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a 1826 fut un des pins rudes que j'aie vu dans ce pays; il commença par une neige abondante qui tomba au quinze d' Octobre ; le froid fut constamment à un haut degré : au printems celte grande quantité de neige fondant , tout à coup , produisit une inondation épouvantable ; V eau s' éleva environ trente pieds audessus du niveau de l'eau basse d'été. Deux ou trois lieues de pays furent noyées , chaque coté de la rivière ; toutes les maisons des habitans furent emportées soit par la glace, soit par la rapidité des eaux: Y eau monta graduellement, de puis la fin d'Avril jusqu'au vingt de Mai ; elle baissa jusqu'au vingt de Juin que la rivière commensa à rentrer dans son lit. Il n'étoit plus temps de semer. Cette inondation fut h dernière de nos plaies: mais ses suites se firent sentir pendant plusieurs années. Une partie des colons quitta le pays et gagna le Canada ou les Etats unis ; les autres se retirèrent dans les lieux de pèches et de chasse pour vivre avec leurs familles. Peu à peu ils se construisirent des maisons et se réunirent encore une fois sui les bords de la Rivière rouge. 11 ne périt personne dans 1' inondation. Le pays s' est remis de tous ces malheurs. Le sol qui est fertile produit le bled , l'orge , 1' avoine , les pois et tous les légumes ; malheureusement les femmes qui sont toutes métisses, ou sauvages ne savent fabriquer ni toiles ni étoffes, pour habiller la famille : ii faut avoir recours aux magazins de la compagnie de la Baio^ç^^ lliulson pour cet pl^j^t dispendieux. Chargé par 1' Evé(]ue de Québec de desservir la colonie de la Rivière rouge et d' étendre la connaisance de Dieu partout où je pourrois , je trouvai, en arrivant dans le pays, la colonie partagée en deux : une partie étoit sur la rivière au dessous de St. Boniface: c'étoit là véritablement le lieu de rétablissement: j'y fixai ma demeure , et travaillai à instruire les femmes et les enfans des chrétiens du pays. Il falloit leur apprendre les prières chrétiennes et le catéchisme etc. que personne autre '^•ue nous ne pouvoit leur montrer , pareeque aucun d' entre eux ne savoit lire. Ce poste qui étoit le moins populeux alors, surtout en catholiques , est devenu le plus peuplé par la suite. Mr. Dumoulin mon compagnon fut chargé d' instruire 1' autre partie de la population qui étoit â une vingtaine de lieues de St. Boniface , dans un lieu nommé Pembina. Il fit entrer dans le sein de l'eglisc un bon nombre d'infidèles qui Taimoient comme leur père. Il b;Uit une chapelle, une maison, une école : le tout ne fut jamais fini ; pareeque , par de nouveaux traités entre les Etats unis et la Grande I3retagne , le poste de Pembina se trouva dans les Etats unis. Il fallut f abandonner , et tous les frais qui y avoient été faits furent perdus: ceci se passa en iSaS. La popu-
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lalion s' obstina à rester à Pembina ; cependant 1' année suivante 1824, une partie alla se Axer à cinq lieues de St. Bonifacc, sur la Rivière Assiniboine , qui se jette dans la Rivu rc rouge devant l'église de St. Boniflice ; ce nouveau poste porte le nom de Prairie du cheval blanc, et a pour patron St. François Xavier , qui avoit été le patron de Pembina. D'abord un prêtre de Sr. Boniface les vislia de tems en tems: en 1827, on y bdiit une petite chapelle , qui étant devenue trop petite , on en a bàii une autre de 80. pieds sur 34, en 1882 : on y dit la messe depuis Noël i833, quoi qu elle ne soit que couverte. Un prêtre, Mr. Charles Poiré, y a été placé résident dans l'automne 1834: il sait la langue snuvage assez pour confesser et expliquer la doctrine chrétienne.
