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III. — Revenons à la formation du véritable suber

M. Sanio, dans un travail très-approfondi (2), montre d'abord que ce tissu provient d'une zone génératrice; ensuite il étudie les divisions qui s'opèrent dans cette zone, et il en distingue une série de modes basés sur la place qu'occupe la cellule-mère des générations successives. Il appelle suber centrifuge^ celui où la cellule-mère de {n + '1)'^"*° génération est située a l'extérieur; suber centripète ^ celui où la cellule-mère nouvelle est située à l'intérieur de la cellule sœur non prolifère de w'^"'° génération ; il distingue ensuite trois formations intermédiaires qui sont caractérisées par des changements périodiques dans l'ordre des divisions : ce sont les modes centripète intermédiaire, centrifuge intermédiaire, centripète réciproque (3).

(1) Je ne suis pas éloigné de croire que la subérification est une transformation (?) chimique destinée à communiquer aux parois cellulaires une résistance extrême aux agents extérieurs, et qui peut se présenter dans des tissus trèsvariés. La cuticule, les cellules épidermiques entièrement subérifiées (?) de Cluytiay la gaîne prolectrice subérifiée (?) d'un grand nombre de Dicotylédonées, les tissus plus compliqués de différente nature subérifiés jusqu'au véritable suber, me semblent être une chaîne non interrompue de faits de plus en plus complexes, commençant par des emprunts physiologiques : cuticule subériflée, cellules épidermiques subérilîées, etc., et se terminant par la création d'un tissu nouveau : le périderme.

(2) Bau und Entwickelung des Korks {Jahrb. fur wiss. Bot., t. H)

(3) Dans un excellent mémoire inséré dans les Annales des sciences naturelles (5® série, t. XII, p. 347), M. Rauwenhoiï explique les découvertes de M. Sanio d'une manière qui ne laisse rien à désirer. Je puis donc me dispenser d'y insister beaucoup.

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D'accord en cela avec M. Rauwenhoff (1), je suis d'avis que les caractères qui distinguent ces trois types intermédiaires ne suffisent pas, et sont trop difficiles à constater pour être introduits comme des caractères distinctifs dans fanatomie comparée. D'ailleurs, d'après M. Sanio même, ils ne sont pas trèsconstants.

Dans certains cas rares, les divisions s'opèrent quelquefois d'une manière si irrégulière, qu'il est impossible déparier d'une véritable zone phellogène. Dans VIxora coccinea^ lepériderme se forme au milieu de l'écorce primaire; deux phénomènes concomitants se troublent réciproquement. Dans toute la partie interne de l'écorce primaire qui doit persister, il s'opère une multitude de divisions radiales, particulièrement fréquentes dans les assises externes qui représentent le phellogène ; elles y sont accompagnées de divisions tangentielles ou obliques irrégulières.

Dans le Dipsacus sijlvestris^ la zone phellogène est également très-irrégulière; toutes ses cellules ne se divisent même pas.

Mais ce qui est infiniment plus important, c'est la distinction des deux premiers types centripète et centrifuge pris ensemble, et des types intermédiaires, car les résultats de ces deux modes sont tout à fait différents.

Lorsque la formation du suber appartient à l'un des types centrifuge ou centripète, il ne se forme du suber que d'un côté de la zone phellogène : le phellogène est unilatéral ; mais lorsqu'elle appartient à l'un des types intermédiaires, il se forme des tissus nouveaux des deux côtés du phellogène, qui est alors bilatéral (2). Mais ce n'est qu'à l'extérieur de la zone phel-

(1) Ann. des se. nat., 5« série, t. XU.

(2) Pour éviter les confusions, je rapproche cotte classiflcation plus simple de celle de M. Sanio :

CMode centripète.

Phellogène unilatéral.

[^Mode centrifuge.

Mode centripète intermédiaire.

Phellogène bilatéral., .......< Mode centrifuge intermédiaire.

, Mode centripète réciproque.

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logène que ce tissu se subéi ifie ; celui qui se trouve à la face interne reste cellulosien ; il se remplit de chlorophylle, et se charge du rôle de Técorce primaire, dont il augmente ainsi Tépaisseur ou qu'il remplace tout à fait. Les auteurs allemands désignent ces cellules sous le nom de Korkrindenzellen (cellules corticosubéreuses) ; elles constituent une espèce d'écorce primaire d'emprunt, ou une enveloppe verte secondaire, liée par sa formation au suber, mais absolument différente de celui-ci par ses caractères chimiques et physiologiques (1) . Les nombreux exemples que j'aurai à citer à une autre occasion me dispensent de m'arrêter davantage sur ces faits intéressants, et je puis passer à l'anatomie du suber proprement dit.

