Des opérations propres a les extraire, etc
Ce tableau était nécessaire pour donner une idée de l’ensembïe de l’esprit des recherches que j’ai à faire connoître. Ceci posé, il ne qu’à entrer immédiatement en matière.
et
me reste qu
Que des corps étrangers s’introduisent par le pharynx et après un séjour et des accidents variables viennent, en parcourant tout le canal alimentaire, sortir par l’anus avec les selles, c’est chose assez commune et dont les exemples abondent chez les auteurs. La mort est souvent la suite de leur présence; mais d’autres fois, ils ne déterminent aucun désordre durant leur passage. Ainsi:
Obs. I. — Un homme fit le pari d’avaler successivement plusieurs écus de 5 francs. Le premier et le seul avalé s’arrêta en travers à plus d’un pouce au dessus du sternum; et le malade arriva à l’Hotêl-Dieu dans un état de suffocation et d’angoisse effrayant. M. Gensoul , en ayant en vain tenté l’extraction avec des pinces courbés, avec un crochet mousse, le pousse dans l’estomac et au bout de deux mois il fut rendu avec les selles, noir et rugneux. Le malade ne le rapporta pas de peur qu’on ne le gardant.
Obs. II. — Un de mes parents, fait prisonnier en Espagne, fut jeté dans les pontons anglais, ou les Français eurent à souffrir la plus horrible misère, endurant la faim et la soif, et toutes sortes de privations. On les faisait jeûner jusqu’à deux à trois jours, puis on leur donnait du pains frais, si bien que sur 5 ou 600 prisonniers, 80 périrent en un seul jour. Pour conserver 8 à 10 pièces d’or qu’il avait et pouvoir ainsi subvenir an fur et à mésure à ses pluspressant besoins, il les avalait les unes après les autres, et après un temps variable de cinq à dix jours, il les rendait successivement par les selles. Cette opération fut souvent répétée, autant que dura l’or, et toujours sans accident.
Obs. III. — Il est assez ordinaire de voir des paquets de noyaux de cerises, de prunes et d’abricots parcourir impunément le tube intestinal. Ces corps, il est vrai, ne sont pas nuisibles de leur nature; mais il peut en être aussi de même pour ceux qui sont susceptibles de Je devenir. J’ai vu une dame qui avait avalé une grosse boucle en cuivre, qu’elle allait coudre a des rideaux: elle n’en fut point incommodée et finit par la rendre sans douleur avec les selles.
Je ferai remarquer en passant, que tons ces faits contrarient singulièrement i opinion de tous les physiologistes anciens et modernes qui n ont jamais manqué de comparer le pylore à un concierge actif qui ne laisse point forcer le passage dont il est cencé avoir reçu la garde des mains de la nature; circonstance qui lui a même valu son nom d’origine grecque ( nylr, porte, ovpssiv, garder). Je lis encore dans un des plus récents traites de physiologie, le passage suivant: «Tant que l’aliment n’est « pas suffisamment chymisié, il est retenu par le pylore, qui, sentinelle « 'vigilante, se contracte sur lui et ne s’ouvre que pour laisser passer le « chyme le plus parfait; et si, au milieu de ce chyme, il se présenta « une substance non digérée, elle est seule retenue ou repoussée. Pour « exercer cette fonction, cette valvule est douée d’un mode de sensation « spéciale qui l avertit des qualités des aliments, et provoque la contraction « des fibres musculeuses qu’elle contient dans son épaisseur. Cette action « élective ne peut plus laisser de doute, etc.» (Brachet, Physiologie, 1 836; Encyclop. des sc. méd. t. 5. p. 214 ).
11 faudra bien admettre que le pylore ne remplit pas toujours exactement son office de portier; et de cet oubli il résulte parfois des lésions chroniques de 1 appareil intestinal, qui peuvent entraîner la mort.
Jusqu’ici néanmoins nous ne trouvons que des phénomènes explicables par l’ordre naturel des fondions de l’économie; mais que des corps étrangers, introduits par le pharynx, soient sortis par les bras, par le dos, par le thorax et l’abdomen, par l’urethre, par le ph de l’aine, par les membres intérieurs, voila des faits qu’on ne saurait d’abord concevoir ni admettre, et qui cependant sont constatés par tant d’autorités qu’on ne peut plus raisonnablement les révoquer en doute. Je vais citer quelques nouvelles observations.
