‹ Mémoire pour servir à l'histoire ... des corps étrangers introduits par les voies naturelles et sortis à la périphérie du tronc et des membresChapitre 3 sur 3 · S- III · texte numérisé non relu

S- III

Ces considérations que j’ai classées méthodiquement pour éclairer le diagnostic, nous conduisent naturellement à 1’ histoire du traitement ; celui qui regarde l’extraction de ces corps ayant trait plus directement à l’ésprit de mon mémoire, je m’en occuperai d’abord.

1. Les auteurs varient sur les indications à remplir dans ce cas. «Autant il est utile, dit Bégin, (Dict. en xv vol., torn. 5.) d’éxtraire sans retard les corps étrangers qui compliquent les plaies recentes, autant ou doit être réservé pour l’exécution des opérations que nécessitent la découverte et la sortie de ces corps, lorsqu’ils séjournent depuis longtemps dans les tissus: on doit les abandonner toutes les fois qu’ils n’occasionnent ni douleur forte, ni gène considérable dans les fonctions, ni difformité évidente dans l’aspect des organes ». Il me semble que c’est être trop temporiseur, surtout si l’on songe aux accidents que j’ai signales, et je crois que Hévin donne un précepte plus sage: « il convient, dit-il, (4.' art. p. 551), de leur ouvrir un passage aussitôt qu’on peut les sentir vers la peau, de crainte qu’ils ne se portent vers quelques viscères et n’y causent de graves désordres ». L’extraction est donc alors l’indication la plus préssante, et la conduite la plus sage. Les considérations que j’ai émises (chap. §. Il ) appliquées à l’étude de la direction des muscles et de leur physiologie, pourront utilement servir de guides .

2.° Mais pour éviter tous ces accidents ultérieurs, il sera urgent de tâcher par tous les secours de l’art de les prévenir aussitôt que ces corps

viendront à être avalés. Je vais indiquer les principaux moyens que je ne ferai qu’esquisser.

I. Les doigts suffisent quelquefois. De la Motte à réussi à extraire plusieurs fois ainsi des fragments d’os. (Chir. compl.)

II. A ut rement il faut avoir recours aux pinces. S. Gooper (art. œsophage) recommande celles de Weiss du Strand dont se sert Astley Gooper : à leur défaut on emploie les pinces à polypes. C’est le moyen le plus usité.

III. Quand les corps ont assez de prise le crochet mousse peut êtrè avantageux. Perratin de la Flèche, Rivière et Petit de Nevers se servaient d’un fil de fer recourbé : plusieurs accidents en ont suivi l’emploi. Etedman de Riuron imagina un crochet boutonné, et Fabrice de Hilden un crochet mousse et plat. C’est, je crois, le seul en usage.

IV. J. L. Petit inventa une tige flexibile terminée par une petite anse, tige à la quelle il ajouta ensuite plusieurs anneaux mobiles en tout sens, ou pussent s’engager les corps étrangers à extraire.

V. De la Haye s’est servi avec succès d’un instrument analogue pour retirer des aiguilles et des os de poisson, c’est d’un stylet flexible dont il garnissait l’œil de plusieurs lacs et anneaux de filasse. Maréchal a réussi une fois avec une simple anse de baleine flèxible.

VI. Ou sent combien ces moyens sont infidèles. S. Gooper recommande la sonde en gomme élastique comme plus facile à introduire et à retirer. (Dict. de chir. prat.).

VII. Un instrument meilleur c’est l’éponge qu’on adapte a une tige flèxible. Hévin donne un moyen qui rend ce procédé plus sur et plus efficace; c’est l’addition d’un petit ètui de soie qui sert d’enveloppe, qu’on retire ensuite avec un fil, et qui laisse alors se déployer l’éponge. « Il peut encore avoir un autre avantage, dit très-bien Hèvin (p. 485), surtout s’ il s’agit de petits corps comme d’épingles ou d’aiguilles qui piquent les parois de l’œsophage: car le mouvement qu’on lui fera faire pour le retirer, peut dégager ou arrocher ces corps et les faire tomber sur l’éponge qui les entraine ensuite en remontant ». Mais, il me semble que l’éponge peut avoir aussi quelquefois l’inconvénient de les enfoncer encore d’avantage et de déchirer les parois œsophagiennes.

VIII Des auteurs ont parlé de succès obtenus d’un coup de poing dans le dos. Le même auteur cite le cas suivant: une jeune fille avale une grosse épingle qui s’arrête au dessous du pharynx; sa mère lui donne un grand coup dans les épaules; la fille tousse et crache l’épingle.

IX. Restent divers moyens accéssoires. Fabrice de Hilden conseille les sternutatoires, d’autres chatouillent la luette pour produire une espèce de vomiturition . On a eu recours aux vomitifs directs quand T œsophage n’est pas trop obstrué, indirects dans le cas contraire. Magniet, et dernièrement M. Blanx ont réussi avec un lavement de tabac qui fit vomir et provoqua le rejet du corps étranger. Sanson rapporte que Kohler et Knoff ont eu recours avec succès à l’injection du tartre stibié dans une veine du bras, pour des cas d’un danger imminent et avec impossibilité de la déglutition. «Ce moyen, ajoute avec raison M. Régin, indiqué par les expériences de Magendie, n’est pas exempt de danger s’il est vrai que des animaux qu’on y soumet y succombent quelquefois (tom. 5.e p. 518): il vaudrait donc mieux l’introduire par le rectum ».

3. Alors qu’on n’a pu extraire le corps étranger dont la présence va devenir funeste, il ne reste plus (mais on ne doit, vu les accidents possibles, recourir à ce moyen qu’à la dernière extrémité) qu’à l’enfoncer soit avec un cathéter, soit avec une haleine garnie d’éponge, soit avec la sonde de l’estomac; on peut faciliter la chute et le passage des corps en donnant des boissons mucilagineuses, des loochs, des potions huileuses etc.

4.° Enfin, quand on n’a pu ni les extraire ni les enfoncer, et que leur présence fait craindre pour la vie, il n’y a plus d’éspoir que dans des opérations qu’il n’est pas de mon sujet de décrire. Je dirai seulement qu’elles ne sont pas toujours aussi dangereuses qu’on le croit; par exemple, l’œsophagotomie a été pratiquée trois fois avec succès et vient d’être beaucoup simplifiée par l’instrument que Vaccè Berlinghieri a imaginé en 1820, et qu’il nomme ectopoesophage. Quant à la gastrotomie, elle a été heureusement faite par M. Bouchet de Lyon, pour extraire de l’estomac une cuiller d’argent. Mais est il besoin d’ajouter qu’on ne saurait être trop circonspect dans l’examen des signes diagnostiques, quand il s’agit de se décider à des manœuvres opératoires d’une telle gravité? Il me suffit d’avoir esquissé les principales indications à remplir.

Je m’estimerai heureux si les considérations que j’ai émises dans ce travail peuvent éclairer ce qui concerne le diagnostic et la thérapeutique des corps étrangers touchant lear mode de progression, leur ligne de direction, leur marche desoenstonnelle, la durée de leur séjour, les signes précurseurs de leur issue; etc., et si mes recherches et mes observations viennent ajouter des documents utiles à l’histoire encore incomplète des corps étrangers introduits par les voies naturelles et sortis à la périphérie da tronc et des membres .

( Estr. dal Giornale Tqscàno di Scienze Mediche, Fisicke , e Naturali

Num. 3, e 4. T. i. Anno 1843 ).

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