A cinq lieues plus haut, sur la même rivière, est une mission sauvage commencée en i833. Mr. G. A. Belcourt, arrivé dans le pays en t83i, est chargé de cette mission • il entend et parle facilement la langue des Sauteurs ( l' on prononce Sauteux) ou Odjibwa. Environ deux cents de cette nation étoient décidés à se faire chrétiens. Plusieurs d'entre eux fréquentent les instructions: un petit nombre a été admis au baptême , parce que le missionaire tache de s' assurer au paravant de la sincérité de leur conversion , à fin que les premiers admis au nombre des chrétiens puissent servir de modèles aux autres , par leur régularité- Tl a fallu fixer un lieu de réunion pour l' instruclion de ces sauvages errants et nomades. La pauvreté et le froid cTù pays ne leur permettent pas de vivre en village. Ils ont rcnonci; à plusieurs de leurs préjugés contre la religion chrétienne , ils laissent baptiser leurs enfans en bas âge assez facilement , ce qu ils ne vouloient pas pendant plusieurs années . Les femmes embrasseroient la foi , sans difficultés , mais , ni les femmes , ni les jeunes gens ne feront jamais un pas en avant, sans la décision des vieillards , dont plusieurs sont retenus par la poligamie ; ils consentiroient assez à n avoir qu une femme , pourvu qu on leur laissât la plus jeune ; mais qui n' est pas la première. Il y a espérance que la foi entrera peu à peu dans ces coeurs endurcis.
Il y aurois moyen d' établir bien d' autres missions dans 1' immence district dont je suis chargé , mais il faudroit pouvoir assurer à ces missionnaires quelques moyens de se vêtir et même de se nourrir , car les sauvages croiront faire assez en les écoutant , ce qu ils n' obtiendront peut-être pas en arrivant parmi eux. C est dans tous ces pays du nord qu il y a moisson abondante , mais pénible à recueillir ; et de plus manque d' ouvriers j tout cela , faute de pouvoir donner à ces ou-
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vrierf le denier si justement mérité. Seul avec un pïétrc jusqu en i83i, et sans aucune ressource, il ne m'a pas été possible lie tenter de plarlcr la foi au loin. Maintenant j' ai trois prêtres, dont dc^ix sont chargés des deux postes que je viens de décrir: le troisième, Mr. Jble Thibault, a été ordonné dans le pays , dans le quel il arriva en i833: il parle aussi passablement la langue sauvage ; il est chargé en ce moment de la desserte de St. Boniface. Ces trois prêtres sont canadiens : les anglais ne veulent pas en admettre d' autres nations. Le chef lieu de mes missions , et qui est celui de ma résidence est situé sur la rive droite de la Rivière rouge, vis avis l'embouchure de la rivière Assiniboine ; cette rivière, qui vient du couchant, se jette dans la Rivière rouge devant l'église de St. Boniface, qui est ma cathédrale. La Rivière rouge vient du midi: elle reçoit dans son cours une multitude de petites rivières , qui sortent des immenses prairies qui la bordent des deux cotés , et va se jetter dans le lac Winipic.
