Observation ( i5 Mars
Magdeleine Schæffer, âgée de vingt -trois ans, portant son premier enfant, fatiguée par un travail de deux jours et par quelques coliques, demande le forceps, qu’on applique comme dans les observations précédentes , et on tire un enfant femelle â terme et bien portant.
Application du forceps sur la tête dont V occiput se trouve dans la troisième position c'est-à-dire au-dessus de la partie interne de la cavité cotiloïde droite .
io.e Observation ( 14 Juillet 1806).
* Madame F., près du Corbeau, âgée de vingttrois ans , petite , brune , bilieuse , vive et impatiente, avait éprouvé pendant sa première gestation plusieurs accidens nerveux , causés par quelques chagrins domestiques. Elle appréhendait* l’accouchement ; et, dès le commencement du travail, l’agitation et les spasmes annoncèrent que la parturition, longue et difficile, exigerait l’application du forceps. Après dix heures de contractions et
de douleurs , elle consentit à se laisser toucher. Elle était si sensible, qu’il fallut la faire tenir par plusieurs personnes, afin d’empêcher les mouvemens violens des membres , et de pouvoir explorer le bassin et reconnaître la position de la tête. Le diamètre sacro- pubien n’avait guères que trois pouces et demi ; l’aine gauche était enfoncée , et la symphyse des pubis un peu à gauche. Elle accepte la proposition du forceps , en recommandant de la bien fixer, de crainte quelle ne frappe. La disposition du bassin me prescrivait d’introduire la première la branche femelle en-dessous, devant la symphyse ilio-sacrée droite , afin de porter et fixer l’occiput en devant , pour faire passer plus facilement la branche mâle entre le côté gauche de la face et la partie interne de la cavité cotiloïde gauche. Les mouvemens fréquens du bassin ayant fait glisser l’instrument avant d’être fermé , la peau du foetus a été coupée dans l’étendue de six lignes sur l’apophyse mastoide droite. J ai extrait un enfant mâle , à terme et bien portant : la petite plaie a été promptement cicatrisée.
Depuis ce léger accident, j’ai fait arrondir les angles du bord externe et du bord interne répondant à la fenêtre.
il.® Observation (22 Octobre 1808).
Catherine Heilbrand , âgée de vingt-sept ans et portant son second enfant, molle, lymphatique, et tellement apathique quelle ne donnait pas le moindre signe de sensibilité lorsqu’on lui pinçait les cuisses. Après douze heures d’un travail lent, la tête restant toujours mobile dans la troisième position au-dessus du détroit abdominal, et les étudians désirant ardemment voir appliquer le for-
ceps, je saisis cette occasion favorable, bien convaincu que la mère et l’enfant n’auraient pas à souffrir de cette opération. Mes aides bien placés, avec injonction de fléchir les cuisses pendant le premier temps de l’accouchement , et de les étendre un peu en rapprochant les genoux pendant le troisième temps , j’introduisis la branche femelle , la première, en-dessous , puis la branche mâle. Je fermai l’instrument , sans faire entendre le moindre cliquetis ; et tous les mouvemens furent tellement coordonnés, et exécutés avec tant de précision, que l’oeil pouvait à peine suivre les détails de l’opération. Enfant mâle à terme, bien portant. Une demi-heure après , en tirant sur le cordon pour avoir le délivre, la femme se plaignit de ce qu’on ne la débarrassait pas de son enfant.
Application du forceps sur la tête dont V occiput se trouve dans la quatrième position, c'est-à-dire, au-dessus de la symphyse ilio-s ocrée gauche .
i2.e Observation (27 Septembre 1808).
