‹ Memoire pour les ouvriers typographesChapitre 24 sur 25 · AUDIBNCS DU JEUDI 13 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

AUDIBNCS DU JEUDI 13 NOVEMBRE

Après l'audition du rapport, M. le prôsideut procède aux interrogatoires des prévenus.

M. 1^ Président. — Alfonsi^ levez-vous. Vous étiez ouvrier chez Dubuisson? — R. Oui, monsieur.

D. Lorsqu'on a composé une commission mixte, vous avez été membre suppléant de la sextion omrière? — U. Oui.

D. Cette commission mixte n'a été créée que grâce à une près* sion que vous avez exercée sur les patrons. Cette commission mixi^ constituée, on n*a pu s'entendre avec les patrons. Vous avez du" mandé une augmentation de salaires de 20 p. iOO à peu près; le^ patrons ont repoussé vos prétentions et n'ont consenti qu'à une augmentation de 5 centimes par mille de lettres? — R. Je conteste ce chiffre de 20 p. iOO.

D. Je me trompe, c'est une augmentation de 10 p. 100 que vous demandiez. Ad mettez- vous ce chiffre? — R. Pas encore.

D. A la suite de ce dissentiment, les conférences ont été rom* pues; nonobstant la rupture, vous avez continué d& vous réuuir et de vous occuper de ces questions, et c'est à la suite de ces réunions qu'est intervenue une circulaire à la date du 26 juin, qui porte votre signature. Cette circulaire est incriminée comme caractérisant le fait d9 coalition. Dans cette circulaire, vous fixez la mit^e à exécution du nouveau tarif au 14 juillet. La pièvention soutient que, par cette circulaire, vous avez poussé à la mise en crève des ouvriers typographes. Reconnaissez-vous avoir signé la circulaire, et le 14 juillet avoir quitté les ateliers comme les autres? — R. Oui.

M. LE Fr6sident (à Aunoy). — Vous avez un précédent : lors de la grève des ouvriers de M. liupont vous avez été arrêté? — R. J'ai été mis en liberté.

D. Vous étiez chez Appert. Le 14 et le 15 juillet, on vous signale comme ayant été des plus ardents? — R. Cela est impossible, j étais malade.

D. Vous avez t«nu un propos qui est relevé contre vous. Vous

avez dit que vous alliez consulter le comité ? — B. Je nie le propos, et si j'ai parlé d'un comité, c'est du comité des délégués.

M. LE Président (à Baraguet), — Vous étiez chez Dubuisson. Vous étiez secrétaire de la conférence, vous avez signé la circulaire? — R. Oui.

M. 1.E Président (à Coûtant), — Vous étiez chez Boniface, vous avez signé la circulaire? — R. Oui.

M. LE Président {à Gauthier), — Vous étiez chez Dubuisson, vous avez été arrêté une première fois, comme Annoy? — R. J'ai été acquitté.

D. C'est vous qui avez fait, au nom des ouvriers, les démarches à la préfecture de police? — R. Jen*aî pas fait de démarches au nom de mes camarades, mais dans riutérêt de mes camarades, et cela de ma propre initiative.

D. Après la rupture des conférences, votre section 8*est réunie plusieurs fois? — R. Deux fois. Une fois pour rédiger la circulaire du 26 juin.

D. Elle a donc été délibérée ? — R. Elle a été rédigée en commun.

M. LE Président {à Guionie). — Vous étiez chez Vallée ; vous avez signé une lettre par laquelle les ouvriers demandaient une augmentation de salaires. Après le refus qu'on vous a opposé, vous avez quitté les ateliers ? — R. Je suis sorti de chez M. Vallée par ordre de M. Vallée, pour un fait indépendant des circonstances de cette affaire.

M. LE Président (à Henry). — Vous avez travaillé chez Vallée; vous êtes signalé comme l'un des meneurs les plus ardents? — R. Je n*ai rien fait.

D. Vous n*avîez aucun intérêt, en effet, car vous travailliez à la journée à raison de 6 fr. par jour. Vous n'aviez pas nié avoir pris part au mouvement ; vous disiez : «Je pourrais changer de travail. »

M. LE Président (d Huet), — Vous avez été condamné au mois de juillet dernier pour fait de colportage; vous avez travaillé chez Dubuisson ; vous avez signé la circulaire; vous étiez membre de la commission mixte. — R. Oui.

M. le Président (à Jacc/ier). — Vous avez travaillé chez Martinet; vous avez dit aux ouvriers : « Vous savez que vous ne devez pas rester à l'atelier ? » — R. Je n'ai pas dit un mot à personne.

D. Vous ne l'avez dit à personne en particulier, vous l'avez dit à tous d'une manière générale ; puis vous vous êtes présenté à M. Martinet pour avoir sa dernière réponse ; il a dû vous mettre à la porte, car vous vous présentiez d'une manière peu convenable. — R. J'y suis resté quatre semaines encore.

D. (à Moulinet). —- Vous étiez chez Dupont ; vous avez signé la circulaire? — R. Oui.

D. (à Musset). — Vous n'étiez pas présent au début de l'audience ; la Cour consent à rabattre le défaut. Vous avez travaillé chez de Mourgués; vous êtes signalé comme vous étant mis à la tête de vos camarades et comme ayant le premier quitté les ateliers? — R. Nous étions dans sept galeries différentes ; j'ai répondu à M. de Mourgues pour moi, en lui faisant remarquer que je n'acceptais pas de discussion générale.

D. (d Parmentier). — Vous étiez chez Thunot ; vous avez été viceprésident de la section des ouvriers? - R. Nous n'avons jamais fonctionné séparément, comme section ouvrière de la conférence, depuis la rupture prononcée par les patruns.

D. Vous avez délibéré pour la circulaire 7 — R. J'ai fait des démarches au ministère de l'agriculture et à la préfecture de police pour faire connaître la position de la typographie. Tous les jours des lettres pressantes nous parvenaient. Je répondais : « Attendez, tout peut s'arranger, n C'est pour cela que nous nous sommes réunis.

D. Du moment que la conférence était dissoute 7 — R. Elle ne l'était pas régulièrement pour nous. Les patrons ont rendu leurs pouvoirs, nous ne les avions pas encore rendus.

D. Vous avez signé la circulaire? ^ R. Oui.

D. Vous avez quitté les ateliers 7 — R. Non ; M. Thunot, comme d'autres patrons, a admis nos i éclamations. Quand nous avons donné notre démission, nous avons vu qu'il n'y avait plus moyen de renouer les relations; le 18 juin on avait retiré même les 5 centimes par mille de lettres. C'était de la mauvaise volonté. C'est alors que nous avons signé la circulaire.

D. Vous n'aviez pas le droit de peser sur les patrons. — R. La circulaire ne fait qu'émettre nos propositions. En 1850 on a fait de même, et cependant on n'a pas jugé qu'il y eût coalition.