La maison que je bâtis en 1818, et qui ne fut achevée que long tems après , me servit de logement , de chapelle et d'école. En 1820 une chapelle de 80 pieds sur 34 fut bâtie en bois ; elle ne fut mise à l'abri de la pluie et de la neige qu'en iSaS: celte chapelle subsiste encore, elle me sert de cathédrale. En 1820, je descendis à Québec pour rendre compte de ma missron. L' «vèque .uie.'>i^-'bec .T. O. Ple!^?<^Tnr6'mt alors de.. Rome où il étoit passé en 1819, pour les affaires de son diocèse et surtout pour en obtenir la division. Il partagea en cinq diocèses , avec r approbation du St. Siège , ce qui restoit du diocèse de Québec , dont la nouvelle Ecosse avoh été séparée quelques années auparavant, Halifax qui en est la capitale ayant été érigée en vicariat apostolique. Ces cinq diocèses furent Charlottetown , dans le nouveau Bruswick , Québec , Montréal , Kingston dans le Haut Canada, et le territoire de la Baie d' Hudson qu on appelle communément le district du Nordouest. Je fus préconisé comme premier Evêque de ce district le I. Février 1820. Comme le printems 1821 , fut celui de la réunion des deux compagnies du Nord - ouest et de la Baie d" Hudson , afin d' avoir le tems de connaître quelle tournure prendroient les choses à la Rivière rouge , ma consécration fut différée jus qu au 12 Mai 1822. Je partis pour ma mission le i. Juin de la même année et arrivai le 7 Août à ma destination. Pendant mon séjour en Canada, j' avois été placé curé , dans le district des Trois Rivières. J'avois mis de côté, au tant que javois pu, les revenus de cette cure , à fin d'avoir à mon retour quelque moyen de faire du bien ; mais ,
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par je ne sais quel malentenclu , mon passage , qui avoit d'abord été accordé gratis sur' les canots de la compagnie, me fut refusé au moment du départ ; je fus obligé d'en faire les frais , de sorte que je dépensai tout ce que j'avois, et me trouvai absolument sans ressource à mon arrivée. De puis ce lems la compagnie à toujours accordé gratis mes passages et ceux de mes missionaires.
En 1829 je bâtis une maison de pierre pour mon logement; cette maison avoit 4^ pieds sur 35; elle fut la primière bâtisse en pierre dans le pays ; elle est malheureusement peu solide. En i83o, je descendis en Canada pour deux fms : la première étoit d' y trouver un prêtre qui se consacrât uniquement à r étude de la langue sauvage et ensuite à leur instruction : ce que je trouvai dans la personne de Mr. Belcourt, qui est maintenant à la tête d' un établissement uniquement pour les sauvages , comme je 1' ai dit plus haut: la seconde étoit de faire une souscription parmi le clergé et le peuple du bas Canada pour m' aider à bâtir une église en pierre. Je trouvai de la générosité dans le clergé , quoique ce fiit pour la troisième fois que (Semblable souscription se faisait pour le soutien de cette mission. Cette même année i83o, le conseil de la compagnie de la Baie d' Rudson m' alloua cent livres sterlings pour aider à bâtir cette église et cela de son propre mouvement. Je
p.isspi. l'hiver à ,^'-:VvnV .g1, le ^^G Avril -,^1. je q.'.lLai ]MoTiX' réal pour retourner à la Rivière rouge où j'arrivai le 17 Juin. J' avois compté sur l' unique maçon qu il y eut dans le pays , assez habile pour conduire la construction de mon église ; à mon arrivée je le trouvai engagé à la compagnie , qui avoit commencé â bâtir une maison en pierre. Il fallut retarder d'un an et faire venir des maçons de Montréal ; de sorte que je ne pus jetter les fondations de mon église qu'au mois de Juin i83j. Cette église a 100 pieds de longueur sur 43 de largeur en dedans ; elle est sur un terrain de aS acres, donné par Lord Selkirk ; cette Eglise à la quelle j' ai fait travailler tous les ans selon mes moyens n' est pas encore finie ; ses murs se finiront peut être pendant le cour de l'été prochain i836. ma souscription du Canada à la quelle se joignirent les dons de r association de la foi de Lyon , qui commença à m' allouer une part dans ses distributions annuelles en i83o, ne fut pas employée uniquement à la construction de cette Eglise: il me fallut avec cet argent pourvoir aux besoins de trois prêtres , de deux filles parlant francois et sauvage , qui de puis huit ou neuf ans montrent à lire aux petites filles et le catéchisme a toutes les personnes de leur sexe , soit en fraa»
