‹ Mémoire et rapports sur les fumigations sulfureuses appliquées au traitement des affections cutanées et de plusieurs autres maladiesChapitre 69 sur 83 · OBSERVATION. —— Dartre au poignet droit · texte numérisé non relu

OBSERVATION. —— Dartre au poignet droit

M***, marchand de vin, âgé de quarante-trois ans, habitant à ***, département de Saone-et-Loire, est d’un tempérament Tymphatique, d’une constitution faible. Pendant tout le cours de sa vie, il à été sujet à une constipation habituelle. Il à une disposition très-grande aux catarrhes pulmonaires et aux hémorrhagies nasales. 11 a contracté; il y a fort Iong-temps, une blennorrhagie qui paraît avoir été traitée méthodiquement. |

La maladie actuelle est une dartre qui a commencé, äl y a trois ans, pàr une éruption qui a duré environ trois semaines. Depuis cette époque, elle s’est renouvelée tous les ans au printems et à lautomne. Le 16 novembre dernier, M*** se préparant à faire un voyage, fit un repas où il but abondamment de vin. La nuit suivañte, il éprouva une chaleur trés-grande à l’intérieur et à l'extérieur du corps; il ressentit de fortes démangeaisons aux articulations des poignets, aux jarrets, à [a poitrine et au visage. Les deuxième et troisième jours suivans, une éruption se manifesta aux mêmes parties, où les démangeaisons s'étaient fait sentir, Le malade, en se grattant, occasionnait l’exsudation d’une sérosité roussâtre : au bout de cinq jours, la dessiccation des boutons eut lieu, et la desquammäation s’ensuivit bientôt. Toutes les traces de cette éruption disparurent des lieux qu’elles occupaient , à l’exception de celle qui était à la face palmaire du poignet droit, qui conserva un caractère dartreux. Depuis que cette aflection s’est développée , le malade s'étant toujours trouvé en voyage, n’a pu faire usage d’aucun traitement convenable. À son arrivée à Paris, M**#* consulta M. le docteur Tartra, qui, ayant reconnu à cette maladie le caractère dartreux, conseilla les famigations sulfureuses comme le plus sûr moyen de la combattre, Le malade les coma

ménça le 27 novembre 1814 et en prit deux par jour. À Ja qua: trième, on aperçut déjà des changemens favorables dans les symptômes : cette amélioration fut constante; le 16 décembre 1814, la guérison fut complète. Le malade prit quarante fumigations.

22. OBSERVATION. — Afféction rhumatismale grave , accompagnée d'un engorgement de l'articulation du coude

gauche, et une goutte sciatique récente , guéris par les Fumigations sulfureuses (1). |

M. DUSsOURBIER, docteur en médecine, ex-chirurgien de Vartillerie de lex -garde , âgé de vingt-huit ans, d’un tempérament sanguin, d'une forte constitution , fut pris, dans le courant de la campagne de 1814, de douleurs rhumatismales dans les muscles du bras gauche. Vers Île mois d'avril, il se manifesta un engorgement à larticulation du coude du même côté, accompagné de douleurs vives qui empêchèrent ce malade de se livrer au sommeïl pendant environ quinze jours : cet engorgement diminua par l'application des cataplasmes émolliens, et les douleurs qui persistaient cédérent à lusage d’une lotion composée d’eaude-vie, d’opium et de camphre. Le malade se félicitait déjà d’être débarrassé d’une affection à laquelle il s’était cru condamné pour le reste de ses jours; mais ce bonheur ne dura qu’un mois, après lequel les douleurs du bras et de l'articulation du coude se renouvelérent pendant une humidité très-grande de l'atmosphère. Peu de jours après le renouvellement de ces douleurs, M. Dusourbier fut obligé d'entreprendre un voyage, dont le terme le conduisit à Paris. Vers la fin du mois de juin, ses souffrances devenant de plus en plus intenses , ïl se décida à l'application d’un vésicatoire a la partie moyenne du bras malade : les douleurs disparurent encore, maïs pour reparaître un mois après. Les vésicatoires volans, appliqués sur l'engorgement du coude , et l'usage des bains sulfureux , firent de nouveau disparaître les douleurs, ainsi que l’engorgement articulaire , qui empêchait, peu de jours avant, l’extension de Pavant-bras sur Île bras, au point qu’il n’existait presque aucune trace de cette affection.

Le commencement d'octobre ayant été accompagné d’un froid assez vif, les douleurs de M. Dusourbier reparurent; elles se manifestèrent aux jambes et sur-tout à la droite, qu’il ne pouvait mouvoir qu'avec la plus grande peine. Ces douleurs ne tardèrent

.. {1} Cette Observation à été recueillie et fournie par le malade.

