OBSERVATION. — Gale ancienne
M. P***, capitaine au 3.° régiment d’artillerie de la marine , affecté d’une grosse gale croûteuse depuis huit mois, sans pouvoir se faire traiter, parce qu’il était en campagne , entra à lhôpital Saint-Louis le 11 février 1814. À son arrivée, il avaitles deux cuisses couvertes de plaques de gale, simulant des dartres ou plutôt des pustules vénériennes plaquées, mais un peu élevées, 11 y avait sur chaque cuisse cinq à six tumeurs qui s'étaient développées au. point de simuler Je volume d’un œuf de poule; elles étaient dures, arrondies et recouvertes d’une peau violette, parsemée de boutons de gale qui causaient un très-grand prurit. Une tumeur plus volumineuse encore et de même nature que les autres, dont elle ne différait que par une violente douleur , s'était développée sur la partie externe du bras gauche, Ces tumeurs avaient commencé à paraître deux mois et demi avant que le malade entrât en traitement. Lorsqu'il m’eut assuré qu'il n'avait jamais eu de maladie antérieure à sa gale , je regardaï son affection psorique comme la cause de ces endurcissemens : il fut mis de suite au traitement ordinaire de la gale pendant douze jours ; maïs au lieu de s’amé- Horer, ces grosseurs s’aggravaient , paraissaient prendre de laccroissement , et celle du bras était plus douloureuse. If prit, pendant ces douze jours, huit baïns entiers et chauds, de trois quarts d'heure chaque, qui ne firent que l’affaiblir et lui ôter Fappétit. C'est dans cet état qu’il a abandonné le traitement ordinaire de la gale, pour tenter les fumigations sulfureuses. La faiblesse de Pindividu , sa perte de Pappétit, sa ‘santé détériorée autant par une longue campagne fatigante que par sa maladie
( 106 ) elle-même, tout donnait lieu de croire qu’il ne pourraît pas les supporter. Quoi qu’il en soit, il les a tentées le 23 février; on ly porta sur un brancard les sept premières fois. Sa premiére fumigation fut d’une demi-heure; il a peu sué, parce que son état de faiblesse exigeait qu’on modérât la chaleur. 1] prit cinq fumigations, dans les cinq premiers jours , c’est-a-dire une par jour; après cela il s’est trouvé beaucoup plus fort et l'appétit est revenu. Tous les jours suians, il prit deux fumigations par jour : on a graduellement élevé Idchaleur ; il a sué beauconp, et malgré cela il reprit des forces et son appétit. À la huitième fumigation , le malade a été assez fort pour y aller lui-même, sans autre appui que celui d’un bâton ; les tumeurs se sont effacées graduellement, et la douleur du bras s’est dissipée. Le 9 mars, il avait déjà pris vingt fumigations, et toutes les tumeurs étaient effacées ; la couleur violette de [a peau existait encore , ainsi que les petits boutons qui s’élevaient sur les tumeurs ; mais le 12, ils étaient entièrement guéris, et le malade avait pris vingt-six fumigations. Il a fini le 16 mars, après avoir pris trente-quatre fumigations, et Ja guérison fut complète. Signé DELAPORTE et RUFIN.
25. OBSERVATION.— Variété de dartre qui n'a cédé qu'à . l'usage successif du soufre en vapeur et du mercure a l’intérieur; par M. DEMANGEON, D.-M. P,.
