ÎN IPSA NEÜMARUM FIGURA MONSTRATUR, SI UT DEBENT EX INDUSTRIA COM
« PONANTUR. » (Gerbert, Scriptores, t.II, p. 37.) Lorsque les neumes « sont formés comme ils doivent l’être, il est aisé de montrer,
« leur configuration meme, comment les notes sont liquescentes, et si « elles sont liées ou détachées, ou bien quelles sont celles qui sont « lentes, ou tremblées, ou rapides, ou comment le chant est divisé « en partie distinctes, et si une note est, relativement à celle qui « la précède, ou plus grave, ou plus aiguë, ou à l’unisson. »
Je dis d’abord que pour arriver à une restauration exacte etcomplète du chant grégorien, il y a quatre opérations à faire ; il faut : 1° retrouver le nombre de notes appartenant à chaque mot, à chaque syllabe du texte liturgique ; 2® fixer le rang que chaque note occupe sur l’échelle des sons ou la gamme; S^déterminer les valeurs temporaires relatives des notes, ce qui constitue le rhythme ; 4® reproduire par des signes connus les divers genres d’ornements qui donnaient à ce chant une expression pénétrante, et dont aucune des nombreuses éditions du chant liturgique actuellement en usage ne peut donner une idée.
Toutes ces opérations sont nécessaires pour une restauration complète; elles doivent êtres faites d’après les monuments les plus anciens, et appuyées sur des preuves solides; car on ne saurait regarder comme restauration véritable celle dans laquelle il y aurait quelque chose d’arbitraire, ou de pure imagination, soit dans le nombre des notes, soit dans leurs intervalles, soit dans les rapports de leurs durées, soit dans les divers ornements de la voix. Or on peut retrouver toutes ces choses dans les manuscrits.
D’abord le nombre des notes appliquées à chaque syllabe est indiqué de la manière la plus claire dans les manuscrits notés en
MÉxMOIRE EXPLICATIF
neumes purs : et Ton doit avoir une pleine confiance en leurs indications, par la raison qu'ils sont parfaitement d’accord entre eux. Cet accord entre les anciens manuscrits est une preuve évidente (( qu’ils transmettaient un seul et même système, comme l’a dit Mgr l’évêque d Arras, et que ce système ne pouvait être que « la pensée même de saint Grégoire. » (Voyez : Principes d'iine véritable restauration du chant grégorien^ par M. l’abbé Jules Bonhomme, p. 287.)
En second lieu, chaque note du chant liturgique peut être mise à la place qu’elle occupait primitivement sur l’échplle des sons.Les anciens manuscrits en neumes purs et sans portée ne pourraient pas servir pour cette opération, parce que les neumes qui ne sont pas placés sur des lignes n’indiquent pas la valeur des intervalles musicaux des notes, ou les intonations ; mais les manuscrits qui les donnent sont tellement multipliés,qu’il restera à peine quelques notes douteuses dans les morceaux les plus étendus, lorsqu’on aura confronté un nombre de manuscrits suffisamment grand.
Je dois faire observer qu’ici les manuscrits présentent entre eux des divergences dans certains endroits ; mais ces divergences deviennent d’autant plus rares que les manuscrits que f on compare sont plus anciens ; ce qui confirme la proposition de Mgr Parisis, évêque d’Arras, rapportée ci-dessus, « qu’ils transmettaient un seul f( et même système, et que ce système ne pouvait être que la « pensée même de saint Grégoire. »
J’ai reconnu que les cas où les divergences se rencontrent le plus souvent avaient pour cause : 1® une horreur mal fondée du triton ; 2° le manque d’un signe spécial pour indiquer le quart de ton ou diesis; car le triton et le quart de ton étaient admis primitivement dans le chant de l’Église. Ceci paraîtra certainement extraordinaire à beaucoup de personnes. Il est donc nécessaire que je donne des preuves de mon assertion.
Je commence par rapporter les preuves de l’emploi du triton dans le chant ecclésiastique. Hucbald de Saint-Amand, auteur du Xe siècle, citant des exemples de tous les intervalles employés dans les chants de l’Église, depuis la seconde mineure jusqu'à la sixte majeure, indique comme présentant l’intervalle de triton le commencement du Répons : Isti sunt dies quos observare debetis tempo-
SUR LES CHANTS DE l’ÉGLISE
ribiis \ (Gerbert, Scriptores, t. I, p. 105.) J’ai trouvé effectivement dans les manuscrits que la dernière note du mot debetis était un fa, et que la première note du mot temporibus était un si naturel supérieur.
