‹ Mémoire sur Helvétius (volume 2)Chapitre 3 sur 3 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

BHterot de son côté, ûèêA ses réfU^om sur la nfMÉe opi* iiioù 4'Ehiyélhls s'exprime tàxA : <x Dans son troisièfise -Mêeêun rautèur se propose de montrer que , de toutes les eatises, par lesquell^ les hommes peuvent différer entre eux, Torganlsatiota est la moindre ; en sorte qu'il n'y a point d'h^Mme, «en qui la pission, TintérM, l'éducation , le ha-^ sard, n'eussent pu surmonter les obstacles de la nature et en Caire uu grand homkiie..., c'eàt son troisième paradoxe. Le fiiux^n parait tenir à plusieurs raisons» dont Toici les principales : i» il n'a considéré ni la variété des caractères, l'Un froid, l'autre lent, l'un triste, l'autre gai, etc. : nïltiomtee dMis ses différents Ages, dans la santé et la maladie , dans le plai^r et dans la peine etc. Une légère altération dans le cerveau réduH l'homme dé gétiie i l'état d'imbécile ; que fera-t-^il de cet homme , si Taltération , au Heu d'être accidentelle et passagère est naturelle? 2^ il n'a pas vu qu'après avoir fait consister toute la différence de l'homme à la béte dans l'organisation , c'est se contredire que de ne pas faire consister aussi toute la différence de l'homme de génie à l'homme ordinaire dans la même cause; &> l'auteur ne sait pas ou patatt ignorer la diffSrence prodigieuse qu'il y a entre les effets , quand les causes agissent longtemps et sans cesser. En un fliot tout le troisième discours me semble un faux calcul, où Ton n'a fait entrer, ni tous les éléments, ni les éléments (jpi'on a employés pour leur juste valeur. »

Mais DMerot ne s'en tient pas là et dans des remarques jetéëè, cmime en courant, pendant son voyage en Hollande, sur le livre de V Homme, qui venait de paraître, fi insiste de nouveau sur les mêmes points, et s'exprimant toujours à sa manière, sans beaucoup je mesure, mais marquant fortement ce qu'il y a de faux dans la doctrine d'HelVétius, il s'écrie : « Homme de génie, tu t'ignores,

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si ta pentes que c'est le hasard qai t'a fmt; lootsoD mérite est de t'avoir produit; il a tiré le rideau, gui te dérobait à toi-même et aux autres le cheM'cBuyre de la nature. Le hasard ne fait pas plus le génie, que la pioche du mancBuyre , qui fouille les mines de Golconde , le diamant qu'elle en extrait. r> Ne voyant d'ailleurs comme Helvétius dans l'homme rien que de phynque, mais y reconnaissant cependant en principe de telles différences d'individu à individu, qu'il lui est impossible d'ai^mettre cette prétendue égalité que suppose l'auteur, il continue sur le même ton , et dit : « Comment vous n'entendez rien aux deux grands ressorts de la machine (la tète et le diaphragme, l'une siège de l'intelligence et l'autre des passions) l'une qui constitue les hommes spirituels ou stupides, l'autre qui les sépare en deux classes, celle des cœurs tendres et celle des cœurs durs, et vous écrivez un traité de l'homme. le me souviens de vous avoir deoAandé comment on donne de l'activité à une tète lourde; Je vous demande maintenant comment on inspire de la sensibilité à un cœur dur. Mais rien ne vous arrête ; vous me soutiendrez qu'avec ces deux qualités diverses, les hommes n'en étant pas moins communément Uen organisés , ils n'en sont pas moins bien disposés à toutes sortes de fonctions. Quoil M. Helvétius, il n'y aura nulle différence entre celui qui aura reçu de la nature une imagination forte et vive, avec un diaphragme très-mcèile, et celui qu'elle a privé de ces deux qualités. » On le sait, tout ne peut se citer de Diderot ; j'indiquerai donc seulement ici un autre passage du même écrit, où parlant de l'homme puissant et ardent par ses organes, il le compare à la bête féroce de Lucrèce, qui, les flancs traversés d'one flèche mortelle, se précipite sur le chasseur et le couvre de son sang, a Celui-là ne fera guère d'élégies et de

