DES FUMIGATIONS SULFUREUSES
APPLIQUÉES AU TRAITEMENT DES AFFECTIONS CUTANÉES ET DE PLUSIEURS AUTRES MALADIES.
L’ewrror de Ta vapeur résultant de ja combhstion du soufre est un moyen thérapeutique qu'un grand nombre d'expériences pratiquées sous les yeux de praticiens distingués de Îa capitale, a fait reconnaître comme un des plus efficaces contre les affections chroniques de: la peau, telles que Ia gale , le prurigo, les dartres, Ia teigne, &c. ; on l'a appliqué aussi, avec une utilité remarquable , contre d’autres maladies tout aussi souvent -rebelles aux ressources de l’art, comme Îles rhumatismes anciens , a goutteatonique,
la paralysie, les scrofules,, les engorgemens des glandes
du sein, ceux des ganglions lymphatiques et des articulations. Les succès obtenus par cette méthode de traitement ont été rendus encore plus certains par Ie laps de temps qui s'est écoulé depuis la guérison des malades.
Principes théoriques sur lesquels est fondé le traitement de la Gale, Des circonstances favorables m'ont periis de m'occuper depuis long-temps des affections de Ja peau. Placé dès 1792 | s A
ES nn EU TE Ie DO I. SEE UE
(2) RS | dans les différens hôpitaux de Paris, je pus voir beaucoup de ces maladies : attaché depuis treize ans à l'hôpital Saint- Louis, où elles se trouvent en très-grand nombre, j'ai pu encore les observer plus exactement. k |
Parmi ces maladies , la gale fixa d’abord mon attention: je cherchaï à en bien connaître la cause (1): je vérifrai les observations microscopiques des eñntomologistes; je retrouvaï dans les pustules galeuses le ciron , acarus scabiei, qu'ils avaient indiqué comme producteur de léruption psorique, et son existence me parut aussi avérée que Île point d’histoire naturelle le mieux connu. Cette conviction fut partagée par une foule de témoins , parmi lesquels je puis citer presque tous MM. les professeurs de Ia faculté de médecine et plusieurs savans naturalistes de Paris (2).
L’étiologie de la gale établie par ce fait m'éclaira sur tous les phénomènes de cette maladie ; en reconnaissant lacarus comme une de ses causes principales , je dus aussi la séparer de plusieurs autres éruptions qui lui ressemblent plus ou moins par leur aspect, maïs qui en diffèrent toutes essentiel: Jement par leur caractère non contagieux et les circonstances qui les ont déterminées. La distinction entre les affections psoriques et les affections psoriformes me parut donc fondée sur une théorie exacte.
Pour avoir une preuve plus convaincante encore que Îa gale est produite par linsecte observé dans les pustules, je tentai la transmission de cette maladie, par FPapplication des cirons vivans sur l’épiderme. Je fis la première tentative Sur moi; mais je ne poursuivis pas lessar au-delà d'une première éruption (3}. Je le répétai sur trois enfans ; bientôt
(1) Mes premiers travaux furent encouragés par M. le baron Dubois, professeur à {a faculté de médecine, qui, plus d’une fois, m’engagea à m'occuper de la gale, maladie sur faquelle ï restait, selon cet habile praticien, beaucoup à faire.
(2) Voyez Essai sûr la gale, brochure 1-4, avec figures, à Paris, chez Méquignon l’ainé, père, rue de l'Ecole de médecine, page 19 et suivantes.