IV. — Analomie du suber. — L'origine même du suber, à une époque où tous les organes de la plante ont acquis leurs dimensions définitives, imprime à ce tissu un caractère qui permet . toujours de le distinguer facilement ; les cellules sont, ou prismatiques rectangulaires, plus hautes (hauteur radiale) que larges, ou moins hautes que larges, tabulaires; leurs cloisons tangentielles sont autant que possible carrées ; elles sont ordi-

(1) J'aurais voulu doter Tanalomie comparée d'un mot convenable pour désigner ce tissu si important et si fréquent ; j'y renonce de peur d'embrouiller les choses au lieu de les éclaircir. La méthode vraiment scientifique consisterait à désigner, par un terme unique, le produit de la zone phellogène, de quelque nature qu'il soit. Situé à l'extérieur, et subérifié, il constituerait alors ce qu'on appelle vulgairement le liège ; situé à l'intérieur, il serait composé de ces cellules cortico-subéreuses.

Périderme.< Phellogène.

Suber. | Péridernie subérifié.

(Pér

Cellules cortico-subéreuses. > Périderme herbacé;

Malheureusement tous les mots grecs et latins sont employés pêle-mêle, le plus souvent sans discernement ou comme synonymes (liège, suber, <peX>.c;, cpXoto;, cortex, etc.). Peut-être pourrait-on appeler périderme, en général, le produit de la zone phellogène, de quelque nature qu'il soit, et distinguer un périderme subérifié (suber) et un périderme herbacé (cellules cortico-subéreuses) ; mais je ne me reconnais pas une autorité suffisante pour imposer ces nouvelles expressions.

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nairement rangées en files radiales régulières, qui permettent de reconnaître toutes les cellules-filles sorties successivement d'une môme série de cellules-mères. Comme la multiplication se fait en général avec la même activité sur tous les points du phellogène, et que l'accroissement des cellules est uniforme, celles-ci sont également disposées en rangées tangentielles.

Les parois des cellules subéreuses peuvent rester très-minces : lorsqu'elles sont de forme tabulaire, elles restent alors dans cet état {Grabowskya Boerhaaviœfolia) ; lorsqu'elles sont cubiques ou plus hautes encore, les parois latérales, et quelquefois les parois tangentielles aussi, se plissent d'une manière caractéristique, et deviennent ondulées {Chènej Jjoniceraj DiervillayOleay Vitex) ; souvent elles sont complètement aplaties, de manière à ne plus laisser reconnaître] es parois latérales {Celastrus^ Cistus) .

Les parois cellulaires peuvent s'épaissir d'une manière régulière, de sorte que les cellules ne peuvent plus perdre leur forme (Morées, Vitis).

Enfin, dans un grand nombre de cas, la face supérieure {oberseitige Verdickung) (1) ou la face inférieure {unterseitige Fi^rrf.) seule s'épaissit, et cet épaississement, souvent très-nettement secondaire et chimiquement différent delà paroi primaire, gagne plus ou moins les parois latérales, où il les laisse complètement intactes. Nous avons un exemple très-remarquable de ce dernier cas dans le Brunfelsia americmia: toutes les parties tangentielles sont épaissies (épaississement direct de la paroi), et comme elles sont rigoureusement contiguës, elles forment de petits murs solides parallèles, écartés par les cloisons latérales, qui restent très-minces.

Généralement c'est la paroi interne des cellules qui s'épaissit : r épaississement se continue en mourant sur les parois latérales ; il constitue une espèce de godet de structure stratifiée et souvent percé de canalicules. Il n'est pas rare qu'il soit assez distinct de la paroi primaire pour s'en détacher (2) (Pla-

(1) Sanio, loc. cit.

(2) C'est là un des plus beaux exemples d*un épaississement secondaire du genre de ceux dont parle M. Sanio dans son récent travail : Anatomie der gemeinen Kiefer {Jahrb. fur wiss. Bot., t. IX).

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tanus occidentalis, Thea viridis, Malpighia punicifolia, Rondeletia) ; assez souvent, les parois latérales et intérieures, et même une partie des parois extérieures, sont épaissies de manière à donner à la cavité cellulaire une forme bizarre (Camellia).

