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d'àmesV si peu de grands homnies dans tous les'gtmres (p. 231). — Réponse: En France il n'y a qae Paris qui réunisse les circonstances et les moyens d^éducation conyenables; il n'y a donc que 800,000 ftmes qui puissent en profiler. Mais de ce nombre il fout d'abcNrd retrancher les femmes qui en forment la moitié ; et puis les enfants , les yieiHards, les artisans, les manœuvres, les dometôques, les moines, les soldats et les riches, qui en font aussi une bonne partie. On arrivera ainsi à uu très-petit nombre d'individus , à peine 6,000 , animés du désir do s'instruire, à on degré suffisant, et en âiminant encore de ce chiflire tous ceux que des raisons particulières permettent d'en retrancher, on finira par savoir, dit Helvétius, pourquoi « une multitude de xirconstaaces» dont lo concours est nécessaire pour produire les grands hommes , manquant, les gens de géme sont aussi rares en France. i> (p. 234). Je ne sais si la statistique ainsi faite obtiendrait un grand crédit, mais ce qu'il y a de certain c'est qu'elle ne fournit pas à Helvétius un argument bien plus puissant que celui du pourquoi dont s'amuse Moli^e. L'autre exemple que je citerai , est son opposition à Montesqideu sur la question des climats. A coup sûr, s'il est un point sur lequel il semble qu'Helvétius ait dû suivre l'auteur de VEsprU dei lois, c'est celui-là; puisque d'après son système , l'homme n'est que sensation , organisation et matière , chose par conséquent nécessairement en prise à cet ensemble de causes physiques , qu'on appelle le climat. Eh bien! non, c'est tout le contraire que soutient Helvétius , un peu , il est vrai , à l'adresse et à l'intention de Montesquieu , à la suite duquel il ne voudrait pas pa* rattre se placer, et qu'^ regarde assez volontiers comme un émule, auquel il se compare sans trop d*embarras , et qu'il contredit sans trop^'de difficulté.
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Mais il €81. ten^ qaerarriy^ à la conchiaioii da^taok ce discours, qui est € que le génie est coBumm , v^m que les cireonstances pr<^res k le déTelo|q>«r sont rares; » à quoi il «Joute que l'amour da paradoxe n^ Ta pas eon-' doit à cette coDclqsion , mais le seul désir do bonheur des hommes.
Mais conclusion et discours » ayant d'en rien discuter . je Tondrais pour en finir arec toutes ces analyses, dire encore rapidement un mot du quatrième et derni^ discours du livre de Y Esprit, qui n'offre, au surplus, rien de neuf, et qui poivrait très-bien se rattacher comme appendice au premier.
Il y s'agit des différents sens dans lesquels est pris le moi E^rit. L'auteur y parle d'abord du génie, auprès duquel a le hasard remplit, dit-il, l'office de ces yents, qui dispersés aux quatre coins du monde , s'y chai^^t de matières inflammables, qui composent les météores. Ces matières, poussées yaguem^t dans les airs, n'y produisent aucun effet Jusqu'au moment oii , par des souffles contraires, portées impétueusement les unes contre les autres, elles se choquent en un point; alcMrs l'éclair s'allume et brille et l'horizon est éclairé », ce qui prouye, selon HeLvétius, que si le génie est dans la nature, s'il y est même commun, c'est l'éducatioB OD quelque chose comme un ouragan qui le produit et le développe : il parle ensuite de Timagination , du sentiment, de l'esprit proprement dit, de l'esprit fin, de l'esprit fort, de l'esprit lumineux , du bel esprit» de l'es* prit Juste : sous ce dernier titre il prétend établir que dans les questions compliquées il ne suffit pas , pour bien ir«ir, d'avoir l'esprit Juste; qu'en général les hommes sont sij^ts à s'enorgueillir de la justesse de leur esprit , et à donner à cette qualité la préférence sur le génie;
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qu'en conséquence ils se disent supérieure aux gène à talents et croient ainsi simplement se rendre Justice; et cependant l'esprit juste qui consiste à tirer des consé* quences exactes et quelquefois neuves des opinions vraies ou fausses qu'on lui présente, <;ontribue peu à Tavancement de la raison humaine. L'auteur ne montre pas toujours dans ces développements beaucoup de sobriété et surtout de bon goût. C'est ainsi qu'il dit : a Que le génie éclaire quelques-uns des arpents de cette nuit immense; qui enveloppe les esprits médiocres, mais qu'il n'éclaire pas tout; B que l'esprit Juste cependant est bien autrement borné : a Lorsque vous vantez entre vous votre justesse d'esprit, poursuit-il, il me semble entendre un cul*de-jatte qui se glorifie de ne point faire de faux pas. )» esprits justes ! lorsque vous traitez de mauvaises tètes ces grands hommes qui du moins sont si supérieurs dans le genre où le public les admire , quelle opinion pensezvoua que le public puisse avoir de vous?.... un homme de génie eût-il des vices , est encore plus estimable que vous..., fût-il d'une probité peu exacte, il aura toujours plus de droits que vous à ta reconnaissance publique. i> Puisque j'en suis à des citations, je me permettrai encore celle-ci, quoiqu'elle ne tienne que de bien loin au sujet que traite ici l'auteur , mais elle a son caractère : ce Dans la perte d'un enfant comme dans celle d'une araignée (par allusion à un trait de la vie de Lauzun ou de Pelisson à la Bastille] on n'a souvent à pleurer que l'ennui et le désœuvrement où l'on tombe (p. 582) (1). »
(i) Diderot a aiis$t écrit cette phrase : « Dîtes-moi à., dans ^lelque contrée que ce soit, il y a un père, qui sans la honte qui le retient, n'aimât mieux perdre son enfant que sa fortune et Taisance de sa vie ? » — Diderot ne Ije pensât pas , témoin son amour pour sa fille ; c'était sa léte et non son cœur qui parlait ainsi ; et encore étiùt-ee sa tête dans ses mauvaif moments.
