‹ Mémoire sur l'analogie de composition et sur quelques points de l'organisation des échinodermes;Chapitre 12 sur 21 · PÉDICELLAIRES DES ASTÉRIES · texte numérisé non relu

PÉDICELLAIRES DES ASTÉRIES

Dans l’Astérie glaciale, Asteracanthion glacialis, M. et T. (Encyel., PL. 119, fig. 1), on trouve des Pédicellaires sur les deux faces du corps.

A la face dorsale, il y en a de deux sortes : les unes, plus srandes, sont disposées assez régulièrement entre chaque série latérale et la série moyenne des tubercules épineux. Il y en a conséquemment deux séries régulières, dont chaque Pédicellaire est assez distincte de la précédente et de la suivante, de manière que leur nombre n'est guère, pour chaque série, que de dix ou de douze. Elles ont d’ailleurs une forme et un volume identiques, et elles ne montrent pas toutes ces différences que nous avons observées dans les Pédicellaires des Oursins.

Chaque Pédicellaire se compose de deux valves épaisses, de nature calcaire (1), aplaties en dedans, arrondies en dehors, un peu allongées, qui se touchent dans toute leur étendue en se rapprochant. Ces deux valves reposent et se meuvent sur un tubercule de même nature (#) par une articulation en charnière. Deux muscles externes, un de chaque côté, servent d'abducteurs (2), et deux internes, d’adducteurs pour chacune de ces valves (3).

(1) Fig. IV, «. Cette figure représente une Pédicellaire tenant des grains de sable entre ses valves.

(2) Fig. IV, a, 1-1.

(3) Fig. IV, a, 2-2.

Cet organe est porté par un pédicule court, membraneux, et non calcaire, mais assez résistant, puisqu'il supporte le poids de ce que nous appelons la tète de la Pédicellaire. Ce pied se continue avec la peau de l’Astérie.

Des Pédicellaires beaucoup plus petites, extrêmement nombreuses, couvrent les tubercules du milieu desquels sortent les piquants. Elles sont groupées irrégulièrement sur ces tubercules (comme on peut le voir dans la fig. IV, b); elles y sont attachées immédiatement, sans l'intermédiaire d’un pédicule. ,

Ces Pédicellaires rudimentaires, qui n’ont l'air, à l'œil simple, que de granulations, peuvent-elles avoir quelque usage ?

Des Pédicellaires développées, analogues à celles de la face dorsale, se voient sur la face inférieure, entre la série extérieure des piquants et les tubercules latéraux. Elles sont en petit nombre. Les plus nombreuses sont entre les pieds et les piquants ; nous en avons compté plus de soixante par série.

Ces Pédicellaires sont plus grandes que celles de la face dorsale; leurs branches sont en palette; elles se meuvent aussi sur un tubercule commun, lequel est engaîné par un pied membraneux. Celui-ci est très-ample, en forme de bourse, dans une grande partie de sa longueur, et va en se rétrécissant rapidement avant de se terminer à la peau (1).

(1) Notre fig. V, b', représente une de ces Pédicellaires, vue de côte ; L"', une des branches vue de face; D’, les branches ou les valves et le tubercule sur lequel elles se meuvent, dégagés des membranes qui les enve-

Nous avons aussi rencontré sur cette face inférieure quelques Pédicellaires d'une forme analogue, mais plus petites. Elles nous ont paru de la même espèce, mais se développant (fig. V, a).

Dans l’Astérie rouge (Asteracanthion rubens), les Pédicellaires ont une singulière disposition. Les seules qui soient un peu développées sont groupées irrégulièrement autour et près de l'extrémité des piquants, qui bordent le sillon où se trouvent les pieds. Ces Pédicellaires sont aussi sessiles , c'està-dire, sans pied, comme celles rudimentaires des tubercules de l’Astérie glaciale. Leur forme est plus comprimée, un peu plus allongée, plus en pincette (1). Les autres parties du corps de cette espèce n’en présentent aucune de développée.

La principale différence entre les Pédicellaires des Æstéres et celles des Oursins, ainsi que l’a observé M. J. Müller, cousiste dans le nombre des branches de leur tête. Il y en à deux seulement dans les Pédicellaires des Astéries; tandis que celles des Oursins en ont trois.

Une autre différence remarquable consiste dans l’absence de parties dures dans le pied, qui est uniquement membraneux et musculeux, et n’a pas de tige osseuse comme celui des Pédicellaires des Oursins.

Mais on ne peut méconnaître les analogies qui existent entre les unes et les autres. Ce sont toujours de très-petits

loppaient ; a’ est une plus petite Pédicellaire, de la même espèce, mais qui n'était pas complétement développée.

(x) Voir notre fig. VI.

organes, propres à saisir des objets proportionnés à leur volume. Ces organes sont tellement éloignés de la bouche, qu'on ne peut pas leur supposer l’usage, admis par M. Erdl, deservir d'organes de préhension des substances alimentaires, et de les transmettre de proche en proche, de la Pédicellaire la plus éloignée de la bouche, à celle qui en serait la plus rapprochée.

Voici l'hypothèse à laquelle je crois devoir m'arrêter sur leur usage.

Les Pédicellaires, chez les Oursins comme chez les 4stéries, sont rapprochées des pieds vésiculeux, et des tentacules respirateurs chez les Æstéries.

Ces organes délicats, membraneux, que l'animal ne peut retirer dans sa cavité viscérale, avaient besoin d’être protégés contre les innombrables petits animaux dont la mer abonde.

Il me semble que l’on peut regarder les Pédicellaires comme des armes défensives, au moyen desquelles les Qursins et les Astéries repoussent les agressions de ces animaleules voraces de toute espèce, en les saisissant entre leurs pinces.

Aussi les Oursins, qui avaient le plus besoin de ces armes défensives, à cause de leur peu de locomotilité et de la roideur ou de l’immobilité des parties de leur squelette, en sont-ils le plus abondamment pourvus; tandis que les stéries, plus mobiles, en présentent beaucoup moins dans les espèces qui en sont armées, et qu'un grand nombre en manque.

Dans l’état actuel de la science, il n’est plus possible de considérer les Pédicellaires, avec O. F. Müller, comme des

animaux parasites; pas plus que comme des Oursins ou des Astéries se développant à la surface de leurs parents, suivant l'hypothèse avancée par M. Agassiz en 1844, et qu'il paraît avoir complétement abandonnée en ce moment.

Les Pédicellaires n'existent pas seulement dans la classe des Échinodermes ; un genre de l'ordre des Polypes cellulaires ou ascidiens, le genre Acamarchis Lamouroux, a une espèce, bien connue depuis Ezris (4. avicularis) qui a, près de l'entrée de chaque cellule, un appendice en forme de téte d'oiseau, dont la mandibule inférieure se rapproche ou s’éloigne de la supérieure par des mouvements alternatifs, continuels, suivant les observateurs. Ces appendices, dont on n'a pas compris jusqu’à présent, à ma connaissance, ni l'usage, ni les analogies, sont les Pédicellaires de ces animaux (1).

(x) Voir la pl. 69, 2, de l'édition illustrée du Règne animal de Cuvier (Zoophytes ); et, en premier lieu , Jean Ellis, dans son Essai sur l’histoire naturelle des Corallines , pl. XXXVII, fig. 7, G, H, 1, K,L, et pl. XX, 2, A;et la Fauna pontica de M. Nordmann, pl. 3.

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