Obs. IP — Il s’agit d’une dame d’environ 46 ans, que j’ai eu occasion de voir avec M.‘ Duchesne de Givors; vers le mois d’août 1834, elle avale pas mégarde une aiguille fine qu’el le tenait à la bouche. Aucune douleur rien suivit la déglutition, aucun malaise, aucun désordre dans les fonctions ne se développa plus tard, si bien que la malade ne s’en inquiéta point, et qu’elle n’y songeait déjà plus, lorsque, en novembre, trois mois et demi après, elle éprouva tout-à-coup une vive pigùre vers le milieu du bras gauche, au dessous et en dehors de l’attache du deltoïde. La pression augmentait la douleur; on y sentait un corps dur, peu mobile, de la grosseur d’un fil de fer, e faisant l’effet d’un tendon rompu, de sorte que cette dame croyait avoir quelque chose de cassé dans le bras, d’autant même que cela s’accordait, dit elle, avec la nature de ses douleurs. Quatre jours après, la peau commença à y januir dans la largeur d’un écu de 3 livres; le bras y enfla; elle crut qu’il allait s’y former un dépôt, il n’eu fut rien . Les douleurs devinrent assez vives; elles augmentaient par le moindre mouvement, ce qui obligea la malade de tenir le bras en écharpe. Ces symptômes disparurent giâce au repos et à des applications emollientes; et au bout de douze jours quand elle recommençait à agir, elle éprouva tout-à-coup, dans un mouvement étendu du bras, une pigùre aussi vive que la première fois, et apperçut en se déshabillant, une petite pointe effilée qui faisait saillie à travers la peau: l’aiguille était obliquement située, et un peu en travers, et semblait vouloir changer de direction: la pointe était tournée en dehors, et paroissait avoir marché la première. Elle l’arracha elle même et san douleur, elle était brune, semblable à de l’acier brûlé et non courbée; elle n’avait plus de tête, mais on ne pût savoir si elle était déjà cassée auparavant, depuis lors elle n’éprouva plus aucun malaise de ce côté. Mais trois jours après, elle prit la januisse . Il faut dire qu’elle était en proie à divers chagrins domestiques, les quels ont sans-doute seuls eu part à la production de l’ictère.
Obs. P. — Un enfant, en jouant, avale une épingle; durant deux ans aucun phénomène morbide ne se manifeste. A cette époque, des doaleurs aigues surviennent aux lombes; une inflammation s’y développe; le petit malade souffrait cruellement, et son état s’empirait quand on vint à soupçonner la présence du incision, et parvint à extraire un peu encroûtée de verdet.
Obs. PrI. — • A ces deux fait récents, j’ajouterai le suivant, plus ancien de quelques années. Une jeune dame eu brodant, avale par rnégarde son aiguille; après un temps qu’on ne put fixer, de vives douleurs survirent au sein droit; la malade avait complètement oublié 1 accident; on ne savait à quoi les attribuer: aucune cause apparente n en rendait compte. Cependant elle souffrait beaucoup; l’inflammation s’empara de la peau au dessus du sein; on y fit une incision, à travers la quelle on fut fort surpris de voir sortir une aiguille. Dès ce moment la jeuue dame fut soulagée.
11 est digne de remarque ques les feuilles périodiques de la littératüre médicale se taisent en générai sur ce genre de laits; et 1 on peut
corps etranger. M. Uougier y pratiqua une l’epingle, qui avait changé d’ aspect et s était
dire que depuis les travaux de l'ancienne académie de chirurgie aucun travail d'ensemble n’a élé entrepris sur celte matière; ce qui m’a engagé à rappeler l’attention des hommes de l’art sur ce point par l’essai que je présente.
De ces observations qui ne semblent que curieuses au premier abord, il s’agit maintenant, pour Ips rendre utiles, de tirer quelques données pour le diagnostic et le traitement. «Cette matière, dit Bévin dans un volumineux mais intéréssant mémoire inséré au I e vol. de ceux de l’académie de chirurgie, (édit, in 4.°, p. 444, Paris 1761) cette matière n’est pas du genre de celles qui peuvent être réduites à des principes dont le seul développement puisse fournir une théorie capable de nous conduire dans la pratique ».
Les auteurs suivants ne l’ont guère fait que pour le traitement. Je vais essayer d’emettre quelques réflexions à ce sujet.
Et d’abord quant au diagnostic, les détails précédents doivent déjà donner l’éveil. Les considérations suivantes sur le mode de progression de ces petits corps étrangers, sur leur direction, sur les lois qui les entraînent, sur la durée de leur séjour, et sur les phénomènes morbides qui se développent à leur apparition, pourront éclairer leur histoire.