Le 28 décembre 1811, M. N***, âgé de trente-huit ans, s’adressa à moi pour une éruption de pustules rouges prurigineuses et grosses à-peu-près comme des lentilles. Elles asstégeaient plus particulièrement le scrotum, le gland , le: prépuce, Pintérieur des euisses, et il y en avait aussi quelques-unes d’éparses aux jambés; aux bras, au visage, dans la bouche, sur les gencives et à l’intérieur des lèvres, et peu ou point sur le tronc. La partie chevelue de la tête était en outre généralement couverte de taches d’un rouge pâle, et. il s’en détachait fréquemment des squammes d’épiderme, sous lesquelles la peau était d’abord un peu plus rouge, puis pâlissait insensiblement : il y avait aussi de pareïlles taches, mais plus grandes, à la plante des pieds et à la paume des mains, dont le malade détachaït de temps en temps, en se grattant, de grands lambeaux d’épiderme, sous lesquels la rougeur était plus vive d’abord, et pälissait successivement jusqu’à ce que lépiderme se détachât de nouveau , comme cela arrivait aussi sur la tête. L’éruption de la paume des mains, de la plante des pieds et de la tête était permanente ; au Jieu que les pustules répandues sur les autres parties disparajssaient. spontanément par intervalle, et revenaïent
ensuite , sur-tout dès que le malade quittait le régime tempérant et usait un peu plus largement des spiritueux et des échauffans. II semble que les pustules passaient par trois états différens avant de disparaître ; les unes étaient comme de petits tubercules durs, les autres plus molles blanchissaïient à leur sommet, et le malade en favorisait alors la guérison en les perçant les moins marquées étaient presque au niveau de la peau , et d’un rouge de cuivre avant de disparaître. M. N*** avait d’ailleurs de Pembonpoint, vaquait sans peine à ses affaires de commerce, soutenait bien la fatigue, avait bon appétit, dormait ordinairement bien et n'avait jamais éprouvé de mal de gorge. |
Il me dit qu'a l’âge de dix-huit ans, étant à l’armée, il avait eu la gale, et l'avait fait disparaître pendant l'hiver et sans précaution, au moyen d’une pommade ordinaire. Environ deux ans avant de s'adresser à moi, il avait eu une tache rouge, enflammée et un peu douloureuse au palais, puis quelques autres points enflammés, sous forme d’aphtes, aux gencives. Tout cela céda promptement à usage du sirop de müres en gargarisme. Quelques mois plus tard il eut un panaris, puis une éruption. de pustules à la racine des ongles de tous les doigts, et les ongles se divisèrent en même temps par des fentes longitudinales. [1 survint aussi alors quelques pustule$ ou boutons sur les autres parties du corps, sans mal de gorge ni insomnie .Ayanteu, un an plus tard, en 1810,une blennorrhagie, M. N*** s’adressa à un des praticiens les plus en vogue de fa capitale pour le traitement des maladies vénériennes. Ce praticien guérit la blennorrhagie; mais il ne réussit point à empêcher le retour périodique de l’éruption que j'ai décrite, malgré un traitement qu’il fit reprendre, par trois fois différentes, au malade, etqui se composa en partie du sirop de Cuisinier, avec le muüriate suroxigéné de mercure, dont la dose fut portée au-delà de trente grains.
C’est après cela que M. N*** s’adressa à moi, dans l’état que j'ai décrit. J’appris de lui qu’il avait une sœur affectée aussi de dartres, et qu'il avait la certitude que sa maladie n’était point contagieuse, n’en ayant jamais rien communiqué à sa femme. Son commerce l’exposait, en été, à de fréquentes inégalités de transpiration , parce que, après des courses échauffantes , il rentrait dans un magasin très-frais, où il se trouvait exposé à divers courans d’air : néanmoins il avait les gencives et les dents en bon état , et rien n’annonçait chez lui la diathèse scorbutique , si ce n’est qu’il éprouvait parfois des lassitudes; mais on pouvait les attribuer , avec assez de fondement, à l'exercice de son état.