L'épaississement extérieur est beaucoup plus rare. Il se présente d'une manière admirable dans le Coprosma bicida^ où les cellules subéreuses ont la forme de certaines cellules épidermiques; les parois extérieures sont cintrées et épaissies; l'épaississement descend sur les parois latérales, et se termine assez brusquement vers le tiers inférieur de ces parois, qui sont marquées de longues ponctuations parallèles, normales, à la surface de la plante.

Dans le Coleonema albmn (Diosmée), on trouve au-dessous de Tépiderme un périderme volumineux formé par des cellules tabulaires, dont la paroi externe se couvre d'une plaque trèsréfringente, qui se colore en jaune par le chloroiodure de zinc ; cet épaississement présente une structure stratifiée, et donne la croix de polarisation; il n'est pas traversé par des canalicules. Après un traitement par l'acide chromique, le chloroiodure le colore en bleu.

Le suber de Diosma ericoides est dans le même cas, ainsi que plusieurs autres Diosmées. Nous trouvons un autre exemple dans le Triphasia trifoliata.

Enfin les cellules subéreuses peuvent être follement épaissies dans toutes leurs parties. Telles sont celles qu'on trouve disposées par couches dans le suber de YHirœa Houlleliana.

Le suber peut être composé des mêmes éléments dans toutes ses parties (homogène) , ou bien il est formé par des couches alternantes de cellules différentes. Un des exemples les plus connus de ce genre est le suber du Bouleau, qui consiste en couches alternantes de cellules à parois minces remplies d'air et de cellules plus épaissies tabulaires. Dans le Coprosma lucida que je viens de citer, les cellules épaiî^sies sont accompagnées de zones de cellules plus minces. Dans le Clusia flava^ les cellules subéreuses minces alternent avec une assise de cellules

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comprises entre deux cloisons tangenlielles très -épaissies et remplies d'une matière rouge (1).

Les parois cellulaires du suber sont incolores, légèrement jaunes ou brunes, quelquefois vertes (Morées). Le contenu est le plus souvent de Fair; quelquefois, quand les cellules sont encore très-jeunes, des matières colorantes violettes ou roses, rarement des gouttelettes graisseuses {Morina longifolia) y mais très-souvent une matière colorante rouge brun, qui apparaît non moins souvent dans d'autres parties végétales mortes.

Anatomie des cellules cortico-subéretises. — Les cellules cortico-subéreuses varient peu ; elles sont presque toujours rigoureusement alignées en files radiales et tangentielles comme les cellules subéreuses ; leurs parois restent cellulosiennes ; dans quelques cas, il se forme entre elles des méats intercellulaires (Rubiacées) qui troublent un peu l'ordre primitif.

Les cellules cortico-subéreuses sont très-fréquentes, mais il est rare qu'elles acquièrent une grande importance ; je reviendrai sur leur formation.

V. — La place où se forme le premier suber varie beaucoup ; il est suivi ou non de nouvelles lames de ce tissu, et sous ce rapport il faut distinguer des plantes qui ne forment de suber qu'une seule fois : un suber primaire ou périderme primaire persistant, et celles qui développent successivement plusieurs lames de ce tissu à des profondeurs croissantes (suber ou périderme secondaire, tertiaire, etc.). Il est inutile d'ajouter que les tissus situés en dehors du suber meurent et se dessèchent après avoir cédé à la plante qui les porte les matières qui peuvent lui être utiles. Ces couches, ou plaques mortes, ont reçu de Mohl

(1) ( Cellules tabulaires.

Parois ' Cellules aplaties avec parois minces. \ onduleuses.

Suber homogène.

\ Suber hétérogène.

\ Cellules hautes.

/ Paroi inférieure épaissie.

épïssies. ! P^'°^ supérieure épaissie.

^ Épaississement uniforme.

Je nom de rhytidome (Borke). Celte dislinclion iVa toutefois que peu d'importance au point de vue de la classification, car on trouve sous ce rapport des différences non-seulement dans les espèces du même genre, mais aussi dans les variétés d'une même espèce.

Le Quercus suber possède un péridenne primaire persistant; le Quercm pedunculata et les autres Chênes forment du rhytidome; XUlrmis campes tris var. pyramidalis forme du rhytidome; YUlnms campes frisyav. suberosa a un périderme primaire persistant.

Mais ce qui est beaucoup plus important, c'est la place qu'occupe le périderme primaire j suivi ou non d'autres péridermes.