Éléonore Herlinger, âgée de vingt ans, dans sa seconde gestation. Après douze heures de travail , le décollement partiel du placenta est suivi d’une forte hémorrhagie. La femme s’affaiblit par la perte de sang ; et comme l’occiput est encore mobile au-dessus de la symphyse ilio-sacrée gauche, avant d’appliquer le forceps, on essaie, mais sans succès, de réduire cette quatrième position à la première, bien plus avantageuse , puisque la face serait venue en-dessous, La branche mâle est introduite la première, de la main gauche, sur le côté droit de l’occi-
put, et poussée avec l’indicateur de la main droite, entre le côté droit de la tête et la partie gauche et antérieure du détroit abdominal, la branche femelle en-dessous et à droite, les petites courbures répondant à la face. L’instrument fermé et les manches enveloppés ont été saisis de la main gauche au-dessus des crochets , de la main droite au-dessous delà jonction. On a tiré, dans cette direction, jusqu’à ce que la tête ait été descendue dans l’excavation. Par un mouvement de rotation de gauche à droite, on a amené l’occiput dans la courbure du sacrum , et en tirant suivant l’axe du détroit périnéal, on a relevé les manches plus tôt, parce que l’occiput était en-dessous.
i5.e Observation (28 Mars 1810).
Magdeleine Bohn, âgée de vingt-huit ans, bien portante, ayant le bassin bien conformé, mais petit. Après un travail de 56 heures pour un premier enfant, la tête ne s’engageant pas dans le détroit abdominal, et la femme fatiguée par des plaintes et des cris, on procède à l’application du forceps, en introduisant la branche mâle la première, pour l’amener à la partie interne de la cavité cotiioïde gauche. Pendant qu’on introduisait la branche femelle, l’aide, qui tenait la branche mâle, la laisse glisser sous l’occiput. Alors les deux branches se trouvent en-dessous : l’accoucheur en prend une de chaque main , et en cherchant à les ramener sur les côtés de la tête, il a réduit avec la branche mâle cette quatrième position à la première ; la branche femelle , en glissant sur la face , a légèrement excorié le nez. On a suivi, pour l’extraction , les procédés indiqués à cette première position. On a eu une fille vivante.
Application du forceps sur la tête dont V occiput se trouve dans la cinquième position , c'est-à-dire j au-dessus de la symphyse des pubis .
iÇ Observation (5 Thermidor an 8).
"'Madame R., rue des orfèvres, très-sensible et nerveuse, dans sa première gestation, et répugnant beaucoup à cire accouchée par un homme , m’avait demandé une sage-femme, que je lui avais envoyée. Après dix-huit heures d’un travail pénible et bien soutenu , la sage-femme m’envoya chercher à sept heures du matin. La dame ne voulant pas se laisser toucher, malgré mes instances et celles de sa famille, je sors, en promettant au mari de rester chez moi pour attendre l’événement. A dix heures les contractions sont très -fortes, les douleurs insupportables et accompagnées de quelques mouvemens convulsifs. La crainte de périr la détermine à m’envoyer chercher. Je la trouve trèsrésignée ; et le toucher me fait reconnaître la tête fortement pressée, suivant sa longueur, dans le diamètre sacro- pubien du détroit abdominal; le front un peu descendu, pressé contre l’angle sacrovertébral, et une légère dépression des deux pièces du frontal au-dessous de la fontanelle bipariétofrontale. Suivant toute apparence, la tête se serait enclavée, si on avait tardé à demander du secours. La tête étant dans la position la plus favorable pour l’application du forceps , j’introduisis la branche mâle à gauche, et la branche femelle à droite. J’empoignai l’instrument de la main droite au-dessus des croçhets, de la main gauche au-dessous de
la jonction ; je soulevai un peu la télé pour faire passer la face sur le coté droit du sacrum et réduire à la première position. Avec deux doigts de la main gauche je fis remonter le front, je serrai ensuite la tête avec Finstrument, et je fis F extraction d'un enfant mâle bien portant , en suivant les règles prescrites pour la première position.
Deux ans après , elle me fit appeler pendant ses secondes couches , voulant absolument être accouchée avec le forceps dès le commencement du travail. Mais, tout étant bien disposé, je laissai agir la nature ; et la parlurition se termina heureusement au bout de sept heures.
Application du forceps sur la tête dont lf occiput se trouve dans la septième position , c’est-à-dire, au-dessus de T extrémité gauche du diamètre iliacjiie ou transverse.
i5.e Observation (9 Floréal an 7).