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madni^x, dii^l, tt veut Joiâr , il se souele peu de toucher et de plaire.... tachez, si tous le pouvez de me faire un poète tendre et délicat de cet animal-là. » Et abordant aussi, mais comme seul il peut le faire, un autre point bizarre et Je dirai même honteux du livre d'Helyétius , car il s'agit des femmes considérées comme moyen de récompenses publiques et par suite de gouyernement «Diderot, dans la plus contenue de ses phrases , dit : « Quelque avantage que l'on trouve à priver les femmes de la propriété de leur corps, pour en faire un effet public, c'est une espèce de tyrannie , dont Tidée me révolte, une manière raffinée d'accroître leur servitude qui n'est d^à que trop grande. »

liais c'est assez de eitalions ; et Je demanderai à mon tour à donner quelques raisons. Je n^en proposerai toutefds que de très-générales et qui n'auront rapport qu'aux points les plus essentiels de la doctrine dont il s'agit.

Ce qu'on peut avant tout y remarquer, c'est une confusion capitale. Helvétius croit à l'égalité naturelle de l'esprit des hommes, parce qu'il leur trouve en principe même sensibilité physique, même mémoire , même capacité d'attention, même activité de passions, (k, il n'en joge ainsi que parce qu'il prend en eux l'égalité pour la ressemblance. Tous les hommes en effet sont semblables entre eux, tous ont en commun les Dacultés qui concourent à l'esprit, tous ont l'intelligence» l'amour et la volonté. Hids est-ce à dire pour cela qu'ite soient tous égaux , et qu'ils aient originellement même aptitude pour sentir, se souvenir, désirer, se former enin des idées? tous sont hommes, mais tous sont-ils le même homme? tous n'ontils pas leur vocation , les uns plus, les autres moins marquée, mais dans la plupart toi^ours assez caractérisée, pour qu'il n'y ait pas à s'y tromper? l'inégalité est évî-

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dente entre eox ; Hïtàs Helvétias né TatC^ue qu^à <;e quH appelle TédneafSen; or, l'éâncàtion en est sans contredit nne des causes, mnk elle n'eirt pas la seule , ni même la pins effieai^; car le plus souvent elle ne feit que dérelop- "pet et seconder te nature , et qpand 11 arrive qu'elle la eeutrarie, elle 'n'en triomphe jamais tout à fait; elfe peut on adoucir, Jamais en effacer les traits constitutifs et pr^Bsters*

Les plus grandes inégalftés viennent au fond de la nature. C'est ce qn^Helvétius n'a point assez compris, trompé sans doute d'aboid par ce principe de philosophie ipll emprunte à son école et qui consiiste à supposer qu'if y a à l'origine table rase dans notre âme , absence dé trato détermination, de tout caraètèi^, de toute individualité propre; trompé ensuite aussi très-vràisemblaUe^ ment par le sentiment qui le porte à ne vouloir de privilège et d'inégalité pour personne, et qui Tinspire sans doute, lorsqu'il dit que ce l'amour du paradoxe ne l'a pns conduit à cette conclusion , mais le seul désir du bwiieur des hommes. » Quoi qu'il en soit Helvétius n'a bien diMserné ni le rftle de ta nature ni celui de l'édacation, en attribtsaht tout à celle-d et à peu près rien à celle-là , et en confondant sans cesse entre elles la similitude et l'égalité.

De l'^Hté, encore Une fois, où jr en a-t-il primitivement parmi les hommes ? Est-ce dans l'organisation ? Mais il n'en est pas un chez lequel elle soit la même, et il en est dans lesquels eHe offlre les plus grandes différences. Chez touâ Mie se ressemble par le nombre et la disposition des pièces essentielles dont elle est composée , et par les ibnc* ti^ns qui y sont attachée^ ; mais chez aucun die n'a même qualité, même Jeu» même emploi particulier de ces pièces mises en rapport. Chee tous c'est le corps humain^ bhez

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«ueOD ee ii'^ le nèÉie corps hwiain (1). Diderot 1^ dit sor toQs testons i Hdvéthis, et 11 serait inutile, après lut, d'ilisMer sur ce point, mais ce quMi faut en conclure avec Hii «'est que par ee cdtë encore le système du livre de VMêprH fait eau et peut atsément être coulé à fond.