D. (à PorroO-^ Vous avez signé la circulaire 7— R. Oui, monsieur.

D. (à Viguier)» — Vous êtes aussi un des signataires de la circulaire 7 — R. Oui.

D. (à Wiart), —Vous avez travaillé chez Chaii ; vous êtes un des meneurs, vous avez signé la circulaire, vous vous êtes fait remarquer 7 — R. En quoi me suis-je fait remarquer 7

M. LE Président. — Vous vous êtes fait remarquer par votre ardeur et votre violence.

Après ces interrogatoires, l'audience est suspendue pendant cinq minutes. La parole est ensuite donnée à la défense»

Plaidoirie de M* Ilerryer,

Messieurs,

Devant les premiers juges, je m'étonnais de la marche suivie par l'instruction; je m'étonnais qu'elle n'eût recueilli que les déclarations des parties intéressées, et intéressées dans un sens contraire à la défense et au droit, au droit très-légitime des prévenus. Je ne trouvais dans les pièces qui composaient le dossier aucun document, quoiqu'il en existe un grand nombre, de ceux qui pouvaient faire connaître les sentiments, les intentions, la conduite et le véritable esprit de ceux ^ui sont les signataires de la circulaire du 26 juin, de ceux que je viens défendre devant vous. J'ai t&ché, dans ma plaidoirie de première instance^ de suppléer à cette absence de documents, j'ai présenté les faits avec une scrupuleuse exactitude, j'ai lu des pièces qui mettaient le tribunal à même, ce me semble, d'apprécier avec une parfaite équité la conduite des prévenus. C'était, en effet, messieurs, une affaire d'équité et de justice et qui. en raison de la nature des questions qui étaient soulevées entre les maîtres imprimeurs et les ouvriers typographes, était d'un intérêt énorme pour ta société, non-seulementauiourd'bui, mais encore dans l'avenir, et qui exigeait de la manière la plus sérieuse et la plus impérieuse une prompte et honorable solution. La Cour me permettra de dire que les interrogatoires très-sommaires que M. le président vient d'adresser aux prévenus ne lui permettent pas d'apprécier ces hommes, de les connaître et de découvrir la vôri-

table pensée de tous les actes auxquels ils oot pris part et des écrits qu'ils ont rédigés

Ces hommes, messieurs, sont dignes d*un grand intérêt; ils appartiennent à une classe d'ouvriers laborieux et très-intelligents; beaucoup d'entre eux sont des tiommes extrêmement distingués, que leur état de fortune seul réduit à la position de simples ouvriers, mais qui, pour pratiquer leur industrie, ont acquis des connaissances, et de ces connaissances que peut-être beaucoup de maîtres imprimeurs ne possèdent pas au même degré. Je n'ai pas besoin d'entrer dans le détail des travaux de l'imprimerie qui embrassent U.s langues anciennes et modernes, le maniement de tous les caractères de ces langues diverses, ce qui exige, non-seulement chez les prêtes, mais aussi chez les corrigenrs et les metteurs en pages, vous le comprenez, des notions fort étendues.

Ce ne sont donc pas des hommes ordinaires; et ici, dans la lutte qui existe entre les calculs des maîtres imprimeurs, qui veulent s'assurer très-légitimement les bénéfices de leur industrie, et, d'autre part, les calculs plus modestes et non moins légitimes des travailleurs, qui ne songent, hélas! qu'à satisfaire les besoins impérieux du jour, il fout bien reconnaître que la position des typographes «'St tout autre que celle des classes ouvrières proprement dites.

Dans toutes les autres classes d'ouvriers, un homme qui, dans l'exercice de son métier, n'obtient pas, en travailî.-irit rhez auimi, le salaire qu'il croit indispensable à son existence, peut, ou seul ou d'accord avec un autre, entreprendre directement pour son compte la profession dans laquelle il est artisan habile. Les tailleurs, les. cordonniers, les menuisiers, les charpentiers, les maçons, etc. , sont libres de travailler pour leur compte quand ils n'obtiennent pas de leur maître un salaire suffisant, convenable (et vous verrez quelles ont été les demandes de ceux que je défends); toutes les classes d'ouvriers, dans toutes les industries, peuvent exercer leur profession, soit seuls, soit en se réunissant à d'autres, s'ils ne peuvent pas le faire isolément. II n'en pst pas ainsi des ouvriers typographes. 11 faut, pour être maître imprimeur, obtenir un brevet. L'ouvrier ne peut pas quitter son atelier d'imprimerie en raison de l'insuffisance de salaire et dire : «Je veux travailler pour mon compte et non pour un maître qui reme donne pas une rémunération suftisanle. » Il ne le peut pas; car si, pour être maître imprimeur, il faut d'abord obtenir un brevet, il faut aussi une situation de fortune qu'il n'est pas donné à tout le monde d'offrir. Je vous le dis, messieurs, du fond de mon âme, et c'est le sentiment que j'ai Aprouvé en me livrant à la lecture du jugement des premiers juges, la cause que je vous présente est toute d'équité, de bonne foi, de conscience, d'honnêteté; c'est parce que je lui ai reconnu ce caractère que je n'ai pas hésité à me présenter pour sa défense, encore bien qu'elle touche à des points de polémique, à des querelles de partis auxquels on me sait complètement étranger; c'est la bonne foi, l'honneur, la vérité, la loyauté, la parfaite légitimité des réclamations, la modération des prétentions, qui m'ont déterminé à embrasser la cause que je défends, que je soutiens avec conscience et liberté devant vous.

Ces hommes, messieurs, ont eu^ depuis bien des années, à régler celte position forcée, comme je viens de l'expliquer, des ouvriers typographes à Téçard des maîtres imprimeurs. Il «i été reconnu, il y a longtemps, très-longtemps, que l'idée de marchés de gré à gré

entre un mettre et un ouvrier qui ne trouve pas dans le salaire qii*i] obtient ce qui est nécessaire à sa vie, à l'existence de sa famille, que ces marchés de gré à gré étaient pleins d'inconvénients pour le commerce, si important à tous égards, de la librairie et de l'imprimerie; qu'il fallait éviter un double danger. S'il y avait de l'ouvrage chez les imprimeurs, et qu'il n'y eût aucune règle entre ceux-ci et les ouvriers, les imprimeurs, pressés de faire exécuter les travaux dont ils sont chargés, pourraient se trouver eu face d'ouvriers exigeants qui leur demanderaient un salaire exorbitant, et, dans ce cas, il faudrait que les imprimeurs renonçassent à l'exécution des travaux qui leur auraient été commandés. Si, au contraire, il y avait peu d'ouvrage, les ouvriers seraient obligés, pour les œuvres qui se présenteraient, à consentir des réductions très-considérables et telles qu'ils n'auraient pas une rémunération suffisante à leurs labeurs. On a donc, dans l'imprimerie, dans la t^'pographie, reconnu qu'il était nécessaire d'avoir des règles, et Que ces règles, qui sont des tarifs, seraient susceptibles de modifications suivant les exigences des temps. En tsis, notamment, comme les anciennes traditions, les habitudes de l'imprimerie avaient un peu varié, comme il y avait des différences entre le travail qu'on exécutait dans telle imprimerie ou dans telle autre, on en sentit l'inconvénient, on reconnut, et on en donna les motifs, qu'il était nécessaire d'arriver à un tarif uniforme. Ce fut, messieurs, l'objet d'un règlement qui devrait être la première pièce du procès actuel. Dans ce règlement de 1843, on dit ce que j'ai l'honneur de dire à la Cour^ on donne toutes les raisons en faveur de l'établissement d'un tarif uniforme. Le préambule qui explique ces motifs se termine par le tarif lui-même. Je dois vous faire remarquer les différentes dispositions qu'il contient, je neveux pas vous le lire en entier, il est imprimé, mais je ne puis me dispenser d'en citer quelques passages :

« Dans le cas où il ne serait pas créé une commission spéciale pour l'exécution du tarif, la Chambre des imprimeurs serait saisie de toutes les réclamations qui pourraient naître d'un défaut de proportion dans la fonte des nn, •

Ceci est un détail d'imprimerie; i'n est le caractère type de la grosseur des divers caractères qui entrent dans une ligne. Quand la justification d'une ligne a été adoptée, une ligne de telle iustification doit contenir tant d'n. Il y a eu à cet égard des difficultés entre les ouvriers typographes et les maîtres imprimeurs, il est arrivé que certains fondeurs ont livré des n proportionnellement plus grosses que les autres lettres, d'où il résultait qu'il entrait aans la justification de la ligne plus de lettres qu'il n'aurait dû yen entrer, d'où un bénéfice illégal et coupable des maîtres imprimeurs au détriment des ouvriers typographes. Mais ce moyen déshonnéte n'a aucune importance au procès.

