LA DÉCORTICATION
I. — La plupart des plantes herbacées restent recouvertes de leur épiderme jusqu'à la fin de la période de végétation ; dans certains cas cependant on voit apparaître déjà au commencement de la deuxième moitié de la belle saison, soit une alté-
(I) Serait-ce un cas pathologique ?
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ration chimique dans un tissu détermine déjà existant (voy. plus haut) , soit un tissu de nouvelle formation comme ceux que j'aurai bientôt à décrire. Dans la majorité des plantes ligneuses répiderme cède de si bonne heure la place à un autre tissu protecteur bien plus efficace, qu'il est souvent difficile d'^en observer la première phase. Dans les plantes herbacées, au contraire, quand un tissu analog^ue doit se former, il n'appamît que beaucoup plus tard, et l'épiderme est plus durable.
II. — Le tissu nouveau qui s'organise subit généralement une modification chimique particulière; la cellulose est masquée par une autre substance soluble dans la potasse caustique, insoluble dans l'acide sulfurique, se colorant en jaune et non en bleu par l'acide sulfurique et Tiode ou par le chloroiodure de zinc : on a donné à cette transformation chimique le nom de subérification. Quand on traite ce tissu par l'acide azotique, on donne naissance a deTacide subérique. Outre ces réactions microchimiques, d'autres réacticms- plus importantes „ qui tombent dans le domaine de la chimie pure, révèlent une matière particuHère voisine de la cutose et distincte de la vasculose (Fremy). M. Wiesner a du reste récemment recommandé un réactif qui peut servir à distinguer, au microscope, ces deux matières Tune de l'autre : c'est l'aniline, à laquelle on ajoute un peu d'acide sulfurique ; ce réactif colore la vasculose et ne colore pas les tissus subérifiés (i).
Outre cette matière qui pénètre les parois cellulaires, on constate la présence d'autres substances, et notamment de matières grasses ou résineuses solubles dans l'éther, môme en Tabsence de toute glande proprement dite (Bouleau) ; il ne faut donc pas s'attendre à trouver chimiquement les mêmes principes immédiats dans ce tissu pris dans des plantes différentes. Quoi qu'il en soit, la présence de la première de ces matières est absolument caractéristique.
(1) H ne faut pas perdre de vue. que ce réacUf est purement empirique^ et qu'il ne saurait décider dans les cas importants ; le suber est lui-même tellement incrusté ou pénétré de matières encore inconnues, qu'il serait imprudent de chen^her dans une réaction négative un crilériuni absdu.
ANATOMIE COMPARÉE DE l'ÉCORCE. 403
On donne le nom de suber au tissu de formation nouvelle qui subit la subérification , lequel est destiné à remplacer l'épiderme dans ses principales fonctions.
La formation du suber a été Tobjet de nombreux travaux, et en me dispensant de remonter très-haut, je puis dire que son histoire a été fixée par les travaux de MM. Mohl, Hanstein, NîBgeli et Sanio. Une rangée de cellules prédestinées à ce nouveau travail devient le siège d'une multiplication cellulaire très-active; elles se divisent par des cloisons tangentielles ; l'une des cellules-filles se divise à son tour, et ainsi de suite, suivant des lois définies, pour chaque espèce, comme nous le verrons bientôt. Tout le système ressemble donc complètement à une zone génératrice, et il a reçu de M. Nsegeh le nom de zone phellogène ((psXXog, liège).
La subérification commence non loin de la zone phellogène ; mais les très-jeunes cellules consistent en cellulose.
J'ai déjà parlé de certains cas où j'ai cru voir la subérification envahir des tissus autres que ce suber (gaîne protectrice); j'ai même exprimé l'opinion que la cuticularisation est identique avec la subérification, et qu'elle ne doit être considérée que comme un cas particulier de celle-ci. En effet, dans quelques pJantes (sous-arbrisseaux de la famille des Labiées), telles que la Lavande, il se forme, au-dessous des fibres Hbériennes, un phellogène qui engendre une faible couche de suber ; toutes les parties situées en dehors de ce tissu meurent et tombent. Quand on observe plus tard la coupe transversale de l'écorce de la même plante, on ne trouve plus de couche phellogène aussi complexe. Les éléments libériens, arrivés à une certaine distance du cambium, se divisent transversalement de manière à donner des tronçons à peu près isodiamétriques ; îeurs parois brunissent, et tout le tissu présente les principaux caractères du vrai suber. Par une coupe tangentielle à travers ce tissu on reconnaît facilement, non-seulement la forme des éléments libériens, mais aussi les rayons médullaires. Est-ce que la zone où s'opèrent ces divisions transversales doit être considérée comme une zone phellogène? C'est ce que je ne veux
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pas décider (1). Dans une foule de circonstances (voy. plus loin), des divisions transversales semblables précèdent la formation du véritable phellogène. Il y a lieu de rechercher si cette anomahe, observée dans le Lavandida vera et dans quelques plantes voisines, se retrouve dans d'autres plantes qui forment un liber réguHer, car ces divisions transversales semblent souvent se rattacher au mode de formation des éléments libériens. Quand une lame desuber doit se former dans le \\\)^vdi\xClematis VitalhUy on voit que les divisions se font de telle manière que les cellules sont finalement deux fois moins hautes que les cellules parenchymateuses libériennes, et quatre fois plus courtes que les cellules grillagées.