Quant à Tftme , pas plus que le corps , elle ne se prête à œtte prétendue égalité , que rêve Helvétius ; chez ;tou^ elle est senMaMe, diez aucun elle n*est pareille. Chez tous eHe a les facidtés tiumatnes : Tintelligence , Tamour et la liberté; maiscbez aucun, die n*a même degré, même çalaet^ > même direction particulière de ces di<^ verses facultés ; et cela dès l'origine et par première institution. Seulement comme alors les causes de diversité sont àp^edéVrie|ipéeS|leu^seflètsse4isttegMâl motns; tout r est en puissance et en virtoialité plutôt qu'en acte. Mais bientôt tout s'exerce » se dévelqppe et s'accuse ; les nuan* ces se marquent, les différences se montrent, les contrastes édatent ; et alors aussi dons de raison , germes de poésie , tour d'imagination , génie , heureux penchants du cœur , doux sentiments , grflees d'amour comme de lu^ mière , tout semble le partage et le privilège ée quelques* BBS ; tantis que sous les mêmes rapports d'autres paraissent moins favorisés, et d'autres moins encore, jusqu'à ceux qui sembleraient tout à fait deshérités , si on ne devait pas croire que Dieu dans sa providence a pour toutes les faiblesses et toutes les infirmités , des trésors de bonté, qui ne manquent à aucune , et un Jour ou Taulre satisfont à sa sagesse et i sa justice.

Voilà pour la prétondue égalité naturelle.

Quanti Tinégamé arttficisUe, Bdvétius^ qui l'admet

(1) Âristote a dit dans ce sens : a Les animaux sont analogues , c'eslè^din seaiblahles avec des^ diventtés. »

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sade, Texagère et TeqpUqae md. n Teiagère ai ee qa'il y Mt entrer ce qui éfidemtneot qq[Miitient à l'iiiégaltté natorelle; il rexfdiqiie mal , en ce qoe d'abord il cmnprend dans Tédocatian , qui n'ert à proprement parler, que l'action librement exercée de l'homme sur son semblable , l»en des causes qui éridttiment n'ont pas ce caractère, le hasard en partioilier, ^n'en a précisément aucon ; en ce qo*ensBite il ne Usai pas coi^pte de cette antre éducation , qu'en Tertu de sa force propre, l'homme se donne à lui-même et par laqudle il peut aussi largement contribuer à cette inégifitè artlfiddle.

Ainsi de deux Yérités, regardées avec raison comme constantes » parmi le hommes , Helyétius nie l'une et entend mal l'autre. Ce n'est pas jouer de bonheur ;é*est beaucoup trop donner à l'esprit d*hypothèse et beaucoqp trop peu à celui de juste et sage obsenration.

Et pour reyenir maintenant d'un coup-d'œil gânéral sur l'ensemble do livre de VEiprit^ et en porter sommairement un dernier jugement; ce liyre, qu<rà qu'en dke l'auteur , n'en est pas un de mcnrale , au uM^ns par le premier dessein; il n'en est qu'un d'idéologie, qui touche, il est yrai , à la morale , mais d'une manière accessoire seulement et par Yoie de comparaison. Trois questions j sont posées : Qu'est-ce que l'esprit en Ini-méme? qndle en est la valeur dans la société? quelle en est la répartition parmi les hommes? — A ces trois questions, trois réponses sont données par Helyétius , à savoir , que l'esprit par la sensibilité physique de laquelle seule il procède • est une propriété de la matière; qu'il n'a par conséquent de valeur dans la société que celle d'une propriété de la matière, c'est-à-dire l'utflité ; et qu'il se distribue en parts inégales , non par le fait de la nature, mais par celui de l'éducation. Or , rien de cela n'est vrai ; l'esprit

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en effet n*est pas une propriété de la matière ; il a une autre yaleur que celle d'une propriété de la matière ; et il est sujet à une double inégalité , Tune, beaucoup plus considérable, qui Yient de la nature; Tautre beaucoup moins prononcée , qui vient de l'éducation.