Suivent, dans le tarif, les articles qui déterminent les prix de la composition suivant les différents caractères; ces prix sont fixés au paragraphe 3 de l'article 6. J'y reviendrai plus tard. Viennent ensuite les articles 40 et 46. Ils sont ainsi conçus :

« Art. 40. Le présent tarif sera revisé, cinq ans après na mise à exécution, par une conférence de maîtres et d'ouvriers qui sera instituée d'après 4e mode suivi dans la formation de la conférence mixte de 1843.

« Art. 46. Le présent tarif sera misa exécution, à dater du iSsep* tembre, dans toutes les dispositions qui ont été prises. »

Et ceci expliquera une date indiquée dans lacirculaire du 26 juin, et qu*on a beaucoup fait ressortir à cause de la coïncidence avec des souvenirs politiques; ce n'éiait qu'une date à laquelle le tarif devait recevoir son exécution. A toutes les époques il a été ainsi fait.

Au bout de cinq ans donc, d'après ce pacte de 1843 entre les maîtres imprimeurs et les ouvriers typographes, au bout de cinq ans, dis-je, le tarif des prix devait être revisé. Vous avez déjà apprécié les nommes qu'on accuse d'esprit de perturbation, de dispositions séditieuses, en un mot de coalition coupable. En 1848 advenait justement l'époque à laquelle le tarif de i843 devait être revisé. C'était un moment de crise. Je le répète, messieurs, les hommes qu'on a condamnés en première instance, et que vous avez à juger, sont des hommes laborieux, sérieux, instruits, modérés, et en 1848, au milieu de la crise, dans cette grande perturbation, lorsque tant de prétentions diverses, tant de doctrines si dangereuses pour la société, tant de privilèges ridicules en faveur des travailleurs étaient réclamés et développés avec retentissement à la tribune nationale, eh bien! messieurs, a cette époque, les ouvriers imprimeurs ont reconnu que ce n'était pas le moment de venir demander un accroissement de salaire aux maîtres imprimeurs; ils se sont associés à la situation difficile de leurs patrons et ils ont laissé s'écouler les cinq années qui étaient prescrites pour la révision du tarif; on les laissa s'écouler paisiblement au milieu des événements de 1848.

Le temps marche, plus de calme s'introduit dans la société, les affaires reprennent un certain cours et, en même temps, il y a, dans le développement général de toutes les industries et dans le développement aussi des œuvres de luxe, des progrès, ainsi qu'on les appelle. Cependant il y a un accroissement considérable dans les prix de beaucoup d'objets indispensables à la vie. En 1850 donc, dans cette situation plus paisible, les ouvriers typographes s'adressent aux maîtres imprimeurs et leur disent : « Voici une situation nouvelle, il y a une plus grande cherté de tout, ce serait le moment de reviser le tarif. «

. C'est ce qu'on a fait, messieurs. En 1850, le tarif de 1843 a été revisé. Peu ou point d'augmentation n'a été apportée, en 1850, au prix du travail a raison du mille de lettre?, d'après lequel on cal • cule la rémunération des ouvriers; peu ou point d'augmentation.

Sas de différence, à vrai dire, si ce n'est dans quelques articles de étail, dans l'examen desquels il est inutile d'entrer, où l'on améliore la condition des ouvriers compositeurs. Lors de la révision du tarif de 1850, on comprit que, eu égard à la différence des temps, il pourrait se faire qu'à un moment rapproché, des besoins se fissent sentir auxquels il serait difficile de donner satisfaction, et voilà ce qui fut décidé à cette date de 1850 :

« Art. 45. Tout ouvrage ou volume qui change de point de caractère, dénombre d'n, dfe justification ou de maison, est considéré comme oavrage nouveau.

«Art. 46. Le présent tarif aura cours à dater da t5 mars 4851, usqu'à ce qu'il ait été procédé à sa révision.

« Ârt« 47, § 1*'. Une commission arbitrale permanente, composée d'un nombre égal de patrons et d'ouvriers, connaîtra de toutes les contestations qui pourraient lui être soumises à l'occasion, soit des dispositions contenues dans le tarif, soit de tous les cas non ]jrévus se rattachant à ses principes. Elle entrera en fonction aussitôt la mise à exécution du présent tarif. »

Dans l'art. 48 on disait :

« Le présent tarif pourra être revisé cinq ans après sa mise à exécution, si la commission arbitrale, dont il est parlé ci-dessus, est d'accord isur la nécessité de la révision. La décision pour la révision ne sera définitive qu'après deux votes affirmatifs faits à un mois d'intervalle et à la majorité absolue de tous les membres réunis de la commission votant par section, n

Voilà donc ce qui fut fait en 1850 : un tarif confirmé, rectifié, et une commission arbitrale permanente, instituée d'un commun accord entre les maîtres et les ouvriers imprimeurs à l'effet, de reviser le tarif, si la nécessité s'en faisait sentir.

Qu'est-il arrivé? Le temps a marché depuis 4850, et au commencement de 1854, plusieurs membres de la commission arbitrale permanente, qui devaient être arbitres souverains, puisque la commission arbitrale devait statuer sur toutes les réclamations que les ouvriers typographes pourraient élever, ou que les patrons pourraient élever eux-mêmes, cette commission se trouva incom* plète, plusieurs s'en étant retirés ou ayant cessé d'exercer la profession ; il fallait la reconstituer, la compléter de nouveau, et, en conséquence, en 1834, sans trouble, sans perturbation, sans agitation (ce n'est pas l'esprit des hommes que je défends), on demanda aux maîtres imprimeurs de Paris de compléter la commission arbitrale permanente, institution très-sage, institution qui devait mettre obstacle à toute discussion, à toute espèce de trouble et d'agitation dans les prétentions respectives des ouvriers et des maîtres.

Que fait-on en 1834? Dans un esprit nouveau, dans des dispositions qui n'ont pas maintenu dans le même respect tous les aroits de leurs subalternes, si subalternes il y a entre l'ouvrier et le maître imprimeur, les maîtres imprimeurs décident, le 12 juin, malgré le pacte de 1836, qu'il n'y aura plus de commission arbitrale permanente, qu'en conséquence il est inutile de la compléter. C'est ainsi qu'en 1854 les maîtres imprimeurs détruisent rinstitution de 1850, ce mode si simple, si régulier, si pacifique de régler tous les difi'érends. Voilà quelle a été la décision des mat* très imprimeurs. La chambre des imprimeurs se réunit chez son président, une conférence a lieu et, en consé<)uence de cette conférence, il est décidé que la nouvelle organisation des prud'hommes ofi're des garanties suffisantes et rend inutile le maintien de la commission arbitrale permanente.

C'était une grave erreur, car vous savez que le conseil des prud'hommes est appelé à statuer sur des cas particuliers, mais non à faire des règlements entre les maîtres et les ouvriers, tandis que si la commission permanente avait été maintenue, on aurait pu faire des règlements respectés de tous.

Quoi qu'il en soit de ce fait, qui est erave de la part des maîtres à l'égard des ouvriers, il est équitable de mettre face à face la cou-

duite de ceux-ci et de ceux-là, et c*est un premier point de déport dans ce débat que la conduite des imprimeurs anéantissant, par des considérations qu'ils ne font pas connaître, l'institution trèssalutaire de la commission arbitrale permanente.

Deux choses étaient acquises : un tarif et un mode de règlement susceptibles de révision et de modification, s'il était nécessaire.

On a dit (je crois même que ces termes sont employés dans le jugement dont est appel) que les prétentions des ouvriers typographes avaient été incessantes. C'est une grande injustice. Dix années se sent écoulées, de 4850 à 1860. Ce qui était advenu dans 1 état général des choses en France^ et à Paris en particulier, suffisait bien pour faire reconnaître que ce qui était une rétribution k peu près suffisante en 4850, devait être insuffisante en 1860. L'immensité des travaux exécutés, l'obligation pour les ouvriers d'aller chercher au loin des domiciles désormais inabordables pour eux à cause de l'excessif accroissement du prix des loyers de cette immense enceinte de Paris, voilà des faits qui font reconnaître qu'en 86 réduisant aux plus strictes nécessités, on ne peut se loger et vivre en 1860 comme en 1843 et comme en 1850. Gela est incontestable.

