‹ Mémoire sur cette representation [illustration] gravée en tête de quelquesChapitre 20 sur 24 · Proclus, Corn. Tim · texte numérisé non relu

Proclus, Corn. Tim

tradition hébraïque, elle-même, n'a pas été bien loin de cette division. Mettant à l'écart le Soleil qui n'est pas dans les livres saints, nous voyons, en effet, surgir au plus lointain horizon de la Bible, les deux puissances que nous avons déjà reconnues comme des émanations de Dieu, l'Esprit et la Sagesse. Or, Phtah n'est-il pas aussi la Sagesse? « Lorsque le Seigneur « préparait les cieux, j'étais présente..., dit la Sagesse. Lorsqu'il « posait les fondements de l'abîme, j'étais avec lui... » Phtah, le père du commencement, le Seigneur de la Sagesse, n'est-il pas celui qui, au jour de la création, préparait les cieux en tirant du chaos le soleil et la lune? D'un autre côté, Chnouphis, le dieu antérieur à tous les dieux, l'esprit que les vignettes des papyrus nous montrent naviguant sur le liquide primordial, n'est-il pas l'Esprit de Dieu planant sur la ten^e informe et porté sur les eaux? La ressemblance des deux systèmes cosmogoniques est donc, en ce point, aussi voisine qu'elle peut l'être, et les trois démiurges de l'Egypte ne doivent plus, par conséquent, nous étonner. Quoi qu'il en soit, le double rôle de Phtah me semble maintenant bien démontré. « Le dieu des Égyptiens, » dit Jamblique, « quand il est celui qui accomplit toutes choses « avec art et vérité, s'appelle Phtah. » C'est là, en effet, la définition du rôle de Phtah, tel que les hiéroglyphes viennent de nous le montrer. En somme, Phtah est donc la Sagesse des Proverbes, coéternelle à Dieu; il est le démiurge de l'école d'Alexandrie, et l'image du Dieu qui, selon Platon, nous apparaît dans la Vérité et dans la Raison; en un mot, il est la sagesse active de Dieu, c'est-à-dire le Xc^yoç Oeïoç de Platon, existant de toute éternité et créateur du monde visible • Voilà quel est

Phtaii. Maiuteuaut est -il une révélation extérieure et visible du Dieu invisible , en d'autres termes , est-il ce que nous appellerons le Verbe? Je sais qu'aux yeux des néoplatoniciens et même de quelques-uns des premiers docteurs chrétiens, les attributs dont nous venons de voir Phtah revêtu sont ceu5c-là mêmes qu'ils ont donnés à leur Verbe. Mais si le Verbe de saint Justin, image de la Raison divine et architecte du monde, se rapproche de Phtah, il ne s'ensuit pas nécessairement que Phtah ait été le Verbe égyptien. Phtah, d'ailleurs, est si peu le Verbe, qu'après saint Justin et Athénagore, ce sont les attributs eux-mêmes de Phtah qui, presque sans altération, passant de la Raison divine à cette raison qui nous éclaire et nous guide, servent à distinguer le icveOfxa iwpoqpi^iTixov , le souffle inspirateur de Dieu, en un mot, le Spirittis, bien différent du Verbe. Phtah restera donc le Logos de Platon, mais il ne sera pas le Verbe, révélateur spécial de Dieu. Pour trouver ce Verbe, il nous faut maintenant passer à la seconde des divinités dont nous poursuivons l'étude, et c'est ainsi que, par un enchaînement naturel d'idées, nous nous trouvons amenés en présence d'Osiris.

