‹ Mémoire hydrographique sur les bouches du Danube, tr. de l'italienChapitre 14 sur 15 · UU SOULINA · texte numérisé non relu

UU SOULINA

Parmi les documents qui m'ont été dernièrement communiqués, se trouve un rapport de M. Hartley, du 3 avril dernier, duquel il résulte que, conformément à ce que j'avais indiqué, la commission l'avait chargé de proposer un plan de travaux pour améliorer provisoirement le passage du Soulina, qu'on approfondirait de deux pieds environ. Elle lui avait prescrit de ne pas excéder la dépense de 80,000 sequins, et lui indiquait la manière d'obtenir avec des palissades , en partie sur un ^enX rang , et en partie sur deux rangs , l'effet désiré. La commission n'ordonnait pas d'ailleurs à M. Hartley de suivre ce procédé , et elle lui laissait la faculté de proposer telle autre méthode qu'il aurait jugée plus convenable*

Je suis d'accord avec la commission sur ces sages prescriptions. Mais un point auquel je ne saurais adhérer nullement , c'est l'idée suggérée de donner aux travaux provisoires une direction telle qu'ils puissent au besoin servir à l'exécution de la régularisation stable de l'embouchure du canal de Soulina. Une telle idée me parait intempestive et inopportune pour deux motifs. Le premier, c'est que par là on semblerait donner quelque consistance à cette opinion que, dans la suite, on pourrait bien préférer la régularisation stable du Soulina à celle de tout autre embranchement du Danube. A ce sujet, je ne puis que répéter qu'une telle intention serait tout à fait contraire aux véritables intérêts de la navigation et du commerce. Le second motif, c'est que, comme je crois aussi l'avoir démontré dans mon premier Mémoire , les ouvrages qui sont les plus convenables et les mieux adaptés à une amélioration transitoire, quoique suffisante, du Soulina, sont pour le tracé, pour le profil et pour le mode d'exécution, tout à fait ditférents des travaux qu'exige une régularisation stable, surtout quand la nécessité d'accroître la portée du Soulina est reconnue. Par conséquent, la précaution susdite sera cause qu'on exécutera des travaux qui ne seront pas les plus éco-

nomiques pour une amélioration proviijoire , et qui

conduiront en même temps. à donner à la régularisation stable une direction fâcheuse.

En effet, le rapport lucide et raisonné de M. Hartley , en réponse au mandat que lui avait contîé la commissiov, témoigne qu'il refuse de s'associer à ces vues et de proposer des travaux provisoires qui devraient ensuite faire partie intégrante des ouvrages définitifs. Les motifs qu'il allègue s'accordent avec les observations que j'ai faites, et ils me paraissent fondés^

M. Hartley a examiné trois systèmes de travaux provisoires : 1" celui des palissades sur un ou sur deux fangs; 2^ celui de la submersion de carcasses de vieux bâtiments remplies de matériaux ; 3* celui de caissons en bois de solides dimensions, qu'on submergerait remplis de pierres, l'un derrière l'autre, sur les lignes de régularisation. Mais la dépense que ce troisième système exigerait serait fort grande, si l'on plaçait ces caissons l'un devant l'autre sans intervalle, pour former une digue non interrompue. 11 y aurait également de grandes difficultés à la submersion de ces caisses, et on se verrait dans la nécessité de former de libres jetées à leur pied. En conséquence, M. Hartley propose de submerger cescais-

43S MÉMOIRE liYOHOGUAPUIQUË

sons à la distance de vingt pieds l'un de l'autre et de les relier entre eux par un double rang de palissade.-;.

M. Hartley exclut absolument le deuxième système , et je crois que tout homme de l'art sera d'accord pour le reconnaître comme tout |i fait inopportun. M. Hartley donne également l'exclusion au premier système; mais je ne puis entièrement me ranger à son avis sur le motif d'une telle exclusion. Il allègue la diftîculté considérable de planter les pieux au large. Selon lui, on serait obligé de proeéder avec des échafaudages de pilotage supportés par des bateaux plats et des radeaux qui seraient continuellement agités ; l'action en serait, par conséquent, troublée et amoindrie par le mouvement de la mer, ou même par le courant du fleuve; et partant, elle deviendrait tout à fait impossible par une mer agitée. Il en résulterait un travail d'une lenteur excessive , puisqu'il ne pourrait être continué d'une manière régulière que pendant les courts intervalles d'un calme plat. Ces difficultés, observe justement M. Hartley, n'existeraient pas pour enfoncer des pilotis entre deux caisses , parce qu'on pourrait jetçr un pont de l'une à l'autre pour la construction de l'échafaudage. Par ces divers motifs, M. Hartley adopte

SUR LES BOUCHES DU DANUBE. h^l

exclusivement le troisième des divers systèmes qu'il a exposés.