Les chemins de fer, la magnificence de la ville, le luxe et l'éclat des fêtes publiques, appellent à Paris un concours immense d'étrangers ; à ce point que, si sa population était alors de douze à quinze cent mille âmes, il est évident que plus d'un demi-million s'y est ajouté depuis. Qu'en résulte-t-il 7 Ce que chacun de nous éprouve : l'accroissement prodigieux du prix des substances alimentaires. C'est un fait incontestable !

De 1850 à 1860, dix années se sont écoulées, et aucune modification n'a été apportée au tarif; la faible rétribution de 50 c. le mille de lettres est maintenue; rien n'est demandé par les ouvriers typographes; ils patientent, et leur conduite est telle qu'elle a appelé sur eux les regards favorables du gouvernement. En 1860, ces trois mille ouvriers typographes de Paris patientent au milieu des difficultés publiques, des souflrances de la vie privée, en raison de la modicité de leur salaire. Des secours devenaient nécessaires à beaucoup d'entre eux, et en conséquence le gouvernement a fondé, en 1860, une société de secours mutuels pour les ouvriers typographes. Sur trois mille environ qu'ils sont à Paris, quinze cents se font sociétaires pour venir en aide à ceux de leurs camarades qui sont dans des nécessités auxquelles il est indispensable de pourvoir en cas de maladie. Cette société de secours mutuels, le gouvernement l'a instituée au mois de mai 1860; bientôt un décret a désigné pour en être président précisément un dos hommes que le Tribunal de première instance n'a pas hésité à condamner: M. Gauthier.

M. Gauthier, je le connais depuis le procès, par le procès et par les différents actes qui sont émanés de lui et que je vais tout à l'heure mettre sous vos yeux. M. Gauthier était parfaitement digne d'être nommé président de cette association charitable de secours mutuels des ouvriers typographes. M. Gauthier, dans cette nouvelle situation, a mieux senti qu'auparavant les besoins, les pauvretés, les misères de ces ouvriers typographes qui, je le répète, ne peuvent pas quitter l'atelier où ils sont engagés pour travaillera leur propre compte; il faut qu'ils subissent la loi du maître ou qu'ils se résolvent à n'avoir aucun ouvrage dans la spécialité de leur savoir. M. Gauthier a vu de près tous ces maux^ et il a reconnuj en 1860,

qi]*11 était nécessaire de reTenir sur le tarif de 4850 ; oue les onze années qui s'étaient écoulées avaient apporté, je le répète, de tels changements dans toutes les conditions de rexistence, qu'un ac* croissement de salaire était indispensAble pour arriver à un résultat, je ne dis pas satisfaisant, mais toléra ble.A-t-îl eu recours à des idées d'excitation, de sédition, de perturbation, de violence, en un mot, à tout ce qui constitue, selon moi, le délit de coalition 7 Non, mille fols non ! Voici ce qu'il a fait : il a projeté une lettre au ministre de l'intérieur. C'était à la fin du mois de mars 4861 {i), •

Voilà ce que le président de la Société de secours mutuelsi bien averti, par sa position même, des souffrances des ouvriers typographes, imagine : c'est de demander au ministre, pour les patrons, lesprotes et les ouvriers typographes, l'autorisation de se reunir en assemblée pour modifier ensemble, à l'amiable, les conditions du travail dont le salaire avait été tarifé en 1843 et en 1850. Voilà comment M. Gauthier, homme sage et véritablement digne d'éloge et de récompense comme bon citoyen, au lieu de la condamnation injuste, je n'hésite pas à le dire, qui a été prononcée contre lui, procédait pour réunir les patrons , les prêtes et les ouvriers et arrivera cette décision reconnue nécessaire en i 843 et dans les prévisions écrites de 1850.

Que va-t-il faire de la rédaction de sa lettre au ministre 7 II va trouver M. Thnnot, imprimeur; M. Thunot, président du conseil des prud'hommes. Il ne pouvait pas, assurément, pour demander un avis, s'adresser à un homme dans une position plus légale et mieux autorisée. M. Thunot reçoit la communication de M. Gauthier. De deux projets de rédaction qu'avait faits ce dernier^ M. Thunot en trouve un préférable à l'autre, celui dont je viens de donner lecture à la Cour, et il dit à M. Gauthier : «Comme membre du conseil de prud'hommes, je peux être appelé à prononcer sur des difficultés entre les ouvriers et les patrons ; ce n'est donc pas à moi qu'il convient de remettre cette pièce; allez trouver le président de la chambre des imprimeurs. » Et M. Thunot remet à m. Gauthîv une lettre pour M. Pion, président de la chambre des imprimeurs.

M. Gauthier va trouver M. Pion. Je ne serais pas surpris qu'indépendamment de M. Thunot, président du conseil des prud'hommes, et de M. Pion, président de fa chambre des imprimeurs, d'autres eussent eu connaissance du projet de lettre de M. Gauthier ; ce qui est certain, c'est que MM, Pion et Thunot ont reconnu parfaitement équitable l'idée de M« Gauthier de demander la réunion, et qu'ils lui ont seulement dit qu'il fallait faire adresser une demande par les ouvriers de Paris, à la corporation (car c'en est une)^ à la chambre des imprimeurs. Il faut que ces individualités se réunissent pour aller trouver cet être collectif, qui est la chambre ou le corps des maîtres imprimeurs de Paris. En conséquence, les ouvriers réoigent une supplique, que je ne lirai pas tout entière, mais dont je met* trai sous vos yeux les passages les plus importants. Elle a été signée dans les journées des 15, 16, et 17 mai 1861. En voici quelques passages ; vous verrez que les prétentions manifestées par les ouvriers imprimeurs se bornent à une augmentation de salaire bien modeste (2)

^1) Voir le docament dont il s'agit, eo note, page 52. (S) Vsir cette pièce page 53.

fi

, Voilày messieurs, un corps tout entier; voilà la justice^ la parfaite équité, le droit incontestable de la réclamation qu'il élevait après un long cours d'années et dans la situation nouvelle qui lui était faite; voilà dans quels termes polis, ce n'est pas dire assez, dans quels termes profondément respectueux les ouvriers typographes s'adressent à MM. les maîtres imprimeurs.

La réponse se fait attendre , elle se fait attendre près de six mois!

Quelques pourparlers ont lieu. M. Plan, président de la chambre des imprimeurs, dit qu'on s'occupera de la question, qu'on peut être tranquille, qu'on attende. Et enfin, à l'audience. If. Pion a déclaré (depuis, il est vrai, il m'a écrit pour désavouer cette déclaration) qu'il n'avait obtenu une réponse de la chambre des imprimeurs qu'en faisant connaître à ces messieurs que la lettre projetée par M. Gauthier était dans les mains du ministre, et que, par conséquent, le gouvernement était saisi de la question. M. Pion a déclaré cela à Taudience ; et j'ai écrit sa phrase sous sa dictée : « Je n'ai pu obtenir une réponse de la chambre des imprimeurs qu'en faisant connaître que la lettre de M. Gauthier était dans les mains du ministre, n

Sur cette réponse si grave, j'interpellai deux fois à l'audience M. Pion, en lui relisant sa phrase: il la répéta; M. Pion infirme

lai

d'un homme de bien, j'affirme l'exactitude de mon récit, j'affirme qu'à l'audience de première instance M. Plou a déclaré n'avoir obtenu la réponse des imprimeurs qu'en leur faisant savoir que le gouvernement était saisi de l'affaire, que la lettre de M. Gauthier avait été envoyée au ministre.