C'est la grandeur même de Dieu qui donne naissance à la théorie du Verbe. Dieu est, en effet, invisible et inaccessible par lui-même; laissez-le au fond de l'immensité dans laquelle il réside, et il est si grand que nulle intelligence hmnaine ne pourra le concevoir, et qu'à plus forte raison il ne pourra être vu par aucun œil humain. De là la nécessité d'un révélateur spécial de Dieu ; de là le Verbe. Le Verbe proprement dit est donc Dieu rendu visible; il est le médiateur chargé de faire

counaître Dieu à Thomme. Maintenant, le Verbe sera-t-il seulement le révélateur visible aux yeux de Tintelligence , et ne voit-on pas qu'en vertu même du propre rôle qu'il est chargé de remplir le Verbe ait été quelquefois conçu comme visible aux yeux du corps? La réponse à cette question n'est pas douteuse. Le Logos de Platon, qui n'est que la Raison divine, restera toujours une abstraction, tout aussi bien que l'Intelligence qui, dans le néoplatonisme, représente la seconde personne de la Trinité alexandrine. Mais le Verbe ne restera une abstraction (fue dans le secret des sanctuaires et pour les prêtres nourris de l'étude approfondie des dogmes; en dehors du temple, au contraire, la tendance du Verbe est de se dégager de plus en plus de l'abstraction et de devenir visible aux yeux de tous. D'ailleurs, n'en avons-nous pas une preuve dans ce qu'on appelle l'Incarnation du Verbe? L'Incarnation du Verbe n est-elle pas la loi du Verbe poussée à sa dernière limite? Le Verbe fait chair n'est-il pas le Dieu visible et tangible, et par-là même, le Dieu deux fois Verbe? On peut donc comprendre le Verbe comme un être abstrait, abordable seulement par la raison; mais on le comprend aussi quand, fidèle à son origine, le Verbe descend des hauteurs de la métaphysique et se montre à l'homme sous une forme sensible. Le Verbe peut, par conséquent, selon les temps et les lieux, selon les traditions religieuses des peuples, peut avoir deux natures, l'une corporelle, l'autre incorporelle, l'une abstraite et l'autre visible. — Or, l'Egypte a réuni dans son Verbe les deux natures propres à l'essence du Verbe. L'Egypte supposait, en effet, comme la Phénicie, comme la Grèce et l'Italie, que l'âme universelle, cette grande âme, source de toutes les âmes qui

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animent nos corps terrestres, résidait dans la lumière, ou dans la substance ignée et lumineuse que nous nommons FÉther. C'est dans TÉther que les stoïciens mettaient l'intelligence de Jupiter; c'est dans l'Éther que Virgile, développant, par la bouche d'Anchise, Tune des doctrines de Pythagore, voyait le feu, principe dont nos âmes émanent et auquel elles retournent, et ce sera dans l'Éther aussi que la mythologie égyptienne placera le séjour des âmes. Les preuves de ce grand fait ne nous font pas d'ailleurs défaut. Le Livre de la manifestation à la lumière, c'est-à-dire le Rituel dont un exemplaire accompagnait chaque mort au tombeau, contient dans son titre seul l'énoncé de toute la doctrine développée à chacune des pages suivantes. <c Les termes ReCHi, /?wr, » dit M. de Rougé (exprimé sur le phénix 3fi^), « et CHou |||, lumineux, désignent dans le rituel « funéraire, l'état des âmes bienheureuses arrivées au terme « de leurs pérégrinations ^. » Si ce chapitre est récité, dit la fin du 86* chapitre du Rituel, (le défunt) sera manifesté à la lumière du Neter-Kher (séjour des âmes); il ira à la place où il doit être manifesté. Si ce chapitre n'est pas récité, il n'ira pas à la place oii il doit être manifesté; il ne sera pas manifesté à la lumière ^. C'était donc dans la lumière que, selon les croyances égyptiennes, résidaient les âmes pures, celles qui, après les épreuves qui leur ont été imposées, étaient, sous la conduite d'Osiris, introduites dans la lumière étemelle. Or, cette lumière est l'image révélatrice du Dieu suprême. Si saint

4 . Inscriptions du tombeau dAhmis^ p. 60. Cf. de Rougé , Mémoires sur quelques phénomènes célestes^ p. 23.

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