(103) pas à diminuer de leur intensité, et au bout de quinze jours elles se portérent au bras droit, que le malade pouvait à peine mouvoir; il s'était de plus manifesté un torticoli dans les muscles de la . partie postérieure du cou et dans ceux de la partie latérale gauche, qui empêchait de mouvoir la tête à droite ou à gauche. La force des muscles de la partie latérale gauche n'étant plus en rapport avec celle des muscles de la partie latérale droite , la tête était continuellement. fléchie sur Pépaule gauche. |

Au mois de novembre, les douleurs du bras droit s'étaient portées à celui du côté gauche , et celles du cou étaient toujours dans le même état ; l’articulation du coude gauche s'était encore engorgée; une goutte sciatique s'était de plus manifestée du même côté : Yapplication des vésicatoires volans aux deux bras et à la nuque, jointe à l’usage des bains sulfureux et de Îa tisane sudorifique, ne procurèrent au malade qu’un léger soulagement. Plusieurs de $es amis, voyant qu'il continuait à souffrir, lui conseïllérent l'usage des fumigations sulfureuses , dont Ia médecine est redevable à M. le docteur Galés M. Dusourbier consulta MM. Hallé et Leroux, professeurs de la faculté de médecine, sur l'emploi de ce moyen, et ïls lapprouvèrent. En conséquence, il commença ce traitement vers le 1$ novembre 1814. Après la sixième fumigation , son état , au lieu de diminuer d’intensité, devint en quelque sorte plus fâcheux qu'avant de prendre [a première fumigation. La septième procura un léger soulagement ; depuis ce moment jusqu’à la douzième, le malade s’aperçut chaque jour d’un changement avantageux; et le 27 novembre (douzième fumigation) ïl n’existait plus de traces de douleurs rhumatismales , ni de goutte, si ce n’est l’engorgement articulaire qui était, encore apparent, maïs sans douleurs. Les mouvemens de [a tête s’exécutaient sans aucune difficulté.

Ce traitement avait produit un effet tellement tonique sur l'économie animale du malade, qu’il Pexcitait à exercer ses forces ; il éprouvait un si grand, besoin de marcher dans certains momens , que les muscles de ses mollets se contractaient souvent involontairement. Enfin, aprés la vingt-sixième fumigation , l’engorgement de l'articulation du coude avait entièrement disparu, et tous fes mouvèmens du bras s’exécutaient avec [a plus grande facilité. Depuis le commencement du mois de décembre 1814 jusqu’en février 1815, M. Dusourbier n’a éprouvé aucun ressentiment de sa maladie, qui l'avait tourmenté pendant ong-temps.

{ 104 ) | - 23.° OBSERVATION. — Dartre vénérienne au coude, à la partie moyenne du bras droit et à l'épaule. gauche, à

M. L***, âgé de cinquante-six ans, est né de parens sains, à Saint-Omer, département du Pas-de-Calais. Son tempérament est bilioso-sanguin, son caractère gai, vif et emporté : il est enclin depuis sa jeunesse aux plaisirs de l'amour. II a eu plusieurs ma- Jladies vénériennes. Etant à Saint-Domingue , il contracta une blennorrhagie qui résista long-temps à plusieurs traitemens antisiphilitiques ; elle disparut enfin , après un espace de temps #rèslong. Ce malade, un jour, crut devoir prendre douze grains de sublimé corrosif, qui déterminérent des accidens très -graves, dont il n’a cependant depuis éprouvé aucune suite fâcheuse.

.H y a environ dix ans, que M. L*** fut atteint d’une éruption dartreuse sur la région dorsale, qui persista pendant quatre à cinq ans, malgré plusieurs moyens qu’on lui opposa. Le dernier médecin que le malade consulta crut devoir attribuer la cause de Ja maladie à lexistence du virus vénérien. IH la fit complètement disparaître par un traitement approprié. ;

-. H y a environ huit mois que M. L*** eut un petit bouton au coude droit, accompagné d’une vive démangeaison, qui l’obligeait à se gratter jusqu’au sang. I] se forma une petite croûte, que le malade ne pouvait s'empêcher d’arracher. Pour diminuer ce prurit , il employa des lotions d’eau de Cologne; ce moyen occasiona un ulcére, qui acquit de jour en jour une étendue plus grande. Des plaques dartreuses parurent alors sur l’épaule gauche et à Ja partie moyenne du bras du même côté ; des douleurs arthritiques se manifestèrent en même temps ; il se développa à la partie moyenne et interne du brasgauche de petites tumeurs placées sous Ja peau et sur des filets nerveux; le toucher le plus léger y causait de vives cuissons. M. L*** me consulta : je lui conseillai d’abord Fusage des cataplasmes émolliens; ce moyen, loin de diminuer le mal ; Faccrut au contraire. Présumant alors l’existence d’un vice herpétique vénérien, je prescrivis l’usage des fumigations sulfureuses, me proposant d’administrer ensuite les antisiphilitiques. . ut

Le malade fut soumis aux fumigations le 3 novembre 1814 ; aprés la sixième , ïf parut sur le bas-ventre une éruption miliaire, accompagnée d’une vive démangeaison. On interrompit pendant deux jours les fumigations ; l’éruption ayant cessé, le malade fut remis dans FPappareïil fumigatoire. Quatre à cinq jours aprés, Féruption miliaire 1eparut encore; le malade suspendit de nou-

veau ses fumigations pendant trois jours seulement: aprés Jà vingt deuxième, on ne put encore apprécier de changement remarquable dans les dartres; cependant les démangeaisons étaient moins fortes. On continua les fumigations jusqu'au nombre de soixante ; les douleurs de goutte disparurent alors, mais les dartres restaient stagnantes. On suspendit les fumigations, et Pon mit le malade à l’usage dusirop de Cuisinieret à la liqueur deVan-Swieten : bientôt après emploi de ces moyens, les dartres prirentyun aspect favorable , leur progrès vers la guérison augmenta suce el

Après ce traitement antivénérien , on n’apercevait plus dans Je lieu où ces dartres avaient existé qu’une espèce de cicatrice rouge, mais trés-unie. On employa encore dix fumigations, après lesquelles la peau reprit son état naturel. Le 1. avril 1815 ;:ce

malade n’a présenté à l'examen aucun signe de dartres ni d’afections vénériennes.

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