C'est alors que la réponse des imprimeurs est arrivée, à la date du 5 décembre de cette même année 1861, je le répète, six mois après l'humble supplique dont j'ai donné lecture à la Cour (1). .

Voilà donc les ouvriers typographes provoqués à nommer des délégués. Cette nomination a eu lieu, messieurs; suivant le procèsverbal que je tiens à la main, 2 953 ouvriers typographes ont voté, et ont voté dans chaque imprimerie séparément; l'Imprimerie impériale a voté aussi bien que toutes les autres: les sufi'rages ont été recueillis dans toutes les imprimeries de Paris, et c'est ainsi qu'ils ont été répartis :

MM. Parmentier 2 250 voix.

Moulinet 1 881

Gauthier 4 774

Baraguet 2 000 et tant.

Voilà le vote. En un mot, 2 953 ouvriers imprimeurs ont voté, 90 en ont été empêché, ce qui fait un total de 3 000 et tant, qui ont nommé des délégués spéciaux pour faire partie de la commission mixte dont les premiers éléments étaient déjà constitués par les imprimeurs annonçant qu'ils avaient fait choix de neuf délégués.

Les conférences se sont ouvertes. Les procès- verbaux , nous

(1) Voir cette réponse, page 54.

n'avons pas pu les avoir. En première instance, on a dit qu'ils étaient au greffe de la Cour, qu'on ne pouvait pas les produire. Je ne sais pas s'ils étaient au greffe de la Cour, jel'ignorey le ministère public aussi ; mais enfin voici le fait.

Les délégués des ouvriers imprimeurs se sont contentés de dire aux délégués des patrons : « Vous connaissez la position de la typographie, ne pensez-vous pas qu'il y ait une augmentation à accorder sur tel et tel point 7« Les délégués des imprimeurs et ceux des ouvriers sont entrés en pourparlers. La commission mixte a eu deux, trois, quatre réunions, et puis, c'est fâcheux, mais enfin voici ce qui est résulté des déclarations faites à l'audience. Un jour vient, où l'on s'explique sur le projet de lettre de M. Gauthier, qu'on croyait entre' les mains du ministre comme un avertissement donné au gouvernement. Dans l'explication M. Gauthier dit : « Jtfais non, je n'ai pas envoyé ma lettre su ministre ; M. Pion m'a dit que c'était la remise de cette lettre dans les mains du ministre ^ui avait déterminé la chambre des imprimeurs à accorder la commission mixte; il n'en est rien. » M. Gauthier fait donc connaître que le ministre n'est pas saisi de la réclamation, et il en donne une bonne raison : • Je n'ai pas pu envoyer ma lettre au ministre, car elle aurait dû être signée tout à la fois par les patrons, les protes et les ouvriers ; or, je ne pouvais pas la signer seul et l'envoyer seul (1). »

C'est à ce moment que les conférences sont rompues, cela est vrai, je l'ai dit en première instance; j'ai interpellé les témoins sur ces points, aucune dénégation n'est venue infirmer la résolution des imprimeurs de tout rompre quand ils ont su que le ministre n'était pas saisi delà lettre de M. Gauthier du mois de mars i86i. Voilà, en effet, ce qui se passe le 20 mars dans la réunion des maîtres imprimeurs ; mais, indépendamment des considérations que ie présentais tout à l'heure, nous verrons par l'appréciation saine de la Toi qui nous régit aujourd'hui et du véritable esprit de cette loi, nous verrons si ces faits ne doivent pas faire prononcer par vous l'annulation du jugement dont nous sommes appelants.

Je dois ajouter a ce que je viens de dire que la nécessité où étaient les ouvriers de réclamer contre l'insuffisance du salaire en 4843 était bien plus grande en 1861 et en 1862; je dois dire, de plus, aue c'était un fait reconnu par l'administration elle-même. Cest alors, en effet, qu'à l'Imprimerie impériale des changements ont été apportés dans la situation des ouvriers. L'Opinion nationale^ que vous connaissez, qui peut avoir dans le monae politique unt certaine autorité; je ne cherche pas i l'audience à la définir, mais enfin, l'Opinion nationale, qui a quelquefois un caractère quasi-officiel, a publié le discours prononcé par M. Anselme Pétetin, directeur de l'Imprimerie impériale. Dans ce discours, que j'ai lu en première instance, il est constaté, par le directeur de l'Imprimerie impériale, que les salaires actuels sont insuffisants et qu'il y a urgence de les augmenter :

« Dès qu'il est reconnu, dit-il, que les denrées coûtent plus cher, que le prix des loyers est excessif et que le salaire des ouvriers n'est plus en rapport convenable avec tout ce qui constitue les exigences

(1) Voir les lignes 24, 25 et 26 de la note placée à la page 52.

— Si —

impérieuses de la vie, il esl juste, il est humain, il est poiftique surtout d'y apporter quelque remède; il y a véritablement force majeure. Et si, par impossible, la dotation de certains services ministériels était insuffisante, la voie des crédits supplémentaires n'est pas fermée absolument, et nul doute qu'en présence de motifs si légitimes, de faits si évidents, le Conseil d'Etat et le Ck>rps législatif ne s'empressent de la votur

« L'Imprimerie impériale est l'ouvrière des administrations publiquesy c'est donc à elles qu'elle doit réclamer le prix de son tra- Tall en le leur faisant payer ce qu'il vaut, c'est-a-dire ce qu'il coûte. » ,

C'est le directeur de l'Imprimerie impériale qui parle ainsi, suivant VOpvnion nationale. Il ajoute :

« Ce qui est juste et légitime au jugement et dans la conscience du comité paraîtrait-il le contraire aux pouvoirs publics? 11 serait irrespectueux de le supposer... Quant à un ajournement, il n'est point admissible, il n'est point discutable. La faim ne s*aj<mmepas,»

Voilà, messieurs, comment un accroissement de salaires fu donné aux ouvriers de l'Imprimerie impériale. M. Anselme Petetin m'a fait l'honneur de m'écrire et m'a dit que je m'étais trompé en donnant connaissance de ce document. Il a été publié le 27 décembre i86i dans le journal VOpinion nationale et n'a été l'objet d'aucune réclamation alors de la part du directeur de l'Imprimerie impériale. J'ai dit que c'était dans un banquet qu'avait été prononcé ce discours; M. Anselme Petetin me dit qu'il n'y a pas eu de banquet, qu'il y a eu seulement un dîner (on rit) dans lequel il a reçu les ouvriers, les chefs et les sous-chefs, les protes, en un mot son personnel entier d'administration et d'ateliers, autant que le permettait rcspoce. ,

C'est là le diner dont j'ai parlé que j'ai improprement appelé wmquet; qu on me pardonne mon erreur et le mauvais choix de 1 expression. (Nouveaux rires.) Quoi qu'il en soit, M. Anselme Petetin dit que les paroles que je lui ai prêtées ne sont pas celles qu'il a îait entendre, et qu'il n'aurait pas tenu ce langage dans un diner. teia peut être, mais le document (1) ne constate pas moins que les réclamations ont été reconnues légitimes de tous côtés, aussi bien

yropnïnene impériale que dans les imprimeries particulières.

Nous sommes au mois de mars i862 et dans les circonstances que je viens d'indiquer à la Cour; eh bien ! voici la lettre que les maures imprimeurs adressent aux ouvriers typographes: elle porte la date de ce jour, 20 mars 1862 : -r o r » r

« Messieurs,

nJînn^iîfn^J^^' examiné, individuellement et en conférence, les propositions nouvelles que vous nous avez remises.

« i» Augmentation du prix de la composition courante;

tîtM Ji?i!ur*t T "*• E"/ .P''"' ^'«'"P'*^^ ^e l'italique, des peii^nniîL f ''''..''*"*^''*!' abréviations, lettres ou mota grecs, parangoQoages, iracUons, etc., etcj ' ^

(1) Il existe page 54, en note.