* Madame R. , artiste du théâtre français de Strasbourg , âgée de vingt-huit ans , grande, forte et d’un tempérament sanguin, avait fait des jumeaux dans sa première couche, et des trijumeaux dans celle qui avait précédé de vingt- cinq mois celle dont je rends compte. Elle me fit appeler à la fin de sa troisième gestation. Son bassin était grand et bien conformé. Le travail s'annonça à six heures du soir : à dix heures , je trouvai Focciput à gauche et la tête du fœtus très-grosse. Pendant toute la nuit les contractions et les douleurs furent violentes ; le matin ? agitation extrême et quelques
faiblesses. A dix heures du matin j’applique le forceps , et j’éprouve les plus grandes difficultés pour faire passer la branche femelle sur la face et l’amener derrière la symphyse des pubis. La branche mâle placée en-dessous, la tète est facilement saisie; mais il faut employer beaucoup de force pour diriger la face en-dessous. Des tractions soutenues sur la tète ne peuvent l’engager dans le détroit périnëal, et je suis contraint de retirer l’instrument pour laisser reposer la femme. Je procède à une seconde application du forceps : la tête s’ëtait replacée en travers ; les mêmes difficultés se renouvellent pour ramener la face en -dessous. On me force de retirer le forceps. Une demi -heure se passe ; la femme s’affaiblit , le hoquet survient. Je fais fixer la poitrine par le mari. Je secoue plusieurs fois le bassin au moyen des membres inférieurs : la face se tourne sous la symphyse, et les contractions utérines expulsent un foetus de onze livres, bien portant, avec l’empreinte des cuillers sur les joues, sans la moindre lésion. La femme, après sa délivrance , n’a éprouvé aucuii accident, et s’est rétablie promptement.
Voici les réflexions que m’a suggérées cet accouchement si difficile. Lorsque la tête est en travers, avant de la saisir avec le forceps , il faut reconnaître avec la main si la face a plus de tendance à se porter en avant qu’en arrière : on la réduit , s’il est possible, à l’une ou à l’autre de ces positions, et on se conduit comme on Fa prescrit ces différons articles. Depuis, j’ai presque toujours réduit la septième position à la première, ou la huitième position à la troisième , en appliquant la branche inférieure la première , et portant l’occiput en devant.
Je joins à cette observation le poids et les dimensions du fœtus.
Poids du fœtus . n livres.
Longueur . . . . 20 pouc. 6 lign.
Diamètre sus-occipito-mentonnier. 5 6
occipito -frontal ... 4 7
pariétal . 3 10
des épaules . 5 9
i6.e Observation ( 26 Messidor an 7 ).
Anne-Marie Zeis, âgée de vingt ans , portant son premier enfant : la longueur d’un travail de soixante heures , la cessation des contractions et la faiblesse de la femme ont exigé l’emploi du forceps. Les membranes se sont rompues quatre heures avant l’accouchement : la tête dans la septième position, l’occiput à gauche. J’essayai envain de faire descendre l’occiput avec la main droite, et de réduire cette septième position à la première. La branche mâle fut introduite devant la symphyse ilio- sacrée gauche et placée sur le côté gauche de la tête, portée obliquement en devant: la branche femelle devant la symphyse ilio-sacrée droite, passée par-dessus la face, fut conduite sur le côté droit de la tête. Les branches réunies et l’instrument fermé, je le saisis de la main droite audessus des crochets ; l’indicateur et le doigt du milieu de la main gauche furent portés par-dessous les cuillers sur le front, pour le faire remonter : je comprimai la tête suffisamment pour l’empêcher de tourner entre les branches de l’instrument ; je tirai la tête obliquement dans l’excavation parallèlement à l’axe du détroit abdominal ; je tournai le pivot sous la symphyse des pubis, pour faire passer
la face clans la courbure du sacrum; je passai deux doigts de la main gauche sous la symphyse des pubis pour faire descendre l’occiput, et en tirant suivant l’axe du détroit périnéal , je fis sortir un fœtus à terme et bien portant, sans préjudice pour lui ni pour la mère. Avant de tirer les épaules , on fut obligé de faire la section du cordon, entortillé autour du cou et trop tendu.