Le périderme primaire peut se développer :

1*" Dans l'épi derme ;

2' Dans la rangée de cellules situées immédiatement au-dessous de l'épiderme ;

3° A une profondeur quelconque dans l'écorce primaire ;

4** Immédiatement en dehors des fibres libériennes, ou entre le liber mou et l'écorce primaire, quand les fibres font défaut;

5* Immédiatement au-dessous des fibres libériennes primaires.

Je vais exposer quelques exemples de chacun de ces différents cas (1).

Il y a cependant quelquefois des différences notables sous ce rapport. Ainsi, dans la famille des Rubiacées, le périderme primaire se développe dans l'épiderme même chez les Sipanea carmea^ Exostemma floribunda^ Cephalanthus occidentalis ; immédiatement au-dessous dans un assez grand nombre de genres, parmi lesquels je citerai Pinckneyapubens^ Rondelelia odorata^ Burchellia capensis^ Gardénia florida^ Chinchona officinaliSj Coprosma hicida (pas toujours?) ; à une faible profondeur assez variable dans le Pavetta indica; à peu de distance des fibres libériennes dans le Coffea arabica; au milieu dans VIxora coccinea,

(1) M. Sanio a cité un certain nombre de plantes pour chacun de ces cas. Parmi les exemples qui suivent, on n*en trouvera qu*un petit nombre que cet observateur a déjà indiquées.

ANATOMIE COMPARÉE DE l'ÉCORCE. Hi

Il prend naissance immédiatement au contact des fibres ou à la limite du liber et de Técorce primaire, dans les Pœderia fœtuldy Leptodermis lanceolata^ Phyllis Nobla^ Putoria calabrica^ Bolivar dia Jacqidni^Serissa fœtida. Dans le dernier cas, il se forme souvent une grande épaisseur de cellules cortico-subéreuses qui remplacent et simulent Técorce primaire, d'autant plus parfaitement que les cellules se disjoignent, laissent des méats entre elles, et se dérangent plus ou moins de leur position régulière, par exemple chez les Leptodermis lanceolata^ Serissa fœtida.

Je ne crois pas que cette variété dans la famille des Rubiacées puisse atténuer la valeur de la position du périderme primaire comme caractère de famille; c'est une famille reconnue trèshétérogène. Dans la famille des Caprifoliacées, telle qu'elle est généralement adoptée aujourd'hui, on observe dans la position du périderme primaire une différence qui coïncide avec d'autres caractères anatomiques et avec la division en deux tribus : les Lonicérées et les Sambucées. Les Lonicérées développent le péjiderme ppimaire au-dessous des fibres libériennes primaires, les Sambucées immédiatement au-dessous de l'épiderme.

Parmi les Apocynées , les Tabernœmontana amygdalifolia , Carissa Arduinij Nerium Oleander^ développent le périderme primaire dans l'épiderme; chez les Cerbera Manghas^ Ahjxia Forsterij Allamanda verticillàta, Beatimontia grandiflora^ dans la rangée de cellules situées immédiatement au-dessous de l'épiderme. Dans les Asclépiadées, la même différence se fait sentir : \e^ Periploca grœca^ Asclepias mexicana^ etc., développent le suber dans l'épiderme ; mais chez les Cynanchum monspeliacnm^ *Hoya carnosa^ Stephanotis floribunda, Marsdenia erecta^ c'est dans la rangée de cellules situées au-dessous de l'épiderme. Dans les quatre genres de Cestrinées étudiés, tous (Céstmm^ HabrothamnuSj lochroma) ont le périderme primaire sous l'épiderme, sauf les Vestia lycioides^ qui le développent dans l'épiderme. Chez les Solanées, des différences semblables se font sentir, et dans quelques genres {Solanum^ Nierembergia) on trouve encore celte formation si curieuse du périderme dans l'épiderme. Chez la plupart des Bignoniacées, le périderme paraît se former au-

il 2 j. vKis^Dii:.