« 3* Augmentation du prix de mise en pag^;

« 4* Augmentation du prix de la journée de conscience;

« 5* Augmentation du nrix payé pour les journaux ;

« 6** Divers articles tendant a nous ôter toute liberté d'action dans nos ateliers.

« Nous devons vous prévenir d'abord qu'à l'unanimité nous avons reconnu que vos propositions ne pouvaient être admises.

« Il ne nous reste qu à vous exposer les principales raisons de notre refus.

« Vous connaissez déjà les motifs qui nous ont fait accorder cinq centimes sur tous les caractères| sauf pour le latin manuscrit, et refuser une somme plus forte.

« Depuis que nous nous sommes séparés, rien n'est Tenu modifier une décision prise après mûr examen et dans un esprit de justice et de conciliation.

u C'e»t assez vous dire que nous ne pouvons admettre davantage toutes ces surcharges nouvelles pour l'italique, les chiffres, etc., etc., que vous nous proposez aujourd'hui.

« Cette manière de comoter, outre qu'elle rendrait toute vérification et tout devis impossioles, nous condamnerait forcément, par l'augmentation exagérée des prix, à refuser l'impression des ouvrages classiques ou scientifiques, et même des catalogues ordinaires*

« Pour la plupart de ces ouvrages comme pour tons ceux qui touchent à une spécialité quelconque, nous croyons que l'on doit laisser beaucoup au gré à gré. En effet, il est bien évident que, selon qu'une maison est bien ou mal outillée pour tel ou tel genre d'ouvrages, la somme du travail exécuté par un compositeur dans un même espace de temps est tout à fait différente. 11 y aurait injustice complète, tant pour le patron que pour l'ouvrier, à vouloir que la rémunération fût égale quand les facilités de travail ne seraient pas les mêmes.

« Nous ajouterons enfin que, dans les conditions actuelles, les ouvriers employés sur les travaux spéciaux, étant certainement ceux qui gagnent les journées les plus fortes, il n'y a pas lieu à augmentation de prix.

« Passons maintenant aux mises en pages.

« Lorsque la révision du tarif a été demandée, ceux d'entre les

{patrons qui l'ont appuyée ont fait valoir la nécessité d'augmenter es salaires des simples paquetiers. Quant aux metteurs en pages, dont le gain annuel, généralement convenable, se trouvera encore . augmenté par la plus-value de la composition, nous croyons que leur position dans nos ateliers est bonne et heureuse et que la plus grande partie d'entre eux n'élève aucune réclamation.

« Vous nous proposez encore de fixer et d'élever le prix de la conscience : nous nous y refusons.

« Dans une profession où presque tous les travaux se font aux pièces, nous ne trouvons pas juste de fixer le prix de la journée, t'est une affaire de gré à gré entre le patron et l'ouvrier. Comme celui-ci est absolument maître de travailler aux pièces, s'il le préfère, il faut laisser à chacun son entière liberté. D'un côté il serait injuste de ne donner qu'un prix fixé d'arance à un homme ^ui

5 eut gagner plus à sa casse, et de l'autre ce peut être, dans bien es cas, un grand service rendu à un ouvrier âgé ou peu vif, que de l'employer pour un prix moindre que celui accordé à l'ouvrier habile.

« Quaot ftux journaux^ pourquoi payer comme manuscrit de la réimpression 7 Pourcjuoi ce privilège accordé à ceux qui ont déjà un travail assuré? Ainsi, dans une même maison, ceux qui composeront une réimpression de journal seront payés plus cher que ceux qui composeront une réimpression de volume. Où est la jus» tice de ces différences?

« Il en est de même delà composition des vers. Pourquoi payeraiton une justification autre que celle sur laquelle Ja composition est faite, et de quel droit vient on demander le salaire d'un travail que Ton n'a pas fait? 11 nous a été impossible de le comprendre.

<r II en est de même de l'article que vous proposez et en vertu duquel, pour embaucher un apprenti, nous serions obligés de demander votre permission.

« Cette substitution de votre autorité à la nôtre dans nos propres ateliers ne peut se discuter^ pas plus que la suite du même article qui nous demande de sanctionner une coalition. Aussi n'en parlonsnous que pour mémoire.

« En présence du changement radical que vous nous proposez, changement qui nous semble partir d'un principe subversif de toute industrie et qui tend à bouleverser toutes les bases et tous les usages actuels du travail typographique, il ne nous reste donc, messieurs, qu'à vous déclarer que nous sommes trop éloignés de vos idées pour qu'il nous soit possible de recommencer la dis» cussion.

« En conséquence, nous maintenons pour les ouvrages nouveaux l'augmentation à laquelle nous avons consenti, nous déclarons nos conférences terminées, et nous remettons nos pouvoirs entre les mains des imprimeurs de Paris qui nous ont nommés*

« Le Président, Henri Plon.

» Les CommissaireS'PatronSf

» BOUBDIER, Ed. BlOT, DlVRT, Ch. LaHDRE, SeRBIÈRE, WlTTERSHBIM ;

» Laine, Le Glerb, Suppléants. »

Le résultat de cette lettre est donc d'écarter certaines prétentions des ouvriers typographes, telles que le prix de la composition avec l'emploi de certains caractères, le prix de la mise en pages, le prix de la journée de l'ouvrier chargé du travail qu'on appelle la conscience. Enfin on accepte définitivement l'augmentation de 5 cent, par mille de lettres.

Qu'est-ce que c'était que cela, messieurs ? 11 faut nous entendre sur les 5 cent. Un accroissement de 5 cent, est un accroissement de iO p. 100, dit-on ? Il n'en est rien. On accorde un accroissement de 5 cent, pour tous les caractères d'impression. Le caractère cicéro, par exemple, n'est payé que 5 cent, en plus le mille; vous savez que les caractères les plus difficiles à manier sont, pour cette raison, payés plus cher, de mêmeaue la composition en langues étrangères. Or, si vous voulez consulter le tarif, vous verrez ce que c'est que cette augmentation de 5 cent, sans distinction des classes auxquelles les caractères d'imprimerie appartiennent. Voici en abrégé ce que porte le tarif :

La composition est divisée en huit catégories comprenant toutes les séries de caractères susceptibles d'être payés au mille, c'est* àrdire depuis le corps 16 jusqu'au corps 4.

Les prix des caractères plus forts ou plus faibles sont réglés de gré à gré.

La 1'* catégorie comprend les caractères contenus entre le 12

exclusivement et le 8 inclusivement.

Le prix du mille de cette catégorie, pour la composition sur ma-

nuscrit, est flxé à (le mille d*nn) » f. 55c.

2« catégorie : 42, 13, 7 1/2, 7 » 60

3« catégorie : 14, 6 1/2 » 65

4« catégorie : 16, 6 » 70

5« catégorie : 5 1/2 » 75

6« catégorie : 5 » 80

?• catégorie : 4 i/2 1 »

8« catégorie : 4 1 25

Tous les prix baissent de 5 cent, par mille d'nn pour la composition sur copies imprimées.

Vous voyez, messieurs, que cette augmentation de 5 cent., appliquée à tous les caractères indistinctement, ne fait assurément pas une augmentation de 10 p. 100. En admettant qu'elle le soit pour la composition dont le prix est de 50 c, elle ne l'est pas pour les compositions des prix de 60, 80, 90, 1 fr. et i fr. 25. Et puis il faut bien comprendre encore que Taugmentatlun ne porte que sur les ouvrages nouveaux, et non sur les anciens, pour lesquels il y a des traités faits; en sorte que cette augmentation de 5 cent. sur tous les caractères donnent à peine un accroissement moyen de salaire de

2 1/2 à 3 p. 100. Placez cet accroissement de salaire de 2 i/2 à

3 p. 100 en face de Taccroissement des loyers, des substances alî mentaires, en un mot, de toutes les nécessités de la vie, depuii843 jusqu'à ce jour, et vous reconnaîtrez que la demande des ous vriers imprimeurs de 5 cent, sur le mille de lettres et de 5 cent, sula consdencCy était évidemment la plus modeste^ la plus maigre qur pût être faite. Eh bien I vous allez voir que si elle a été acceptée! elle ne l'a été que sur un seul point : les 5 Qent. d'augmentation^ sur le mille de lettres, sans distinction de caractères.

