisonniers ou déserteurs venns depuis, est montée à environ 500 hommes presque tous grenadiers, un capitaine du Royal Américain, et deux soldats y furent fait prisonniers.
Le 1 Août, le vaisseau qui était au Sault rejoignit la flotte.
Les vivres que l’on avait conservés à Québec pour la subsistance de l’armée se trouvant toucher à leur fin, on fut obligé d’en faire venir de Batiscan ; mais la voie de l’eau paraissant fort hasardeuse depuis que l'ennemi s'était rendu maître du fleuve, il fallut se résoudre à faire venir ces vivres par terre; celle-ci ne laissait point encore d'offrir des obstacles; il ne restait dans la campagne que des enfants en bas âge, des femmes et des vieillards auxquels leur infirmités n'avaient pas permis de porter les armes. Ce fut cependant avec le secours de bras si faibles que l’on fit transporter sur 271 charettes de Batiscan à l’armée ( 18 lieues ) 700 quarts de lard et de farine. La subsistance des troupes 5e trouva par là assurée pour 12 à 15 jours, mais l’on fut dès ce moment effrayé des difficultés que ce service rencontrerait par la suite; nombre de charettes étaient déjà brisées, les femmes et les enfants qui les conduisaient rebutés d’un travail si rude, ne laissant point espérer qu’elles pussent le soutenir longtemps; on commença à regretter d’avoir si fort reculé les magasins de l’armée,
Le 2 il y eut une trève de quelques heures, pendant laquelle M. Le Mercier fut chargé d’aller remettre au général Wolfe des lettres de M. de Vaudreuil et du capitaine du Royal Americain
fait prisonnier à l’affaire du 31: cet officier après s'être beaucoup
loué dans sa lettre des procédés des Français, par qui, il avait, D 2
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disait-il, été retiré avec les plus grandes peines des mains des sauvuges, demandait à son général quelques effets dont il avait besoin.
Le 3, l'ennemi continua à augmenter son artillerie au camp du Sault, M. Dumas ramena à l’armée la plus grande partie des troupes qu'il avait à Jacques Cartier, où il avait eu ordre de ne laisser que 200 hommes.
Le 4, nouvelle trève pour recevoir les réponses de M. Wolfe aux lettres qui lui avaient été écrites le 2. En envoyant à son officier les effets qu’il lui demandait, il lui reprochait dans la réponse qu’il fesait à sa lettre, d'avoir par l’imprudente démarche qui l'avait fait prendre, donné à M de Montcalm lieu de croire qu'il régnait peu de discipline dans son armée, voulant par là, nous faire entendre adroitement, que son attaque du 31 n’avait été qu'une feinte.
Quand à la lettre qu'il écrivit à M. de Vaudreuil, il y fesait une longue énumération des griefs de la nation anglaise contre les troupes du Canada, et il joignait à des reproches pleins d’amertume et de dépit, les expressions les plus féroces.
On s'était proposé de prolonger le plus qu'il serait possible, le séjour dans la ville de l'officier porteur de ces dépêches, afin de profiter de ce tems pour transporte: sur les batteries des mortier et du canon des ramparts qui faisaient face à celle de l’ennemi, les matériaux nécessaires pour y faire construire des Merlons ; ces batteries étant à barbettes exposaient beaucoup au feu de l'ennemi les canonniers qui les servaient; on y en avait déjà perdu plusieurs, mais les mesures que l’on avait prises à ce sujet furent déconcertées par une suite du peu d'ordre qui régnait dans les différentes parties de notre service; pendant que l’on attendait la chaloupe anglaise à une des extrémités de la basse ville, il parti de l’autre, dès qu’elle parut, un officier marchand qui servait sur les batteries, qui ayant reçu de l'officier anglais les lettres et les effets qu'il avait à remettre, le renvoya sur-le-champ.
Ils nous vint, ce même jour, cinq nouveaux désexteurs dont les dépositions n'avaient rien d’intéressant,
Nous apprîmes ce même jour, l'évacuation des forts de Carillon et de St. Frédéric que l’on avait fait sauter. Le premier, le 27 et le second le 31 ; on se retira de Carillon avec une telle précipitation, et un désordre si grand, qu’il y resta 20 soldats auxquels
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l'ivresse ne perinit pas de suivre la troupe; ils furent pris par les ennemis qui trouvèrent encore dans ce fort, dont les fortitications n'avaient été que légèrement endommagées par les mines qu’on y avait fait sauter, plusieurs pièces de canons et mortiers.
Le 5, les batteries de la Pointe de Levy, continuaient à faire un feu très-vif sur la ville. Il nous vint trois nouveaux déserteurs.