dessous de l'épiderme. Dans VAmphilophlifm Miilisii^ les premiers faisceaux libériens (dépourvus de liber mou) sont éliminés par un périderme local, dont les bords s'appuient de tous côtés sur l'épiderme, et le tissu subéreux est assez abondant pour remplir les vides laissés par la chute des eschares. Dans Y Ilexacentris coccinea^ le périderme primaire enlève également les fibres extérieures qui soutiennent l'épiderme. Dans les Verbénacées, sauf dans h^Volkameria eiLantana^ le périderme se forme au-dessous de l'épiderme {Vitex incisa, Agmis-castus, /Egiphila martinicensis^Spielmannia a/ricana , Stachytarpheta mutalnliSy Cytharexylon Barba-Jovis, etc.). Dans le Lantana alha, il y a, en face des quatre arêtes couvertes d'aiguillons, de gros paquets de fibres libériennes, et, entre ceux-ci, les autres fibres sont disposées par très-petits groupes ; le périderme primaire s'établit au-dessous des fibres, et fait tomber à la fois tout ce qui est en dehors, de sorte que la tige devient inerme. Dans le Volkameria inermisy le périderme se forme au-dessous des fausses fibres extérieures. Dans un certain nombre de Labiées ligneuses, le périderme primaire se forme au-dessous des fibres libériennes {Lavandula, Rosmarimis) , tandis que dans d'autres il se forme sous l'épiderme {Plectranthiis fruticosus , Leonotis).

Dans le Plantayo afra, le périderme est très-particulier ; les cellules épidermiques sont très-petites, et au-dessous se trouve généralement une seconde rangée de cellules de même grandeur que les premières ; la membrane mitoyenne entre ces deux assises est collenchymatoïde ; puis viennent une ou deux rangées de cellules incolores ou contenant un liquide carminé : c'est dans la plus interne de ces rangées que prend naissance le périderme, qui engendre vers l'intérieur des cellules corticosubéreuses; le reste de l'écorce primaire est homogène herbacé. Le Plantago Lœfflingii développe son périderme primaire au-dessous des fibres libériennes.

Dans les Épacridées et les Éricacées, le périderme primaire paraît toujours se former au-dessous des fibres libériennes primaires (dans tous les genres étudiés : Epacris, Leucothoe, Kalmia, Clethra, Azalea, Ledum , Zenobia, Macleania, Psanir

ANATOMIE COMPARÉE DE l'ÉCORCE. il3

mesia^ Lyonitty Arclostaphylos^ Andromeda,, Rhododendron) (1).-

Dans les Vaccinium^ le péridcrme se forme immédiatement au-dessous de Tépiderme.

Dans les Oléinées, il se développe au-dessous de l'épiderme, sauf dans le Forsythia viridissima^ où il prend naissance dans l'épiderme.

Dans les Hypéricinées, il y a une différence assez significative entre les Hypericum avec leur périderme au-dessous de l'épiderme, et V Ancistrolobus pulchellus, qui possède au-dessous des fibres libériennes primaires un périderme à cloisons internes épaissies, comme dans les Ternstrœmiacées, qui ne sont cependant pas très-constantes elles-mêmes sous ce rapport ; tandis que Thea et Cumellia présentent ce périderme épaissi au-dessous des fibres, le Visnea mocanera et le Ternstrœmia brevipes ont un périderme à parois onduleuses au-dessous de l'épiderme.

Les Euphorbiacées ont le périderme primaire au-dessous de l'épiderme.

Je clos cette énumération trop longue par quelques exemples réduits aux noms des plantcîs pour les dispositions les plus rares.

Dans l'épiderme, outre les cas cités plus haut : Staphylea, quelques Célastrinées.

Au-dessous du collenchyme : Phlomis fruticosa.

A deux assises environ du liber : Melianthus major.

En dehors des fibres libériennes et en contact avec elles : Diplacîis punicaSy Rhytidophylliim Plumieranum.

Entre le liber et fécorce primaire en l'absence de fibres : Dipsaciis, Cephalaria^ Calceolaria rugosa.

Au-dessous des fibres libériennes primaires : Btiddleia glo^ basa y (iesneria eloufiala (2), Eranthemum spinomm (Acanth.), Fagonia cretica (Zygoph.).

(1) Arth. Gris Tavait déjà reconnu pour un certain nombre d'espèces en 1872 {Comptes rendus, 1872, p. 875).

(2) Immédiatement au-dessous de l'épiderme il peut s'établir un peu de périderme revêtant le caractère de productions subéreuses locales, mais le véritable périderme primaire régulier se développe au-dessous des fibres libériennes:

114 J. VEliftUE.

Il me sera permis de passer sous silence quelques-uns de nos arbres, qui ne forment qu'un seul périderme et conservent ainsi une écorce à peu près lisse, au moins pendant la plus grande partie de leur existence; les travaux si importants de MM. Hugo Mohl et Hanstein me dispensent d'en parler.