Mais si elle a été acceptée, elle va bientôt être retirée. Voici les faits tels qu'ils se sont passés :

Après cette lettre du 20 mars 1862, vous comprenez que les délégués des ouvriers avaient un devoir à remplir, ils font connaître à leurs commettants que de toutes les demandes qu'ils avaient for* mulées, il n'en est qu'une qui a été acceptée : 1 augmenlation de 5 centimes sur le mille de lettres, quelle que soit la dimension des caractères, quelle que soit la classe des caractères typographiques àlaquelle l'augmentation de 5 centimes s'appliquera, ils font connaître, en même temps, tout ce qu'ils avaient demaiidé.Tout cela est écrit nans une longue lettre du 25 mars 1862, lettre qui est signée par M. Gauthier et les autres délégués de la section ouvrière des typo^aphes de Paris, et adressée à leurs confrères. C'est ce qu'ils devaient faire. Ils avaient reçu un mandat, ce mandat avait amené des conférences, ils en rendent compte, ils le devaient, surtout

3uand ils avaient reçu leur délégation de 3000 de leurs camarades e Paris. La lettre du 20 mars qu'ils avaient reçue, il fallait bien qu'ils la fissent connaître à leurs mandants. En conséquence, une première circulaire est envoyée le 25 mars aux ouvriers typogra-

phes de Ptris. Là on leur rend compte de toutes ]es diseuei^ions qui ont eu lieu, dans la conférence du 20 mars, entre les déliés des patrons et ceux des ouTriers. Cette lettre se termine ainsi :

« Le 20 mars, les patrons nons convoquèrent pour entendre la lecture d'un rapport par lequel ils déclaraient qu'ils repoussaient DM conclusions et nous signifiaient la rupture de la c<inférence. Il nous a été impossible d'obtenir la parole sur les conclusions de ce rapport, que la section des patrons a déclaré Touloir publier. NéanmoioSy MM. les patrons noos ont dit que leur proposition tenait toujours, et que, si la typograpbie roulait l'accepter, ils accorderaient 5 centimes d'augmentation pour les ouvrages nouveaux, ainsi que iO centimes pour les ouvrages au-dessous de 50 fr., sans autre changement au tarif de 1850.

« C'est à vous, confrères, qu'il convient de décider à ce sujet; nous vous invitons à nous faire connattre votre volonté de la façon suivante :

« Aussitôt après la réception du présent, vous voudrez bien écrire sur le bulletin ci-joint le mot otit, si vous acceptez la proposition des patroos, et le mot non, si vous la repoussez. »

Ce n'était pas là recourir à la coalition, à l'émeute, à un moyen de pression, de violence quelconque. Cette lettre est du 25 mars.

Le 27 mars» on se réunit, et dans chaque imprimerie séparément, distinctement, les ouvriers viennent émettre leurs votes pour accepter ou pour repousser la proposition d'an accroissement de 5 centimes sur le mille de caractères, quelle que soit la classe à laquelle ces caractères appartiennent. Dans toutes les imprimeries on a voté à bulletin ouvert, si je ne me trompe. ..

Les prévenus GcaUkier et Parmentier, — Non, on a voté à bulletin fermé.

Jf* Bitryer. — On a voté à bulletin fermé dans toutes les imprimeries de ^ris ; on a voté aussi à l'Imprimerie impériale. Je vois dans les pièces qu'à Timprimerie impériale il y a eu 5 ouvriers qui ont voté pour la proposition des patrons et 152 contre. En résumé. 2250 ouvriers de Paris ont déclaré ne pouvoir se contenter de l'augmentation offerte : 480 seulement ont voté qu'il acceptaient cette proposition. Voila ce qui s'est passé (n'oubliez pas la date) le 27 mars 1862.

Les ouvriers, 70us le comprenez, sont dans une très-grande agitation; leurs besoins se font sentir plus impérieusement tous les jours; leur salaire ne solde pas l'accroissement de leurs dépenses; bien au contraire, le déficit augmente de ^our en jour ; il y a ui|;ence d'arriver à une solution de la question pendante, une certaine agitation règne parmi les ouvriers.

Nous voilà au moins d'avril 4862, et c'est au mois de mai 1861 que les ouvriers ont adressé leur supplique aux maîtres imprimeurs. Us attendaient, ils espéraient. Dans cette situation, au milieu dH la fermentation, au milieu d'un mécontentement que vous devez comprendre, arrive cette rupture des conférences et ce refus formel de l'accroissement de salaire qu'ils réclament, car il faut laisser de côté les prétendus iO p. 100 résultant de l'augmentation de 5 centimes sur le mille de lettres, par la raison que ces 10 p. 100, iosignifiants pour les ouvriers, sont très-favorables aux imprimeurs. En effet, ils diront aux auteurs : a Je suis obligé d'aug-

menter de 10 p. 100 le salaire de mes oayriert, je vous demande ces 10 p. 100 en plus. » Et comme ils font payer leurs étoffés, c'està-dire leur rétribution personnelle, dans la proportion des frairi matériels, vous voyez que les 10 p. 100 ne les grèveront guère, car les écrivains, les poètes, les historiens, qui ne savent pas que ces iOp. 100 ne frappent pas qu'une classe de caractères, mais s'appliquent à tous les caractères, payeront une augmentation brute de 10 p. 100, sur une partie de laquelle les ouvriers auront 2 ou 2 1/2 p. iOO. Ils espéraient quelque chose de mieux.

On demanaait tout a Theure si les neuf délégués typographes n'avaient pas continué leurs travaux. Mais certainement, ils ont continué à s'occuper du mandat qui leur avait été confié.

M. Gauthier, toujours infatigable, toujours à la recherche des moyens ^ui peuvent le conduire à la réalisation de sa mission, communique à MM. Lahure, Serrière et Pion le projet d'une nou- Telle démarche. 11 leur dit qu'il travaille à renouer les conférences que les maîtres imprimeurs ont déclaré rompues par leur lettre du 20 mars 1862, qu'il fait des efforts et qu'il cherche par ces efforts à donner des espérances aux ouvriers mécontents. Non-seulement M. Gauthier agissait ainsi avant son incarcération à Mazas, mais ses collègues restés libres, MM. Alfonsi, Baraguet, Contant, Huet, Parmentier et Viguier, n'agissent pas autrement. Voici, en effet, une circulaire que ces délégués de la section ouvrière ont cru né* cossaire, au mois d'avril, d'adresser à leurs camarades les ouvriers typographes :

« Confrères, beaucoup d'entre vous ont paru croire que la proposition de vos commissaires devait être mise en vigueur le 5 mai.