Tel est en somme le Jugement que je crois pouvoir porter sur cet ouvrage , après le long examen dont il a été pour moi le sujet.

Ce jugement serait encore celui que je proposerais sur le livre de r Homme, si après tout ce qui précède , il était nécessaire d'en faire une étude à part ; mais je n'en veux dire que quelques mots qui suffiront certainement pour le faire connaître et apprécier. J'ai déjà rapporté ce qu*en pense Frédéric ; voici 4e son côté comment en parle en quelques lignes Voltaire : .

a C'est du fatras, dit-il dans une lettre à d'Alembert, j'en suis bien fâché, et il faut de grands efforts pour le lire , mais il y a de beaux éclairs. » Et plus loin : ce Que TOUS dirai-je? cela me semble audacieux , curieux en certains endroits , et en général ennuyeux. Voilà peutêtre le plus grand coup porté contre la philosophie. Si les gens en place ont le temps ou la patience de lire ce Hyre, ils ne nous lé pardonneront jamais. » Ainsi s^ex-* prime Voltaire , au fond aussi sévère que Frédéric , malgré l'exception qu'il semble faire pour les beatue éelairs, dont il est , je suppose , au fond médiocrement ébloui.

Un livre ainsi caractérisé et jugé par un écrivain qui ne demandait pas mieux que d'être favord>le à l'auteur, n'a certes pas besoin d'être longuement examiné. C'est ma raison d'être court.

n se divise en dix sections , dont la première traite de l'éducation considérée dans sa diversité comme la' cause de cette inégalité des esprits, attribuée jusqa!à présent à

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rinépAe perfiaetlpii 4hei organes ; la dauxième» de Végs^ aptitude peur Tesprit qu'ont les hommes oommunément l^&Ok organisés ; la troisième n'est guère que la suite et que le eomplément des deux jNremîères ; elle a pour obijel; la recherche des causes auxquelles on peut attribuer Fin*égalité^es esyprits ; la quaMème s'ocoipe des passions comme cause de cette inégalité; la cinquième est consa* crée à la discussion et à la réfutation des opinions con^ traires à la sienne sur ce sujet, particulièrement de celle de Rousseau : dans la sixième Tauteur continue à eom*-^ battre Rousseau ; dans la septième en Yue de sa thèse, il s'efforce d'établir, la supériorité de la législation sur les religions pour le bonheur des hommes; dana la huitième il se demande en quoi consiste ce bonheur; dans la neuvième il s'agit d'un bon plan de législation ; et enfin dana la dixième de la puissance de l'éducation.

On le voit , c'est à l'arrangement près le même fond de matières que dans le livre de VEspr^ ; et je n*ai pas be^ soin d*a\jouter que c'est aussi la même doctrine ; il suffit d'y jeter les yeux pour le remarquer et s'en convaincre. C'est pourquoi, comme l'ont d'ailleurs pensé plusieura amis de l'auteur , il eût mieux valu qu'il ne fût pas pu* bUé ; car il ne dit pas autre chose , il ne dit pas mieux que le livre de VEsprH, et en le répétant, il l'exagère 'et ne le corrige pas ; plus didactique et plus sec , il a moins d'agrément et n'a pas plus d'exactitude, il a les même» défauts sans avoir les mêmes quidités ; surtout en certains endroits il ne parait qu'ébauché. Je l'avouerai aussi, il me semble que le désaveu, public et expUeite , qu'Hek vétius , il est vrai , non sans quelque contrainte , avait fait de son premier ouvrage , eut dû être pour lui un motif de réserve et même de silence sur les mêmes matières. Il y avait de sa part engagement de ne pas retomber dans se»

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premiers errénettls, de ne pas^ rMioweier re^èee M scandale , dont il avait consenti à faire anende honofa*^ blés. Or, la publication du lirre de YHanmie était une sorte d'infraction à cette parole donnée, et bien qu'elle n'ait pas été de son £sdt, puisqu'elle n'ait en lieu qu^après sa mort, elle était dans ses intentions , sa préface en témoigne. Ce n'est donc pas sans quelque peine qu'on le voit se mettre ainsi moralement en opposition arec lui* même» et ne point assez tenir de compte d'une déclaration juridique , par laquelle il s'était lié.