VI. — Le périderme primaire, tel que nous venons de l'étudier, est souvent suivi, à une profondeur variable, d'une série de péridermes qui enlèvent successivement plusieurs lames de rhytidome. Depuis MM. Hugo Mohl et Hanstein on distingue :

1° Le rhytidome annulaire {Ringelborké) ^ compris entre deux lames de périderme concentriques.

2** Le rhytidome écailleux, compris entre des lames de périderme dont les bords s'appuient sur un périderme précédent.

La formation du périderme primaire au-dessous des fibres libériennes primaires indique le rhytidome annulaire, surtout lorsque les fibres libériennes secondaires sont disposées en zones (i).

a. Rhytidome annulaire, — Je ne veux pas revenir encore une fois, après M. Hanstein, sur les beaux exemples qui ont servi à établir ce type : la Vigne, la Clématite, etc. ; je me bornerai à décrire quelques-uns de ceux qui se recommandent encore par d'autres qualités.

Lyonia paniculata (pi. i 0, fig. 5) . — Le liber de cette Éricacée consiste en couches alternantes de fibres et de liber mou. Les couches de fibres sont fortes de une à trois assises ; celles de liber mou de six assises de cellules en moyenne; les cellules des petits rayons médullaires se sclérifient au niveau des fibres libériennes. Le périderme primaire se forme au-dessous des fibres libériennes primaires ; puis vient une succession de péridermes qui ne laissent entre eux qu'une, deux ou trois assises

(1) L'étude du rhytidome des plantes exotiques ne peut être qu'incomplète, parce que, d'un côté, les plantes cultivées en serre sont trop précieuses pour être sacrifiées, et que, d'un autre côté, les échantillons des herbiers sont presque toujours beaucoup trop jeunes.

Cette étude ne peut donc se faire que dans des circonstances exceptionnelles : c'est une raison pour ne laisser échapper aucune occasion de ce genre.

ANATOJJj^ COMPARÉE Dï l'ÉCOUCE. H5

d'éléments libériens et îivisent une seule couche libérienne, par exemple, en cinq lames de rhytidome.

Dans le Coprosma lucida^ le périderme (w'^™° + 4) se forme quelquefois dans la rangée de cellules située immédiatement au-dessous du périderme /ï'^"*% de sorte que le rhytidome est réduit à une seule membrane cellulaire.

Les cellules cortico-subéreuses peuvent enfin jouer un rôle très-important dans la décortication. La famille des Rubiacées nous en fournit des exemples très-frappants. Dans le Serissa fœtida^ Tépiderme de l'écorce primaire, composée d'un collenchyme (2-3 assises) et d'un tissu lâche, tombe par la formation du périderme primaire qui se forme à la limite du liber audessus des fibres libériennes. Celles-ci sont en petit nombre, et il ne s'en forme pas de secondaires ; elles manquent même sur de grandes étendues. Le liber mou est très-épaissi et consiste en cellules parenchymateuses fortement ponctuées sur les faces latérales, et en tubes cribreux de structure très-simple. Il se forme ensuite plusieurs lames successives de péridermes secondaires, fournissant chacune à l'intérieur une couche épaisse de quatre assises et plus de cellules cortico-subéreuses qui laissent entre elles de petits méats; la partie externe du liber mou se sclérifie, et le périderme suivant s'établit au-dessous de la zone sclérifiée, de sorte que chaque lame rhytidomatique est formée par une couche de cellules cortico-subéreuses et une couche scléreuse; les cellules cortico-subéreuses remplacent chaque fois l'écorce primaire.

Le rhytidome écailleux de nos arbres a été décrit avec un soin extrême par les deux observateurs allemands que j'ai déjà cités plusieurs fois, MM. Mohl et Hanstein; dans quelques cas seulement les cellules cortico-subéreuses me paraissent avoir été un peu négligées. Ainsi, on sait que la surface fraîchement dépouillée de l'écorce du Platanus occidentalis est d'un vert jaunâtre très-clair; peu à peu elle devient d'un vert plus foncé grisâtre, et enfin, quand les cellules meurent par suite de la formation d'un nouveau périderme, elle devient brune. M. Hanstein dit que la couleur verte de l'écorce provient de

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la coloration verte des cellules du pèvruerme : c'est, en effet, ce qui a lieu au commencement; mais il se forme bientôt, à l'intérieur du suber, des cellules cortico-subéreuses rangées régulièrement en files radiales et tangentielles ; la production du suber proprement dit cesse avant que Tautre commence, et l'activité du phellogène parait passer ici du type centripète au type centrifuge.

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