Il passa, la nuit du 5 au 6 devant la ville, plusieurs berges qui remontèrent jusqu'aux vaisseaux d'où l’on y débarqua une assez grande quantité d'effets. Ces divers mouvemens que l'on vit d'ailleurs faire à l'ennemi dans cette partie, donnant lieu de penser qu’il pouvait être dans les dispositions d'y tenter quelque chose, déterminèrent M. de Montcalm à y envoyer une augmentation de troupes, en sorte que nous nous trouvâmes alors avoir depuis Québec jusqu'à St. Augustin environ 1 ,000 hommes, dont M. de Bougainville eut le commandement en chef. Le 7, différens bâtimens mouillés au Cap Rouge, après s'être allégés assez considérablement montèrent jusqu’à la Pointe aux Ecureuils. Les frégattes du Roy et le navire le Fronsac étaient alors mouillés au pied du Richelieu; c’est-à-dire à 3 lieues audessus de la Pointe aux Écureuils. Les vents ne leur avaient point permis de monter plus haut, les Anglais avaient vraisemblablement intention de s’en emparer, mais ils profitèrent du vent du Nord qui avait emmené ceux-ci pour remonter le rapide. M. de Bougainville dégarnit un peu ses postes pour former un détachement avec lequel il suivit le long du fleuve les bâtimens ennemis.
Le 8, il nous vint trois matelots qui étaient aux Ecureuils, de la flotte ennemie.
Les vaisseaux anglais redescendirent à la Pointe aux Trembles et tentèrent à différentes reprises d'y faire débarquer du monde, mais ils furent toujours repoussés par M. de Bougainville; il ne s'y passa cependant rien de considérable. M. de Montcalm fit conduire au camp quelques petites pièces de campagne et quelques obusiers qu’on avait laissé dans la place.
La grande quantité de bombes, de carcasses et de pot-à-feu que les ennemis jettèrent la nuit du 8 au 9 sur la place, occasionna un 3% incendie à la basse ville; 152 maisons y furent réduites en cendres.
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Nous apprîmes ce même jour, que Niagara avait capitulé le 24 Juillet, et que la reddition do ce fort avait été précédée de la défaite de notre corps de troupes revenu de la Belle Rivière.
Cot événement augmenta beaucoup l'abattement que la nouvello de l'évacuation de Carillon et de St. Frédérie avait déjà répandu dans les esprits; on craignit que l'ennemi ne rencontrant que do faibles barrières À l'entrée de la rivière de Cataracoui ne sautût les rapides, et ne vint tout à coup tomber sur Montréal, qui était dans ce moment dépourvu de toute espèce de défense ; on avait des détachemens à là Présentation et à l'Isle aux Galops; on estima nécessaire de renfoncer ces postes ; on détacha de l’arméo 1000 hommes qui eurent ordre d'y marcher en toute diligence, et l'on crut ne pouvoir se dispenser de charger M. le Chev: de Levis du commandement d'une partie aussi délicate ; il partit dès le jour même pour s’y rendre.
Le 11 Août, un détachement de 700 hommes, composé do Canadiens et de sauvages, passa la rivière du Sault pour aller attaquer des travailleurs ennemis qui fesaient des fassines; la fusillade fut assez vive ; on compta avoir tué ou blessé une centaine d'hommes, nous n’en cûmes que 7 do blessés ; les choses eussent été poussées plus loin, si les OQutaouas avaient voulu donner. Ils ne se trouvèrent point ce jour là dans les dispositions de combattre et ils n'eurent presque point de part à cette affaire ; il semblait dans toutes les circonstances, qu'une fortune ennemie prit plaisir à déooncerter les entreprises dont nous pouvions attendre le plus de fruit ; nous en fîmes le lendemain, 12, une nouvelle épreuve. Les Anglais repoussés à la Pointe aux Trembles tournèrent leurs vues de l’autre côté du fleuve ; ils essuièrent, en y descendant, quelques coups de fusil des habitans qui étaient retournés chex eux, mais ils s’y établirent au nombre de 7 à 800 hommes.
M. de Montoalm voulant profiter de la circonstance du passage, à la Pointe aux Trembles, des troupes qu'il envoyait aux rapides, pour faire attaquer les ennemis dans leur nouveau eamp par le corps de M. de Bougainville, donna ordre à ce colonel de passer à la droite du fleuve et d'y opérer pendant que ses postes bien gardés deviendraient un piége où l'ennemi, s’il ne l’attendait pas de l’autre côté, pourrait venir donner ; rien de mieux combiné, mais le mauvais tems dérangea tout, et la crainte de trop retarder
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lo secours que l’on envoyait aux rapides fit abandonner ce projet.