Il est possible que d'un ouvrage à l'autre il ait eu des sujets de ressentiment et d'amertume» dont il était d'abord exempt, et que , comme il le, dit quelque part» après avoir quitté Paris tolérant il Tait retrouvé persécuteur ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que dans sa non^ velle production il montre en matière de politique et surtout de religion , une aigreur, un chagrin , et parfois une violence , qui rappellent d'Holbach ; on sent mfime de loin ep loin , dans ces pages mal ménagées , connue un souffle précurseur des terribles tempêtes qui éclateront à la fin du siècle au âein de la société; son prender livre est plutôt comme oa dirait aujourd'hui régence et h(>uis XY, le second a quelque cliose des plus tristes jours de la révolution^ De l'un à l'autre, Tauteur ne s^est pas perfectionné, mais il s'est irrité; le bel esprit a fait place chez lui à l'esprit de mécontentement et d'amère hostilité.

, En philosophie même il se modère moins; il se déclare plus pour le matérialisme ; c'est ainsi quUI dit que le mot matérialiste est synonyme d'esprit éclairé» et qu'il se prononce aussi plus hautement en faveur de l'atb^me» comme quand il dit : a Tout le monde est athée en ce sens qie personne necomprend rincomprébensible.» Il lui reste

toujoars sa pansion ponr rhamanité et la liberté , mais elle est moins bienveillante , elle est morose et sombre; on y reconnaît an sentiment qui , offensé et blessé , s'emporte et s'égare volontiers.

Il y a une certaine expérience , une certaine connaissance des mauvais côtés de la nature humaine, qui a parfois sa profondeur ; on ne saurait certainement la refuser à Helvétius » maïs il n*y a pas lieu de lui en faire beaucoup d'honneur; à ne voir dans Thomme, quelque sagacité qu'on y apporte , que Tégoïste tout à ses sens , qu'une dégradation de la nature , il peut y avoir absence d'illusion , et même remarquable pébétration , mais il n'y a pas de grandeur. La grandeur est de voir en lui avant tout ce qui l'anoblit. La grandeur est de s*élever et non de s'abaisser dans le spectacle de l'humanité ; toute vue qui ne s'élève pas est petite , et pour descendre plus bas , elle n'en est pas plus près du vrai , qui ne se sépare pas du bien, du noble et du beau. Helvétius n'a rien du génie de ridéal; il n'a que le sens d'une fâcheuse réalité. H lui manque la grandeur. '

Yeut-on maintenant que je 'fasse un peu plus particulièrement connaître le livre de V Homme par quelques-uns des détails .qu'il renferme? sans prendre précisément aa hasard , je m'affranchirai cependant de l'ordre suivi par Fauteur , et je choisirai çà et là les traits qui me paraîtront les plus propres à caractériser et à faire apprécier l'ou* yrage. Ainsi , par exemple , voici avec quelle humeur chagrine il juge la France dans sa préface , et quel avenir il lui promet et lui'souhaite en même temps : « Ce n'est pas sous le nom de Français que ce peuple pourra se rendre de nouveau célèbre ; cette nation avilie est aujourd'hui le m(^ pris de l'Europe. Nulle crise salutaire ne lui rendra la liberté ; c'est par la consomption qu'elle périra ; la conquête

ost leseiAremàde à aea maHiears c'est vers te &ord

qu'il faut maîsteiant toarner tQutes ses espérances ; ^ graoda princes (Catàerine et Frédéric) , y appellent le génie elle géaie la félicité..... les soleils du midi s*éteignent et les aurores du nord brfllent da plus yif éclat. »