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Comment un tel mot a-t-il pu édiapper, Je ne dis pas à Fauteur, mais à Thomme, mais au père? Passe encore pour les esprits justes, on peut, si on le veut, n'en pas faire grande estime, à ses risques et périls bien entendu : mais parler ainsi de Tune des affections les plus pures du cœur humain ! mais expliquer ainsi la tendresse paternelle dans son deuil et son affliction ! il fallait bien s'oublier soi-même, pour ne penser qu'à son livre I et être bien décidé à prendre parti logiquement pour son ouvrage contre sa conscience ! Helvétius n'est guère plus favorable au bon sens, qu'à la justesse d'esprit; quoique cette qualité soit rare, dit-il, il ne pense pas qu'elle ait droit à la reconnaissance publique ni par conséquent à la gloire ; il la blâme dans un peuple, ainsi que la prudence qui en est la suite , et avec laquelle , dit-il , on ne trouve ni un homme pour se faire soldat, ni une femme pour s'exposer aux ennuis de la maternité ; d singulière inadvertance au surplus dans un apologiste à outrance de la doctrine de l'intérêt Après quelques observations du même genre, sur Vespritde conduite, sur les qualités de V esprit et de Vâme qui s'excluent, et sur V injustice du public à cet égard envers les hommes de génie , il touche enfin au terme qu'il «'est proposé , et il achève son livre par quelques vues, à peine indiquées, sur un plan d'éducation qu'on aurait pu s'attendre à trouver plus précis , plus profond, plus développé et surtout mieux justifié; car il se réduit à peu près à <$eci : comme l'éducation est intimement liée à la constitution des Etats, et qu'on ne peut réformer Tune sans réformer l'autre, en supposant que la politique le permit , ce qu'il y aurait à faire selon lui > pour améliorer l'éducation parmi nous, ce serait de substituer à l'étude du latin , et probablement aussi du grec» celle de la physique , des mathématiques»
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de l'histoire» et de la poésie, toujours sans grec nf latin , et de joindre à ces changements l'art de placer les jeunes gens dans les circonstances , et de les occuper des objets les plus propres à exciter en eux l'amour de la gloire et de restime,eten général les passions dont l'attention reçoit son impulsion et Tesprit son activité (p. 483). < Ces problèmes résolus, dit-il, il est certain que les grands hommes, qui maintenant sont Tourrage d'un concours aveugle de circonstances, deviendraient l'ouvrage du législateur, et qu'en laissant moins au hasard , on pourrait dans les grands empires infiniment multiplier les talents et les vertus (p. 483). » Cette conclusion finale n'étonne pas après tout ce qui s'est lu dans le courant de l'ouvrage : elle n*a rien de prodigieux , ni même de très-imposant, mais il fout convenir qu'elle résume assez bien ce qu'a de vain et de faux, de nouveau et de problématique le système de l'auteur.
Aussi ne me mettrai-je pas en grands frais de discussion pour en présenter la critique; je mécontenterai de lui opposer quelques autorités décisives et quelques solides raisons.
Voltaire indépendamment de plusieurs autres remarques particulières, telle que celle où il déclare qu'il «c est faux qu'on devienne stupide dès qu'on cesse d'être passionné, et qu'au contraire une passion violente rend stupide; > et celle où il s'indigne et s'écrie «c que c'est outrager l'humanité que de mettre sur la même ligne l'avarice» l'orgueil, l'ambition et l'amitié; que c'est mettre l'amitié parmi de vilaines passions ; Voltaire ne peut admettre, ne peut comprendre, que tous les hommes soient nés avec les mêmes talents, puisque dans toutes les écoles des arts et des sciences, tous ayant les mêmes maîtres, il y en a si peu qui réussissent. » Rousseau dans
Vfiéhïie dii amsi : a Pour changer le^ c^m^ères, M faudrait pouvoir changer les teuq^amento; ronloir pareillement changer les esprits et d'un sot fiiire Hfi booune de talent, c*est d'une blonite veulcHr faire une brune. Comment fondrait-on les cœurs et les ^prits sur un modMe commun? » J'ai déjà cité plus haut l'opinfon de Frédéric dans le même sens ; je demanderai la permission de la reproduire : « Helrélius s'est trompé, dit41, dans son outrage de V Esprit, il suppose que tes hommes naissent à peu près avec les fuîmes talents. Cela est contredit par l'expérience. Les hommes portmt en naissant un caractère indélébile; Téducationne change Jamais le fond qui reste. Chaque indivi<iu porte en loi le principe de ses actions. »
D'Alembert , dans un des MaireiêiemefUê de àes HémeMt de philosophie y fait aussi son objection à Helvétius. < Pour admettre, dit-il, son opinion, sur l'égalité prétendue des esprits , il faudrait, ce me semble^ ignorer comMen d'une part notre âme est dépendante de nos organes , et eomUen de l'autre les organes de deux hommes diffèrent de per^fection entre eux» antérieurement à toute éducation ; deux vérités que l'expérience prouve incontestablement » ... a prétendre (quelle que soit d'ailleurs la puissance de l'éducation) que deux hommes différemment consUttiés et organisés, et placés d'ailleurs dans les mêmes circonstances à chaque instant de leur vie, produiront abs<riument les mêmes choses, c'est prétendre que deux houmieS, Tun faible et l'autre robuste, placés dans les mêmes circonstances et élevés de même , seront capables des mêmes actions de force corporelle (1). if>
(1) B*iLlemberty dm» aoti éloge de de Sacy , à propos de son traîté de VAmiiié , attaque aussi Helvétius sur ce point.