PÉDICELLAIRES DES ÉCHINIDES
J'ai observé les Pédicellaires de deux espèces du genre
Echinus, es Echinus esculentus et miliaris (1),et d’une espèce de Spatangue, le Spatangue cœur (2).
(1) Encyc., pl. 133, fig. 1 et 2.
(2) Mes exemplaires de l'Æ. esculentus viennent de Brest. Ils ont 0”,080 d'un pôle à l’autre, et 0,110 de diamètre à l'équateur. Les piquants sont vert-clair, les plus grands ont leur extrémité violette. La peau montre encore des traces d'un rouge carmin, après un séjour de plusieurs années
dans l'alcool.
Les Pédicellaires de l’Oursin comestible sont de trois sortes :
1° Les plus nombreuses, mais en même temps les plus petites, ont une tige assez longue, à proportion de la tête, qui est ovale et fermée de trois valves qui figurent assez bien une tulipe.
La tige se compose d’une partie osseuse grêle et cylindrique, un peu élargie à son extrémité basilaire, par laquelle elle s'articule à un petit tubercule du squelette, et à l'extrémité opposée, au delà de laquelle cette tige n'est plus qu’un double tube membraneux transparent. Le tube extérieur est formé par la continuation de la peau; l’intérieur appartient essentiellement à l'organe; c'est la partie contractile.
Nous croyons pouvoir regarder, comme le premier développement de cette forme, celle qui est représentée dans notre planche IT (fig. [, &«), et son développement complet, celle figurée (a). Ici l’on voit au milieu des trois valves principales, trois autres valves plus petites.
D'autres Pédicellaires, beaucoup moins nombreuses, ont les divisions du bouton, ou de la tête, élargies et allongées en forme de feuilles, comme celles représentées par M. Erdl PI. IL, fig. 5 et 6.
Nous les regardons comme une forme transitoire, comme un degré de développement de la forme définie que présente la figure (c). On reconnaît encore, dans ce premier degré de développement, la forme désignée par M. Valentin sous le nom d'ophicéphale. Nous ferons remarquer que la peau se prolonge encore sur tout l’organe, même autour des valves, et que le tube membraneux et musculeux qu’elle recouvre s’en distingue par sa forme en spirale (fig. I, à). Cette forme
rappelle les contractions, dans ce sens, que ce tube exerce dans l’état de vie.
Dans la forme définie, qui est figurée en (c), les trois branches de la tête sont très-allongées, grêles, excepté à leur base, qui est très-élargie, sans aucune dentelure : lorsqu’elles sont rapprochées, elles ne se touchent que par environ le dernier tiers de leur longueur. Le pied ne nous a rien offert de particulier, Le tube membraneux a sa partie tégumentaire beaucoup plus large que celle formée par la paroi musculo-membraneuse appartenant à la Pédicellaire. Celle-ci se continue avec le pédicule osseux, qui est long, grèle et élargi à ses deux extrémités.
Ces Pédicellaires à tenailles sont les plus grandes. Nous en avons trouvé qui avaient 0°,006 de long, y compris la iète, qui mesurait 0°,0025. Toute la surface de l'Oursin, principalement à la base des piquants des aires ambulacraires, où interambulacraires, de ceux rapprochés des pieds comme des autres, en était armée. Lorsque les Pédicellaires tiennent par leur pied à un tubercule osseux, celuici est adhérent à la peau.
Dans la seconde espèce d'Echinus, l'Echinus miliaris, dont les exemplaires étaient beaucoup plus petits que ceux de la première, nous avons trouvé les formes variées représentées dans la fig. Il, &, b, c, d, e. Ces diverses formes nous ont paru indiquer évidemment différents degrés de développement, depuis la première (a), qui est la plus simple, jusqu’à la forme (e), qui est la forme définitive dans cette espèce.
On remarquera combien les proportions de la tête augmentent dans ces divers degrés de développement. Dans la Pédicellaire de la figure IT, ce, nous avons trouvé des lambeaux
DES ÉCHINODERMES. 43 de membranes qui paraissaient avoir enveloppé les branches de la pince encore peu développées. La figure IT, d, est la dernière transition, avant de passer à la forme définitive, à laquelle cette forme conduit évidemment. Dans celle-ci, les branches de la pince sont creusées en cuiller et dentées à leur bord; elles peuvent se toucher dans la plus grande partie de leur longueur, lorsqu'elles sont rapprochées.
Les formes des Pédicellaires que nous avons observées sur le Spatangue cœur nous ont offert des différences analogues ; elles sont représentées, avec exactitude, figure II, «, b, c, d, de notre planche II.
Il est impossible, à ce qu'il nous semble, de ne pas se laisser aller à l’idée que les trois premières ne sont que des degrés de développement de la quatrième, qui nous a paru la forme définitive. Celle-ci se distingue par les branches de la pince, qui sont grêles dans la plus grande partie de leur longueur, très-élargies à leur base, et en spatule à leur extrémité par laquelle elles se touchent. La figure b' représente une de ces Pédicellaires prise entre les pinces de sa voisine. On en rencontre assez souvent qui ont ainsi l’air de se dévorer l’une l’autre.
Si l’on compare les trois formes définitives que nous venons de décrire, et qui sont représentées dans notre planche. avec les formes analogues des Pédicellaires de l'£chinus saxatilis décrites par M. Erdl PI. IT (fig. 8 et 9), à celles de l'Echinus brevispinosus , Risso, représentées PI. IV (fig. 45 à 50) du mémoire de M. Valentin, on ne pourra s'empêcher de penser que ces différentes espèces du même genre Æchinus ont chacune des formes de Pédicellaires qui leur sont propres.