Oa sait son opinion snr ks fenôllnes comme moyen de gouYernement ; il y tient et ea la défendant ici il dit entre aiib'es ehosea, qui ne sont pas toutes à citer et qui pourrateot donner lieu à l'application de cette maxime qu'il é«»et ; Qu'eux Uvres comme en hommes il y a bonne et inautalAe compagnie : « Si le pain peut être la récompense du travail ejt de l'industrie , pourquoi pas les femmes? » Pour prouyef que la sensibilité physique est de bien peu dans l'esprit , il nomme Voltage , a dont la sensibilité , ditil , n'est pas certainement aussi vive que celle des femme» et Bitflon qui est myope , et ils ont cependant l'un et l'autre beawsoup d'esprit. » Singulière manière de démontrer que ee n'est pas la nature, que ce ne sont pas les sens , mm bjeq l'éducation qui produit Tmégalité des intelligences I II fait nombre de reproches au christianisme , auquel i\ n'bésite pas à préférer lé paganisme comme plus convenable à la oonstitutieii de l'homme; mais il épargne encore bien moins les ministres de son culte. « Qu'ils soient sot$» dit-iU j'y consens, mais peut-on supposer qu*i^ soient honnêtes? Que prouve leur conduite? dit-il encore ; qu'il n'y a rien de commun entre la religion et la vertu. «I Quoiqne sa doctrine de Fintérèt occupe ici moins de place que dans le livre de VEsprU, on l'y rencontre cependant en plus d'un lieu, comme quand quelque part il dit : « Les partis de même que les nations n'estiment dans la justice > que la considération et le pouvoir qu'elle procure; 1» et cciasid^tion et pouvoir on sait que tout se réfiOQt» selon lui , en jouissances matérielles. Aussi nie-t-il

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la bonté naturelle , ou le sens moral de Thomme , et s*écrie-t-il : a Malheur au prince qui croit à la bonté originelle des caractères; Thomme de la nature doit être cruel ; qui soutient la bonté originelle des hommes yeut les tromper. » H ne faut pas d'ailleurs oublier que c'est en parlant contre RousseAi qu'il s'exprime ainsi. On se rappelle comment Voltabe relève la manière dont il traite l'amitié. C'est à cette imputation qu'il semble répondre dans ce passage : a Tous les français se vantent d'être des amis tendres. Quand le livre de V Esprit parut , ils crièrent beaucoup contre le chapitre de l'amitié ; on eut cru Paris peuplé d'Orestes et de Pylades; c'est cependant dans cette nation que la loi militaire oblige un soldat de fusiller son ami déserteur. » Toujours sa même manière d^ raisonner.

On ne s'étonnera pas de l'entendre parler de l'amour comme de Pamitié; il y a cependant un chapitre intitulé : QueUe maitresse convient à V oisif ^ qui passe les bornes; on y lit en effet ceci : « La chasse des femmes, comme celle du gibier, doit être différente selon le temps, qu'on veuty mettre; la femme adroite doit longtemps se faire courir par le désœuvré. » 11 a aussi sa façon de parler de Dieu, et sans le nier directement, de ne pas cependant mieux l'admettre : a Peu de philosophes ont nié Fexistence d'un Dieu physique , dit-il , il n'en est pas ainsi du Dieu moral. L'opposition qui s'est toujours trouvée entre la justice de la terre et celle du ciel , en a souvent fait nier l'existence. D'ailleurs , qu'est-ce que la morale ?le recueil dès conventions que les besoins réciproques des hommes les ont nécessités de contracter entre eux; or, comment faire un dieu de l'œuvre des hommes? d Que reste-t-il à conclure de ce singulier raisonnement? que le Dieu moral est vain, et qu'il n'y a que ce Dieu-nature, ou plus sim*

plemctotlamatièiCo et le moavement comme principe et fond des choses.

Tel est dans quelques-unes de ses pensées* mais celleslà représentent assez fidèlement les autres, ce lirre de VHomm$y pâle reproduction de celui de VEifrit et qui le ferait presque regretter ; véritable rechute ayec aggrayan tion , après promesse publique d'être plus sage à Tatenir. Je n'en dirai rien de plus.