Le même jour, 4 bâtimens de la flotte ennemie voulurent profiter du vent de N. E. qui régnait, pour remonter audessus de Québec, mais le calme les prit vis-à-vis de la ville ; ils revirèrent et à la faveur du jusant qui survint, ils regngnèrent leur mouillage, sans avoir beaucoup souffert du feu de nos batteries.
Le 13, nous apprîimes que le corps ennemi, campé vis-à-vis de la Pointe aux Trembles, s'étant répandu dans la campagne y brûlaiv toutes les habitations. Les mouvemens que l'on voyait faire à l'ennemi dans cette partie faisant appréhender à M. de Montcalm qu'il ne voulut y entreprendre quelque chose de plus considérable, ce général se détermina à faire renforcer le corps aux ordres de M. de Bougainville qui fut porté à 1,600 hommes répandus dans différens postes.
Des Canadiens relâchés par les Anglais, apportèrent à M. de Vaudreuil un troisième manifeste, publié par l'ordre de M. Wolfe, où après avoir rappellé les deux premiers, ce général menaçait des traitements les plus rigoureux, les habitans qui ne quitteraient point les armes, sous le 20 d’Août,
Il nous arriva de la Baie St. Paul un courrier pour nous apprendre que les Anglais qui n'avaient 086 auparavant débarquer dans cette partie où ils avaient essuyé beaucoup de coups de fusil, toutes les fois qu'ils s’y étaient présentés, y étaient enfin depuis quelques jours descendus par la trahison d’un habitant, ;suisse de nation, qui s'était établi dans cette paroisse, et qu'ils ÿ avaient déjà brûlé 22 maisons.
Les sauvages nous emmenèrent le même jour, de la côte du Sud, deux prisonniers avec quelques chevelures et il nous vint un nouveau déserteur.
Le 15, n°as envoyâmes dans la paroisse de L'Ange Gardien, un corps äenviron 1,200 hommes, dans la vue d'y surprendre les Anglais qu’on disait y être éparpillés ; on ne retira aucun fruit de cette expédition ; les sauvages à l'exemple des troupes, uniquement occupés depuis quelque temps de maraude et de pillage, se débandèrent ; ils s'avancèrent sans précaution vers une maison qu'ils croyaient abandonnée; elle était pleine d'Anglais dont ils essuièrent une décharge qui leur fit prendre la fuite ; il n’y eut plus rien à entreprendre de ce côté, et il a fallu se retirer.
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Il nous vint de la côte du Sud 3 prisonniers faits par des Canadiens, mais dont les sauvages s'étaient emparés; ceux-ci nous apportèrent encore 4 chevelures.
Le 16, il y eut encore à la haute ville un nouvel incendie dont on arrêta heureusement les progrès ; une seule maison fut réduite en cendres.
Les difficultés qu'éprouvait le transport des vivres et la crainte de nous les voir couper à tous moments par l’ennemi nous tenait dans la plus grande inquiétude ; les chemins étaient déjà devenus très mauvais, et l’on osait encore se servir de la voie de l’eau, jusques à St. Augustin et au Cap Rouge, qu'avec des précautions qui rendaient toutes les opérations fort lentes,
Le 17, nous apprîmes, par trois nouveaux déserteurs de l’armée ennemie, qu’il ÿ régnait une cruelle dissenterie qui avait déjà fait périr beaucoup de monde.
Il nous arriva de Niagara 5 Canadiens, qui après la reddition de ce fort, s'étaient échappés des mains de l'ennemi; ces gens rapportaient qu’ils avaient laissé les Anglais occupés à réparer les fortifications du fort, qu'ils avaient détaché un gros corps de troupes pour conduire leurs prisonniers à New York, et qu'il ne restait à Chouaguen, quand ils y avaient passé, qu'environ 2,000 hommes qui ne faisaient aucun mouvement ; on jugea de là, que les Anglais n’avaient point intention de venir par les rapides; M. le Cher: de Levis s’y trouvait alors avec 2,500 hommes.
Le 18, il nous arriva par terre un nouveau convoi de farine, que le défaut de charettes avait rendu très faible.
Le 19, nous apprîmes qu'un corps ennemi d'environ 1,200 hommes était descendu à Deschambeaux, M. de Bougainville y marcha sur-le-champ avec son corps, précédé de la cavalerie, et de M. de Montcalm se porta en personne avec le Major Général et quelques troupes jusques à la Pointe aux Trembles, (7 lieues ) où ayant appris que l’ennemi, après avoir brûlé la maison dans laqu'ile on aurait placé les équipages de l’armée, s’était rembarqué ; il revint au camp où il ne rentra que le lendemain au matin; les Anglais ne perdirent personne dans cette expédition ; ils se rembarquèrent dès qu'ils virent approcher nos troupes, emmenant avec eux heaucoup de bétail qu'ils avaient ramassé dans les campagnes.
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