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cois soit en sauvage ; deux maîtres d'ccole furent aussi payés sur cet argent ; eniiu .'I fallut faire venir d' Europe les livres nécessaires pour ces écoles. De plus les chapelles , maisons etc. construites aux deux autres missions mcntionnres , plus haut, absorbèrent aussi une partie de ï argent qui m'avoit été mis en main . Me voyant au bout de mes finances li la fia do i834' 5 je formai le dessein de passer en Europe pour exposer en personne les besoins de mes missions et la perspective du bien à faire dans ces contrées du nord. Queh|res tems après que j' eus formé le projet de ce voyage , je reçus une requête de la part d' un certain nombre de Canadiens et autres , anciens serviteurs de la compagnie ; ces chrétiens dont les femmes et les enfans sont infidèles me demandoient des prèlres pour les instruire ; ils sont établis dans les environs de la rivière Colombie qui descend des montagnes de Roches et se jette dans ï Océan pacilique. Le Gouverneur de la compagnie, au quel je montrai cette requête, m' accorda aussitôt des passages gratis pour transporter des prêtres cà cette grande distance , mais à condition qu ils sero* nt canadiens. Tant de choses, qui s' airangeoient pour aindire d' elles mêmes, m' encouragèrent à entreprendre un vosi long et pour le quel je ne sentois aucun attrait. Je la Rivière rouge le 17 Août i835 et arrivai à Mont- 12. Octobre. Je vis de suite l'Evêquc de Québec au sucette mission projettée sur 1' Océan pacifique. Comme ce territoire , du moins en grande partie , semble renfermé dans le diocèse de Qucbec, par la bulle de l'érection de cet Evêché, et que l' Evcque de Québec le reconnoit dans un mémoire présenté k la Propagande le 17 Nov. 1819, l' Evêque de Québec se décida à y envoyer deux prêtres qui doivent partir au mois d' Avril de la présente année. C est pour mettre ces missionaires plus à l'aise, pour s'étendre dans ce pays qui n' est habité que par des sauvages , que Y Evêquc de Québec a demandé au st. Siège de joindre cà mon district, et de mettre sous ma jurisdiction-, tous les territoires au de là des montagnes de Roches, où aucune ligne reconnue dèiuarque ou sépare le territoire des Etats unis de ce lui de la grande Bretagne, et aussi, sur les immenses terres sauvages qui a voisinent mon district où le 49* degré est la ligne dc;. Etatsunis. Cetle ligne reconnue ne va que jusqu' aux montagnes de Roches. Jamais cette immense étendue de pays le long de r Océan pacifique , de puis le Mexique jusqu au Nord , n'a été visité par des missionaires catholiques. Il y a malheureusement un ministre méthodiste , rendu dans le pays
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de puis trois nns , de sorte qu' il est pressant d' y faire passer <les prêtres avec d'amples pouvoirs, afin qu ils ne soient pas gi-nés dans l'exercice de leur ministère , dans un pays où il fiiudra au moins trois ans pour avoir des réponses de Rome. Des personnes lignes de foi, que j'ai vues, donnent une grande idée de ce pays où tous les grains et même les fruits des pays chauds rdussissent très bien. Probablement que par la suite il sera nécessaire d' y placer un Evèque: il faut attendre les rapports qu'en feront les missionnaires. Avec l'aide de Dieu , je me propose de visiter ce pays dans trois v>u quatre ans. Les Tiissionaires qui doivent partir au mois d' A ril prochain ont ordre de donner leurs soins, d'abord aux chrétiens du pays, dont les femmes et les enfans sont infidèles, et de s' appliquer en même tems à l' étude des langues du pays. Le Gouverneur de la compagnie m' a promis qu' il donneroit des ordres pour que ces prêtres ne fussent pas exposés à manquer du nécessaire.
La Rivière rouge qui donne assez communémenl son nom à cette contrée , qu on appelle aussi Assiniboïa , est un pays de plaines ; il n' y a du bois que sur le bord des rivières , de sorte que l' on peut aller à cheval , et même en voiture au IMississipi , au Missouri, et même , m' a-t-on dit, jus qu'à 10céan pacilique. Il y a dans ces immenses plaines différentes nations sauvages qui vivent de la chasse des bêtes sauvages qui les habitent et sur tout des buffles qui y vivent en trèsgrosses bandes. Tous les ans , deux fois par été , quatre ou cinq cents charettes, appartenant aux colons , vont se charger de la viande de ces animaux; ils la coupent par tranches et la font sécher au feu ou au soleil ; il faut la viande de dix vaches, pour faire la charge d' une charrette ; cette viande sert de nourriture aux habitans du pays : la plus grande partie est achetée par la compagnie de la Baie d' Hudson, comme provis'on ou n jnition pour ses engagés dans les coins du nord qui manquent de cette ressource.