« Il n'en est rien. Nos travaux ne sont pas terminés, et quoique la conférence ait été rompue par les commissaires patrons, nous avons en main plusieurs moyens légaux qui nous permettront d'arriver à une solution satisfaisante. »

Ainsi, messieurs, voilà les délégués que l'on accuse d'avoir été cause d'une coalition violente ou coupanle, les voilà qui pressentent la situation d'esprit des ouvriers au moment où ceux-ci éprouvent un vif mécontement de la conduite des patrons à leur égard, les voilà qui, craignant qu'il n'y ait de l'agitation, de la perturbation contre la paix publique, écrivent cette circulaire : « Les conférences sont rompues, mais il y a encore des moyens légaux pour arriver à une solution satisfaisante. »

Ces moyens légaux, quels peuvent-ils être? M. Gauthier, dont le mandat de membre de la commission mixte était pour ainsi dire brisé, mais qui était resté le président de la Société typographique, imagine un moyen pacifique, car c'est cela qu'il a constammerit cherché. Préoccupé d'une seule chose, de la crainte de troubles, de perturbations, d'excitatio is à la sédition, son travail incessant est de trouver des moyens pacifiques. Il se dit : «Si je m'adressais à l'autorité? Quand il y a des cimflits de ce genre entre toute une classe d'ouvriers et toute une classe d'industriels, l'administration peut très-bien mettre la main sur la balance et déterminer une solution amiable. » Il imagine donc d'adresser à la préfecture de police une lettre dans laquelle il demande s'il ne serait pas possible que le gouvernement intervint, puisque les conférences mutes sont rompues: s'il ne lui serait pas possible de nommer une commission

arbitrale qui réglerait ce qui est légitimement nécessaire au bénéfice des imprimeurs et à la rémunération indispensable des ouvriers. Plus tard, ses collègues reprennent le projet et s'adressent à nouveau au ministre de l'intérieur ; ils s'adressent également au préfet de police.

Voici ce que je lis dans la lettre de Gauthier au préfet de police, lettre qui est du 24 mars; veuillez^ je vous en conjure, retenir cette date pour juger l'homme et pour le juger comme il mérite de rôtre.

Le 27 mars, après avoir reçu la lettre des maîtres imprimeurs (i), les ouvriers votent au nombre de 2 750 et déclarent qu'ils ne peuvent pas accepter la situation qui leur est faite par les patrons. A ce moment, il n'y avait plus moyen d'arriver à la solution d'une question sacrée, d'une question d'humanité. Comment faire? Il s'adresse au préfet de police, et voici qu'il lui dit (2)

Voilà un dernier moyen imaginé à la fin de m^rs 1862. Si le gouvernement autorisait ou constituait un arbitrage dans des formes quelconques!

Que fait encore M. Gauthier? Il va consulter de nouveau, sur cette idée d'arbitrage, M. Pion; et M. Pion dit qu'il ne se rappelle ;)as que cette proposition d'arbitrage lui ait été faite, mais qu'il ne l'aurait pas acceptée : a Nous devons faire nos affaires nousmème. » M. Lahure, consulté, dit : «On m'a bien parlé d'un projet d'arbitrage,mais je n'aurais pas été de cet avis. »

Repoussés dans leurs projets, mais inébranlables dans leurs idées de pacification, les membres de la section ouvrière, persévérants comme M. Gauthier, s'adressent à qui encore? Au chef de l'Etat. A la date du 45 avrils ils écrivent à l'Empereur une lettre qui devrait être au dossier, parce qu'elle a été renvoyée au ministre du commerce, qui m'a dit qu'il la transmettrait au parquet; mais peu importe, j'en ai ici une copie exacte. Je le répète, les membres ouvriers de la conférence adressent à l'Empereur une supplique très-humble, à la date du i5 avril 1862, et dans cette supplique je lis :

« Malheureusement les patrons n'ont pas tenu compte de cette modération, et ils nous ont offert une augmentation inacceptable, tant elle est minime. Les choses en sont venues à ce point qu'ils ont refusé de continuer à discuter, et ont déclaré la conférence rompue.

« Comme il nous semblait impossible de subir une pareille situation; que, d'ailleurs, nos commettants souffrent toujours de la disproportion entre leurs salaires et le prix de tous les objets de consommation, nous nous sommes adressés à Son Excellence le mi> nistre du commerce, le priant d'intervenir, etrums lui avons soumis un projet d arbitrage , qui, nous l'espérons, obtiendra Vapprobation de Votre Majesté.,. »

La supplique à l'Empereur se termine par ces mots :

« Ils espèrent que Votre Majesté daignera prendre sous sa protection la demande d'arbitrage adressée par eux à Son Excellence le ministre du commerce, afin de résoudre la question si importante du salaire des ouvriers typographes. »

(1) Voir ce docameot page 84. (2) Voir page 58.

Cette pétition, humblemeDt adressée à l'Empereur, a été transmise par lui au ministre du commerce. Le ministre du commerce a répondu le 2 mai. Il faut, messieurs, que tous ces faits soient précisés pour apprécier la conduite entière, non pas seulement de tous les cuviiers typographes de Paris attendant avec impatience une solution si légitime, si désirée et promise dès les premiers jours; mais pour apprécier aussi celle aes patrons. Il faut bien connaître les faits tels qu'ils se sont accomplis. Le ministre du commerce répond, à la date du 2 mai :

« Monsieur,

« Il m'a été envové du cabinet de l'Empereur une pétition çue vous avez adressée a Sa Majesté, de concert avec d'autres ouvriers typographes, concernant la fixation du taux des prix de maind'œuvre, et j'ai reçu également la lettre que vous m'avez écrite pour le même objet.

« Le gouvernement n'épargne aucun soin pour accorder à la condition des travailleurs les améliorations dont elle est susceptible. Il s'efforce, par tous les moyens praticables, de les faire participer largement au progrès du bien-être général. Mais il ne peut intervenir dans le règlement des conditions du travail. C'est aux parties intéressées qu'il appartient exclusivement de débattre et de fixer de gré à gré les clauses de leur accord. Il est impossible, dans quel-

3ue circonstance que ce soit, de s'écarter de cette règle qui dérive e la nature des choses, et, par conséquent, de satisfaire au vœu que vous avez exprimé.

« Recevez, etc. »

Voilà la sollicitation de l'intervention du gouvernement pour favoriser l'établissement d'un arbitrage, et cette sollicitation est écartée, repoussée.

Je ne veux pas, messieurs, ma conscience d'homme et mon intelligence ne me le permettent p9s, je ne veux pas garder le silence sur les sentiments que cette lettre m'a inspirés. Je trouve, en effet, que, de la part de l'administration, c'est un acte extrêmement prudent de ne pas intervenir dans des questions de salaire, de ne pas faire la part de l'industrie, qui veut réaliser des bénéfices, et du travail, qui veut avoir sa rémunération; on est exposé à exciter le mécontentement des uns et des autres par un acte prudent et sage, quoique encore bien je sois disposé à penser que, dans l'administration publique d'un grand pays^ il y a des responsabilités qu'il faut savoir accepter. Mais il ne s'agissait pas du tout pour le ministre de déterminer un tarif, il s'agissait seulement de solliciter de l'administration une intervention, pour prévenir un différend, pour empêcher des mécontentements; il s'agissait de constituer un arbitrage. Voilà ce qu'on demandait au ministre, et j'avoue que je ne comprends pas que le ministre n'ait pas répondu : « Nous verrons la chambre des maîtres imprimeurs, nous lui dirons que nous désirons la constitutiou d'un arbitrage pour examiner les propositions des patrons et les doléances des ouvriers. •

Aussitôt après avoir reçu la lettre du ministre du commerce, les délégués s'adressent encore à l'Empereur, et voici ce qu'ib lui disent (i)

(i) Voir cette pièee page 60 do Mêmoêr$pimr Us imcrUrs typographes, publié lors du premier procès.

Voilà U iMtre signée parles déléira es onyriers, la dernière pétition adrt-Fsi'e à TKmpereur, leur dernier recours, en suppliant qu'une intervention quelconque amène une solution déÛnitive et détermine ia constitution d'un arbitrage.

Qu'arrive-t il? Cette idée d'arbitrage a-t-elle été l'objet de quelques conférences entre les imprimeurs et le préfet de police? Ce qui est constaté par les pièces, c'est que la chambre aes imprimeurs de Paris a été autorisée à s'assembler pour délibérer, et, en conséquence, voici le proeè»-Terbal de sa délibération :

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