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INSTITUT GÉNÉRAL PSYCHOLOGIQUE

|4, RUE DE Conoé, PARIS CVIE)

II est de tradition déjà ancienne, a l'Institut General Psychologique, de publier séparément, sous le litre de Mémoires, les travaux trop étendus pour pouvoir être insérés dans le Bulletin.

La Section de psychologie d’art, adoptant ce meme usage, inaugure aujourd'hui la publication d'une série d'études, sous le meme litre. Les deux premiers volumes que nous soumettons à nos collègues et collaborateurs contiennent deux travaux de M. Charles Henry : Sensation et Energie, Mémoire et Habitude.

.Vous espérons vivement qu 'ils seront accueillis et étudiés avec un intérêt particulier par tous ceux qui s'intéressent à la psychologie artistique; l’auteur y traite de plusieurs questions qui ont figuré à nos ordres du jour : constitution des gammes, problème de la consonance, harmonies de couleurs, mémoire artistique, etc. .4. considérer le caractère surtout synthétique de ces recherches, on se rend compte qu’elles eussent perdu en force démonstrative à être distribuées sous forme de communications fragmentaires ; elles sont, à ce point de vue, une justification nouvelle — qui, nous le souhaitons, ne restera pas isolée — de la rubrique de nos Mémoires.

Sensation et Energie, Mémoire et Habitude, peuvent être considérés comme un essai d’introduction à une Esthétique mathématique et expérimentale. Xul cloute que le problème de notre plaisir esthétique n'appartienne au domaine de la psychologie. La sensation est la trame dont est lissée notre vie mentale; d'où /'importance des lois de la sensation pour l'étucle de l’art.

Mais dire loi, c'esl dire énoncé d'une relation mathématique ou, selon l expression cl'Ernesl Mach, détermination cl’une fonction de deux ou plusieurs variables. Il n’est pas contestable que la connaissance de l art, comme toute autre science, ne doive aspirer à être positive, aussi bien dans son contenu théorique, la sensation et le jugement , que dans les enquêtes appliquées à l'évolution intellectuelle des arts ainsi que de leurs techniques.

Ces orientations sont d'ailleurs dans la tradition de la Renaissance dont les grands artistes lurent de grands savants. Ces mêmes orientations sont aussi dans la tradition antique, plus spécialement pythagoricienne, qui dicta des modules aux temples et des canons aux statues et aux vases. Nous les retrouverons également dans les traditions du plus lointain Orient, où l'art du peintre et du sculpteur est rigoureusement commandé par une ordonnance de proportions indéformables.

Nous savons bien — à sentir les émotions profondes qu’éveillent en nous les grandes floraisons de l'cirl — , que ce ne sont pas là des créations artificielles ; nous nous expliquons ces émotions en réfléchissant que la sensation plonge ses racines jusqu 'aux sources les plus profondes de la vie. M. Charles Henry prouve que l’irritabilité, qu’elle soit sensitive ou motrice, suit les mêmes lois : il n’est pas osé de penser que toutes les irritabilités, trophiques et autres, se comportent de même. L’art apparaît comme une image de la vie dans ce qu’elle a de plus intime et de plus mystérieux. El de même qu'il ressort de ces recherches que la cellule nerveuse est un résonnaleur complexe, analogue à la plaque photographique, l’artiste apparaît comme un mécanisme cl’une sensibilité profonde et multiple, dont il faudra tracer pour les différents milieux , dans l’espace et le temps, les innombrables courbes de résonance.

L’identité génétique que M. Charles Henry trouve dans les lois de toutes nos sensations, ou, pour être exact, de toutes celles dont les excitants sont précisés objectivement, nous explique une intuition à laquelle l’objectivisme intempérant des physiciens a toujours répugné, mais pour laquelle, au contraire, ont toujours lutté les artistes.

« Si l’on considère, écrivait, en 1752, l’illustre Rameau, que tous nos sens ne sont, en effet, que des modifications du tact, qu'à ces modifications près, le même ordre doit y subsister, pourquoi, dans l’exercice du sens de la vue, comme à l’occasion de l’architecture et des autres objets propres à nous causer du plaisir par ce seul sens, ne serions-nous pas affectés du sentiment du Reau par le même ordre généra! d’organisation qui, dans l'exercice du sens de l'ouïe, nous fait éprouver ce même sentiment à l'occasion de I Harmonie 2 »

Dans cet ordre d’idées, il esl remarquable que les mêmes principes qui servent à constituer les gammes et la chromatique permettent de

ccilc nier des illusions cl'oplique normales el de restituer les illusions visuelles des architectes du Parlhénon d'ciprès les corrections qu’ils faisaient subir aux / ormes réelles pour leur donner des apparences déterminées.

Il ne sérail pas de ma compétence personnelle d’insister ici sur les contributions que ces travaux apportent à l’Energétique générale, dont l’auteur fait son objet principal. Mais précisément pour cette raison, je pense qu’on ne m'en voudra pas d’avoir, en ces quelques lignes, tenté de souligner la valeur esthétique des recherches de M. Charles Henry, recherches qui, j’en ai la conviction, intéresseront les psychologues el les artistes de toute catégorie, malgré les formules austères el l’inévitable aridité de certains développements.

Les ingénieurs préoccupés de problèmes de construction et si souvent conduits, malgré eux, à la réalisation d’une belle forme par un beau calcul, trouveront dans celle œuvre des formules qui certainement leur seront suggestives.

Victor Goloubew

Secrétaire de ta Section de psychologie artistique de l’I. G. P.

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