Le climat de ce pays est sain; le froid s'élève en hiver jusqu à 35. de grés de Réaumur: la gelée commence à se faire sentir dès le commencement de Septembre ; du deux au dix sept de ce mois , sont les époques les p'us avancées et les plus reculées où je l'ai vue de puis i8i3. La neige couvre la terre vers le quinze Novembre: deux fois je fai vue tomber abondamment le i5 Octobre; elle est toujours fondue au dix Avril ; mais la gelée , les vents froids etc. se font sentir le reste de ce mois et la plus grande partie du mois de Mai; le tems des grandes chaleurs est de puis le i5 Juin au i5 Août; les longs
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froids du printemps seront toujours un obstacle insurmontable pour la vigne, le pommier, le poirier etc. Les grands lacs de ces contrées sons ià\s poissonnc ix ; aussitôt que la glace est partie sur les rivières , qui se jettent dans ces lacs , le poisson les remontent en foule , et alors ceux qui sont sur les bords de ces rivières peuvent facilement, soit avec des fdets , soit avec des hameçons , trouver leur vie dans Teau. Aux approches de r hiver le poisson descend les rivières et retournent dans les lacs ; alors les rivières ne fournissent plus la ressource de la pcchc.
Rome 12. mars i836.
J^ J. N. Ev. de Juliopolis.
Rerurques et supplément au mémoire cidessus.
La mission de la P.îvière rouge prit son premier élan au moyen d'une souscription qui circula en Canada , à la rccommendation de l'Evéque de Québec en 1818. Les frais de trasports et ceux qu'il fallut faire pour les fornitures de deux chapelles etc. absorbèrent tout le produit de cette souscription : de sorte qu' il n y avoit plus rien du tout lorsque j'arrivai à Montréal en Octobre 1820. J'empruntai donc quelques piastres pour m' acheter une soutane, des souliers et an chapeau. En attendant ces trois articles je fus obligé de rester au logis, tant étoient eu mauvais état ceux qu ils dévoient remplacer. Forcé de faire les frais de mon relour , après ma consécration en 1822. je dépensai tout ce que j'avois épargné sur le» revenus de la cure que j'avais desservie pendant dix huit mois. Arrivé à la Rivière rouge , sans aucune ressource, je me trouvai réduit à une pauvreté qui auroit été avilissante s' il avoit fallu la souffrir pour une autre
cause.
Jus qu'en 1822. la compagnie avancoit , à crédit, aux colons, leurs besoins, sons la responsabilité de Lord Selkirck. C'est à dire que le compte des av^ncîs faites aux colons , étoit présenté à Lord Selkirk en Angleterre, le quel le payoit à la compagnie, et lui même attendoit que les colons eussent le moyen de lui rembourser ses avances en produits du pays ou autrement.
En 1822. la compagnie mit eu circulation des billets de papier monaie, et cessa d' avancer à crédit aux colons, qui depuis cette époque ont payé comptant ce qu' ils ont pris au magazin.
Me trouvant dans la nécessité de payer comptant et n'ayant <ï argent ni dans le pays ni ailleurs , je me vis forcé de me passer de tout. Cependant le Gouverneur de la compagnie ayant
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remarqué que je ne prenois rien , me fit dire de ne pas laisser tout partir au magazin et de prendre ce qui m' étoit nécessaire. Je lui fis répondre que n' ayant aucun moyen de payer , je n'osois rien prendre. A lors il eut la politesse de me faire dire , de prendre ce qn' il me falloit et que je payerois quand je pourrols. Je pris donc en petite quantité des articles qui pouvoient être considérés plus tôt comme propres à cacher ma pauvreté qu à suppléer aux besoins de ma maison.