1. ° Rélativement 5 leur mode de progression, voici ce qui m’en semble: ils s’engagent obliquement dans le canal alimentaire, y restent fixés, et y déterminent une ulcération circulaire qui les rend libres; alors quelquefois ils retombent et suivent les parois du tube digestif; mais s’ils sont plus avant engagés, ils les percent et s’avancent plus profondément. Une fois dans les muscles les contractions des fibres les poussent, et précédés de l’usure et du décollement des parties placées au devant d’eux, ils prennent une voie a travers nos tissus, et cheminent au sein des faisceaux musculaires, en suivant leur direction, jusqu’à ce que trouvant un point d’appui pour une de leurs extrémités, ils piquent alors obliquement et tendent à s’éloigner de l’axe du muscle ou du membre, ou jusqu’à ce que dans un mouvement brusque, ils se trouvent engagés dans une autre route et forcés de changer de direction. On peut se faire une idée approximative de cette manière de progresser, par celle d’un épi qu’on introduit dans sa manche, et qui par les mouvements du bras, monte ou descend selon la direction de ses arêtes.
2. ° La ligne qu’ils suivent dans leur marche, vient encore confirmer mon opinion: je veux dire qu’ils cheminent selon l’axe et par les contractions des muscles. Le fait suivant analogue à ma vf.e observation, en est une preuve évidente: « Une demoiselle avale un épingle; le lendemain petit la sentit, sans pouvoir l’extraire, au dessous du cartilage thyroïde. Un an après il la trouva vers l’articulation sterno-claviculaire; puis elle se dévia, se plaça en travers, et trois mois plus tard elle était en devant du moignon de l’épaule d’où il la retira par une incision ». Il est clair qu’elle suivit (1) les fibres musculaires du cou puis du pectoral .
Tous les auteurs ont remarqué que ces corps respectent d’ordinaire les nerfs, les veines et les artères: je crois que cela arrive, tant que leurs extrémités sont mobiles et sans appui qui les fixe. Ledran fils, en faisant une saignée du bras, trouva une épingle qu'on n’avait pas soupçonnée,
(î) Du même genre est l’observation recueillie en 1839, par M. Miquel sur un employé supériein du m nistère des finances, relative à une aiguille qui cheminait du haut eu bas dans la < u ssr droite, et qui ne s’était certainement pas introduite par la peau, mais av*it dù être avalée. ( Bulletin de thérapeutique, t. 8, p. 38 1 ).
accolée, à la veine qui n’en était pas lésée. (Hévin, Acad. chir. p. 551 \ Mais quand’ils deviennent immobiles, il s’en faut qu’il en soit toujours ainsi. Par exemple, pour les artères M. Dumoustier a vu un fragment d’os détérminer l’erosion de la carotide,* MM. Laurenais et Dubrenil, de petits os, celle de l’aorte; M. Bernast, celle de l’artère pulmonaire etc., et tous ces accidents ont été mortels. (Bégin, dict. en xv vol. t. 5, corps étrangers).
3. ° Ces corps dans leur progression obéissent aux lois de la pésanteur, c’est-à-dire, qu’ils descendent au dessous du point ou ils s’engagent. A cette catégorie appartient le fait confirmatif recueilli par M. Piazza en 1834, et où l’on voit une aiguille descendre manifestement le long de la cuisse. (Bulletin thérapeut. t. x, p. 385 ).
Les seules observations à ma connoissance sur plus de cent qui sembleraient contredire d’abord cette régie sont celles de Regels qui retira une aiguille derrière le lobule de l’oreille, et de Verduc qui en arracha une un peu au dessous; mais ces deux points ne sont qu’au niveau des amygdales. Je ne tairai point qu’un journal étranger (Bervick Warder) a publie un cas en apparence réfractaire à la loi que je pose; mais les circonstances trop vagues, manquent de cette authenticité que demande la démonstration scientifique. (Gaz. méd. 20 août, 1836).
