‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 12 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

JDs l'acide nitrique employé par les doreurs.

JLj e s doreurs emploient l'acide nitrique dans plusieurs de leurs opérations ; ils s'en servent pour dérocher ou pour décaper les pièces de

bronze recuites qu'ils veulent dorer. En l'étendant de beaucoup d'eau, ils en forment Veau seconde dont ils font usage pour laver les pièces dorées avant de les mettre au mat, en or rouge ou en or moulu, et pour les laver de nouveau après ces opérations. Quelques-uns en préparent la dissolution de mercure qui leur sert à appliquer l'amalgame d'or sur la pièce ; d'autres font usage de l'acide seul pour produire cet effet.

Il n'est point nécessaire que l'acide nitrique soit pur pour servir au décapage du bronze 5 il serait même peut-être alors moins convenable pour cette opération , en raison de l'étain qui fait toujours partie des alliages de cuivre employés par les doreurs. Cet acide pur oxiderait l'étain à la surface du bronze ; l'oxide d'étain donnerait au cuivre une teinte peu agréable, et nuirait probablement à l'application de l'amalgame. L'acide nitrique destiné au dérochage peut donc sans inconvénient, et je crois même avec avantage, contenir de l'acide muriatiquej j'en ai vu de pareil employé avec succès. Mais il n*en est pas de même lorsqu'il s'agit de dissoudre le mercure et de préparer la dissolution mercurielle qui doit servir à appliquer l'amalgame sur la pièce de bronze : le doreur doit alors se procurer de

l'acide nitrique pur, ou au moins ne contenant que des atomes d'acide muriatique et d'acide sulfurique. S'il néglige ce soin, il n'obtient que des dissolutions de mercure troubles et qui gênent son travail , comme nous le dirons bientôt en parlant de la préparation de la dissolution du mercure dans l'acide nitrique.

La fabrication de l'acide nitrique est maintenant si perfectionnée , que les doreurs trouvent facilement dans le commerce l'acide pur dont ils ont besoin ; ils peuvent le choisir, en l'essayant comme il est dit plus bas. Mais comme il peut cependant arriver qu'ils n'en trouvent pas de pur, et qu'ils soient obligés d'en purifier eux-mêmes, j'ai cru utile de leur indiquer le procédé qui suit, et qui réunit tous les avantages que l'on peut désirer par rapport au besoin de l'art qui nous occupe.

Pour purifier l'acide nitrique contenant de l'acide muriatique et de l'acide sulfurique , il suffit de le, distiller seul dans une cornue de verre , en faisant fortement bouillir l'acide nitrique impur tant que l'acide qui passe dans le récipient ne dissout pas complètement le mercure , ou forme un dépôt quand on le verse dans la dissolution mercurielle pure et bien claire. Dès que l'acide qui passe à la distillation peut dissoudre complètement le mercure.

et lorsqu'il ne se trouble plus par l'addition de quelques gouttes de bonne dissolution mercurielle , on diminue le l'eu et on conduit l'opération lentement, et jusqu'au point de faire passer dans le récipient presque tout l'acide qui a été mis dans la cornue.

L'acide muriatique passe en premier, l'acide nitrique pur distille ensuite, et il reste dans la cornue un mélange d'acide nitrique et d'acide sulfurique. On laisse tomber le feu, et lorsque la cornue est refroidie , on mélange l'acide impur qui y est resté , avec la première portion d'acide qui a passé à la distillation, et on a ainsi un acide impur très-convenable pour dérocher ou décaper le bronze : le reste de l'acide nitrique obtenu est parfaitement pur ; il dissout à froid complètement le mercure , et donne des dissolutions mercurielles parfaites.

On voit combien ce procédé de purification convient aux doreurs; ils y trouvent le moyen de séparer l'acide nitrique pur de l'acide impur, et de préparer ainsi, presque sans frais , les deux espèces d'acide nitrique dont ils ont besoin. En traitant ainsi de l'acide nitrique à 36° (i333, pesanteur spécifique) provenant d'une mauvaise fabrique , j'ai remarqué que les premières portions d'acide qui passaient à

la distillation étaient très-faibles en densité f tandis que l'acide pur qui distillait pendant les l de l'opération marquait jusqu'à 4° ° et 43° de l'aréomètre de Baume ( 1400 , pesanteur spécifique). Cet acide ne doit pas être employé à ce degré de concentration 3 il faut y ajouter de l'eau en quantité suffisante pour le réduire au degré où l'emploient ordinairement les doreurs.

La distillation de l'acide nitrique impur donne quelques vapeurs qu'il faut éviter de respirer : on doit les condenser en les faisant passer , au moyen d'un appareil convenable, dans l'eau chargée de chaux, de potasse ou de soude , ou dans une dissolution de couperose ; on peut encore s'en débarrasser en les conduisant, au moyen d'un tube de verre , dans la cheminée de la forge , ou , ce qui est plus simple, en montant l'appareil distillatoire sous le manteau de cette forge, pour que toutes les vapeurs soient entraînées au dehors par le courant d'air, que l'on peut y accélérer à volonté.

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