Toutefois je ne finirai pas, sans faire une dernière ré» flexion , qui tempère , s'Q se peut « la sévérité de mes critiques touchant les écrits d'Helyétius , par une justice plus douce, rendue de nouveau à sa personne. Je le répéterai donc, rhommeen lui n'eut pas les torts du philosophe, et s*il fsxki même eu croire x^us d'an de ses amis, il partageait presque tous les prétendus préjugés qu'il tâchait de détruire, et son caractère, ainsi que sa yie, prouvait contre sa doctrine. Sa faiblesse fut l'ambition du succès. Sa seule passion , dit un de ses contemporains qui le cod^ naissait bien et qui l'aimait , était de passer pour le plus grand écrivain de son siècle ; à peine se contentait-il d'une place auprès du président Montesquieu. S'il la manquait , c'était fait de son bonheur. Aussi, si la célébrité, qu'a a^Jourd'hui son livre , vient de la défense qui en a été faite, et non de la bonté intrinsèque de l'ouvrage, il sera le plus malheureux des hommes (1). C'est dans ce même sentiment qu'il répondait à quelqu'un qui l'engageait à se donner à la poésie : a mon ami, la poésie est aujourd'hui passée démode; c'est la philosophie seule qui donne actuellement la grande célébrité. » Or , philosopher pour la célébrité, pour la faveur du jour , pour le bruit du moment, en un temps qui n'en était pas un précisément de sagesse , quoi-

(t) Collé. — Journal historique.

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qa'il falot mtaui au fond queparfoii on m se fML h le dire, n*élait-ee pas s^exposer à embrasser et à soiitenit Mm des Qpinkns hasardeuses, «oxqodies fadsiM accaeil •npnblk, empressé ponr tout ee qui s'annonçait à lai aYec on oèrtain air de noareaoté cl smtoiA de témérité. HelYéttns était un galant bomme , mais cpji soldait pUtre au motade et lui fdaire en le flattant ; M ne le poufiât goè^ re qu*en disant comme lui , qu'en lui roidant ayec com- ^aisanee, ce qn'él recueillait , sans irop de cboiii,^ ses propos bndtters. Son esprit fa<fle et doux se prêtait sans peine à ce manège; il nierait à TStncre en lui, pour s'y plier 0t<s*y accommoder , aucune forte originaiité ; il n^ vait qu'àvéder au penebant qui l'entraînait*

Dans le lifre de Y Homme U a fait un cbapîtKD pdur prouver quMl était le ékmjflit de Locke, il Tétait bien plus enoois de trat le mondD« et la phHosopUe qui IuL TekMât de ce mdtre d*un genre à part , et Idle d*aileurs qu'à son tour il rbaUtlait pour la lui rendre agréable , ne renemblait que de bien loin à oelle de VEikd mt VmilM^dmeta kmnain; elle n'en ayait pas surtout la grafité , la mesure, et la modestie. Helvétius eût peut-être été cartésien au xvu* siècle, et il ne Tefttpas été comme Maïebrancbe on Arnauld ; au xvm*, il se trouve dHine école opposée, mais moins par force déraison, que par imitation, et s'il est vrai qu'il ait dit le secret de tout le monde en son temps , ce qui est loin d'être exatct , des protestations édatantes en font foi , ce secret, il ne l'a pas trouvé, tl n'a fait que le répéter.

On peut donc bien séparer en bii i la pensée , qui n'est guère sienne , qu'il prend un >peu partout , et sans grand discernement ; qu'il ne transfoime goère et surtout quV ne corrige pas , la séparer , dis-Je , du cœur , de l'âme même, de Tintime personne, et ne pas trop kdimpnter

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rnne, pour mieax estimer Tautre; c^est là peut-être ce qu'il y a de plus couTenable à faire en sa faveur , pour lui assurer la part de la justice bîenyeillante à laquelle comme bomme il a un droit incontestable. Mais si on le confondait avec ses ouvrages , si on ne le Jugeait que par ses écrits, il faudrait lui être beaucoup moins dont et même le condamner avec une ferme sévérité. Je suis donc heureux d'avoir pu faire loyalement à son égard cette équitable distinction.

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