J’ajoute que ces corps marchent également par la tête et par la pointe, quoique Hcvin ait dit que leur extrémité la plus chargée de matière est ordinairement entraînée la première. S’il n’en était pas ainsi et qu’elles n’eussent qu’un mode uniforme pour cheminer, elles devraient parfois sortir par la tête, quand elles s’engagent autrement. Car si ces corps sont précédés par l’usure où le décollement ils sont toujours suivis de la cicatrisation des parties, ce qui ne leur permet pas de reculer. Les points par ou ils sortent le plus ordinairement sont le cou, les parois abdominales et le pli de l’aine ; je rappelerai à ce sujet l’observation curieuse recueillie en 1834 par M. Acassat, relative à un épi de seigle qui se fit jour de l’estomac vers la peau de l’épigastre chez un enfant de trois mois (Bullet. thérap. torn. vii, p. 306). Arnaud et Saviard ont trouvé des corps étrangers dans les testicules qui en étaient devenus cancéreux; Moeinichen et Roderîcus à Castro en ont vu descendre jusqu’à la jambe. I. L. Petit en a. rencontré un à l’orteil médian du pied droit; je crois qu’il a tort de penser qu’il serait remonté s’il ne l’eut extrait. M. Arnaud a rapporté plusieurs cas de corps étrangers qui après avoir été avalés se sont fait jour à travers la peau, éntr’autres celui d’une aiguille qui s’étant engagée dans le pharynx, occasionna les symptômes les plus singuliers et sortit long-temps après par nn abcès a 1 ombilic. Une observation non moins remarquable a été recueillie par M. Desgrange de Lyon sur un vieillard qui ayant avalé une arrête de brochet longue de 18 lignes, vit bientôt paraître à l’ombilic une tumeur dont on fut loin de soupçonner la nature. Elle s’abceda après plusieurs années, et l arrête sortit avec le pus qui s’était formé. (Richard de la Prade, compt. rend, des trav. de la Soc. de méd. de Lyon, 1821, p. 62).
4. ° La durée de leur séjour est très-variable. Boyle (Rép. des lett,, oct. 1 685 ) rapporte l’histoire d’une demoiselle de 18 ans, qui avala plusieurs épingles: en moins d’un mois les unes sortirent par 1 anus, et les autres par les parois abdominales; elle tomba dans le marasme et en mourut. M. Silvy de Grenoble cite (Mém. Soc. méd. ém. I. y) un cas analogue, c est celui d’une fille chlorotique qu’une manie bizarre portait a avaler des aiguilles et des épingles, et qu’il vit mourir, ayant tous les tissus pénétrés et criblés de ces corps . — La durée de ce séjour est de trois mois et demi dans ma ÏV.P observation, et de deux ans dans la V.’ Boirricbius en rappor te une semblable à cette dernière, c’est celle d’un homme chez qui, a diverses reprises? il eut à extraire des os de poisson dans la région tombai îe, mais
il ne note pas après combien de temps. (Hévin, Acad. chir. pag. 566). Cette dnrée peut s’étendre à 4 ou 5 ans et même plus.
Obs. VII. — Un hussard, dans les campagnes d’Italie, reçoit un coup de feu au dessus de la fesse; la balle restée dans les muscles mit 10 ans à descendre jusqu’à la tête du peronée où elle se fixa et d’où elle fut extraite. Elle n’empêcha pas le malade de marcher durant tout ce temps; aujourd’hui l’articulation ne s’en ressent plus, et est parfaitement libre.
Ce cas a une analogie frappante avec le fait remarquable recueilli par M. Galiay en 1808, où un biscayen chemina pendant 11 mois le long du membre abdominal depuis la fesse jusqu’au mollet et sans accident autre qu’un phlegmon au point de la sortie. (Bullet. thérap. tom. xi. p. 229).
MM. R oche et Sanson ont vu un sabot de cochon rendu par les selles 20 ans après avoir été aval . ( Path. méd.-chir. 1.eédit. t. îv , corps ètr., estomac). Nous verrons encore plus loin combien cette durée varie.
5.° Quant aux accidents qui annoncet leur présence, il y a une remarque à faire: c’est que les os de poisson qui sont les corps qu’on est le plus souvent exposé à avaler, sont aussi ceux qui déterminent le plus souvent des abcès; les épingles et les aiguilles, sans doute comme plus tenues et plus acérées, sont moins sujettes à faire abcèder les parties en contact avec elles, ce qui du reste est d’accord avec les observations précitées : « les épingles et les aiguilles, dit Hévin, ( ibid. p. 409) paraissent moins dangereuses que les fragments d’os ».
Leur présence est souvent innocente et je signalerai en passant le parti qu’on peut tirer en thérapeutique de cette remarque pour oblitérer les varices et le sac des hernies par la ponction des épingles à demeure.