Le même auteur cite encore comme renfermant le triton, le Répons : Jam corpus ejus.,, Cujus pater feminam^\ et Bernon de Reichenau, qui lui est postérieur de plus d’un siècle, rapporte le même exemple de triton (Gerbert, Scriptores, t. II, p. 64.) La première syllabe du mot feminam porte en effet les trois notes, la si fej fa, comme on peut le voir dans ün manuscrit de la bibliothèque du Vatican.
Il est important de remarquer que les indications de Hucbald méritent une entière confiance ; c"est pourquoi je vais encore donner une preuve que ces indications sont exactes. Il dit à l’endroit déjà cité que la sixte majeure se trouve dans LIntroït \ Ad te levavi,,,in te y et dans le Répons \ Inter natos mulierum non. Or, dans les anciens manuscrits, par exemple dans celui de Montpellier, on trouve cet intervalle entre les mots de l’Introït,et lesmots
in te, car on y descend du re au fa; on le trouve également entre le mot mulierum du Répons et le mot non, car on y descend du la à Vut. Bernon cite les mêmes exemples de sixte majeure, et il en indique encore deux autres, l’un dans le Répons : Hæc est virgo, hitroivit, et Lautre dans l’Antienne : Iste cognovit. Aribon le scolastique, contemporain de Bernon, donne aussi comme exemple de sixte majeure l’Introït : Ad te levavi, et il y joint un nouvel exemple tiré de : Jam non estis hospites et advenee, sed estis cives sanctoriim et domestici. (Gerbert, Scriptores, t. II, p. 221.) Il suit de là que la sixte majeure et le triton, qui ont été exclus plus tard du chant de l’Église, y étaient bien réellement employés autrefois. Ainsi l’on vient de voir que l’on montait immédiatement du fa au si t; dans le Répons : Isti simt dies et que l’on descendait du si fe| au fa dans le Répons : Jam corpus ejus sur le mot feminam où les trois notes la si^ fa étaient liées. 11 n’est pas douteux pour moi qu’on ne descendît du si naturel au/a dans \ Alléluia: In te. Domine, entre les mots
^ Premier Répons des matines du dimanche de la Passion.
* Sixième Répons des matines de la fête de sainte Agnès.
accéléra et ut eripias^ bien que les auteurs ne signalent pas ce cas, parce qu’on le trouve ainsi dans le plus gi’and nombre des manuscrits.
Mais si le triton direct, ascendant ou descendant, c’est-à-dire de fa grave à si aigu, ou de si aigu à fa grave, sans notes intermédiaires, était admis dans le chant de l’Église, à plus forte raison devait-on admettre le triton qui avait une ou plusieurs notes entre fa et si, Aussi, tandis que le premier se rencontre rarement, on trouve des exemples nombreux du second, principalement dans les chants appartenant aux troisième et quatrième modes.
Il est vrai que, dans beaucoup d’endroits des manuscrits postérieurs au XI® siècle, les passages où se trouvait anciennement la relation de triton ont été altérés de diverses manières, néanmoins elle a été conservée dans un grand nombre d’autres ; souvent même on trouve un bécarre devant le si dans des endroits où, à ce qu’il paraît, la tradition s’était obstinée à conserver le triton, malgré l’arrêt de proscription qu’une fausse théorie avait prononcée contre lui. (Exemples : Grad. Juravit, ms. 1017, bibl. nationale, fonds Saint-Evrould; Offert.Reges Tharsis. ms, 732, bibl. Mazar : Répons : Isti sunt triumphatores, ms. 189, bibl. nat., fonds Saint-Germain, lat., etc.)
Au reste, le triton, même celui que j’ai appelé triton direct, n’a jamais été exclu d’une manière absolue et universelle du chant de l’Église, comme l’ont prétendu les auteurs modernes ; j’en ai la preuve dans le petit Traité en vers ayant pour titre Flores musicæ omnis cantus gregoriani, avec un commentaire, et dont la date est de 1332. On y donne des exemples de triton direct; seulement il y est dit que cet intervalle est rarement employé \ ce qui est très
* Tritonus ad vocem quartam posset retineri,
Cantus quem raro quorumdam vult adhiberi,
In quo vix poterit resonantia dulcis haberi.
Ergo commuais cantus cupit hune removeri,
Musica dulcisonas cum poscat carminis odas Per voces quartas soli diatessaron aptas,
Tritonus inque manu raro posset retineri.
Commentarium... Dicit quod aliqui cantores addunt tritonum ad quartam vocem, quia continet très tonos, sed raro utimur illo in cantu..,,\ Sed quia raro