L’insuccès du traitement antisiphilitique qui lui avait été administré itérativement par un praticien trés-expérimenté , une gale antérieure , traitée. sans précaution durant les grands froids de
{ 108 ) Phiver ; les inégalités de transpiration auxquellés il était fréquems ment exposé ; les dartres dont sa sœur était affectée ; le caractère non contagieux de sa maladie, qu’il n’avait jamais communiquée à personne ; la périodicité d’une partie de son éruption, c’est-à-dire des pustules; les moyens qui l’adoucissaient ou larrêtaient, ceux qui lexasperaient et la provoquaient; tout cela me présenta un ensemble de considérations et des symptômes plus convenables au vice herpétique qu'à tout autre, et je les traitai en conséquence par des tisanes témpérantes et dépuratives, dont l’effet fut soutenu par un régime régulier, par la fleur de soufre unie à la crème de tartre à l’intérieur, et successivement par des baïns d’eau tiède, avec addition, pour chacun , de deux onces de sulfure de potasse. Aprés les premiers bains sulfureux, il sortit une plus grande quantité de petites pustules et de rougeurs sur le corps ; le malade se sentit débarrassé de quelques douleurs sourdes qu’il éprouvait a lintérieur et gagna un meilleur sommeil. Maïs cela pouvait aussi être dû, au moins en partie, à une composition d’un gros
de fleur de soufre et d’autant de poudre de rhubarbe de la Chine,
avec sufhisante quantité d'extrait de fumeterre, pour soixante pi- Jules, dont il prenait six soir et matin, et dont un des effets était d'entretenir la liberté du ventre. Comme l’état de la tête était encore le même après qu’il eut déjà pris vingt-cinq baïns sülfureux, malgré que je lui eusse recommandé de la laver dans chaque bain, et comme il commençait déjà à s’en trouver affaibli, je lui prescrivis une solution de douze grains de deuto-muriate de mercure et de trente-six grains d’acétate de plomb sec, en solution dans une livre d’eau distillée, avec addition de deux onces d’esprit ou alcool de lavande et d’un gros de borax. Le malade en employaïit une à deux cuillerées à mouiller un linge pour s’en frotter la tête soir et matin; cela en diminua promptement les rougeurs et le prurit, en donnant aux cheveux une couleur rousse et de la rigidité. Ces lotions , dont je supprimai plus tard l'esprit de 1avande et le borax de soude, en haussant la dose de deux autres sels, ont suffi pour guérir entièrement la tête, où il n’est jamais revenu que deux petites taches , qui disparurent promptement et pour toujours par lusage d’une pommade dont il sera parlé plus tard; les cheveux reprirent ensuite leur couleur et leur souplesse ordinaires. Ce fut le 23 mars 1812 que je prescrivis les pilules et les baïns sulfureux, et Le 17 avril suivant, que je fis commencer les lotions sur la tête. Dès la mi-juin suivante, il n’y avait plus de rougeur ni de prurit à la tête, ni de pustules sur le corps. Le malade se trouvant alors un peu moins fort et manquant d’appétit, sans avoir été toutefois obligé d'interrompre ses affaires, je le Purgeai, puis lui fis prendre quelques pilules aloétiques, et le perdis
de vue jusqu’au 23 octobre suivant, où il vint me consulter de nouveau pour manque d'appétit, avec retour d’un peu de rougeur à une main, à une jambe et à une cuisse, toutes sans prurit, excepté celle de la cuisse. (4p
Le malade n’avait point la facilité de reprendre des baïns sula fureux; c’est pourquoi , après lui avoir prescrit quelques. pilules ante cibum du codex pour réconforter l’estomac, je le remis à l’usagé des boissons tempérantes, de la fleur de soufre avec l'extrait de douce-amère à haute dose, et lui fis faïre des lotions avec de l’eau alcalino-sulfureuse. Cela avait beaucoup amélioré son état dés le mois de novembre : des Iotions d’eau phagédénique cali mérent un peu de prurit qui lui était revenu en janvier 1813: Le 21 avril suivant, il vint me dire qu’il lui était revenu quelques taches rouges avec suintement, dont deux dans Îe cuir chevelu. Je fis frotter cès taches avec une pommade composée de huit: grains d'oximuriate mercuriel, seize grains d’acétate de plomb sec, un gros de fleur de soufre et une demi-once de miel. Le 14 maï sui: vant , il ne [ui restaït rien a la tête, où il n’est rien revenu depuis, et très-peu de chose au moins. M. N*** passa l'été sans être autant incommodé de son éruption que précédemment, et il n’employa guére que @es lotions