Il me semble qu'on pourrait remédier à l'inconvénient signalé en s'abstenant d'entreprendre imn)édiatement le travail au large, et sur plusieurs points, seul cas qui réclamerait le transport des sonnettes sur des radeaux, et en se contentant de pousser l'opération dans la naer au fur et à mesure, et en partant du rivage. De cette façon , avec une rangée double de pilotis qui seraient reliés par des longuerines et des traverses, on pourrait dresser sur les plus avancés un pont volant. Ce pont, formé de gros madriers, serait assez long pour pouvoir porter les sonnettes, et assez large pour que deux de ces engins pussent y manœuvrer simultanément en tête , et planter les pilotis des deux files. On avancerait le pont au fur et à mesure pour la continuation de l'ouvrage.

Il est vrai qu'il est possible d'objecter que, par ce procédé, le travail s'effectuerait trop lentement. Mais, à mon sens, la différence de temps ne peut pas être notable; car il faut beaucoup de temps aussi pour construire des caissons de fortes dimensions, pour les placer à l'endroit voulu, pour les remplir, pour les échouer et pour les relier au moyen d'une

138 * MÉMOIRE JIVDROGRAPHIQUE

double palissade. Tout cela exigera certainement, en proportion de la longueur des caissons, un temps égal à celui qui serait requis pour la double palissade continue. M. Hartley a calculé que son système de caissons reliés par des palissades exigerait une année pour 1,900 pieds de travail , ce qui correspond à peu près à un avancement de 50 mètres pour trente jours de travail utile. Je ne crois pas que l'avancement du travail, en le poussant au large seulement par les deux tètes, doive procéder bien ])lus lentement. En effet, si Ton remarque qu'on peut entreprendre à la fois la construction des deux digues, et que, sur chacune d'elles, on peut travailler simultanément au posage des deux files de pilotis, vu le peu d'espace nécessaire pour le placement et la manœuvre d'une sonnette à déclic, construite avec la perfection qu'on donne actuellement à ces machines, on verra que le travail peut marcher assez rapidement, pourvu qu'on ait eu le soin de former préalablement les dépôts de pilotis et des engins de rechange nécessaires. Le travail pourrait même ensuite procéder encore plus promptement, si l'on préférait le système indiqué d'une double palissade, liée par des longuerines et des traverses, et qu'on remplit de fascines et de terre l'espace compris entre

les deux lignes de pilotis. Par ce moyen, il ne serait plus nécessaire de planter les pieux côte à côte les uns auprès des autres, et Ton obtiendrait une remarquable économie de temps et d'argent. La protection du travail par des jetées serait commune à l'un et à l'autre système. Mais par celui que je propose , on atteindrait mieux le but sans craindre d'excéder la dépense fixée à 80,000 sequins. A plus forte raison n'excéderait-on pas celle de 154,245 sequins , montant du devis que M. Hartley a dressé, dans la supposition qu'on donnerait aux deux digues tout le développement qu'il croit nécessaire pour rendre probable un résultat insatisfaisant, et durable pendant 5 ou 6 ans. Il est du reste certain que , en marchant de la naissance des digues à partir de terre vers la mer, on pourrait arrêter le travail à volonté au point où on croirait avoir obtenu un effet suffisant, ou bien quand on aurait employé une somme qu'on ne voudrait pas dépasser.

Enfin, je ferai observer que le système, selon moi, préférable, c'est-à-dire l'avancement progressif des palissades du bord vers le large, offrirait, quand, on en sera au banc de sable de l'embouchure, l'opportunité d'employer le secours d'une drague à vapeur ou de cylindres armés de cuillers ou de

*-i / ^ T . .-. Jtft

Page 1