Lorsque l’acupuncture était en vogue dans la science, il est plus d’une fois arrivé que des aiguilles se sont perdues pendant les manœuvres dans le tissu de nos organes, sans entrainer d’accidents. Ainsi M. Berlioz cite une fille, attei nte de gastralgie, qui s’introduisit profondément dans l’epigastre une aiguille qui chemina à gauche avec quelque douleur d’abord, et finit par n’avoir d’autre effet que la guérison de la malade. M. le docteur Dantu dit avoir vu trois fois des accidents analogues sans qu’il en soit arrivé rien de fâcheux. (Dict. en xxv vol., 1832, tom. 1 , p. 532).
Lorsque ces corps étrangers arrivent vers la face interne de la peau, une chaleur anormale, une tumeur rouge, circonscrite, douloureuse, à peu près analogue à celle qui forme le furoncle, annoncent ordinairement leur présence sous cette membrane, dont le tissu résistant et sensible ne se laisse pas aussi fecilement traverser. Parfois la tumeur s’abeède et cela d’autant plus promptement qu’elle s’est développée avec plus d’energie, et donne issue, spontanément où avec le secours de l’art, au corps étranger qu’elle recèle. D’autres fois après avoir cheminé sans douleur dans l’intérieur de nos membres, ces corps sortent aussi sans douleur; et alors , dit Bégin (Dict. en xv vol., t. 5,1830), leur extrémité apparaît au dehors sans inflammation préalable, et peut être retirée avec les doigts, ce qui a lieu pour les corps très-rninces et très-acérés.
Ceci nous fera appercevoir comment il se peutfaire que ces corps parcourent impunément les tissus de nos organes. Un fait d’ailleurs capable si non de l’expliquer du moins de le faire comprendre, ce sont les tours des jongleurs qui se traversent les mains et les bras avec des fils métalliques ténus et acérés; et je me rappelle qu’au collège plusieurs de mes camarades se faisaient un jeu de se transpercer avec des aiguilles le nez et l’epaisseur des joues. Les phénomènes de l’acupuncture qu’il a été de mode de pratiquer en médecine pendant quelque temps, viennent éclairer ce point en confirmant l’innocuité de cette manœuvre dans la généralité des cas. (J. Cloquet et Dantu de Vanus 1826, traité de l'acupuncture ).
Un mode d’expulsion fort extraordinaire, et si bizarre, qu’en le rapportant, Hévin craint de paraître trop crédule, c’est leur sortie par l’urèthre. Benedictus dit avoir vu une fille qui rendit ainsi après dix mois et sans accident une épingle de cheveux, et J. C. Glaudinus un enfant de 7 ans qui pissa une aiguille qu’il avait avalée 5 ans auparavant. H y a plus: Diemerbroeck raconte que sa femme ayant avalé une épingle la rendit sans accident trois jours après dans ses urines, et Langius qu’une fille rejeta aussi par l’urètbre cinq aiguilles trois jours après leur entrée. Plus de dix auteurs rapportent des faits semblables. Le docteur Wolff raconte une observation analogue, au moins aussi extraordinaire: en décembre 1833 un individu complètement paralysé par une affection de la moelle épinière, rendit en urinant une grande quantité de larves de mouches vivantes, et cela sans qu’il put y avoir supercherie: 48 heures après, à l’autopsie, la vessie fut trouvée saine, sans abcès, sans trajet fistuleux; rien n expliqua ce phénomène. Schrader et Brernser ont décrit fort au long des cas analogues ( Journ. des conn. méd.-chir. , août. 1834).
On a cherché à expliquer la route qu’ ils suivent. J. G Glaudinus pensa qu’en perçant 1’ iléon ils passent directement dans la vessie; Plater et Bartholin en ont vu traverser du rectum dans cet organe. Du reste il n’y a rien de constant à cet égard néanmoins la science est faite sur ce point. Il n’est nullement besoin pour expliquer leur sortie si étrange de leur créer des voies particulières, ni de les faire voyager à travers le système circulatoire . Il est reconnu que le passage de ces divers corps d’un viscère dans l’autre se fait d’après des principes fixes, c’est-à-dire par l’ulcération et la déchirure d’une portion des voies naturelles où ils se sont engagés, et qui communiquent d’une manière quelconque soit avec l’extérieur soit avec un autre organe. G’est ainsi que M. Velpeau a trouvé un calcul gros comme une petite noix, ayant une épingle pour noyau, par suite d’une communication entre le colon ascendant et i’uièthre perforé. (Voy. Dict. en xxv vol., 1832, t. 1, p. 206).