d’eau phagédénique, de loin en loin, pour des dartres locales et rares; ou bien il faisait des frictions avee une pommade composée de six grains d’oximuriate de mercure ; de seize grains d’acétate de plomb sec et d’une demi-once d’axonge. En janvier 1814, il eut quelques dartres farineuses , et je l’engageai à prendre de Ia fleur de soufre dans du lait chaque matin. Au mois d'avril suivant, je lui prescrivis deux gros d’extrait de gaïac, autant d'extrait de douceé-amère, un demi-gros d’aloës et un scrupule d’oxide d’antimoine hydrosulfuré orangé; le tout pour soixante-douze pilules, dont il prenait trois soir et matin. Ces pilules , qui entretenaient la liberté du ventre, augmentérent no tablement son bien-êtré, en lui procurant de meilleures digesi tions avec plus de force , et en éteignant presque tout-à-fait ce qui lui restait de l’éruption décrite. Cependant, n’étantjamais parvenu à en débarrasser totalement la peau des mains, je lui donnai Padresse d’un homme qui prétendait avoir un spécifique immanquable pour les dartres et même pour la siphilis. Ce spécifique, qui provoquait à une transpiration douce , n’améliora en rien léruption, mais ‘il donna un peu plus de sommeil aû malade. Au commencement de juillet 1814, M. N*** me parla des bains de vapeur sulfureuse , pratiqués depuis environ deux ans par le docteur Galés, dont les effets salutaires avaient déjà été constatés sur beaucoup de malades ; et je Pengageai à en faire usage. M. N*** 2 pris environ quatre-
(.eno } yingts bains de vapeurs sulfureuses , qui lui ont donné plus d’agilité, d’appétit, de sommeil et de forces, maïs n’ont rien changé à l’état des mains, si ce n’est qu’ils en ont fait tomber plusieurs fois l'épiderme, ainsi que celui de la plante des pieds, sans en changer d’ailleurs aspect, ni en dissiper les taches d’un rouge de cuivre , non plus que le prurit. Ces baïns ayant guéri, à ma connaissance , des dartres très-grandes , très-répandues et rebelles à tousles moyens ordinaires, je crus, d’après Popinion de MM. Hallé, Leroux et Galés, qui avaient vu le malade, devoir administrer le mercure: à M. N***, et lui prescrivis, dans la première huitaine de novembre dernier, la liqueur de Van-Swieten, à huit grains de deutomuriate mercuriel, par livre d’eau distillée, dont ilprit, soir et matin, une cuillerée dans un verre d’eau fraîche, avec une cuillerée de sirop de salsepareille gommé. Ce médicament fit d’abord cracher beaucoup de glaires et d’eau au malade ; maïs seulement chaque matin et point le reste du jour, sans lui attaquer ni la bouche ni les gencives comme dans la salivation ordinaire; et au bout de quinze jours de son usage , les maïns étaïent à-peu-près guéries et dans leur état naturel : l’expuition susdite n’a duré que endant les premières semaines. La liqueur de Van-Swieten, dont fl a pris cinq demi-bouteiïlles et par conséquent On grains de sublimé, a amélioré’ son appétit et sa santé, au point qu'il convient lui-même ne pas se souvenir de s’être jamais si bien porté. IH peut à présent supporter sans inconvénient les écarts de régime et les boïssons spiritueuses. | Je livre cette observation aux réflexions des praticiens : ce qui ma paru lui donner un degré d'intérêt de plus, c’est que le sublimé , administré d’abord à trois reprises différentes par un praticien très-instruit, nait enfin réussi qu'après l'usage des bains de vapeurs sulfureuses ; que ce soient les mains seules qui, à la fin, ont réveillé l’idée de la présence du vice vénérienf, que cependant la maladie n’ait pas eu le caractère contagieux, ni plusieurs autres symptômes de Ja siphilis; qu’elle ait eu des périodes d’exaspération, comme les dartres ordinaires, et qu’elle n’ait cédé qu'au concours de deux traïitemens, Pun antidartreux et l’autre antisiphilitique. Serait-il permis, d’après plusieurs faits analogues, d'admettre une pseudosiphilis, c'est-dire une siphilis qui, ayant été neutralisée, se reproduirait sous forme herpétique ! ou serait-ce ici une affection amphigène ou métisse, c'est-à-dire, une complication de deux maladies fondues l’une dans l’autre, et cependant toujours rebelles jusqu’à ce que le traitement ait été adapté aux élémens de chacune! Je laisse à de plus hardis que moi à décider. | HN | Signé DEMANGEON.
Ce 18 Février 1815. (
{ Loe ) OBSERVATIONS
De plusieurs Paralysies partielles ou universelles, traïtées et guéries par les Fumigations sulfureuses.