En 1823. Mr. Dumoulin mon premier compagnon , retourna en Canada et fut placé curé ; il adressa au clergé à son retour , une notice sur la mission , dans la quelle il fit voir qu' elle donnait plus d' espérance de réussite ((u on ne paroissoit alors le croire : il demanda en mémo tems du secours pour f aider à se soutenir , et réussit à en obtenir . Ce fut la seconde souscription faite publiquement en Canada ; la troisième fut celle que je lis en i83i.
En iSjl5. le Gouverneur de la compagnie (George Simpson) qui avoit passé f hiver précédent à la Rivière rouge , se trouva plus en élat de connoitre mes besoins et tacha d' y suppléer. Il me fit allouer 5o. louis sterling annuels par le conseU de la compagnie, qui se tient ordinairement à la Factorerie d'\oik, sur la baie d'IIudson ; en outre une certaine quantité de thé , su-
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café etc. qui m'a été continuée de puis.
Au mois de Juin i835. le conseil de la compagnie tenu à la Rivière rouge , porta à 100. livres sterling annuelles la somme de 5o. que je rccevois de i lis iSaS. 11 donna aussi 100. livres sterling une fois payées, pour aider à finir mon Eglise, ce qui faisoient 200. livres sterling, volées pour cette bâtisse, en y comprenant 100. livres votées en i8'.i9. Ces dons généreux furent faits par la compagnie de son propre mouvement et sans aucune demande de ma part. Il est bon de remarquer que tous les membres de cette compagnie sont prolestants , à f exception de (juatre ou cinq qui sont calholiqucs.
"Dans les commcncemcns de V établissement de la colonie , Lord Selkirk y avoit fuit passer , par la Baie d' Hudson , des animaux domestiques. Ces animaux auroient pu être dé jà passablement multipliés lorsque j'y arrivai en 1818; mais ils avoient tous été détruits, dans les troubles qu' éprouva la colonie en 1814. de sorte qu'il n'y en avoit plus du tout, à mon arrivée. Dans l'automne 1818, "on y amena de la Baie d'IIudson , un couple de cochons. Cet animal multiplie vite : en été il Irouvoit facilement
sa vie , mais en hiver ,
il filloil le nourrir et il n' y avoit ni
f,rain ni légumes pendant plusieurs années ; do sorte que pour en conserver l'espèce nous étions oi)lig<'s de les nourrir de la même viande dont nous nous nourrissions nous moines.
Les poules furent apportées du sault S. Marie qui est la décharge tlu lac Supérieur dans le lac Huron et aussi de la prairie du chien sur le Mis-^issipi. En 18:^2. il n'y en avoit plus ([u' un couple , dans tout le pays ; un liomme soigneux roussit à le faire propager, et c est de ce couple unique que sont sorties toutes les poules qui sont maintenant abondantes. Les dindes et les oies furent apportés plus tard, par la Baie d' Hudson ; il y en a encore très peu.
Les vaches furent amenées du Missouri en iSaS. au nombre de quatre ou cinq et ils. Ceux qui avaient de l'argent en achclirent a lors; les autres s'en procurèrent par la suite. Elles sont maintenant très multipliées.
Les moulons furent amenés du Kcntuliy en i8.j3 , au moyen d'une souscription faite à celte fin dans le pays. Malheureusement , de plus de douze cents moutons qui partirent du Kentuky , il n'en arriva qu'environ deux cents soixante à la Rivière rouge ; io reste mourut en route. La compagnie voyant que ces moulons revenoient à un trop haut prix et qu' il étoit difficile de les partager entre tant de souscripteurs dont plusieurs n' avoient pas mis une somme suffisante pour en avoir un , remit 1' argent aux souscripteurs et garda tous les moulons qu' elle laisse multiplier.
J' ai de puis deux ans six enfans sortis de mes écoles qui étudient le latin. Ils parlent la langue française et deux langues sauvages; trois sont à la charge de la mission.
Rome 28. Mars i836.
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