(3) Essai sur la gale , page 25.
qi)
tx]
ils furent couverts de gale : je les mis ensuite en contact avec trois autres enfans sains, qui gagnèrent la contagion, laquelle présenta chez eux le même développement et les mêmes progrès que chez les premiers. Cette expérience fut faite‘ devant M. Duchanoy, administrateur des hospices, chargé spécialement du service de santé, MM. les médecin et chirurgien en chef de l'hôpital Saint-Louis ; MM. Leroux , doyen de Ia faculté de médecine de Paris; Vilférs, doyen de celle de Strasbourg; MM. les professeurs Pelletan, Thillaye, Petit-Radel, Dumeril, Dupuytren ; MM. Bosc, Olivier, la Treïille, Patrix ; enfin devant M. Ie professeur Pinel, toujours prêt à donner lexemple d’un zèle infatigable dans la recherche du vrai, et sur l'invitation duquel Je conduisis ces enfans au cabinet de physique de l’école, où il'a fui-même exploré les pustules dont ils étaient couverts, et observé, conjointement avec M. Thillaye fils et moi, les cirons que nous y avons trouvés.
Cette expérience peut prouver que la transmission de [a gale se fait souvent, je n’oserais dire toujours, par le transport des. cirons vivans sur l’'épiderme ; elle résout la question, st souvent proposée, de:savoir si la présence de linsecte est Ja cause ou leffet de [a imaladie ; elle explique pourquoi ont échoué ceux qui ont tenté d’inoculer la gale avec le pus des boutons en maturité qui ne recèlent pas toujours des insectes; enfin , elle doit au moins faire douter de l’existence d'un virus psorique particulier.
Ces notions de la gale en indiquent Îe traitement : c'est une affection ordinairement locale, qui requiert emploi des médicamens extérieurs ; c’est là le moyen sûr de détruire linsecte qui Ta produit. |
D’après ces principes théoriques et d'observations, mon but, pour le traitement de la gale, était donc de chercher à détruire l'insecte qui occasionne Îa gale. Mon procédé devait être prompt, sans danger et toujours certain. Le soufre , regardé depuis Ares temps comme Île moyen le
FA à ni plus efficace pour la guérison des maladiés de Ja penu et particulièrement de la gale , présentait, dans les-diverses ianières de l’administrer , des inconvéniens. La fongueur du traitement, la malpropreté qui l’accompägnait et 1menait souvent d’aütrés affections cutanées , et qui, dans les hôpitaûx, OCcasionnait de grandes dépenses par rapport au linge; enfin son usage quelquefois sans heureux résultat, avaient engagé Îles médecins à chercher ou d'autres médicamens plus convenables que ce minéral, où une manière plus avan: tagetse de l'employer : de là cette multitude de moyens externes tour à tour proposés et rejetés.
Le soufré, quel que soit [le mode de l'appliquer. pour guérir {a galé, ne doit sa propriété antipsorique qu'aux effets meurtriers qu’il a sur fes insectes {1}, effets qui né sont jamais plus cértains que lorsque ce minéral ést porté à Pétat d'acide volatil, ou à celui d’une extrême division : une expérience que j'ai répétée un très-grand nombre de fois, im’en a donné [a preuve. En exposant Îes cirons de Îa ‘galé à Ia vapeur du soufre en combustion ou seulement élevée par un modique degré de chaleur, je les voÿaïs périr subitement. C’est én comparant, par cétte observation, la propriété éprouvée de ce médicament avec la vraïe théorie de laflection psorique; c’est à l'aspect de la soufrière mise en usage dans les Hôpitaux pour désinfecter les hardes des galeux, que je conçus Ja première idée d'employer Ia vapeur sulfureuse pour Îe traitement de la pale. Je proposai, de bonné for, cé procédé comme nouveau : les recherches que j'ai faites depuis m'en ont-fait trouver Ja tracé dans les ouvrages de quelques inédecins, entre autres dans ceux de Franck (2).
mes
(1) Voyez le Räpport du jury , page 6.
. (2) Epirome \pralecta de cur. homin. morbis ; cap. Psora. Loin de regretter l'honneur de {a priorité, je me félicité au contraire d’avoir, parmi més devanciérs, plus d’une ‘autorité respectable pour appui : elles contribueront sans doute à concilier à mes expériences l'atientign dont je les crois dignes. Cette satisfaction est plus que suffisante pour celui qui trouve sa première récompense dans ses intentions, et qui a fa conviction du bien qu'il proposé.